Les grenouilles qui voulaient un Roi

Comme dans la fable dans laquelle un Roi était tombé du ciel sur les grenouilles, Monsieur Mohammed MOUSSAOU

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jeudi 26 juin 2008

Comme dans la fable dans laquelle un Roi était tombé du ciel sur les grenouilles, Monsieur Mohammed MOUSSAOUI, tombé du ciel du Maroc, a été élu président du Conseil Français du Culte Musulman. Sera-t-il aussi pacifique que le premier Roi de la fable ou bien, à l’instar du deuxième, les croquera-t-il et les gobera-t-il à loisir ? L’avenir nous le dira, pour autant qu’il nous dise quelque chose… Qui est ce nouveau primat de l’islam de France en lequel les pouvoirs publics – plus que les fidèles – placent tant d’espoirs ? C’est une manière d’artiste, qui fait des esquisses.

Vous ne me croyez pas… Et pourtant, sous le titre volontaire d’« Engagement pour un islam de France », Mohammed MOUSSAOUI a publié, avant son élection, une « esquisse de programme ». Que nous dit-il d’un ton si enlevé que ce ne soit qu’une esquisse plutôt qu’on programme tout court, lourd et pesant ? Il nous dit « Oui ! »

Ecoutons-le :

« Oui à un islam de France intégré dans son paysage culturel français et européen, fier « de ses racines européennes, médi­terranéennes, africaines, asiatiques et maghrébines.

« Oui à un islam de France qui inscrit son action dans le respect des lois de la « République. »

La mariée ne serait-elle pas trop belle ? Regardons plus en avant cette exquise esquisse, qui nous est déclinée en dix points, qui seront autant de commissions. A la lire, il semble tout d’abord que la volonté souhaitée de « capitalisation des acquis » tourne un peu court, car le C.F.C.M. a l’air totalement démuni : nous sont proposés des recensements, des annuaires, des études, des rapports, des bases de données… sur à peu près tous les sujets. Il semble qu’il n’y ait rien, ou que le président du C.F.C.M. sortant ait jeté les archives dans le bassin aux ablutions de sa mosquée.

A moins qu’il n’ait rien fait en deux mandats ? Je n’ose le croire. Ceci dit, pour un programme qui veut un islam « intégré dans le paysage culturel français » il fait peu de cas – pour ne pas dire qu’il les ignore - de toutes les études menées depuis des années par les chercheurs et les universitaires sur les sujets listés. C’est sans doute un détail. Ne soulevons pas non plus la question de savoir comment ces nouvelles études, qui devraient répéter ce qu’on déjà dit les anciennes, seront financées : l’argent est un détail vulgaire. Passons donc…

Si un certain nombre de thèmes qui préoccupent les musulmans de France (la question de la viande halal, le pèlerinage, etc…) sont effectivement abordés, ce programme, pardon, cette esquisse, semble littéralement tombée du ciel, et d’un ciel plutôt lointain, pour être à ce point déconnectée du contexte de l’islam de France et des institutions qui sont les nôtres.

Nombre de points sont en effet particulièrement surprenants. Par exemple :

·  Sur la formation des imams, le programme n’évoque à aucun moment ce qui a déjà été tenté, comme les différents projets de création de facultés de théologie musulmane, ou les sessions de formation – certes insuffisantes – créées à l’initiative du ministère de l’Intérieur, ou encore le projet, pourtant annoncé publiquement, d’une faculté de théologie musulmane, sans parler des travaux de recherche sur le sujet.

·  Un « recensement des lieux » de culte est préconisé : si je ne m’abuse, les élections des C.R.C.M. se font précisément sur la base d’un recensement, qui est fait depuis longtemps par le COMELEN… Qu’il y ait des mises à jour à faire, sans doute… mais voilà encore une nouveauté qui n’en n’est pas une, surtout lorsque l’on sort d’une élection assise sur les lieux de culte.

·  Est également programmée une étude de la « pratique de la religion en milieu carcéral » - elle aussi déjà effectuée par les sociologues.

·  Le scoop consiste sans doute dans la création d’un « observatoire sur l’islamophobie »… qui existe déjà !

Mais quittons le folklore pour aborder des points plus sérieux.

Se disant sans doute qu’à l’instar de son prédécesseur, il ne pourrait le « moins », l’heureux candidat a la présidence s’est imaginé qu’il pourrait faire le « plus ».

Qu’est-ce à dire. Il faut pour cela examiner quelles sont les compétences du C.F.C.M. aux termes de ses statuts :

·  Défendre la dignité et les intérêts du culte musulman en France,

·  Favoriser et organiser le partage d’informations et de services entre les lieux de culte ;

·  Encourager le dialogue entre les religions,

·  Assurer la représentation des lieux de culte musulmans auprès des pouvoirs publics.

Force est de constater que ce programme n’a jamais été réalisé au cours des deux premiers mandats de l’institution ; néanmoins, l’heureux candidat se propose désormais, et en plus, d’intervenir dans des domaines qui ne sont pas de sa compétence. Jugeons en : il envisage « d’intégrer la mosquée dans le paysage urbain et architectural français », de mettre sur pied un « plan d’aides financières » et de « sécuriser les lieux de culte contre les « actes islamophobes », les doter de caméras ou inciter les musulmans à faire appel à des entreprises de gardiennage. »

Pour « intégrer la mosquée dans le paysage » il faudrait que le C.F.C.M. ait une double compétence ; l’une en matière de lieux de cultes, l’autre en matière d’urbanisme. Or, il n’a ni l’une, ni l’autre ! La première est du ressort des associations elles-mêmes, la seconde des municipalités.

Pour en revenir à La Fontaine, le président du C.F.C.M. pourra tout au plus être la mouche du coche. A moins qu’il ne soit le rat des villes qui, invitant le rat des champs dressa aussitôt la table :

« Sur un Tapis de Turquie
« Le couvert se trouva mis »

On ne saurait trouver des vers qui soient plus d’actualité…

Travailler à la « sécurisation des lieux de culte », c’est bien. Qui pourrait être contre ? Seulement : qui payera ? Le C.F.C.M. ? il n’a pas d’argent. Ne disposant en outre même pas de locaux qui lui soient propres, comment peut-il vouloir sécuriser ceux des autres ? Qui va acheter les caméras ? payer les entreprises de gardiennage ? Nombre de lieux de culte ont déjà du mal à survivre et à avoir des locaux décents… leur proposer des caméras de surveillance et des vigiles c’est comme de dire à quelqu’un qui vous demande à manger parce qu’il n’a rien avalé depuis trois jours : « mais forcez-vous donc mon ami ! »

Un point de ce programme est cependant rassurant : il veut « rappeler le principe de neutralité des lieux de culte vis-à-vis des enjeux politiques ou électoraux, locaux ou nationaux. » Il était temps ! Nous avons eu peur ! D’ailleurs, qui pourrait imaginer le contraire ? Qui pourrait croire que la victoire au dernier scrutin des élections du C.F.C.M. ait un quelconque rapport avec le rapprochement de la France avec le Maroc ? Personne… Qui pourrait croire que cette neutralité s’applique également à l’égard des puissances étrangères ? Personne non plus, et sûrement pas M. MOUSSAOUI lui-même.

En effet, afin de préparer les élections des CRCM, une réunion des 250 associations du RMF, avait déjà eu lieu, à Marrakech, le 23 février dernier. Quel en était l’objectif ? Sûrement promouvoir l’indépendance de l’islam de France. La clôture de cette bien intéressante réunion, fort peu commentée chez nous, a fait l’objet sous d’autres cieux de la déclaration suivante : « Les participants au Colloque, reconnaissants des efforts louables fournis pour l’organisation de cette manifestation par le Maroc, tiennent à rendre un grand hommage à la Personnalité Auguste de SM le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, affirmant que les valeurs humaines d’un Islam d’ouverture que le Souverain incarne en tant qu’Amir Al Mouminine, ont fait du Royaume une terre bénie. »

Saluons donc l’effort, certainement violent, du nouveau président du C.F.C.M. qui, dans sa courageuse esquisse, parle si fièrement de l’islam de France. Ne doutons pas que ni lui ni l’un des membres de son association aient refusé avec la dernière énergie de se rendre à Marrakech pour promouvoir un islam indépendant de tout autre pays que le Maroc ! « Va, je ne te hais point… » fit-il savoir à son maître…

Le plus étonnant n’est cependant pas là.

Dans le chapitre sur l’aumônerie, celui qui n’était alors que candidat à la présidence du Conseil Français du Culte Marocain…. Pardon : Musulman, brosse les missions de l’aumônerie militaire musulmane dont l’une des missions est d’« orienter les soldats dans des missions de maintien de la paix ».

Quelle merveille ! L’alliance du cimeterre et du goupillon est à nouveau scellée sous les auspices du C.F.C.M. ! Tel M. de Calonne, qui ne garda la tête sur les épaules que parce qu’il s’était réfugié en Angleterre, M. MOUSSAOUI aurait pu dire : « Si c’est possible c’est fait, si c’est impossible, cela se fera ! » Fallait-il le faire ? En tout cas il l’a fait. Nous aurons donc des « casques verts » missionnés par le C.F.C.M. envoyés en mission. Ne doutons pas que les conflits de Palestine, d’Irak et autre Afghanistan ne soient bientôt résolus.

Nous ne passerons que pour mémoire la volonté de « contribuer à l’éclaircissement des notions de ″ Patrie ″ et de ″ Nation″ », étrange à tous points de vues, notamment lorsque l’on connaît la rencontre de Marrakech évoquée ci-dessus. Peu importe après tout ce que l’on dit : l’essentiel est que vos interlocuteurs y croient.

Ce qui est plus grave, est la manière dont est abordé le sujet de l’islamophobie, expression systématiquement utilisée entre guillemets dans l’esquisse présidentielle.

Une utilisation aussi systématique des guillemets dans ce cas est un classique de la tactique de ceux pour qui le concept est problématique et constitue une formule rhétorique classique de ceux qui refusent de reconnaître l’existence des phénomènes de rejet, que ce soit l’islamophobie, l’antisémitisme, le racisme sous quelque forme que ce soit. Pourquoi mettre des guillemets dès que l’on parle d’islamophobie ? Est-ce à dire qu’elle n’existe pas, sinon dans la tête de ceux qui la subissent ou peut-être, croient la subir ? Il y a un aspect ignominieux à suggérer le doute sur une question aussi grave.

Cette « esquisse » me rappelle le mot de Sacha Guitry sortant de la première du « Soulier de satin » : « Heureusement qu’on n’a pas la paire ! » s’était-il écrié. « Heureusement que nous n’avons pas le tableau complet » pourrions nous dire… Le pire n’est certes jamais sûr, mais il semble parfois probable…

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Auteur : Jaafar Abassi

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