Vendredi 11 July 2014
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Les églises chrétiennes du Proche-Orient (1/2)

Les églises chrétiennes du Proche-Orient (1/2)
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Cette présentation propose justement comme une ouverture et un effort de connaissance et de reconnaissance. [...] Que les musulmans s’y associent comme une manifestation de leur respect à l’égard de gens qui demeurent leurs proches. Que les chrétiens la reçoivent comme une marque fraternelle de respect et de considération. Le musulman doit se rappeler avant tout que l’islam a recouvert, en Syrie Palestine, en Mésopotamie, puis au Maghreb, puis en Asie mineure, une chrétienté bien plus ancienne que celle d’une Europe alors païenne.

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Chacun sait la tension que vivent les nations arabes depuis des décennies. On connaît la réalité politique de ce monde aux frontières nationales tracées par les grandes puissances pour leurs intérêts stratégiques et pétroliers. Nul n’ignore la nature despotique et le caractère rétrograde des monarchies ou des régimes dictatoriaux mis en places et maintenus depuis un demi-siècle par ceux là même qui les dénoncent aujourd’hui.

Chacun déplore l’arrivée d’apprentis sorciers qui entendent avec des naïvetés de néophytes résoudre les problèmes des autres. On en trouve à la Maison Blanche, on en trouve dans de plus modestes services de ministères français. Le général de Gaulle disait aller vers l’orient compliqué avec des idées simples. Il en est aujourd’hui qui vont vers un orient encore plus compliqué sans idée du tout.

De tout cela souffrent et ont souffert les peuples arabes musulmans mais ont souffert aussi les chrétiens arabes souvent oubliés de l’histoire et peu connus en France. Aussi, il nous est apparu opportun de rappeler l’existence de chrétiens arabes, victimes, comme leurs concitoyens musulmans, de l’injustice insupportable imposée au Proche-Orient depuis les débuts du vingtième siècle.

On les appelle chrétiens orientaux, mais ce terme recouvrant tout ce qui est à l’est de l’Europe occidentale, il convient de noter que nous ne traiterons ici que des chrétiens ayant vécu dans le monde arabe et survivant aujourd’hui dans divers groupes. Tout n’a peut-être pas été idyllique dans notre histoire commune.

Nous pouvons avoir eu à nous plaindre les uns des autres au cours des siècles ou dans des époques plus récentes. Il n’en demeure pas moins que les musulmans trouvent rarement autant de compréhension que chez eux pour les questions qui les préoccupent. Ils n’ont pas toujours en revanche, la même ouverture à leur égard et la même connaissance de leur identité et de leur diversité.

Cette présentation propose justement comme une ouverture et un effort de connaissance et de reconnaissance. Peut être hâtive, elle comportera sans doute des erreurs que nous demandons aux chrétiens concernés de nous signaler.

Que les musulmans s’y associent comme une manifestation de leur respect à l’égard de gens qui demeurent leurs proches. Que les chrétiens la reçoivent comme une marque fraternelle de respect et de considération. L’actualité étant ce qu’elle est, nous nous plaçons pour commencer dans la perspective de l’islam de Perse, à l’origine du christianisme irakien.

Le christianisme, religion asiatique et africaine.

Le musulman doit se rappeler avant tout que l’islam a recouvert, en Syrie Palestine, en Mésopotamie, puis au Maghreb, puis en Asie mineure, une chrétienté bien plus ancienne que celle d’une Europe alors païenne. Le christianisme n’est donc pas par essence la religion de l’Europe, mais bien une religion de l’Asie, comme toutes les grandes religions de l’histoire.

Il s’est ensuite très vite introduit dans le nord de l’Afrique. Le simple examen des synodes par exemple, montre que les plus anciens se déroulèrent dans la Turquie, dans la Palestine et surtout à Carthage, dans ce qui est aujourd’hui la Tunisie. Quant à la Mésopotamie, aujourd’hui l’Irak, elle forme des communautés chrétiennes dès le IIIe siècle, les seules en dehors de l’orbite romaine. La région est dans l’empire perse depuis plus d’un demi millénaire. A l’ouest, les puissances de la Méditerranée ont toujours été ennemies.

La rivalité Iran Méditerranée.

A l’époque ou se répand la nouvelle religion, l’empire romain combat le dernier empire perse, gouverné par la dynastie sassanide (224-652) et vit lui-même ses derniers siècles. La frontière entre ces deux rivaux n’est pas loin de correspondre à celles de l’Irak actuel dans ses limites avec la Syrie, prolongée par une ligne droite jusqu’au golfe d’Akaba, qui couperait en deux la Jordanie d’aujourd’hui.

Les guerres sont fréquentes sur ces confins. Elles se renouvellent jusqu’à l’arrivée des Arabes musulmans qui détruisent le dernier empire perse indo-européen au VIIe siècle. Jusqu’à ce moment, la chrétienté mésopotamienne, alors installée au nord du pays, vit des heures inconfortables sous la dynastie des sassanides. C’est le moment où la religion indo-européenne du mazdéisme, ou zoroastrisme, (que le Coran -XX, 17,- appelle Majus), très anciennement installée, devient la religion officielle de l’état perse. Elle se montre pour la première fois intolérante à l’égard des autres confessions.

C’est à la fin du IIIe siècle par exemple, que le fondateur du manichéisme, Mani, vivant à Ctésiphon, capitale de l’empire, située non loin de l’endroit où sera Baghdad, est persécuté et meurt vers l’année 275. Tout ce qui n’est pas mazdéen est donc gravement inquiété. Suivant le tempérament des souverains sassanides, les choses s’améliorent parfois brièvement.

Au quatrième siècle, après la conversion de l’empereur Constantin et l’adoption du christianisme comme religion officielle de Rome, les chrétiens de Mésopotamie apparaissent liés à l’ennemi héréditaire romain. L’époque est dominée par le très long règne du roi sassanide Chapour II (309-379), sans cesse en guerre avec Rome et persécuteur des chrétiens. Après lui, rien ne s’arrange et de vastes entreprises menées par les mages mazdéens tentent de convertir les chrétiens anciens, les Arméniens entre autres, et de ramener au mazdéisme les plus récents adeptes mésopotamiens du Christ.

Le christianisme romain, les grands patriarcats et les débats christologiques.

Dans le domaine romain, les communautés chrétiennes organisées dans les villes et les cadres administratifs de l’empire ont enfin droit de cité. Il se dégage d’abord trois primautés dogmatiques dans trois grandes capitales de l’époque, Rome, Alexandrie et Antioche. Deux sont en orient dans une chrétienté encore asiatique et africaine où l’Europe compte pour peu.

Au cinquième siècle, dans le cadre des débats sur la nature de Jésus, qui animent la Méditerranée chrétienne, une école de théologie prend de l’importance à Antioche, aujourd’hui à l’extrême sud de la Turquie, non loin de la côte méditerranéenne.

Cette école s’oppose à celle d’Alexandrie, la plus prestigieuse de l’époque. L’école d’Alexandrie est dirigée depuis 412 par le patriarche Cyrille. Elle voit dans le Christ le Verbe divin éternel incarné dans une personne humaine. L’école d’Antioche quant à elle, insiste sur l’aspect humain de la personne de Jésus accédant à la nature divine du Créateur pour porter le projet que Dieu propose à l’humanité.

Les discussions théologiques sont extrêmement subtiles et nous ne pouvons que les caricaturer. Osons cependant une formule permettant de situer grossièrement les choses. Pour Alexandrie Jésus naît divin, il est, dès la conception, Verbe incarné de Dieu, porteur d’une nature divine. Pour Antioche, il naît avant tout humain, porteur d’une nature divine potentielle qui se réalise et se révèle dans son existence d’homme.

L’influence de l’école d’Alexandrie s’étend sur l’Egypte mais touche aussi l’orient. L’influence de l’école d’Antioche est moindre mais elle touche l’église mésopotamienne qui s’organise lors d’un concile à Ctésiphon en 420, où les évêques perses désignent un chef qu’ils nomment catholicos et placent sous l’autorité du patriarcat d’Antioche. Ce catholicos réunit quatre ans plus tard un synode à Ctésiphon qui lui accorde toute indépendance vis à vis d’Antioche et lui permet d’émettre des règles canoniques pour les diocèses de l’empire sassanide, ce qui fait de lui un patriarche à part entière.

Encore quatre ans plus tard, en 428, un moine de l’école d’Antioche, nommé Nestorius, devient patriarche de Constantinople et s’oppose à l’usage répandu de désigner la vierge Marie comme « Mère de Dieu » (Théotokos). Il demande qu’elle soit nommée « Christotokos » c’est à dire mère du Christ, ce qui est la conséquence logique de la conception antiochienne. Tout aussi logique avec la conception de son école, Cyrille d’Alexandrie défend la formule Théotokos et accuse Nestorius d’introduire une distinction trop forte entre la nature humaine et la nature divine du Christ. Il lui reproche de laisser entendre ainsi qu’il n’y aurait pas d’union entre le Seigneur divin tout puissant et l’homme Jésus et qu’il y aurait deux personnes dans le Christ.

Finalement un concile réuni à Ephèse en 431 désavoue Nestorius. Il proclame officiellement la vierge Marie « Mère de Dieu » parce que, selon la formule de Cyrille d’Alexandrie, le Verbe divin et le corps humain sont fondus en une même « phusis », nature concrète et présente au monde. C’est le désaveu de Nestorius qui est exilé dans une oasis d’Egypte. c’est le triomphe de Cyrille d’Alexandrie, qui meurt en 444.

Le successeur de Cyrille se nomme Dioscore. Les théories de l’école alexandrine officialisées par le concile d’Ephèse ont droit de cité à Constantinople. Un moine de cette ville, Eutychès, y est le représentant de Dioscore. Le débat, très subtil à l’époque, porte sur la « nature » du Christ et un malentendu de vocabulaire s’installe. La « phusis » de Cyrille d’Alexandrie, qui désigne la présence concrètement incarnée du Verbe divin dans l’homme Jésus, est abordée par Eutychès comme un concept abstrait, à savoir la nature humaine partagée par tous les hommes.

Dès lors, Eutychès refuse d’admettre que Jésus homme ait partagé cette nature avec les autres hommes. Pour lui, le Christ était de la même substance divine que Dieu, mais il n’était pas de la même substance humaine que les membres de l’espèce humaine, bien qu’incarné dans un corps d’homme. Cette conception d’Eutychès fonde ce que l’on appelle le monophysisme, qui développe de nombreuses théories. Le patriarche d’Alexandrie Dioscore fait sienne cette vision, apparemment conforme à celle de Cyrille et l’Egypte le soutient.

Le concile de Chalcédoine, la grande séparation et les divisions. Après de vives querelles, un concile œcuménique est réuni en 451 à Chalcédoine, près de Constantinople, par le couple impérial, l’impératrice quinquagénaire Pulchérie, sœur du précédent empereur et son vieil époux, le général Marcien. Les conceptions d’Eutychès y sont condamnées. Un dogme officiel sur la nature du Christ s’exprime au terme des polémiques engagées pendant le siècle. Il synthétise les positions apparemment contradictoires d’Antioche et d’Alexandrie en postulant que le Christ est vrai Dieu et vrai homme, tous deux unis en une même hypostase (manifestation concrète, réalité, personne).

De cette manière le Christ est pour chaque homme le Dieu Sauveur, par sa nature divine, et le frère humain, partageant sa condition humaine. Chalcédoine institue ainsi, par une entente entre le pape de Rome et les autorités de Constantinople, une Eglise officielle, inspirée par une droite opinion (orthodoxe) et universelle (catholique). Il est confirmé aussi l’existence de deux nouveaux patriarcats dont l’importance a été admise par les précédents conciles, ceux de Constantinople et de Jérusalem.

L’entente aurait pu être parfaite, mais le canon 28 de ce concile, instaurant une suprématie de Constantinople sur les autres Eglises d’orient, n’est pas admis par le pape Léon Ier, pour qui la seule suprématie est celle du siège apostolique de Rome, fondé par l’apôtre Pierre. On n’en fait pas une raison de se séparer, le pape a trop à faire dans l’Europe envahie par les Huns d’Attila et les hordes germaniques. C’est six cents ans plus tard, en 1054, au terme de conflits, de disputes théologiques, que l’Eglise de Constantinople et l’Eglise de Rome arrivent à la rupture, la première s’intitulant orthodoxe, la seconde catholique.

Pour l’heure, Marcien sanctionne par un édit impérial les décisions de Chalcédoine. Il existe désormais une doctrine chalcédonienne, des Eglises chalcédoniennes, avec, face à elles, des doctrines non chalcédoniennes et des Eglises non chalcédoniennes. Bientôt l’empire romain d’occident tombe sous les coups des barbares, à la fin du cinquième siècle. Seul survit l’empire romain d’orient, avec sa capitale de Constantinople, d’où l’empereur Justinien, (526-565), au sixième siècle, réussit à reconquérir l’Italie, et quelques régions côtières de l’Espagne et de l’Afrique du nord.

Au plan ecclésiastique cet empereur, seule autorité politique protectrice des Eglises, confirme l’autorité des cinq patriarcats d’Alexandrie, Rome, Antioche, Constantinople et Jérusalem à l’intérieur de l’empire. Il confirme aussi le pouvoir de juridiction indépendant des catholicos dans les Eglises extérieures à ce dernier, comme dans l’Eglise perse depuis 444, c’est le statut d’Eglise « autocéphale ». Au plan doctrinal, Justinien se montre prudent, mais sa femme Théodora manifeste ses sympathies au monophysisme. A ce moment, au milieu du sixième siècle, les chois principaux sont effectués depuis des décennies, mais des évolutions se font encore.

Au cinquième siècle, le patriarche d’Alexandrie Dioscore ayant été destitué à Chalcédoine, toute l’Eglise d’Egypte à l’exception d’une petite minorité restée fidèle à la formulation chalcédonienne, a décidé de professer le monophysisme et de se constitue en Eglise des « aïguptoi » ou Egyptiens (= coptes), non sans violence et oppositions avec les autorités grecques de la province qui répriment et pressent d’impôt la population et le clergé monophysite.

Dans l’Eglise de Perse, l’indépendance par rapport à Antioche, en territoire byzantin, est acquise depuis 424. Il restait à se démarquer au plan doctrinal pour éviter, au regard du pouvoir sassanide, de paraître trop lié à Constantinople. C’est pour cela qu’en 484 le catholicos de Ctésiphon et son clergé choisissent la doctrine des théologiens d’Antioche, défendue par Nestorius et condamnée par Chalcédoine.

Au sixième siècle, dans le patriarcat d’Antioche favorable à la doctrine de Chalcédoine, un patriarche, Sévère, pendant ses cinq années de fonction, dans les années 510, défend les positions de Cyrille d’Alexandrie et fonde le monophysisme de Syrie Palestine. Le propagateur principal en sera quelques décennies plus tard Jacques dit « Baradée », ordonné évêque et chargé, à l’instigation de l’impératrice Théodora des populations arabes ghassanides monophysites du désert de Syrie, responsables de la frontière de ce côté de l’empire byzantin.

Jacques Baradée va bien au-delà de son rôle et continue, malgré la surveillance des autorités byzantines, à organiser une Eglise monophysite en Syrie Palestine dans une région fortement peuplée d’Arabes avant même les conquêtes musulmanes. On qualifie pour une telle raison cette Eglise monophysite syrienne de « jacobite ».

Enfin, il s’est constitué, dans ce même patriarcat d’Antioche délaissé et sans responsable dès le début du septième siècle, lors des invasions sassanides des années 610, puis à l’arrivée des Arabes musulmans, à l’époque de nouveaux débats théologiques lancés alors par l’empereur de Byzance, une Eglise originale, autour de monastères établis dans la vallée du fleuve Oronte, laquelle se présente comme indéfectiblement fidèle à Rome, l’Eglise maronite.

Lire également Le singulier destin des chrétiens arabes (1/2) + Le singulier destin des chrétiens arabes (2/2)

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