Vendredi 10 février 2012

Les doigts dans le pot de confiture

En second lieu, pourquoi voudrais-je régler des comptes (lesquels ?) avec Mme DELCAMBRE, que je n’ai jamais vue, qui ne m’a jamais rencontré – même pour me demander si j’étais musulman ou pas ? Vouloir faire passer la critique de son livre sur un plan personnel plutôt que de répondre sur le fond est la marque d’une faiblesse insigne, tout comme dire que le titre du livre est « celui de l’éditeur ». Cette réaction : « c’est pas moi c’est lui ! », est plus digne du niveau d’une école maternelle que d’un doctorat. Passons.

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Les réactions de Mme DELCAMBRE à mon article « Les
musulmans sont-ils fous ? », m’amènent à apporter quelques
précisions.

Tout d’abord, je n’ai jamais dit, ni écrit, que le titre
de son livre était « Les musulmans sont fous ! » : j’ai
simplement posé la question de savoir si les musulmans l’étaient, après avoir
lu ce livre qui diagnostique si généreusement la schizophrénie chez autrui. On
ne saurait donc m’imputer ce que je n’ai pas écrit. Remarquons, à ce propos,
que Mme DELCAMBRE en vient immédiatement à l’injure, parlant de malhonnêteté et
de vulgarité sur Oumma.com, me traitant d’escroc sur Liberty Vox. J’imagine bien
entendu son amie « Corinne » lui dire également, comme elle le fait
sur « Oumma » : « L’insulte n’a jamais constitué un
argument, mais rappelle les tristes souvenirs des procès staliniens. Y
aurait-il une filiation ? »

En second lieu, pourquoi voudrais-je régler des comptes
(lesquels ?) avec Mme DELCAMBRE, que je n’ai jamais vue, qui ne m’a jamais
rencontré – même pour me demander si j’étais musulman ou pas ? Vouloir
faire passer la critique de son livre sur un plan personnel plutôt que de
répondre sur le fond est la marque d’une faiblesse insigne, tout comme dire que
le titre du livre est « celui de l’éditeur ». Cette réaction :
« c’est pas moi c’est lui ! », est plus digne du niveau d’une
école maternelle que d’un doctorat. Passons.

De la même manière, si Mme DELCAMBRE excipe de ses titres,
que je n’ai pour ma part jamais contestés, elle n’apporte tout d’abord aucune
réponse sur le fond : dans son premier commentaire (du 24 novembre), aucun
des propos que je cite, et qui m’ont effectivement choqués, n’est démenti,
aucun argument de fond, précisément, n’est opposé. Sur la forme, je pourrais en
revanche contester, moi, la manière dont elle orthographie mon nom dans sa
réponse (Croc au lieu de Cros), marque sans doute d’une lecture rapide ou
distraite… J’y reviendrai.

Dans son deuxième commentaire sur « Oumma » (du
25 novembre), elle pose enfin la question de la compatibilité de la tradition
et de la modernité, mais pour ajouter aussitôt : « Ce qui est
dommage, dans l’article de monsieur Croc [sic] c’est qu’il place l’article dans
le champ de la polémique. »
Effectivement, je me suis placé dans le
même champ que le livre, qui est polémique, je crois l’avoir montré. C’est là
encore, une illustration du phénomène : « on ne peut rien dire de
l’islam ! », qui signifie en clair que l’on peut en dire ce que l’on
veut, mais que les musulmans ou les « islamophiles » - puisque Mme
DELCAMBRE me qualifie ainsi, nous allons le voir, qui ont l’audace inouïe de
répondre à ces propos sont aussitôt qualifiés de tous les noms et voient le
principe même de leur critique contesté. Bel exemple d’esprit démocratique se
nourrissant du débat contradictoire…

Je voudrais en venir maintenant aux arguments invoqués
pour justifier de ma conversion éventuelle.

Dans « La schizophrénie de l’islam », Mme
DELCAMBRE m’a donc présenté comme converti – et je persiste à penser qu’il n’y
a pas de honte à l’être, et que l’on n’a pas à se justifier de l’être ou de ne
l’être point – en compagnie d’une liste de noms brillants. Dans son commentaire
du 25 novembre, voyant sans doute qu’elle s’est avancée un peu imprudemment
dans le livre, elle conclut en disant : « je n’ai cité le nom
[le mien] dans mon livre, que parce qu’il est dans la liste des
convertis européens mentionnée par Allievi Stefano, « les convertis à
l’islam », l’Harmattan, 1998. Je n’ai jamais entendu parler, dans le
milieu des Arabisants, de monsieur Croc. »
Sur Liberty Vox, elle
précise : « L’article de cet européen islamophile, JEAN-MICHEL
CROS, peut-être converti, peut-être soufi, je ne le connais pas) veut présenter
l’islam comme une religion de douceur et d’amour. »

Le comique de la situation qui fait que je suis
« connu » dans un premier temps, (quand je n’ai rien dit !) et
inconnu quand j’ose m’attaquer à Mme DELCAMBRE n’échappera à personne.

Mais puisque le ridicule ne tue pas, examinons cela de
plus près, qui en dit long sur les méthodes scientifiques de l’auteur utilisées
dans cet ouvrage.

Il se trouve que j’ai eu le plaisir de rencontrer Stefano
ALLIEVI en 2002 à Strasbourg, à l’occasion d’un colloque relatif à l’islam en
Europe, auquel nous participions tous les deux. Je garde un souvenir
particulièrement vif de sa contribution, mélange de savoir et d’humour, sur
l’islam contemporain en Italie. J’exposais, pour ma part, sur le thème de
« l’exclusion religieuse », c’est-à-dire la non application du droit
commun aux associations musulmanes désireuses de construire un lieu de culte. Nous
ne nous étions jamais rencontrés auparavant, notamment lorsqu’il préparait – ce
que j’ignorais alors – son ouvrage Les convertis à l’islam, paru
effectivement en 1998 aux éditions L’Harmattan. Je n’avais pas remarqué que mon
nom fût mentionné dans cet ouvrage ; j’ai donc repris celui-ci à la suite
de la remarque de Mme DELCAMBRE.

Afin de juger de la non pertinence des affirmations de Mme
DELCAMBRE dans ses commentaires, voici tout d’abord ce que dit Stefano ALLIEVI
à propos de la méthodologie qu’il a appliquée à son travail :

« Beaucoup d’entrevues, mais pas toutes, ont été
réalisées en toute discrétion. Ainsi à tous les convertis
interviewés, nous avons donc attribué des noms fictifs name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
, même si certains d’entre eux
n’ont pas demandé l’anonymat ou sont des personnages publics à divers titres.
[…] Si nous citons de « vrais » prénoms accompagnés du patronyme (il
s’agira de toute façon exclusivement de prénoms islamiques adoptés après la
conversion), il s’agit de personnages publics et/ou de références à des actes
publics (p.e. des livres, la direction des revues, des rôles associatifs
centraux ou publics par définition, etc...) » name="_ftnref2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]

Outre le fait que S. ALLIEVI ne m’avait pas rencontré, il
y avait donc a priori peu de chances pour que mon nom se retrouvât en toutes
lettres dans son ouvrage, pour autant qu’il dût s’y trouver. Je suis cependant
allé plus loin, et ai épluché la liste des noms qu’il donne au § 5 de son
chapitre II de sa II° partie : « Euromusulmans : une nouvelle
culture ? » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[3]
 :
mon nom ne s’y trouve pas. D’autres noms sont cités dans la troisième partie,
le « Bilan » : mon nom ne s’y trouve pas non plus. Mme DELCAMBRE
pourrait-elle citer la page dans laquelle elle a trouvé cette précieuse
référence ? Si elle le fait, et que la citation est exacte, je lui en
rendrais volontiers acte. Si elle est incapable de la faire, c’est qu’elle aura
menti.

Sur le plan méthodologique, à supposer que mon nom se trouve
effectivement dans ce livre, et que je ne l’ai pas vu, comment qualifier la
méthode qui consiste à recopier purement et simplement, sans vérifier
l’exactitude de ce que l’on recopie ? Il est amusant, devant de telles
méthodes de copiste maladroit – je vais le montrer - de revendiquer ensuite
hautement ses titres universitaires et de qualifier les musulmans de pratiques
médiévales… Mme DELCAMBRE aurait-elle été, lorsqu’elle a rédigé ce livre, musulmane
sans le savoir ? Où bien peut-on penser qu’à vouloir trop en faire, elle
n’ait fini par se faire prendre les doits dans le pot de confiture ?
Voyons cela.

Sur le plan méthodologique, toujours, la lecture du livre
de Stefano ALLIEVI apporte des choses curieuses, qui pourraient laisser penser
que Mme DELCAMBRE est une femme pressée, rédigeant ses fiches de lecture en vue
de la rédaction de cet ouvrage de curieuse manière. Je vous invite à comparer
ce que disent les deux auteurs, sachant que le livre de Stefano ALLIEVI est
paru en 1998 et celui d’Anne-Marie DELCAMBRE en 2006 .

Commençons par un point de détail, secondaire certes,
l’ordre dans lequel sont abordés les pays européens par chacun des deux
auteurs :

style='border-collapse:collapse'>

Ordre des pays traités par S. ALLIEVI

Ordre retenu par A-M DELCAMBRE

Italie

Italie

Belgique

Belgique

France

France

Espagne

Grande Bretagne

Grande Bretagne

Espagne

Allemagne

Allemagne

Cette liste présente de troublantes similitudes. Ce n’est
sans doute qu’un hasard. Entrons dans le texte.

S. ALLIEVI écrit class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[4] :
« En Italie, on retrouve les noms de certains convertis dans les
instances de représentation nationale
[il énumère les noms] ou encore
parmi les représentants de nombreux Centres islamiques […] ou dans certaines
turuq […]. Leur présence est particulièrement visible à plusieurs niveaux. Par
exemple, les traductions du Coran faites par des musulmans et distribuées dans
les mosquées sont l’œuvre de convertis, tout comme sont fondés et dirigés par
des convertis tous les exemples de revues islamiques parues jusqu’à
présent en italien [… ] »

Anne-Marie DELCAMBRE title=""> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[5] :
« En Italie, le rôle des convertis italiens à l’islam est important. On
trouve les noms de certains dans les instances de représentations nationales.
Les traductions du Coran faites par les musulmans et distribuées dans les
mosquées sont l’œuvre de convertis, ainsi que tous les exemplaires de revues
islamiques parues en italien […].

S. ALLIEVI  class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[6] : « En
Belgique, trois convertis, qui s’autodéfinissent comme « la sainte
trinité », occupent des fonctions importantes dans les organisations
représentatives des musulmans de Belgique et dans le Centre Islamique de
Bruxelles. Il s’agit de Jean Yahya Michot, président du Conseil Supérieur des
Musulmans de Belgique, de Yacine Beyens, présidente [sic] de l’Exécutif des
Musulmans de Belgique, et d’Omar Luc van den Broeck, qui s’occupe de la formation
des conversions auprès du Centre Islamique et Culturel de Bruxelles. Non
activiste, mais bien plus connu du grand public, le chorégraphe Maurice
Béjart. »

A-M DELCAMBRE class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[7] :
« En Belgique, trois convertis qui se définissent eux-mêmes comme la
« sainte trinité » occupent des fonctions importantes : Jean
Yahya Michot est celui qui a justifié l’assassinat des moines de Tibéhirine en
Algérie par le GIA, ainsi que le droit pour les musulmans de se libérer de la
présence religieuse des moines en s’appuyant sur Ibn Taymiyya. Il y a d’autre
part Yacine Beyers et Omar Luc Van den Broeck, qui complètent cette
trinité. »

S. ALLIEVI class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[8] :
« En France, on peut citer le cas de Daniel-Youssof Leclercq, principal
animateur de la Fédération nationale des musulmans de France (qu’il a quittée
depuis avec d’autres convertis) […] Ou encore le cas de Jacques-Yacoub Roty,
qui fut le premier président de cette même association. […] Si l’on remonte le
temps, on retrouve René Guénon (très cité entre autres en tant que personnage
marquant dans plusieurs conversions), le peintre Etienne Dinet, au début du
siècle, ou le célèbre docteur Grenier, premier musulman à entrer au Parlement
comme député de Pontarlier, en 1896. »

A-M DELCAMBRE class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[9] :
« En France on constate une augmentation sensible du nombre des
convertis. […] On peut citer le cas de Daniel Youssof Leclerc qui fut
principalement animateur de la Fédération nationale des musulmans de France, Jacques-Yacoub Roty, auteur d’ouvrages de vulgarisation sur l’islam […]. On est loin
des convertis comme René Guénon (1886 – 1951), né à Blois et qui se fera
naturaliser égyptien. Sa conversion à l’islam entraînera beaucoup d’Européens à
suivre son exemple. Il ne faudrait par oublier Etienne Dinet, le célèbre
peintre orientaliste, au début du siècle title=""> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[10],
le docteur Grenier, premier musulman à entrer au Parlement comme député de
Pontarlier en 1896[…] »

C’est à la suite de ce paragraphe que j’ai retrouvé mon
nom, chez A. – M. DELCAMBRE, qui ne figurait pas dans le livre de S. ALLIEVI –
imaginez ma surprise, non seulement à la lecture de la schizophrénie de
l’islam
 mais encore de l’affirmation que c’était dans le livre de S.
ALLIEVI qu’on le trouvait !

Chacun pourra juger, par ces exemples, de la technique du
« copier – coller », finalement dangereuse quand l’on s’en écarte,
puisque cela conduit à des affirmations hasardeuses : ainsi, alors que S.
ALLIEVI présente comme rumeur la conversion de Neil Amstrong, elle est
présentée comme certaine chez Anne-Marie DELCAMBRE. Je ne doute pas, là encore,
que celle-ci ne soit allée poser directement la question à l’astronaute,
puisque, lui, on ne le trouve pas, comme moi – du moins c’est ce qu’elle dit –
défini comme converti sous la plume de Stefano ALLIEVI. Pour en finir avec la
méthode, j’insisterai enfin sur la différence entre les propos de ce dernier,
toujours neutres, et ceux d’A. – M. DELCAMBRE, dans son ouvrage, qui ne peut
s’empêcher de porter des jugements de valeur.

Je terminerai sur le sujet par ce qu’elle écrit sur le
site « Liberty vox », qui mérite d’être connu. Sur
« Oumma » (le 25 novembre) elle se plaint : « Pourquoi
me serait-il interdit d’écrire sur l’islam, puisque je suis professeur d’arabe
littéraire, juriste et islamologue »
(mais qui le lui interdit ? Elle
est entièrement libre d’écrire ce qu’elle veut, comme je suis libre d’écrire ce
que je pense de ses écrits – du moins je l’espère) ; sur Liberty vox, le
ton est plus… « incisif » ; elle y dévoile clairement son
opinion :

« Ces gens sont malhonnêtes – de toute évidence, ils
sont ou travaillent pour des islamistes, des gens qui veulent imposer la charia
en Suisse. »

« Alors, on peut observer que les complaintes
perpétuelles des Musulmans, le suprématisme musulman et le terrorisme musulman,
toutes choses absolument centrales dans l’enseignement de l’Islam traditionnel,
celui qui se réclame du prophète Mahomet, s’aggravent systématiquement à mesure
que l’islam est toléré. »

« Ce que les Suissesses et les Suisses doivent
apprendre, c’est comment éviter que cette idéologie médiévale à l’agonie ne
puisse se perpétuer et répandre la zizanie et la barbarie dans nos pays, après
avoir ruiné déjà tant de nations. En prétendant apporter des solutions alors
qu’ils ne font qu’encourager les gens à accepter l’Islam, les gens du GIRIS
nous mènent à la catastrophe. Et ils sont trop savants pour être simplement
stupides. C’est leur choix stratégique qui s’exprime ici. »

« Toute leur intelligence, même, est consacrée à
camoufler l’effet concret de leur action. En disant par exemple qu’il est bon
d’encourager les aspects non politisés de l’Islam, alors que l’Islam ne connaît
pas de différence entre pouvoir religieux et pouvoir politique : celui qui
règne dans l’Islam est celui qui impose les lois de Dieu. Ou en donnant à
croire qu’il est souhaitable de favoriser un enseignement modéré de l’Islam par
le financement de chaires universitaires, alors que les incitations à la haine
et au suprématisme se trouvent en toutes lettres dans les textes de référence
à l’Islam, qu’ils ont toujours été interprétés de la même manière par tous les
chercheurs sérieux et que seule la mise à nu du caractère inhumain et
inacceptable des sources mêmes de cette monstruosité d’un passé révolu peut
nous en prémunir. »

« […] les Musulmans suisses étant plutôt discrets en
matière de religion, il ne peut être dangereux de les laisser devenir plus
religieux, alors que c’est la pratique même de la religion qui rend les gens
fanatiques. »

« Les Musulmans suisses ne peuvent se débarrasser des
horreurs médiévales inhérentes au noyau même de leur religion que si nous
interdisons catégoriquement toute manifestation publique de cette religion chez
nous. […] Car ce ne sont pas les Musulmans qui posent problème, ce sont les
gens, musulmans ou pas, qui vantent cette religion dont les lois exigent
clairement notre disparition et celle des libertés, des droits, de tout ce qui
fait la civilisation. »

Pour aussi excessif qu’ils soient, ces propos méritent que
l’on s’y arrête, car ils révèlent l’idéologie réelle de l’auteur. Mme DELCAMBRE
fait en effet ici du neuf avec du vieux.

Eliminons tout d’abord l’exclusive référence aux
« textes » : l’islam, n’en déplaise à certain(e)s, ne se limite
pas à des textes. L’islam est en même temps une foi, une loi, une voie. Les
textes sont certes importants, mais ne constituent qu’une partie de
l’islam ; et travailler honnêtement sur une religion, quelle qu’elle soit,
l’islam en l’occurrence, c’est non pas chercher à « discuter ce
que les occidentaux trouvent ou ne trouvent pas dans le Coran, mais de savoir
ce que les musulmans y ont trouvé »
comme l’écrivait le grand Henry
CORBIN. Ne voir que les textes est donc se condamner à une vision partielle –
et partiale – de cette religion.

Ceci écarté, que nous disent les propos de Mme DELCAMBRE
en substance ? Que les musulmans et leurs alliés
« islamophiles » agissent de manière occulte (ils travaillent pour
les islamistes
) dans un but non avoué que nous pouvons connaître grâce à la
perspicacité d’A. – M. DELCAMBRE qui nous le dévoile (pour imposer la charia).
Ces musulmans sont des semeurs de zizanie et des destructeurs de
« la » civilisation : il faut donc lutter contre eux (nous
interdisons catégoriquement toute manifestation publique de cette religion chez
nous).
Ces musulmans ont enfin une nature immuable au travers de l’histoire
(Les Musulmans suisses ne peuvent se débarrasser des horreurs médiévales
inhérentes au noyau même de leur religion)
.

Ces propos suscitent le malaise : ils ressemblent
étrangement, lorsque l’on enlève le badigeon « musulman » à ceux qui
sont tenus sur les juifs par les antisémites depuis plus d’un siècle,
précisément par ceux qui ont produit ou qui se réclament des tristement
célèbres « Protocoles des sages de Sion ».

Rappelons brièvement que ce faux fabriqué par la police
russe au début du XX° siècle, prétend révéler un complot juif afin dominer le
monde : destruction de la chrétienté, complot, perfidie des juifs afin
d’imposer leur loi au monde… tout y est et se retrouve étrangement aujourd’hui
contre d’autres groupes – les musulmans en l’occurrence.

Dans un récent ouvrage intitulé L’imaginaire du complot
mondial – aspects d’un mythe moderne
title=""> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[11]
,
Pierre-André TAGUIEFF conclut aux fonctions que cherchent à emplir les théories
du complot :

« Ces fonctions peuvent être réduites à cinq :

1° Expliquer en simplifiant par l’identification des
puissances occultes incarnant des ennemis impitoyables ;

2° Se défendre contre la menace en dévoilant les secrets
des ennemis cachés ;

3° Légitimer une action contre l’ennemi absolu et
diabolisé, une action prétendument défensive, mais qui peut prendre la force
d’un projet d’extermination ;

4° Mobiliser pour une cause, serait-ce celle de la
revanche ou de la vengeance.

5° Réenchanter, sur le mode du fantastique ou de
l’épouvante, le monde, l’histoire, la politique. » name="_ftnref12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12]

C’est bien ce que nous trouvons là, montrant une fois de
plus – comme je l’avais déjà écrit à plusieurs reprises, et notamment dans « N’est
pas Salman Rushdie qui veut » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[13]
que
l’islamophobie a une grande proximité intellectuelle avec
l’antisémitisme : les ressorts sont les mêmes, les reproches identiques,
la haine toujours égale. Alors, à quand une exposition anti-musulmane pour
faire écho à l’exposition anti-juive du régime de Vichy ? A quand un film
sur « le musulman Aziz » pour faire pendant à celui sur « le
juif Süss » ?

Comme l’écrivait le marquis de Sade :
« Français, encore un effort… » mais là, ce ne sera plus pour être
républicains.

 


Notes


class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[2]
ALLIEVI (Stefano), Les convertis à l’islam, op. cit. p. 90

class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[10]
Mme DELCAMBRE oublie qu’elle écrit précisément en 2006, « au début du
siècle »…

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