Les conditions de la réalisation de l’ ijtihad consensuel (partie 1)

1. les qualités des acteurs de l’ijtihâd consensuel. Nous allons exposer dans cette partie les condi

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mardi 18 mars 2003

1. les qualités des acteurs de l’ijtihâd consensuel.

Nous allons exposer dans cette partie les conditions qui s’imposent préalablement à la réalisation de l’ijtihâd consensuel, et que chaque savant doit remplir pour accéder au rang de mujtahid, cellule de base dans le corps de cette discipline. Et ce, conformément aux opinions des prédécesseurs. Nous essayons d’apporter notre critique vis-à-vis de certains éléments de cette institution.

L’appartenance confessionnelle.

Les conditions de la réalisation de l’ijtihâd consensuel se déduisent, chez pratiquement tous les juristes musulmans, de sa définition. Laquelle stipule qu’il ne peut être exercé que par les mujtahid. Donc, les non-musulmans ne peuvent pas participer à la réalisation du consensus. Peu importe que leur impiété soit établie ou non, ou qu’ils appartiennent à un pays pacifique ou en guerre avec les musulmans. En effet, il a été bien établi et décidé que le musulman désobéissant à Dieu (’âçî), bien que meilleur et plus méritoire que l’impie, ne saurait voir son opinion prise en considération. Evidemment, il y a un accord unanime, entre les savants, pour imposer l’appartenance des mujtahid à la communauté musulmane1.

Quant à nous, nous constatons que cette condition ne peut avoir lieu - du moins de nos jours. En effet, dans bien de nombreux domaines, les citoyens non-musulmans, dans un pays musulman, contribuent énormément par leur ijtihâd dans le social, l’économique et même le politique. Nous ne voyons pas la pertinence de cette condition qui relève plus de l’arbitraire que de la précaution émise par ceux qui excluent toute participation des non-musulmans dans l’ijtihâd relevant de leur spécialisation.

En revanche, dans les sociétés sécularisées, occidentales plus particulièrement, l’on donne la possibilité aux musulmans de contribuer à la marche du progrès qu’ils soient nationaux ou immigrés. L’essentiel, c’est leur apport scientifique et non leur appartenance confessionnelle.

Nous pouvons donner un exemple vivant et d’actualité. En effet, lors de la 10e cession du Conseil européen de la recherche et la fatwâ, qui s’est déroulée du 22 au 27 janvier 2003 à Dublin en Irlande. Nous avons été témoins de la participation d’un grand savant islamologue Hollandais, dans l’élaboration de certaines questions juridiques relevant de cas très délicats. Et sous ses conseils, nous avons été amené - nous juristes spécialisés dans le droit musulman - à modifier complètement certaines dispositions doctrinales. Et cela pour éviter la contradiction avec les lois européennes d’une part. D’autre part, pour êtres conformes aux règles de l’éthique humaine et musulmane en général. Cela s’est produit, dans le dessein de préciser la question qui était sujette d’intervention de ce professeur. Nous vous renvoyons aux fatwâ émises dernièrement par le conseil suscité, et particulièrement, celle qui traite du sujet de la conclusion du mariage musulman dans une Eglise.

Il est aussi vrai que la majorité des juristes (jumhûr) soutiennent que le savant apte à l’exercice d’une réflexion saine et d’un ijtihâd sûr peut être amené à prendre part à un ijmâ’. Par conséquent, l’imitation servile (taqlîd) n’est point permise à ces savants. Contrairement à la masse commune des gens incapables, par eux-mêmes, de se faire une opinion personnelle des solutions qui s’imposent à leur conscience. Bien que, sur certains cas, ils soient appelés à l’exercice direct de leur droit à l’ijtihâd.

Et la Communauté est composée aussi bien de l’élite (khâçça) que de la classe commune, et tout hukm admis par consensus et en découlant, impose à l’ensemble une responsabilité légale et entière (taklîf) à des degrés divers. Il s’en suit, que la consultation générale, référendum ou istiftâ’, devient nécessaire à l’adoption du hukm applicable à l’une ou l’autre des deux classes. Telles les obligations et les interdictions2.

La capacité scientifique des savants et la contribution des gens ordinaires.

Nous pensons toutefois que, selon la conception de l’égalité absolue entre les Croyants devant les obligations religieuses, l’islam soutient la responsabilisation des gens (’awâmm) et delà, il leur donne le droit, eux aussi, de s’interroger sur les preuves qui fondent les ahkâm3 doctrinales. Nous concevons que - pour étayer ce concept - nous pouvons nous reporter au verset coranique : « Quiconque rompt avec l’Envoyé après que la guidance se soit à lui manifestée, qui adopte un chemin autre que celui des croyants, de lui Nous Nous détournons autant qu’il se détourne, et le faisons brûler dans la Géhenne »4. Ainsi, la menace ne s’adresse qu’à ceux qui se séparent de la voie de l’ensemble des musulmans ; l’islam. Ce qui n’est pas le cas de quiconque se sépare de la voie des savants, qui eux ne représentent qu’une partie de la communauté musulmane et que leur ijtihâd n’est que le fruit d’une réflexion humaine qui n’a rien de sacré, tirée du texte soit-elle.

A suivre…

  1. Voir, Sa’di Abu Gib, Muwsuat al-Iğma’, t. I, p. 25-28.

  2. Cf. Op., cit. t. I, p. 9-25.

  3. Voir, H. Laoust, Essai, p. 227, note 1.

  4. Cor. IV Al-Nisa’ (Les femmes) vt, 115.

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Auteur : Tahar Mahdi

Docteur en langue et civilisation arabes section droit musulman de PARIS 8, auteur de plusieurs ouvrages, Tahar Mahdi est détenteur d'une Licence en langue et civilisation arabo-islamique, de l'université des sciences islamiques Damas (Syrie), et d'une Maîtrise de Droit jurisprudence de cette même université. Il est également titulaire d'un D E A « Anthropologie et Histoire des Religions » Sorbonne E P H E section IV des sciences religieuses.

Le Dr Tahar Mahdi a écrit :

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