Mardi 14 mai 2013
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Les cinéphiles et le garçon arabe

Les cinéphiles et le garçon arabe
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A propos de La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kéchiche

Comme le montre Nacira Guénif Souilamas les filles d’immigrés maghrébins sont victimes de leur succès. Plébiscitées (sauf quand elles sont voilées, et, assurément, point de voilées dans La Graine et le Mulet), on s’évertue à nous les figurer recelant des ressources cachées (Rym, de son acharnement à porter le projet de Slimane à sa danse du ventre, en est la plus forte incarnation). En illustrant au cœur de sa fiction un imaginaire déjà développé par un certain féminisme allié au républicanisme (celui, entre autres, des Ni Putes Ni Soumises) , Kéchiche retend la fracture entre deux camps : le camp de la beurette et le camp du garçon arabe.

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Comme plus de
400 000 spectateurs, je suis allée voir La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kéchiche et comme un certain nombre de spectateurs d’origine
maghrébine j’ai été, pendant une bonne partie de la séance, très émue. Cette
émotion, que j’ethnicise presque, n’est pas sans raison. La Graine et le Mulet n’est certainement pas le premier film traitant d’une
famille issue de l’immigration maghrébine, mais ma mémoire de spectatrice
recèle tant et tant de films faits par des blancs name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1],
avec des blancs, sur des blancs, pour des blancs,
qu’ils encombrent sûrement et suffisamment mes souvenirs pour m’empêcher de
trouver des équivalents au tableau de Kéchiche.

Et puis, il y
a la manière : une manière toute particulière qui ne fait pas jouer aux
« arabes » le second rôle mais bien les rôles principaux, qui ne
dessine pas la trajectoire dramatique de quelques « galériens » ou
d’un(e) « déraciné(e) » en quête d’identité, mais qui style=''> se tisse autour d’une famille dans sa quotidienneté,
dans ses lieux communs et dans son incommunicable,
qui prend le temps de se dire (le film dure 2h30), et une langue pour se dire.

On a très
vite, en avançant dans le film, l’impression qu’il va nous donner un autre
visage, au sens propre comme au sens figuré — ne serait ce que parce qu’il ne
compte pas dans son casting un des
acteurs du film « Indigènes » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2].

C’est un film
qui nous ressemble, qui parle comme nous, qui mange comme nous, qui aime comme
nous. Pour un peu, on croirait presque
appartenir à un universel,  style=''>et pour tout vous dire, nous y sommes si peu
habitués que l’émotion n’en est que plus forte.

La Graine et le Mulet raconte l’histoire de Slimane, ouvrier sur un chantier naval
de Sète, trop vieux aux yeux de ses supérieurs pour encore fournir un travail
rentable. Il se voit remercié par son patron après 35 années au service
de l’entreprise (dont seulement 15 « déclarées »). Contrairement au style=''>souhait de ses fils de le voir « rentrer au
bled », Slimane va utiliser sa « prime » de licenciement pour restaurer
un bateau qui rouille sur le port afin d’en
faire un restaurant où il envisage servir une spécialité cuisinée par son
ex-femme : le couscous au poisson.

Il va être
soutenu dans ses démarches (auprès de la banque, en vue de sa demande de
licence et auprès d’un conseiller municipal) par la jeune style=''>Rym qui l’aime et le chérit comme un père. Rym est
la fille de la nouvelle compagne de Slimane, propriétaire de l’hôtel où il vit
désormais, entouré par bien d’autres chibanis name="_ftnref3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3].

style=''>Ses difficultés à obtenir les autorisations et le prêt
nécessaires à la réalisation de son projet l’amènent à organiser, sur le
bateau enfin restauré, une soirée de préfiguration à laquelle il invite tout le
gratin sétois à venir goûter au fameux couscous. Il s’agit de tous les
convaincre de sa crédibilité et de la
viabilité de son commerce. Ses filles, ses belles-filles et son ex-femme, bref,
toutes « ses » femmes, mettent vaillamment la main à la pâte :
elles préparent le couscous, assurent le service et veillent à la satisfaction
de cette assemblée de blancs bientôt exécutive.
Les chibanis aussi jouent un rôle important dans cette soirée de
« réhabilitation » du vieux Slimane : ils
assurent, sur scène, la musique.

Comme je le
disais, j’ai été très émue pour une bonne partie de la séance, mais le dernier
quart du film m’a fait l’effet d’une douche froide. style=''> Moi qui m’étais cru
dans cet entre-nous, dans cette approche différente qui faisaient finalement de
nous des gens comme tout le monde, des n’importe qui style=''>— des « singularités quelconques », pour
reprendre l’appellation d’Agamben — style=''>j’avais cru entrevoir la validation de cet universel
auquel nous aussi nous pourrions croire appartenir,
et
c’est finalement cet autre universel qui, comme un couperet,
et venu, une fois de plus, nous barrer le chemin. Cet universel
à la française
qui nous discrimine, nous déshumanise, style=''>nous maltraite — et maltraite, surtout,
« nos » garçons.

Le rêve de Slimane tourne au cauchemar.
style=''>La question que pose le film, et qui se pose plus
explicitement au creux d’une réplique de l’un des
chibanis : est-ce que nos pères immigrés ont immigré pour
rien ? Slimane doit en effet style=''> prouver, à lui-même comme à ses enfants et à la
société française  représentée
dans le film, mais aussi spectatrice du film —
qu’il n’a pas immigré pour rien. Pour cela, style=''> les personnages de chibanis
et de femmes d’origine maghrébine
mobilisent toutes leurs forces, des
forces surhumaines. Et il n’en faudra pas moins.

Le film met en
valeur une nouvelle ère pour les Français
d’origine maghrébine : les pères immigrés sont vieux, meurent, sont morts
ou mourants, et leur mémoire est déjà à réhabiliter. Il y va de l’avenir de leurs enfants dans la société française.

Et qui vient
salir cette mémoire ? Qui vient briser le rêve de Slimane ? Qui,
plutôt que de l’aider à courir vers une nouvelle gloire inespérée, style=''>s’acharne à le faire
courir jusqu’à l’épuisement ? Pas les autres chibanis style=''>, qui comprennent. Pas les femmes,
qui
supportent. Pas même la banquière, qui
veut bien entendre, ni même le conseiller style=''>municipal, qui finit par être convaincu du quand
on veut, on peut
. Pas même le patron, qui vire, mais qui indemnise, et style=''>même, qui reconnaît le tort commis.Ce n’est plus La Faute à Voltaire class=MsoFootnoteReference> style=';'>[4] mais
bien la faute aux« garçons arabes ». style=''>

Le dîner
rédempteur tourne au drame. style=''> D’abord, par la
faute du fils. Il a une trentaine d’années, tout au plus, marié à une femme qu’il
maltraite, il est le père d’un enfant dont il ne s’occupe pas. Il trompe sa
femme, tous le savent. Il a tous les traits de l’hétérosexuel brutal style=''>, sexiste, qu’on désigne le plus souvent sous les
traits du « mec de cité » ; il a tous les traits du
« garçon arabe » qu’une large masse des discours médiatiques
et politiques s’acharnent à nous « vendre ». Parce qu’au début du
repas il remarque, attablée parmi les prestigieux convives, une de ses
maîtresses, dans sa lâcheté prévisible, il s’enfuit, style=''>emportant par mégarde la graine
(la semoule), restée dans le coffre de la voiture.
Sans la précieuse
semoule, impossible de servir le plat pour lequel tous sont venus.

Slimane part
alors vers la cité où vit son ex-épouse, attendant qu’elle
lui prépare, on suppose, une nouvelle
« cargaison » de couscous. Il ne la trouvera pas chez elle.
Interviennent alors les autres coupables, qui sont autres mais
qui, en fait, appartiennent au même archétype
que le fils, celui du
« garçons arabes ».
D’une quinzaine
d’années, ils ont volé la mobylette que Slimane a laissée au pied de
l’immeuble.
Commence alors une espèce de
corrida, qui s’achève, dans les règles de l’art, style=''> par une mise à mort : les trois gamins
chevauchant la mobylette font délibérément courir Slimane,
qui
les course en vain dans la cité avant
de s’écrouler, à bout de souffle.

Ce qui m’a
gêné ce n’est pas tant la manière dont s’échafaude le récit mais bien à quel
point il se plie à l’air du temps. Cet air lourd, qui imprègne tout ce
qui nous entoure et qui va jusqu’à asphyxier la pensée.

Nous ne sommes
pas des n’importe qui, nous n’avons pas ce privilège  : nous
sommes la « racaille », nous sommes des « voyous », des
« délinquants », des « sauvageons », nous sommes
« l’insécurité », nous sommes « la violence
urbaine », nous sommes des
« barbares », des
« casseurs », nous sommes style=''> la « bande ethnique », style=''>nous sommes « les émeutiers », nous sommes
« homophobes », « sexistes » et « antisémites »,
nos quartiers sont « sensibles », nous sommes les « élèves en
difficulté » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[5].

L’idéologie
dominante est comme un bruit de fond, une petite musique ambiante : on en
reprend l’air sans même s’en rendre compte.

Une vieillesse illégitime

La vieillesse
des immigrés arabes, le nécessaire repos voire même
l’incapacité qu’elle entraîne, alors que, si longtemps, on style=''>n’a toléré et justifié leur présence sur le sol
français qu’en tant que style=''>main d’oeuvre, qu’en tant que force de travail,
et qu’aujourd’hui encore, le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de
l’Identité Nationale ne parle que
d’« immigration choisie », de quotas,
de flux de marchandises
à gérer en fonction de l’offre et de la demande, cette vieillesse ne peut
apparaître que comme une incongruité totale, style=''>pour reprendre la formule d’Abdelmalek Sayad.

Que font-ils
encore ici ? Pourquoi ne rentrent-ils pas « au bled » ?
C’est la question que posent à Slimane ses fils, mais
c’est aussi la question que pose la société
française aux immigrés vieillissants. Si cette question n’est pas ouvertement
posée, elle devient en tout cas explicite en
regard du peu d’intérêt social qu’on accorde à tous ceux qui ont eu
l’outrecuidance de rester, de
« regrouper » leur famille sur le territoire français.

Qu’ont-ils encore à
donner ? C’est la question qui semble peser sur cette vieillesse
illégitime
class=MsoFootnoteReference> style=';'>[6].
Leurs forces ne sont plus suffisantes pour fournir un travail rentable (c’est
d’ailleurs à ce titre que Slimane est licencié), on n’attend plus rien d’eux, style=''>même pas — surtout pas — leur style=''>mémoire : lorsque tant nous mettent en garde
contre l’overdose mémorielle, ils excluent, non seulement, les colonisés
et les descendants de colonisés de toute appartenance à l’Humanité, puisque
indignes de figurer dans l’Histoire class=MsoFootnoteReference> style=';'>[7], ils
exigent « de ceux qui ont tout oublié, à qui l’on impose de tout oublier
pour mieux les opprimer, de renoncer à se souvenir name="_ftnref8" title=""> class=MsoFootnoteReference>[8] »,
mais ils dénigrent aussi, avec une brutalité style=''> déconcertante, le silence imposé à nos pères, à nos
grands-pères.

Un silence imposé parce qu’en
tant qu’ouvriers, en tant qu’exploités, en
tant que main-d’œuvre déportée à des fins spécifiques, occupés au travail comme
pourraient l’être des bêtes de somme, occupant les postes les plus dégradants
dont les français ne voulaient pas, ils ont traversé des années dures, où l’on
ne se nourrit que pour tenir bon sur le chantier, où l’on n’a de temps que pour
l’entreprise style=''>ou très peu pour soi — en tout cas pas assez pour
prendre le temps de dire. Un silence
imposé aussi parce que leur parole a été socialement dévalorisée : que vaut la
parole d’un terrassier, d’un o.s., d’un agent de la propreté publique ?
Mais encore parce que leurs langues, leurs cultures, leurs traditions et leur
religion ont été disqualifiées.

C’est
assurément avec l’honnête volonté et la légitime
nécessité de réhabiliter
nos pères — et
plus précisément son propre père, comme Kéchiche le signale dans
de
nombreuses interviews — que s’est écrit La Graine et le Mulet.

Cette volonté de
réhabilitation des chibanis s’exerce
dans le fil même du récit (la trajectoire de Slimane qui, d’obstacles en
obstacles, apporte la preuve d’un désir
farouche de porter un projet bien à lui alors que tout le disqualifie) style=''>mais aussi dans la distribution du film (qui style=''>donne le premier rôle à un immigré, trop vieux pour
travailler aux yeux de ses patrons, et qui l’entoure, notamment, d’un chœur
constitué d’autres chibanis). Kéchiche, et style=''>ses talents indéniables de dialoguiste, leur donne
non seulement la parole, mais aussi une parole bien à
eux
(pour preuve la longue scène qui s’étire, de manière justifiée, pour
laisser la parole aux pensionnaires de l’hôtel où loge Slimane : ils s’y
montrent cancan, fins d’esprit, politiques et tendres).

Si on ne peut pas
dire qu’Abdellatif Kéchiche les idéalise (le
cinéma n’en est évidemment pas encore à attribuer à des maghrébins des pouvoirs
de super-héros : avant de pouvoir satisfaire les
critères d’un Idéal, il faut, au moins, déjà remplir ceux d’un humain
quelconque),
on peut dire qu’il les humanise, et
j’ai déjà souligné plus haut à quel point cette réhumanisation était salutaire
.

En plus de faire entendre leur
parole, rarement audible, Kéchiche leur donne aussi, en la personne de Slimane,
une possible sortie de leur invisibilité, une
saillie envisageable hors de la volonté
bureaucratique, de l’acharnement historique et de l’intérêt social
proposé
jusque-là. Kéchiche donne à voir de l’immigré maghrébin une puissance, style=''>souvent niée, sur son
destin : Slimane défie l’assignation symbolique qui lui a été faite et style=''>exerce sa singularité en menant, coûte que coûte, ce
projet de restauration d’un bateau (aussi usé que lui) et style=''>l’union des siens (des siennes, plus précisément) style=''>à l’œuvre pour ouvrir et faire « tourner » ce
restaurant.

Des femmes qui assurent

Sur le même style=''>rang que les chibanis,
occupant autant la distribution et portant aussi bien
le récit :
les femmes. On peut même dire qu’elles style=''>tiennent une place encore plus importante,
puisqu’elles sont non seulement tout aussi nombreuses
mais aussi
plus différenciées : adolescente, jeune femme, épouse
d’un maghrébin ou épouse d’un blanc, ex-femme ou maîtresse, filles, belle-fille
ou petite-fille, fille d’adoption, elles y sont
diversement représentées.

style=''>Dès lors leurs stratégies de résistance et leur
pouvoir sur le fil de l’action sont multiples : l’une pousse son mari à
l’insurrection contre son patron, l’autre console l’amant qui, terrassé par son
licenciement, n’arrive plus à bander, l’une « couvre »
le frère coureur, l’autre le sermonne, l’une prépare l’assiette de couscous
pour son ex-mari, l’autre, plus jeune, aide le plus vieux style=''>à constituer un dossier et à affronter les obstacles administratifs,
et toutes cuisinent, servent et épousent
la cause de Slimane.

style=''>Et alors qu’on les croit céder au folklore, se plier
à l’injonction d’exotisme qu’il leur est faite, répondre à un certain goût
dégradant pour l’orientalisme, là encore, elles résistent : la scène
finale, qui comme je l’ai dit, montre la course éperdue de Slimane, est montée
en alternance avec une autre corrida, celle du personnage de Rym sauvant la
soirée de l’impatience, de mauvaise augure, des bienfaiteurs, en les divertissant
grâce à une danse du ventre très suave. Bien que cette suavité peut paraître
très dérangeante, tant elle ne semble pas appartenir au personnage de Rym qui
n’en fait aucunement usage avant cette scène finale, il ne faudrait pas croire
que Kéchiche, mettant en scène cette danse du ventre, se place dans la pure
reproduction d’une arabité acceptable.

Ce que nous
montre cette scène, c’est qu’il y a bien une attente blanche de la danse du
ventre. Avant même que le personnage de Rym ne monte sur scène, la scène
développant le début du repas est déjà érotisée. Et cet érotisme ne vient pas
de n’importe où et ne se dirige pas vers n’importe quoi : les hommes
blancs sont avinés et s’inquiètent de savoir si les seins d’une des filles qui
assurent le service sont « du vrai ou du faux ». Comme répond une des
filles en cuisine : « chez nous, y a que du vrai ».

Et justement,
la vraie, la juste arabité incarnée dans cette danse du ventre c’est de savoir
ruser avec les attentes des blancs, de se réapproprier, de resignifier et
d’instrumentaliser le stéréotype qui nous écrase : il s’agit de devenir
acteur de l’archétype qui nous échoit dans une stratégie personnelle de
résistance. On voit bien combien les blancs sont ébahis devant cette beurette
qui leur offre cette danse du ventre et on sait, surtout, qu’on n’a pas vu Rym
s’évertuer à danser à un autre moment du film, seule ou parmi les siens, on ne
lui connaît pas ce savoir, pas avant qu’elle ait à s’en servir contre
l’irritation des blancs. Il s’agit là de la capacité du dominé à
instrumentaliser, face au dominant, son stigmate. Nous ne sommes donc pas qu’en
présence d’une aliénation mais bien dans l’exhibition d’un cliché, utilisé ici
comme ressource possible, pour le dominé, afin de se sortir d’une aporie.

On regrettera, au
passage, que la bande annonce n’est pas fait preuve d’une telle ingéniosité,
puisqu’elle ne consistait qu’en une production de visuels orientalistes,
proposant ainsi aux spectateurs de s’en satisfaire et d’y soigner son
impatience, aussi bien qu’une danse du ventre devant une assemblée de blancs…

Les blancs ou la violence rationalisée

style=''>À ces deux groupes positivés — les femmes et les chibanis — style=''> un autre groupe est censé s’opposer : celui des
blancs, des patrons, des banquiers, des administrateurs, du pouvoir.

Voilà pour ceux qui
nous sont présentés comme faisant obstacle à Slimane et à son projet style=''>rédempteur. Mais, comme je l’ai style=''>signalé en introduction, ceux qui lui feront
véritablement obstacle sont loin d’être de ceux-là. Prenons
tout de même acte que le
patron qui licencie Slimane
est certes
présenté comme un obstacle, et sa
proposition est clairement désignée
comme injuste (la prime de
licenciement est trop faible puisqu’elle ne prend
pas en compte les vingt années durant lesquelles Slimane a travaillé sans être
déclaré).

Mais à
lui, au moins, Kéchiche donne sa chance : il
s’agit d’un acteur qui y croit et d’un personnage tout du moins
humanisé. D’autant plus, qu’une scène
succédant au licenciement (une
discussion entre Slimane et son gendre) fait
apparaître la dimension « macro » de ce licenciement : la
mondialisation.
Cette cause « macro », qui dépasse style=''>l’injustice, et finalement, le choix singulier de ce
patron, permet, dès lors, de ne pas renvoyer la violence exercée par le
licenciement uniquement à une subjectivité malveillante. C’est la faute à
la logique économique. Cette logique économique offre une rationalité au
licenciement et à la prime insuffisante, qui ne se voit pas légitimée
mais qui, au moins, est dite et qui, par là même, décroche la violence exercée
par le patron de toute subjectivité malveillante ou, par exemple, raciste.

On donne sa chance et
une parole au licencieur, comme on en donne tout autant à l’obstacle
suivant : la banquière. Elle est certes montrée comme faisant preuve d’un
peu de condescendance et on ne pourrait nier qu’elle participe à une scène
présentée comme violente. Malgré tout, elle parle très gentiment à Slimane, —
et à Rym venue l’appuyer — elle le connaît et le reconnaît et met, sans aucun
doute, toutes les formes pour être aimable. S’il y a quand même au creux de cet
échange une violence structurelle, elle est posée de manière fine et nuancée,
se justifie par la légèreté du business plan présenté par Slimane et,
encore une fois, s’accorde avec une cause « macro » : le fait
que la banquière soit obligée d’en référer à ses supérieurs et, plus
simplement, le fonctionnement même des prêts
bancaires. Là encore, c’est la faute à l’économie.

Même chose, style=''>enfin, avec le conseiller municipal :
même
s’il est plus abrupt et plus méprisant que les autres
protagonistes, il finira par ouvrir les portes
à Slimane au titre du quand on trime, ça paye, tant la soirée de
préfiguration l’aura convaincu.

Le seul racisme qu’on
nous présentera finalement comme tel, style=''> sera le style=''> pur et dur des restaurateurs concurrents  style=''> ; mais là encore, il sera rattaché à une causalité
simpliste : la concurrence économique.

Chez Kéchiche style=''>, il n’existe donc pas de racisme systémique,
structurel, mais bien qu’un racisme dû aux
intérêts économiques.

On accordera donc à La Graine et le Mulet que cette œuvre montre effectivement que les portes sont
fermées,
mais euphémise cette injustice et la met
en perspective.

style=''>La seule chose qui ne soit pas mise en perspective, c’est
la violence du fils et des voleurs de mobylette.

Le « garçon arabe » ou la violence diabolisée

Là où la
violence exercée par le patron, par la banquière et par tous les autres blancs
est dite, rationalisée et drainée par une certaine logique, rien de tout cela
dans le cas du fils qui maltraite sa femme et dans celui du vol de la mobylette
qui entraînera l’effondrement de Slimane. Je ne dis pas que cela serait simple
à dire mais qu’il n’y a rien dans le film pour que cela puisse être dit. Les
voleurs de mobylette, ni même d’autres garçons de leur âge, n’ont d’existence
dans le film, sinon dans la mise à mort de Slimane. On n’accorde rien à ces
personnages.

On donne leur chance
et une parole au licencieur, au conseiller municipal, à toutes les puissances
blanches, on les contextualise alors qu’il n’y a aucun discours des jeunes
garçons eux-mêmes, ni même meta discours, qui expliqueraient que ce ne
sont pas seulement des fous dangereux, des irresponsables, des sadiques,
des sous-hommes, pour avoir pu faire ce qu’ils ont fait.

Cette omission, cet
évident manque de rationalité, cette absence totale de liens logiques, ne se
sont pas construits par hasard. Ils sont conformes à une idéologie dominante et
si on pourrait être amenés à dédouaner Kéchiche de sa responsabilité individuelle
dans la propagation de cette idéologie dominante tant cela procède d’une
mécanique complexe, il est surtout important de comprendre que ceux qui la font
fonctionner sont autant manipulateurs que manipulés. Ils manipulent d’ailleurs
d’autant mieux qu’ils sont eux-mêmes manipulés et inconscients de l’être href="#_ftn9" name="_ftnref9" title=""> class=MsoFootnoteReference>[9].

Cette manipulation
est, notamment, irriguée par une idéologie mise en place au nom du féminisme.

Les violences
des « mecs de cité », des « jeunes de banlieues », sont
médiatisées, dramatisées et instrumentalisées tandis que d’autres violences,
plus systémiques, qui touchent toute la population française mais plus
particulièrement et plus spécifiquement les plus précaires, et donc ces mêmes
habitants des banlieues, sont euphémisées, minimisées voire niées. Le chômage,
la précarité, le racisme sont de ces autres violences name="_ftnref10" title=""> class=MsoFootnoteReference>[10]
qui acculent le personnage de Slimane. C’est pourtant la violence symbolique de
son propre fils (sa lâcheté et, du coup, le fait qu’il se désolidarise des
siens) et la violence de « petits voyous » des jeunes de sa cité qui
seront présentées comme fatales à Slimane.

Une lecture de
la fiction de Kéchiche envisagée avec les relents les plus prégnants de
l’idéologie dominante est d’autant plus évidente quand on prend en compte à quel
point tous les rôles féminins sont positivés. Leur rôle est principal et
cette posture d’héroïne ne s’écrit pas uniquement au creux de La Graine et le Mulet, elle est écrite par avance : les discours politiques
et médiatiques, parés dans une posture féministe, ont assignés à la jeune
maghrébine un rôle convenu, celui de l’héroïne.

Comme le
montre Nacira Guénif Souilamas class=MsoFootnoteReference> style=';'>[11], les
filles d’immigrés maghrébins sont victimes de leur succès. Plébiscitées (sauf
quand elles sont voilées, et, assurément, point de voilées dans La Graine et le Mulet), on s’évertue à nous les figurer recelant des ressources
cachées (Rym, de son acharnement à porter le projet de Slimane à sa danse du
ventre, en est la plus forte incarnation).

En illustrant
au cœur de sa fiction un imaginaire déjà développé par un certain féminisme
allié au républicanisme (celui, entre autres, des Ni Putes Ni Soumises) href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12],
Kéchiche retend la fracture entre deux camps : le camp de la beurette
et le camp du garçon arabe.

Sans même
parler de la caricature grossière des jeunes voleurs de mobylette, on peut voir
à quel point le portrait du fils volage de Slimane participe au tableau
désormais entendu de la stigmatisation du garçon arabe  : tandis que
les filles, toutes sans exception, sont du côté du père, le bon travailleur
immigré honnête et méritant, le fils et, non seulement, un
« salopard » dans le privé mais, de surcroît, un fumiste au travail.

Il travaille
dans le tertiaire et il y travaille mal : peu consciencieux, tandis qu’il
doit assurer une visite guidée à bord d’un bateau, il quitte son poste,
laissant une collègue dans l’embarras, pour aller faire l’amour à une maîtresse
dans la cale. Ceci va tout à fait en opposition avec le père dans son rôle de
travailleur soigneux possédant un véritable savoir-faire. Le gendre de Slimane
est le seul garçon qui échappe à ce discrédit mais c’est au prix de marcher sur
les pas du beau-père, le bon gars de « la première
génération » : il occupe le même poste, sur le même chantier, et
comme le fait remarquer son épouse, il « ferme sa bouche » devant le
patron.

Un féminisme qui fait du tort aux femmes

En relayant
ces discours néo-coloniaux class=MsoFootnoteReference> style=';'>[13] et en
les illustrant si nettement, Abdellatif Kéchiche ne fait pas seulement du tort
aux « garçons arabes » mais également à celles qu’il croit encenser à
juste titre. D’abord parce que, comme pour les garçons stigmatisés, en
nourrissant un prêt-à-penser qui existe autour des « beurettes », on
leur refuse, du même coup, une identité individuelle.

Ensuite, parce que si
elles sont touchées par la violence qui entraîne la relégation sociale de
« leurs » hommes (on le voit pour toutes les femmes qui entourent
Slimane), elles sont, aussi et non moins, touchées par la stigmatisation et le
racisme qu’on pratique sur le dos de « leurs » frères.

Un autre tort reste à
envisager : en offrant, même par la voie de la fiction, de l’eau au moulin
de ce féminisme d’Etat class=MsoFootnoteReference> style=';'>[14]
qui ne peut s’élaborer sans la stigmatisation de « nos » garçons,
Kéchiche réaffirme, aux yeux des hommes ainsi stigmatisés, une identité sur
mesure
qui entend tout comportement violent ou sexiste comme un fait de
classe, un fait quasi naturel chez les arabo-musulmans. Qui s’en voit
victime ? Les femmes, encore.

Enfin, quand le
féminisme officiel sert si bien le racisme, quel exutoire reste-t-il à ces
filles à la fois victimes du sexisme et du racisme ? Soit elles renient
leurs parents et leurs frères, soit elles n’ont plus qu’à nier les violences
sexistes dans le but de préserver les hommes suffisamment accablés et
stigmatisés, soit, et ce n’est pas sans difficulté, elles n’ont d’autre choix
que de resignifier le féminisme en y articulant sans relâche une lutte contre
le racisme et une lutte contre le sexisme title=""> style=';'>[15].

La distinction faite
par Kéchiche entre les filles et les garçons issus de l’immigration se fait
probablement en toute innocence et assurément en toute bonne foi. Cette volonté
de rendre hommage aux femmes d’origine maghrébine ne correspond pas
nécessairement à la volonté de « tirer le bon filon » mais, à si bien
s’inscrire dans l’air du temps, il ne semble pas conscient du tort qu’il fait,
aussi, à ces femmes. Sur les femmes, Diderot écrivait en 1772 :

« Si j’avais été
législateur (…), je vous aurais affranchies, je vous aurais mises au-dessus de
la loi ; vous auriez été sacrées, en quelque endroit où vous vous fussiez
présentées. »

Merci Monsieur de
tant de grâces, mais comme le souligne Saïd Bouamama name="_ftnref16" title=""> class=MsoFootnoteReference>[16] :

« Au-dessus des
lois plutôt que dans la loi, voilà une excellente façon d’exclure des droits politiques
tout en « valorisant » la prétendue spécificité féminine. »

D’une autre manière,
Kéchiche aussi, à travers la génialité de ces personnages féminins, prétend à
une spécificité féminine. Cette spécificité a beau nous sur-positiver,
elle ne se fait, malgré tout, qu’au prix d’une distinction nette aux frais de
« nos » frères et nous exclut, par là même, de leurs luttes. Les
filles d’origine maghrébine constitueraient en quelque sorte la vitrine
acceptable avec le monde extérieur, le monde blanc, tandis que les garçons ne
se feraient remarquer que par leur brutalité.

Histoire singulière et récit national

On me
rétorquera qu’on a bien le droit de raconter l’histoire que l’on veut, la
fiction étant le champ de tous les possibles. Sauf que là, le champ des
possibles est curieusement bien rétréci…

Un film n’est
jamais un objet désincarné, en suspens. Il s’ancre fatalement dans le sens que
les spectateurs peuvent lui donner, et le sens qu’ils peuvent lui donner se
fabrique, aussi, par rapport aux récits contemporains, autre que
cinématographiques, dont ils sont imbibés (la télévision et les médias en
général, les discours politiques et leur storytelling name="_ftnref17" title=""> class=MsoFootnoteReference>[17],
etc.).

Chaque
spectateur voit également le film en l’inscrivant dans sa filmothèque, en
regard avec tous les autres films qu’il a pu voir : mais dans ce cas, là
encore, combien de films a-t-il pu voir proposant l’histoire singulière d’un arabe
pour tant d’autres l’assignant uniquement à des rôles de délinquants ou de
subordonnés ? Mais encore, combien de films qui humanisent, surhumanisent
et super-héroïsent des blancs en regard de celui-ci ?

Je n’accuse
pas Abdellatif Kéchiche d’être un « vendu », d’avoir consciemment
fait des concessions afin d’obtenir un financement puis l’acclamation de la critique.
La réponse par la question du financement est trop simple, trop grossière.

Cela procède,
à mon avis, de processus beaucoup plus inconscients, de processus
d’imprégnation. Mais, de fait, ce que l’on observe c’est que, quand bien même
Abdellatif Kéchiche n’aurait fait aucun compromis, aurait été intègre, aurait
réalisé son histoire, on ne peut que constater que la singularité, que
lui concède unanimement la critique, est en conformité, qu’il l’ait voulu ou
non, avec le grand récit idéologique du moment.

Ce n’est
peut-être pas sans lien avec cette conformation qu’on a pu constater à quel
point la critique cinématographique a généralement acclamé et soutenu le film
et que celui-ci a reçu, à ce jour, le prix Delluc ainsi que le prix spécial de la Mostra de Venise. Si la critique apprécie généralement l’ambivalence et la souligne
particulièrement pour ce film dans un y a des méchants partout salutaire
qui vient soutenir la fabrication d’un Tous égaux ! artificiel,
elle comporte malgré tout un point aveugle : si elle encense tant
l’ambivalence (le fameux tout n’est pas tout noir ou tout blanc), elle
ne remarque d’aucune façon que les jeunes hommes représentés dans le film ne
portent en rien cette ambivalence. Ce point, plutôt qu’aveugle, est tout simplement
aveuglé par le récit national sur les garçons d’origine maghrébine.

Dans Femmes,
Race et Classe
, Angela Davis s’intéresse de près à une œuvre de fiction et
à son retentissement :

« Une des
œuvres les plus populaires de la littérature abolitionniste fut La Case de l’Oncle Tom, de Harriet Beecher Stowe, roman qui rallia à la cause
anti-esclavagiste un grand nombre de gens – et plus de femmes que jamais.
Abraham Lincoln dit un jour de Harriet Stowe qu’elle était à l’origine de la Guerre de Sécession »

Il est évident
que le dernier film de Kéchiche et le roman de Stowe n’appartiennent pas à la
même Histoire. Malgré tout, une comparaison me semble envisageable, leurs
succès ayant, notamment, reposé sur la confortation d’une idée dominante, à
leurs époques respectives :

« Mais
l’immense succès que connut son livre ne doit pas faire oublier qu’il offre une
image complètement déformée de la vie des esclaves. Le principal personnage
féminin n’est qu’une parodie des femmes noires, une transposition naïve de la
figure maternelle, exaltée par la propagande culturelle de l’époque. Eliza est
l’incarnation de la maternité blanche, mais sous un visage noir, ou légèrement
noirci, parce qu’elle est « quarteronne ».

Peut-être Harriet Stowe souhaitait-elle que les lectrices
blanches de son roman se reconnussent en Eliza. Elles admiraient sa moralité
chrétienne, son infaillible instinct maternel, sa douceur et sa
fragilité : les femmes étaient incitées à cultiver ces vertus. »

L’évertuement
du personnage d’Eliza et la diabolisation des jeunes hommes d’origine
maghrébine dans La Graine et le Mulet peuvent être posés en
miroir puisqu’ils répondent tous deux aux exigences de ce que leur époque croit
bon et vertueux.

« Si
elles ont jamais existé, les Eliza ont fait figure d’exception parmi les femmes
noires. Elles n’étaient en aucun cas représentatives de celles qui
travaillaient sous le fouet, subvenaient aux besoins de leur famille, la
protégeaient et luttaient contre l’esclavage ; ces femmes qu’on frappait,
qu’on violait, mais qui ne se soumettaient jamais. »

« Quand
Harriet B. Stowe publia La Case de l’Oncle Tom, le culte de la
maternité était à son apogée. Dans la représentation qu’en faisaient alors la
presse, la littérature populaire et même les tribunaux, la femme idéale et la
mère idéale ne faisait qu’un. »

Comme dans le
cas de La Case de L’oncle Tom, le succès public et l’approbation
de la critique ne doivent pas faire oublier que La Graine et le Mulet offre une image déformée, ou plutôt, déjà cadrée, du garçon
arabe
. Le fils coureur ou les garçons voleurs ne sont qu’une parodie du
jeune homme d’origine maghrébine, une transcription naïve de la figure du garçon
arabe
, exaltée par la propagande culturelle en œuvre actuellement.

Par sa
propension au réalisme, ce film fait déjà effet de témoignage. Espérons que
l’Histoire ne lui donnera pas, comme cela a été le cas pour d’autres fictions,
valeur de témoignage. Le recul historique nous montrera peut-être ce que les
critiques d’aujourd’hui n’ont pas vu, comme cela a déjà été le cas dans
l’histoire du cinéma. Tout ce que l’on peut espérer c’est que ce film vieillisse
mal 
 : de nouvelles questions émergeront peut-être bientôt, des films à
venir en montreront peut-être les limites.

Mais pour
l’instant, à la mesure du néant qui existe aujourd’hui dans le cinéma français
pour ce qui est de la représentation de la réalité des familles issues de
l’immigration post-coloniale, ce film, notamment par sa sincérité, fait figure
de première fois. Espérons qu’il se verra bientôt supplanté par bien
d’autres films et qu’il nous fasse au plus vite la même impression de nouveauté
que nous fait aujourd’hui L’Arrivée d’un train à La Ciotat name="_ftnref18" title=""> class=MsoFootnoteReference>[18].

On ne décidera
pas si, par un telle assujétion aux discours dominants, Harriet B. Stowe ou
Abdellatif Kéchiche ont souhaité obtenir plus de crédit auprès de leurs
lecteurs/spectateurs blancs, mais on notera qu’ils ont, en tout cas, réussi à
les toucher. Et si Kéchiche ne relancera sûrement pas une nouvelle Guerre de
Sécession, il aura au moins partagé avec Stowe la même cible : les femmes.
Avec La Graine et le Mulet, il flatte à la fois les femmes
d’origine maghrébine qui se voient ici hyper positivées, mais également
un certain féminisme qui se réjouira de voir ses certitudes confirmées
puisqu’il a pour ennemi le garçon arabe, nouveau fléau de la modernité href="#_ftn19" name="_ftnref19" title=""> class=MsoFootnoteReference>[19].

À la sortie de
La Graine et le Mulet, la diabolisation du garçon arabe a
atteint, on l’espère, son apogée. La représentation qu’en font les médias, les
fictions populaires class=MsoFootnoteReference> style=';'>[20] et
même les tribunaux, construit et réduit le « garçon arabe » aussi
injustement que l’envisage Kéchiche : un voleur de mobylette inconscient
et irresponsable.

S’ils ont jamais existé les trois jeunes voleurs de
mobylette font figure d’exception parmi les garçons de cité. Qui a vécu en cité
ne peut que noter le peu de crédibilité de la scène finale. Qu’on lui pique la
mobylette qu’il laisse sans attache au bas de son immeuble : d’accord.
Mais que les gamins fassent preuve de sadisme envers ce vieil arabe et que, surtout,
ils ne la lui rendent pas la mobylette une fois qu’ils voient la tête de la
victime de leur forfait, ça n’est pas pensable.

Ça n’est pas pensable parce qu’on a beau être des
« sauvageons », « des hordes de barbares », de la
« racaille » ou encore « des bandes ethniques », on se
connaît et on se reconnaît dans une cité. Si Slimane n’habite plus la cité, il
l’a sûrement habité tandis qu’il vivait avec sa femme et, de toute façon, sa
fille, son fils et son ex-femme l’habitent encore. C’est peut-être un secret
que nous nous sommes bien gardé mais, qu’on se le dise, on ne fait pas ça aux
« darons class=MsoFootnoteReference> style=';'>[21] ».

Ces trois « garçons de cité » ne sont en aucun
cas représentatifs de ceux qui ont su, à plusieurs reprises, interpeller une
société entière et qu’on étouffe sous des couvre-feux et qu’on châtre en
décrétant l’état d’urgence, tous ceux qui, mieux qu’ailleurs, ont à porter,
plus qu’ailleurs, le rôle de « grands frères » qu’on leur a, bon gré
mal gré, assigné ; ces garçons qu’on stigmatise, qu’on discrimine, qu’on soumet
au harcèlement policier mais qui ne se soumettent pas et qui, contrairement à
l’interprétation de Kéchiche, ne sont pas ceux qui ont poussé nos pères
immigrés jusqu’à l’épuisement.

L’épuisement de nos pères immigrés c’est le travail à
l’usine des années durant, le travail dans le Bâtiment ou sur le chantier
naval, c’est le manque de fric, c’est le mépris du patron, c’est la honte
d’être qui on est, de parler le français qu’on parle, de pratiquer la religion
qu’on pratique, de porter le nom qu’on porte, d’avoir la gueule qu’on a.
L’épuisement de nos pères immigrés c’est de n’avoir jamais cessé d’être
rappelés à l’ordre sur la manière dont ils éduquent leurs enfants, dont ils
traitent leurs femmes, dont ils travaillent (le fameux « travail d’arabe »)
ou encore sur la manière de pratiquer leur religion. L’épuisement de nos pères
immigrés vient de tout ce qu’ils ont dû taire et de tout ce que l’on a dit à
leurs dépens.



class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[1] style='font-size:10.0pt'> Plus qu’une couleur, j’entends par
« blanc » une catégorie sociologique. Cf Le Mal-être Blanc,
Pierre Tevanian, www.lmsi.net

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[2] style='font-size:10.0pt'> Film de Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, Samy
Naceri, Roschdy Zem et Sami Bouajila, sortie le 27 septembre 2006

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[3] style='font-size:10.0pt'> « cheveux blancs » en arabe dialectal,
désigne les vieux immigrés maghrébins

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[4] style='font-size:10.0pt'> Premier film d’Abdellatif Kéchiche, sorti en 2001

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[5] style='font-size:10.0pt'> « Je suis une bande ethnique à moi tout
seul », Du cœur à l’Outrage, La Rumeur (feat. Serge Teyssot Gay), Discograph La Rumeur Records, 2007

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[6] style='font-size:10.0pt'> Sur cette question cf. le n°39 « Une vieillesse
illégitime » de la revue du Gisti, Plein Droit.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[7] style='font-size:10.0pt'> Cf. chapitre 3, « La métaphore
mémorielle », de La République du Mépris, Pierre Tevanian, La Découverte, 2007.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[8] style='font-size:10.0pt'> Sadri Khiari, Pour une Politique de la Racaille, Textuel, 2006.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[9] style='font-size:10.0pt'> Sur le même principe mais à propos de la censure cf. Sur
la Télévision
, Pierre Bourdieu, Raisons d’Agir, 1996.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[10] style='font-size:10.0pt'> Stop quelle violence ? Sylvie Tissot,
Pierre Tevanian, L’Esprit Frappeur, 2001

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[11] style='font-size:10.0pt'> Des beurettes, éditions Grasset &
Fasquelle, 2000.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[12] style='font-size:10.0pt'> « Ni pute, ni soumise ou très pute, très
voilée ? Les inévitables contradictions d’un féminisme sous
influence » de Nacira Guénif Souilamas, Cosmopolitiques n°4, juillet 2003.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[13] style='font-size:10.0pt'> Ces postures sont néo-coloniales en ce sens que,
comme « au temps des colonies », il s’agit pour les autorités de
« monter » la femme maghrébine contre les siens, de la désolidariser
de leur lutte. Cf. « De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni
Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniales de
la cause des femme », Houria Bouteldja, www.lmsi.net

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[14] style='font-size:10.0pt'> « Bilan d’un féminisme d’Etat. Récupérations
féministes et régressions politiques. », Sylvie Tissot, Femmes,
étrangers : des causes conccurentes ?, Plein Droit
, La Revue du Gisti, n°75, décembre 2007.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[15] style='font-size:10.0pt'> « La confiscation et l’instrumentalisation de la
cause des femmes issues de l’immigration : Ni Putes Ni Soumises »,
intervention de Fatima Ouassak lors du Parlement de l’anticolonialisme et
contre le racisme, 2006. Voir aussi le travail entamé par le Collectif des
Féministes Indigènes.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[16] style='font-size:10.0pt'> J’y suis, J’y vote ! Saïd Bouamama,
L’Esprit Frappeur, 2000.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[17] style='font-size:10.0pt'> Cf. Storytelling, La
machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits
style=''>, Christian Salmon, La Découverte, 2007

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[18] style='font-size:10.0pt'> Film des frères Lumières, tourné en 1895, qui a eu un
impact particulièrement durable étant donné son effet inédit à l’époque.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[19] style='font-size:10.0pt'> Cf. Les Féministes et le Garçon Arabe, Nacira
Guénif-Souilamas et Eric Macé, La Tour d’Aigues, Edition de l’Aube, 2004

name="_ftn20" title="">[20] J’entends notamment par « fictions populaires » le storytelling
et ses néologismes (la « voyoucratie »), mais aussi ces chansons qui
se sont retrouvées, il y a peu, propulsées en haut des charts : Koxie, Gare
aux Cons
, qui met en garde les jeunes filles contre ces garçons qui ont
« un sérieux problème d’éducation », et qui désignent explicitement,
notamment par son clip, les garçons noirs ou arabes et leur parler racaille
ou encore diverses parodies de Michaël Youn tournant au ridicule les codes de
la culture Hip Hop. J’englobe également sous l’intitulé « fictions
populaires » l’affaire dite du « RER D » qui, loin d’être
vraie, confortait tant le délire français sur le nécessaire sexisme et
antisémitisme des « garçons arabes » que sa vraisemblance a suffi
pour emporter le « délit imaginaire » de Marie L. dans le déferlement
médiatique que nous avons connu suite à son témoignage. Cf. l’appel Marie
n’est pas coupable ! Pour une lecture politique de « l’affaire
du RER D »
, www.lmsi.net

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[21] style='font-size:10.0pt'> Mot d’argot désignant les pères ou les parents

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Commentaires

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c’est le foulard dit "islamique" qui fait du tord, aux musulmanes, aux musulmans, au Coran.

ce bout de tissus que l’on dit "islamique" ?

Je vous lis régulièrement, je suis très étonnée par vos articles quand il s’agit des femmes, toujours orienté vers son enfermement, porter le foulard,le voile, la bourcard c’est l’enfement de la femme dans un monde moderne.

comment voulez-vous, que nos jeunes filles trouvent du travail avec un tissus sur la tête ?

arrêtez....

je suis musulmane et fière de l’être

certains de vos articles sont magnifiques, que je garde pour les relires et les envoyés a mes amis

ils sont novateurs, et modernes,

ils tranchent avec les lieux communs que l’on nous assènent quotidiennement.

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Ce qui fait mal chère Nora, ce sont les analyses infantiles qui croient expliquer des réalités immensement complexes par un facteur unique. Ce qui fait mal, ce sont les gens qui refusent autrui et stigmatisent des millions d’individus parce qu’ils ne pensent pas comme vous.

Votre commentaire impertinent et d’une ignorance abyssimale sur le hijab est plus qu’inutile, il reflète votre intégration des préjugés d’autrui qui sont devenus les votres. Avant de décider pour ces millions de femmes qui choisissent de porter le hijab, si c’est bien ou mal pour eux, ayez le courage de regarder en face les discriminations que subissent chaque jour un nombre incalculable d’hommes et de femmes.

En affirmant que le hijab ferme les portes à l’emploi, vous légitimez tous ceux qui font de la discrimination à l’emploi : pire vous les encouragez et vous vous placez dans leur camp.

Vos propos vous range dans le camp des discriminateurs et fait de vous une "Oncle Tom".

L’Islam et le Coran auquel vous vous referez ne sont pas celui de Dieu et du Prophète mais de tous les racistes et les ignorants qui méprisent la masse des musulmans de ce monde... ce qui incluent tous les intégristes laics algériens, tunisiens et autres qui écrasent leurs semblables au nom d’une modernité fictive et illusoire. UNe modernité qui n’est accessible qu’à cet minorité fortunée qui s’est enrichie en écrasant leurs semblables.

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Stella Magianni aborde là une question importante et grave : l’image du garçon arabe, en France. On est passé du travailleur immigré rasant les murs, osant à peine ouvrir la bouche pour acheter son pain à la "racaille" qui sème la terreur dans les trains (rappelez-vous "l’attaque" du train de Melun par des voleurs de portables)et brûle des voitures. Le second étant peut-être par réaction le fils du premier. On aime bien montrer les moches, l, ceux qui ne savent pas trop bien s’exprimer en français, les violents, les p’tits c..s, les extrémistes religieux, tout ça d’accord mais pas les types qui font bonne impression. Quelqu’un m’a dit un jour :"ça fait peur aux français"( !). Je le crois aisément car même dans notre entourage, nous remarquons que notre vitalité, notre créativité, dérangent. J’habite la banlieue et j’observe : les garçons souffrent. D’ailleurs même les "blancs" ! La différence est que eux font moins de bruit ... .

Autre remarque : bizzare ! peu de commentaires sur ce sujet !.

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salam, bonjour,

Et oui les filles maghrébines sont récompensées quand elles montrent leur corps, cette image de femme arabe qui danse devant les blancs me répugnent, quelque soit les motivations que l’auteur du texte à évoquer pour donner une raison à cette scène. Les occidentaux aiment que cette image perdure dans leur esprit de dominateur, et bien à nous autres femmes arabes de la briser et de briser les fantasmes des blancs. Ce film est truffé de stéréotype comme l’a bien relevé l’auteur de l’article, et disons que ce n’est que la nième fois que ça se produit dans le cinéma ou la télé.

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Nora tu dis clairement ce qu’il en est et ce que l’on dénonce, le voile est perçu comme un enfermement pour qui ?

Tu te contentes de l’argumentaire "monde moderne" (en Islam c’est du fétichisme).

"Monde moderne" ? Mais que veut dire ce concept ? Comme tu le dis, il veut dire qu’une femme voilée ne pourrait vivre normalement dans la société ? Et pourquoi donc ?

Au nom de quel concept archaïque ne pourrait-on pas être ce que l’on veut ? On m’invoque un interdit hypocrite "la laïcité", fin de non recevoir ? Et la modernité dans tout ça, la liberté de conscience et de choix ? Des concepts qui appartiennent à ceux qui font les lois et moi je subis, sans ne pourvoir mot dire sans être taxé de barbare, donc non. C’est abus de pouvoir.

Je conçois que strasse et paillette séduisent comme ils ont séduits les "beurettes" auxquelles le discours s’adressait mais ça n’est pas mon problème de fond (j’ai toujours pensé, ils font ce qu’ils veulent mais mon problème est que j’aimerai faire ce que je veux, ne pouvent pas, j’ai des doutes sur le fait qu’ils fassent ce qu’ils veuelent).

La question du voile n’a rien à voir avec la "modernité" concept fumeux, le monde change comme il change partout et pourtant, les constats des anciens font échos à l’époque actuel. Cette question renvoie à l’archaïsme identitaire.

Tu es musulmane et fière de l’être ?

Cette affirmation est une aberration, être musulman ça n’est pas une identité, à la rigueur tu peux dire tu es française et fière de l’être (ce qui ne veut pas dire plus pour moi mais bon). Pour en revenir au fait d’être musulmane, ce n’est pas un acquis, pas un tatouage, c’est un acte continue (c’est être dans ses actes, pas juste un rituel quand l’occasion s’y prête sinon on verra plus tard). Si tu es honnête avec toi même fait le bilan et tu verras qu’on a plutôt tendance à verser dans l’hypocrisie islamique que dans l’acte continue (et pour cause tu ne vivrais pas mieux, si tu pouvais pratiquer comme tu l’entends sans que ce soit une contrainte ni pour toi ni pour les autres ?). Cette société a 14 siècles de retard.

C’est d’ailleurs ce qui a généré les problèmes au sein de la société française et occidentale. Le musulman ne demande qu’à pouvoir être et en face on perçoit cela comme un danger, car le musulman à la force de sa foi, par nature le musulman du fait des efforts qu’il réalise sur lui même partage volontiers avec les autres. Les "autres" ont souvent peu à lui dire, alors oui le musulman dans la société fétichiste occidentale peut séduire sans même le vouloir. Mais qu’a-t-on à lui opposer ? De cette réflexion est né la réponse 2003, on va déplacer le sacré les esprits vers "république, démocratie, laïcité et liberté de la femme". La femme est le véhicule des "valeurs" de l’homme. La maghrbine est donc la cible priviliégiée de part la difficulté de sa condition, comme pour ses frères, mais la femme est docile pas l’homme. La femme a naturellement une grande influence sur l’homme, il suffit donc de mettre les bonnes valeurs dans l’esprit de la femme, elle saura jouer des apparences, et le tourest joué. Raffarin "l’intégration passe par la femme".

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Analyse formidable et tres profonde de La Graine et le Mulet.

La diabolisation du garcon arabe :
Selon Pierre Tevanian « Être blanc n’est pas avoir une certaine couleur mais occuper une certaine place. ».
A.Kechiche serait-il devenu blanc sans en avoir conscience ?

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Suite de la réflexion après les remarque à Nora, versons de l’eau dans notre vin (ce qui fait de l’eau puisqu’il n’y a pas de vin ;-) )

Considérons les choses d’un point de vue Macro :

La densité de la population et sa croissance. Pour les sociétés occidentales, le contrôle de la femme correspond, aussi, au contrôle des naissances. La distinction homme-femme n’ayant pas de sens en soi, le féminisme sous toutes ses formes a pour finalité la limitation des naissances et le développement de l’individualisme (qui permettrait de faire tourner la machine économique au régime maximum).

On sait parmi les points qui ont été évoqué en cette période dite assimilationniste que la projection de la population maghrébine au sein de la population française est source d’interrogation pour ne pas dire de fantasme.

De même qu’aux Etats-Unis où la progression démographique de la dite communauté hispanique induit selon les analystes des modifications dans les rapports de force socio-économique et donc politique.

Lorsque l’on observe les critères démographiques (naissance, répartition de la population, ...) des nouveaux pays intégrant l’UE, on note la similitude des courbes et données avec celles des pays de l’UE. Ce critère explique sûrement le choix des pays admis et ceux non admis (il y a la Turquie mais pas seulement).

Bref, on a donc un vecteur appelons le occidental dont la modernité se traduit par la recherche de l’optimum dans la gestion des rapports stabilité/richesse/population (c’est plutôt banal au regards de l’Histoire, ce qui a changé dans la forme c’est la méthode : industrialisation).

A partir de là, on conçoit également que l’occidental puisse considérer les populations à démographies différentes comme des concurrentes ; la population maghrébines a deux caractéristiques importantes : croissance rapide et population majoritairement jeune.

Un exemple significatif :

La population algérienne était de 27 millions en 1993, elle est passée à 33 millions en 2003 (+6 millions en 10 ans).

En 1998, les moins de 20 ans représentaient 48,2% de la population...

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Salam, salut,

il serais intéressant de savoir si ce film trés long (+ de 2h30...) n’a pas subi de découpage au montage et si toutes les scénes écrites dans le scénario ont été tournés ? Le film a beau être aboutie l’auteur avait-il prévu initialement de développer un peu plus certains personages (comme ces "garçons arabes" ici directement incriminés) afin de donner des motivations plus tangibles à leurs actes ?
Loin de moi l’idée de detaxer l’auteur des ses propos même si j’ai l’impression qu’ils étaient inconscient... Personelement je pense que l’article de toutes façon mets bien en avant les dynamiques en place en matière de dicrimination et les rapports complexes entre dominés et dominants.
Inshallah, l’auteur prendra note des critiques et ajustera dans ses prochains films ses impressions sur les réalités de la société française.

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salam : à nora . que te dire de plus ; karim b et le commentaire non signé t ont bien répondu . nora il ne suffit pas de dire que je suis musulmane est fière de l être pour que cela à un sens . être musulmane (mouslima) c est quelque chose de plus profond que l apparence à laquelle tu tiens . l apparence c est pour plaire à l autre , ton semblable . mais pour plaire à DIEU il faut lui se soumettre et sans concession . l effet d appeler le (hijab) ou le (khimar)comme ALLAH l a nommé dans son sainT CORAN , comme un bout de tissus sur la tête ,explique ton entière ignorance sur la religion à laquelle tu prétends appartenir . pour l amour d ALLAH et le respect pour celles qui pratiquent le mieux qu elles peuvent leurs foi dans un milieu hostile . épargnes nous tes commentaires . et vis ta vie comme il te semble , car c est à ALLAH que tu dois, un jour rendre compte ; et non pas à l autre . et surtout quand l autre c est l ennemi de DIEU . salam moha de (08)

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Bonjour à tous,

Je ne suis pas d’accord avec cette analyse du film. C’est un film en effet formidable, car abordant l’ensemble de la réalité sociale de la France : Le racisme, les tranformations des liens familiaux, les mariages mixtes, les vieux travailleurs immigrés, le néolibéralisme qui broie les individus... Quand à l’histoire du garçon arabe, vous oubliez un personnage important, le fils cadet de Slimane qui l’aide à retaper son bateau, personnage attachant s’il en est. Quand au fils ingrat et violent avec sa femme, notons que la fin du film n’est pas de son fait, mais involontaire. Par ailleurs, par ce personnage, on aborde l’aliénation qui peut exister chez certains descendants d’immigrés, dans nos banlieues, sous l’effet de la violence symbolique (Etat, capitalisme, échec scolaire...) qu’ils subissent. On ne peut pas nier une certaine perte de filiation chez certains jeunes de la nouvelle génération, une perte de la mémoire (ouvrière) de leur père, une perte de l’estime des pères (combien de jeunes rejettent l’héritage ouvrier, au bénéfice de la recherche d’"oseille", dans le sens du libéralisme ambiant ?) qui se voit chez les "voleurs de mobylettes". Nul ne peut le nier, une partie des plus jeunes se marginalisent, ont perdu leurs repères et peuvent faire souffrir autrui "gratuitement". C’est en voyant les causes historiques, sociales, économiques, de cette aliénation, que l’on est réellement progressiste. C’est en cela que la fin du film est très triste. Néanmoins, le père laisse à ses enfants quelque chose, un hériatage qui fera la fierté de ses enfants : le bateau.

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Chère Stella,

J’apprécie votre témoignage, sincère. Sachez quand même que votre texte a bien failli m’éloigner du film. Je viens finalement de voir le film car on m’y a poussé... J’avais en tête une de vos idées fortes (heureusement ce n’est pas pas la seule) qui pour la résumer est "Malgré le caractère inédit et intéressant sous bien des aspects, le film de Kechiche fait peser sur les garçons arabes (le fils de Slimane, et trois jeunes idiots vivant en cité)la responsabilité de l’échec de la soirée"

Je dois dire que c’est un peu voir ce film avec des lunettes spéciales... que je n’avais pas avec moi.

Tout d’abord, j’ai l’impression que vous oubliez que nous sommes face à du cinéma tout simplement. J’ai été particulièrement stupéfait de la capacité de ce film à me questionner et ce PENDANT le film aussi bien qu’après... Ils sont rares aujourd’hui les films qui nous permettent de nous penser. La durée des séquences joue.Surtout j’ai été impressionné par tous les efforts faits par Kechiche pour éviter tout processus d’identification. Cette histoire est dans un certain sens peu crédible, ce qui compte ce sont les à-côtés. Avez-remarqué que l’on ne voit le plan général de la cité qu’à la fin du film ? Qu’il a soigneusement évité toutes questions liées à l’Islam ? Qu’on ne parle pas de politique, de représentation, de discrimination à l’embauche ? Comme s’il avait voulu évacuer ces sujets qu’affectionnent tout particulièrement le monde médiatique ? Il a voulu nous proposer autre chose et je l’en remercie...

J’aime votre texte, nourrit de citations intéressantes mais je trouve ce texte étrange. Je n’ai pas vu ce que vous vu. Je n’ai pas vu que Majid était cet élément scénaristique, qui inconsciemment, stigmatise les garçons arabes que je suis. Il a décidé de montrer des femmes de façon inédites, aucune ici n’est victime de son mari, si ce n’est la femme de Majid, justement. Sur la danse de Rym, je me pose encore des questions. Je pense que Kechiche a cherché à nous faire partager cette attente du couscous, et ce qui s’en suit, pour nous mettre face au destin de ces personnages, nous impliquer réellement comme spectateurs et non comme voyeur.

Il me faudrait trop de temps pour vous répondre et agencer mes pensées.

Sachez, que j’ai pensé et pense beaucoup sur ce film, et qu’à mon avis le cinéma c’est fait pour ça. Pas de didactisme, de démonstration.

merci à Kechiche pour tout ça et merci à vous.

J’ai une question pour vous, pourquoi utiliser ainsi ce film pour étayer votre thèse.Ne pensez-vous pas que vous exagérez un petit peu, que votre thèse principale sur le film est peu probante, aussi trompeuse que peut l’être la bande annonce du film sur son contenu.

Nasredin

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La grande originalité de la période que nous traversons c’est qu’aujourd’hui on a des films faits par des bronzés, montrant des bronzés, à destination des bronzés mais au contenu idéologique blanc. Des films qui ne cherchent pas à refléter fidèlement la réalité mais qui sont au contraire destinés à agir sur cette réalité, à la conformer.

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Je ne pense pas qu’il existera en france un Film ou les garçons arabes seront présentés comme les autres arabes. ce film là ne sera jamais financé. Les médias (TV et Cinéma) sont devenu un dangereux outils de propagande pour véhiculer les cliches sur les étrangers noirs et maghrébin. Il serait interressant de réaliser des enquêtes sur le fait que quand un film mettant en scene des maghrebins il y a volonté manifeste de noircir les traits de certaines communauté. cES FAITS ont été rapportés par des réalisateurs à qui on demandait de forcer cetains traits(dans l senns négatif) lorsqu’un des personnages est censé être un musulman.

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Salam alaykoum,
Merci fatiha !
Je suis tout à fait d’accord avec toi !

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"C’est un film qui nous ressemble, qui parle comme nous, qui mange comme nous, qui aime comme nous."
Je pense plutôt que ma mère aurait craché sur ce beau-fils qui raconte à table les bruits de ses ébats amoureux.
Encore une fois, une certaine élite de maghrébins francisés nient la conservation des valeurs dans nos cultures, pour se rapprocher de leurs collègues français de luttes de libération sexuelle.

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Je ne sais pas si c’est le hasard ou un jeu de mot du titre, mais je crois que plusieurs hommes de cinéma apprécient les garçons arabes, pas nécessairement selon les principes de l’Islam le plus orthodoxe. Les garçons arabes semblent aussi apprécier le cinéma
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