Les cinéphiles et le garçon arabe

Comme le montre Nacira Guénif Souilamas les filles d’immigrés maghrébins sont victimes de leur succès. P

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lundi 11 février 2008

Comme plus de 400 000 spectateurs, je suis allée voir La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kéchiche et comme un certain nombre de spectateurs d’origine maghrébine j’ai été, pendant une bonne partie de la séance, très émue. Cette émotion, que j’ethnicise presque, n’est pas sans raison. La Graine et le Mulet n’est certainement pas le premier film traitant d’une famille issue de l’immigration maghrébine, mais ma mémoire de spectatrice recèle tant et tant de films faits par des blancs[1], avec des blancs, sur des blancs, pour des blancs, qu’ils encombrent sûrement et suffisamment mes souvenirs pour m’empêcher de trouver des équivalents au tableau de Kéchiche.

Et puis, il y a la manière : une manière toute particulière qui ne fait pas jouer aux « arabes » le second rôle mais bien les rôles principaux, qui ne dessine pas la trajectoire dramatique de quelques « galériens » ou d’un(e) « déraciné(e) » en quête d’identité, mais qui se tisse autour d’une famille dans sa quotidienneté, dans ses lieux communs et dans son incommunicable, qui prend le temps de se dire (le film dure 2h30), et une langue pour se dire.

On a très vite, en avançant dans le film, l’impression qu’il va nous donner un autre visage, au sens propre comme au sens figuré — ne serait ce que parce qu’il ne compte pas dans son casting un des acteurs du film « Indigènes »[2].

C’est un film qui nous ressemble, qui parle comme nous, qui mange comme nous, qui aime comme nous. Pour un peu, on croirait presque appartenir à un universel, et pour tout vous dire, nous y sommes si peu habitués que l’émotion n’en est que plus forte.

La Graine et le Mulet raconte l’histoire de Slimane, ouvrier sur un chantier naval de Sète, trop vieux aux yeux de ses supérieurs pour encore fournir un travail rentable. Il se voit remercié par son patron après 35 années au service de l’entreprise (dont seulement 15 « déclarées »). Contrairement au souhait de ses fils de le voir « rentrer au bled », Slimane va utiliser sa « prime » de licenciement pour restaurer un bateau qui rouille sur le port afin d’en faire un restaurant où il envisage servir une spécialité cuisinée par son ex-femme : le couscous au poisson.

Il va être soutenu dans ses démarches (auprès de la banque, en vue de sa demande de licence et auprès d’un conseiller municipal) par la jeune Rym qui l’aime et le chérit comme un père. Rym est la fille de la nouvelle compagne de Slimane, propriétaire de l’hôtel où il vit désormais, entouré par bien d’autres chibanis[3].

Ses difficultés à obtenir les autorisations et le prêt nécessaires à la réalisation de son projet l’amènent à organiser, sur le bateau enfin restauré, une soirée de préfiguration à laquelle il invite tout le gratin sétois à venir goûter au fameux couscous. Il s’agit de tous les convaincre de sa crédibilité et de la viabilité de son commerce. Ses filles, ses belles-filles et son ex-femme, bref, toutes « ses » femmes, mettent vaillamment la main à la pâte : elles préparent le couscous, assurent le service et veillent à la satisfaction de cette assemblée de blancs bientôt exécutive. Les chibanis aussi jouent un rôle important dans cette soirée de « réhabilitation » du vieux Slimane : ils assurent, sur scène, la musique.

Comme je le disais, j’ai été très émue pour une bonne partie de la séance, mais le dernier quart du film m’a fait l’effet d’une douche froide. Moi qui m’étais cru dans cet entre-nous, dans cette approche différente qui faisaient finalement de nous des gens comme tout le monde, des n’importe qui — des « singularités quelconques », pour reprendre l’appellation d’Agamben — j’avais cru entrevoir la validation de cet universel auquel nous aussi nous pourrions croire appartenir, et c’est finalement cet autre universel qui, comme un couperet, et venu, une fois de plus, nous barrer le chemin. Cet universel à la française qui nous discrimine, nous déshumanise, nous maltraite — et maltraite, surtout, « nos » garçons.

Le rêve de Slimane tourne au cauchemar.
La question que pose le film, et qui se pose plus explicitement au creux d’une réplique de l’un des chibanis : est-ce que nos pères immigrés ont immigré pour rien ? Slimane doit en effet prouver, à lui-même comme à ses enfants et à la société française  représentée dans le film, mais aussi spectatrice du film — qu’il n’a pas immigré pour rien. Pour cela, les personnages de chibanis et de femmes d’origine maghrébine mobilisent toutes leurs forces, des forces surhumaines. Et il n’en faudra pas moins.

Le film met en valeur une nouvelle ère pour les Français d’origine maghrébine : les pères immigrés sont vieux, meurent, sont morts ou mourants, et leur mémoire est déjà à réhabiliter. Il y va de l’avenir de leurs enfants dans la société française.

Et qui vient salir cette mémoire ? Qui vient briser le rêve de Slimane ? Qui, plutôt que de l’aider à courir vers une nouvelle gloire inespérée, s’acharne à le faire courir jusqu’à l’épuisement ? Pas les autres chibanis, qui comprennent. Pas les femmes, qui supportent. Pas même la banquière, qui veut bien entendre, ni même le conseiller municipal, qui finit par être convaincu du quand on veut, on peut. Pas même le patron, qui vire, mais qui indemnise, et même, qui reconnaît le tort commis.Ce n’est plus La Faute à Voltaire[4] mais bien la faute aux« garçons arabes ».

Le dîner rédempteur tourne au drame. D’abord, par la faute du fils. Il a une trentaine d’années, tout au plus, marié à une femme qu’il maltraite, il est le père d’un enfant dont il ne s’occupe pas. Il trompe sa femme, tous le savent. Il a tous les traits de l’hétérosexuel brutal, sexiste, qu’on désigne le plus souvent sous les traits du « mec de cité » ; il a tous les traits du « garçon arabe » qu’une large masse des discours médiatiques et politiques s’acharnent à nous « vendre ». Parce qu’au début du repas il remarque, attablée parmi les prestigieux convives, une de ses maîtresses, dans sa lâcheté prévisible, il s’enfuit, emportant par mégarde la graine (la semoule), restée dans le coffre de la voiture. Sans la précieuse semoule, impossible de servir le plat pour lequel tous sont venus.

Slimane part alors vers la cité où vit son ex-épouse, attendant qu’elle lui prépare, on suppose, une nouvelle « cargaison » de couscous. Il ne la trouvera pas chez elle. Interviennent alors les autres coupables, qui sont autres mais qui, en fait, appartiennent au même archétype que le fils, celui du « garçons arabes ». D’une quinzaine d’années, ils ont volé la mobylette que Slimane a laissée au pied de l’immeuble. Commence alors une espèce de corrida, qui s’achève, dans les règles de l’art, par une mise à mort : les trois gamins chevauchant la mobylette font délibérément courir Slimane, qui les course en vain dans la cité avant de s’écrouler, à bout de souffle.

Ce qui m’a gêné ce n’est pas tant la manière dont s’échafaude le récit mais bien à quel point il se plie à l’air du temps. Cet air lourd, qui imprègne tout ce qui nous entoure et qui va jusqu’à asphyxier la pensée.

Nous ne sommes pas des n’importe qui, nous n’avons pas ce privilège  : nous sommes la « racaille », nous sommes des « voyous », des « délinquants », des « sauvageons », nous sommes « l’insécurité », nous sommes « la violence urbaine », nous sommes des « barbares », des « casseurs », nous sommes la « bande ethnique », nous sommes « les émeutiers », nous sommes « homophobes », « sexistes » et « antisémites », nos quartiers sont « sensibles », nous sommes les « élèves en difficulté »[5].

L’idéologie dominante est comme un bruit de fond, une petite musique ambiante : on en reprend l’air sans même s’en rendre compte.

Une vieillesse illégitime

La vieillesse des immigrés arabes, le nécessaire repos voire même l’incapacité qu’elle entraîne, alors que, si longtemps, on n’a toléré et justifié leur présence sur le sol français qu’en tant que main d’oeuvre, qu’en tant que force de travail, et qu’aujourd’hui encore, le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Nationale ne parle que d’« immigration choisie », de quotas, de flux de marchandises à gérer en fonction de l’offre et de la demande, cette vieillesse ne peut apparaître que comme une incongruité totale, pour reprendre la formule d’Abdelmalek Sayad.

Que font-ils encore ici ? Pourquoi ne rentrent-ils pas « au bled » ? C’est la question que posent à Slimane ses fils, mais c’est aussi la question que pose la société française aux immigrés vieillissants. Si cette question n’est pas ouvertement posée, elle devient en tout cas explicite en regard du peu d’intérêt social qu’on accorde à tous ceux qui ont eu l’outrecuidance de rester, de « regrouper » leur famille sur le territoire français.

Qu’ont-ils encore à donner ? C’est la question qui semble peser sur cette vieillesse illégitime[6]. Leurs forces ne sont plus suffisantes pour fournir un travail rentable (c’est d’ailleurs à ce titre que Slimane est licencié), on n’attend plus rien d’eux, même pas — surtout pas — leur mémoire : lorsque tant nous mettent en garde contre l’overdose mémorielle, ils excluent, non seulement, les colonisés et les descendants de colonisés de toute appartenance à l’Humanité, puisque indignes de figurer dans l’Histoire[7], ils exigent « de ceux qui ont tout oublié, à qui l’on impose de tout oublier pour mieux les opprimer, de renoncer à se souvenir [8] », mais ils dénigrent aussi, avec une brutalité déconcertante, le silence imposé à nos pères, à nos grands-pères.

Un silence imposé parce qu’en tant qu’ouvriers, en tant qu’exploités, en tant que main-d’œuvre déportée à des fins spécifiques, occupés au travail comme pourraient l’être des bêtes de somme, occupant les postes les plus dégradants dont les français ne voulaient pas, ils ont traversé des années dures, où l’on ne se nourrit que pour tenir bon sur le chantier, où l’on n’a de temps que pour l’entreprise ou très peu pour soi — en tout cas pas assez pour prendre le temps de dire. Un silence imposé aussi parce que leur parole a été socialement dévalorisée : que vaut la parole d’un terrassier, d’un o.s., d’un agent de la propreté publique ? Mais encore parce que leurs langues, leurs cultures, leurs traditions et leur religion ont été disqualifiées.

C’est assurément avec l’honnête volonté et la légitime nécessité de réhabiliter nos pères — et plus précisément son propre père, comme Kéchiche le signale dans de nombreuses interviews — que s’est écrit La Graine et le Mulet.

Cette volonté de réhabilitation des chibanis s’exerce dans le fil même du récit (la trajectoire de Slimane qui, d’obstacles en obstacles, apporte la preuve d’un désir farouche de porter un projet bien à lui alors que tout le disqualifie) mais aussi dans la distribution du film (qui donne le premier rôle à un immigré, trop vieux pour travailler aux yeux de ses patrons, et qui l’entoure, notamment, d’un chœur constitué d’autres chibanis). Kéchiche, et ses talents indéniables de dialoguiste, leur donne non seulement la parole, mais aussi une parole bien à eux (pour preuve la longue scène qui s’étire, de manière justifiée, pour laisser la parole aux pensionnaires de l’hôtel où loge Slimane : ils s’y montrent cancan, fins d’esprit, politiques et tendres).

Si on ne peut pas dire qu’Abdellatif Kéchiche les idéalise (le cinéma n’en est évidemment pas encore à attribuer à des maghrébins des pouvoirs de super-héros : avant de pouvoir satisfaire les critères d’un Idéal, il faut, au moins, déjà remplir ceux d’un humain quelconque), on peut dire qu’il les humanise, et j’ai déjà souligné plus haut à quel point cette réhumanisation était salutaire.

En plus de faire entendre leur parole, rarement audible, Kéchiche leur donne aussi, en la personne de Slimane, une possible sortie de leur invisibilité, une saillie envisageable hors de la volonté bureaucratique, de l’acharnement historique et de l’intérêt social proposé jusque-là. Kéchiche donne à voir de l’immigré maghrébin une puissance, souvent niée, sur son destin : Slimane défie l’assignation symbolique qui lui a été faite et exerce sa singularité en menant, coûte que coûte, ce projet de restauration d’un bateau (aussi usé que lui) et l’union des siens (des siennes, plus précisément) à l’œuvre pour ouvrir et faire « tourner » ce restaurant.

Des femmes qui assurent

Sur le même rang que les chibanis, occupant autant la distribution et portant aussi bien le récit : les femmes. On peut même dire qu’elles tiennent une place encore plus importante, puisqu’elles sont non seulement tout aussi nombreuses mais aussi plus différenciées : adolescente, jeune femme, épouse d’un maghrébin ou épouse d’un blanc, ex-femme ou maîtresse, filles, belle-fille ou petite-fille, fille d’adoption, elles y sont diversement représentées.

Dès lors leurs stratégies de résistance et leur pouvoir sur le fil de l’action sont multiples : l’une pousse son mari à l’insurrection contre son patron, l’autre console l’amant qui, terrassé par son licenciement, n’arrive plus à bander, l’une « couvre » le frère coureur, l’autre le sermonne, l’une prépare l’assiette de couscous pour son ex-mari, l’autre, plus jeune, aide le plus vieux à constituer un dossier et à affronter les obstacles administratifs, et toutes cuisinent, servent et épousent la cause de Slimane.

Et alors qu’on les croit céder au folklore, se plier à l’injonction d’exotisme qu’il leur est faite, répondre à un certain goût dégradant pour l’orientalisme, là encore, elles résistent : la scène finale, qui comme je l’ai dit, montre la course éperdue de Slimane, est montée en alternance avec une autre corrida, celle du personnage de Rym sauvant la soirée de l’impatience, de mauvaise augure, des bienfaiteurs, en les divertissant grâce à une danse du ventre très suave. Bien que cette suavité peut paraître très dérangeante, tant elle ne semble pas appartenir au personnage de Rym qui n’en fait aucunement usage avant cette scène finale, il ne faudrait pas croire que Kéchiche, mettant en scène cette danse du ventre, se place dans la pure reproduction d’une arabité acceptable.

Ce que nous montre cette scène, c’est qu’il y a bien une attente blanche de la danse du ventre. Avant même que le personnage de Rym ne monte sur scène, la scène développant le début du repas est déjà érotisée. Et cet érotisme ne vient pas de n’importe où et ne se dirige pas vers n’importe quoi : les hommes blancs sont avinés et s’inquiètent de savoir si les seins d’une des filles qui assurent le service sont « du vrai ou du faux ». Comme répond une des filles en cuisine : « chez nous, y a que du vrai ».

Et justement, la vraie, la juste arabité incarnée dans cette danse du ventre c’est de savoir ruser avec les attentes des blancs, de se réapproprier, de resignifier et d’instrumentaliser le stéréotype qui nous écrase : il s’agit de devenir acteur de l’archétype qui nous échoit dans une stratégie personnelle de résistance. On voit bien combien les blancs sont ébahis devant cette beurette qui leur offre cette danse du ventre et on sait, surtout, qu’on n’a pas vu Rym s’évertuer à danser à un autre moment du film, seule ou parmi les siens, on ne lui connaît pas ce savoir, pas avant qu’elle ait à s’en servir contre l’irritation des blancs. Il s’agit là de la capacité du dominé à instrumentaliser, face au dominant, son stigmate. Nous ne sommes donc pas qu’en présence d’une aliénation mais bien dans l’exhibition d’un cliché, utilisé ici comme ressource possible, pour le dominé, afin de se sortir d’une aporie.

On regrettera, au passage, que la bande annonce n’est pas fait preuve d’une telle ingéniosité, puisqu’elle ne consistait qu’en une production de visuels orientalistes, proposant ainsi aux spectateurs de s’en satisfaire et d’y soigner son impatience, aussi bien qu’une danse du ventre devant une assemblée de blancs…

Les blancs ou la violence rationalisée

À ces deux groupes positivés — les femmes et les chibanis — un autre groupe est censé s’opposer : celui des blancs, des patrons, des banquiers, des administrateurs, du pouvoir.

Voilà pour ceux qui nous sont présentés comme faisant obstacle à Slimane et à son projet rédempteur. Mais, comme je l’ai signalé en introduction, ceux qui lui feront véritablement obstacle sont loin d’être de ceux-là. Prenons tout de même acte que le patron qui licencie Slimane est certes présenté comme un obstacle, et sa proposition est clairement désignée comme injuste (la prime de licenciement est trop faible puisqu’elle ne prend pas en compte les vingt années durant lesquelles Slimane a travaillé sans être déclaré).

Mais à lui, au moins, Kéchiche donne sa chance : il s’agit d’un acteur qui y croit et d’un personnage tout du moins humanisé. D’autant plus, qu’une scène succédant au licenciement (une discussion entre Slimane et son gendre) fait apparaître la dimension « macro » de ce licenciement : la mondialisation. Cette cause « macro », qui dépasse l’injustice, et finalement, le choix singulier de ce patron, permet, dès lors, de ne pas renvoyer la violence exercée par le licenciement uniquement à une subjectivité malveillante. C’est la faute à la logique économique. Cette logique économique offre une rationalité au licenciement et à la prime insuffisante, qui ne se voit pas légitimée mais qui, au moins, est dite et qui, par là même, décroche la violence exercée par le patron de toute subjectivité malveillante ou, par exemple, raciste.

On donne sa chance et une parole au licencieur, comme on en donne tout autant à l’obstacle suivant : la banquière. Elle est certes montrée comme faisant preuve d’un peu de condescendance et on ne pourrait nier qu’elle participe à une scène présentée comme violente. Malgré tout, elle parle très gentiment à Slimane, — et à Rym venue l’appuyer — elle le connaît et le reconnaît et met, sans aucun doute, toutes les formes pour être aimable. S’il y a quand même au creux de cet échange une violence structurelle, elle est posée de manière fine et nuancée, se justifie par la légèreté du business plan présenté par Slimane et, encore une fois, s’accorde avec une cause « macro » : le fait que la banquière soit obligée d’en référer à ses supérieurs et, plus simplement, le fonctionnement même des prêts bancaires. Là encore, c’est la faute à l’économie.

Même chose, enfin, avec le conseiller municipal : même s’il est plus abrupt et plus méprisant que les autres protagonistes, il finira par ouvrir les portes à Slimane au titre du quand on trime, ça paye, tant la soirée de préfiguration l’aura convaincu.

Le seul racisme qu’on nous présentera finalement comme tel, sera le pur et dur des restaurateurs concurrents  ; mais là encore, il sera rattaché à une causalité simpliste : la concurrence économique.

Chez Kéchiche, il n’existe donc pas de racisme systémique, structurel, mais bien qu’un racisme dû aux intérêts économiques.

On accordera donc à La Graine et le Mulet que cette œuvre montre effectivement que les portes sont fermées, mais euphémise cette injustice et la met en perspective.

La seule chose qui ne soit pas mise en perspective, c’est la violence du fils et des voleurs de mobylette.

Le « garçon arabe » ou la violence diabolisée

Là où la violence exercée par le patron, par la banquière et par tous les autres blancs est dite, rationalisée et drainée par une certaine logique, rien de tout cela dans le cas du fils qui maltraite sa femme et dans celui du vol de la mobylette qui entraînera l’effondrement de Slimane. Je ne dis pas que cela serait simple à dire mais qu’il n’y a rien dans le film pour que cela puisse être dit. Les voleurs de mobylette, ni même d’autres garçons de leur âge, n’ont d’existence dans le film, sinon dans la mise à mort de Slimane. On n’accorde rien à ces personnages.

On donne leur chance et une parole au licencieur, au conseiller municipal, à toutes les puissances blanches, on les contextualise alors qu’il n’y a aucun discours des jeunes garçons eux-mêmes, ni même meta discours, qui expliqueraient que ce ne sont pas seulement des fous dangereux, des irresponsables, des sadiques, des sous-hommes, pour avoir pu faire ce qu’ils ont fait.

Cette omission, cet évident manque de rationalité, cette absence totale de liens logiques, ne se sont pas construits par hasard. Ils sont conformes à une idéologie dominante et si on pourrait être amenés à dédouaner Kéchiche de sa responsabilité individuelle dans la propagation de cette idéologie dominante tant cela procède d’une mécanique complexe, il est surtout important de comprendre que ceux qui la font fonctionner sont autant manipulateurs que manipulés. Ils manipulent d’ailleurs d’autant mieux qu’ils sont eux-mêmes manipulés et inconscients de l’être[9].

Cette manipulation est, notamment, irriguée par une idéologie mise en place au nom du féminisme.

Les violences des « mecs de cité », des « jeunes de banlieues », sont médiatisées, dramatisées et instrumentalisées tandis que d’autres violences, plus systémiques, qui touchent toute la population française mais plus particulièrement et plus spécifiquement les plus précaires, et donc ces mêmes habitants des banlieues, sont euphémisées, minimisées voire niées. Le chômage, la précarité, le racisme sont de ces autres violences[10] qui acculent le personnage de Slimane. C’est pourtant la violence symbolique de son propre fils (sa lâcheté et, du coup, le fait qu’il se désolidarise des siens) et la violence de « petits voyous » des jeunes de sa cité qui seront présentées comme fatales à Slimane.

Une lecture de la fiction de Kéchiche envisagée avec les relents les plus prégnants de l’idéologie dominante est d’autant plus évidente quand on prend en compte à quel point tous les rôles féminins sont positivés. Leur rôle est principal et cette posture d’héroïne ne s’écrit pas uniquement au creux de La Graine et le Mulet, elle est écrite par avance : les discours politiques et médiatiques, parés dans une posture féministe, ont assignés à la jeune maghrébine un rôle convenu, celui de l’héroïne.

Comme le montre Nacira Guénif Souilamas[11], les filles d’immigrés maghrébins sont victimes de leur succès. Plébiscitées (sauf quand elles sont voilées, et, assurément, point de voilées dans La Graine et le Mulet), on s’évertue à nous les figurer recelant des ressources cachées (Rym, de son acharnement à porter le projet de Slimane à sa danse du ventre, en est la plus forte incarnation).

En illustrant au cœur de sa fiction un imaginaire déjà développé par un certain féminisme allié au républicanisme (celui, entre autres, des Ni Putes Ni Soumises)[12], Kéchiche retend la fracture entre deux camps : le camp de la beurette et le camp du garçon arabe.

Sans même parler de la caricature grossière des jeunes voleurs de mobylette, on peut voir à quel point le portrait du fils volage de Slimane participe au tableau désormais entendu de la stigmatisation du garçon arabe  : tandis que les filles, toutes sans exception, sont du côté du père, le bon travailleur immigré honnête et méritant, le fils et, non seulement, un « salopard » dans le privé mais, de surcroît, un fumiste au travail.

Il travaille dans le tertiaire et il y travaille mal : peu consciencieux, tandis qu’il doit assurer une visite guidée à bord d’un bateau, il quitte son poste, laissant une collègue dans l’embarras, pour aller faire l’amour à une maîtresse dans la cale. Ceci va tout à fait en opposition avec le père dans son rôle de travailleur soigneux possédant un véritable savoir-faire. Le gendre de Slimane est le seul garçon qui échappe à ce discrédit mais c’est au prix de marcher sur les pas du beau-père, le bon gars de « la première génération » : il occupe le même poste, sur le même chantier, et comme le fait remarquer son épouse, il « ferme sa bouche » devant le patron.

Un féminisme qui fait du tort aux femmes

En relayant ces discours néo-coloniaux[13] et en les illustrant si nettement, Abdellatif Kéchiche ne fait pas seulement du tort aux « garçons arabes » mais également à celles qu’il croit encenser à juste titre. D’abord parce que, comme pour les garçons stigmatisés, en nourrissant un prêt-à-penser qui existe autour des « beurettes », on leur refuse, du même coup, une identité individuelle.

Ensuite, parce que si elles sont touchées par la violence qui entraîne la relégation sociale de « leurs » hommes (on le voit pour toutes les femmes qui entourent Slimane), elles sont, aussi et non moins, touchées par la stigmatisation et le racisme qu’on pratique sur le dos de « leurs » frères.

Un autre tort reste à envisager : en offrant, même par la voie de la fiction, de l’eau au moulin de ce féminisme d’Etat[14] qui ne peut s’élaborer sans la stigmatisation de « nos » garçons, Kéchiche réaffirme, aux yeux des hommes ainsi stigmatisés, une identité sur mesure qui entend tout comportement violent ou sexiste comme un fait de classe, un fait quasi naturel chez les arabo-musulmans. Qui s’en voit victime ? Les femmes, encore.

Enfin, quand le féminisme officiel sert si bien le racisme, quel exutoire reste-t-il à ces filles à la fois victimes du sexisme et du racisme ? Soit elles renient leurs parents et leurs frères, soit elles n’ont plus qu’à nier les violences sexistes dans le but de préserver les hommes suffisamment accablés et stigmatisés, soit, et ce n’est pas sans difficulté, elles n’ont d’autre choix que de resignifier le féminisme en y articulant sans relâche une lutte contre le racisme et une lutte contre le sexisme[15].

La distinction faite par Kéchiche entre les filles et les garçons issus de l’immigration se fait probablement en toute innocence et assurément en toute bonne foi. Cette volonté de rendre hommage aux femmes d’origine maghrébine ne correspond pas nécessairement à la volonté de « tirer le bon filon » mais, à si bien s’inscrire dans l’air du temps, il ne semble pas conscient du tort qu’il fait, aussi, à ces femmes. Sur les femmes, Diderot écrivait en 1772 :

« Si j’avais été législateur (…), je vous aurais affranchies, je vous aurais mises au-dessus de la loi ; vous auriez été sacrées, en quelque endroit où vous vous fussiez présentées. »

Merci Monsieur de tant de grâces, mais comme le souligne Saïd Bouamama[16] :

« Au-dessus des lois plutôt que dans la loi, voilà une excellente façon d’exclure des droits politiques tout en « valorisant » la prétendue spécificité féminine. »

D’une autre manière, Kéchiche aussi, à travers la génialité de ces personnages féminins, prétend à une spécificité féminine. Cette spécificité a beau nous sur-positiver, elle ne se fait, malgré tout, qu’au prix d’une distinction nette aux frais de « nos » frères et nous exclut, par là même, de leurs luttes. Les filles d’origine maghrébine constitueraient en quelque sorte la vitrine acceptable avec le monde extérieur, le monde blanc, tandis que les garçons ne se feraient remarquer que par leur brutalité.

Histoire singulière et récit national

On me rétorquera qu’on a bien le droit de raconter l’histoire que l’on veut, la fiction étant le champ de tous les possibles. Sauf que là, le champ des possibles est curieusement bien rétréci…

Un film n’est jamais un objet désincarné, en suspens. Il s’ancre fatalement dans le sens que les spectateurs peuvent lui donner, et le sens qu’ils peuvent lui donner se fabrique, aussi, par rapport aux récits contemporains, autre que cinématographiques, dont ils sont imbibés (la télévision et les médias en général, les discours politiques et leur storytelling[17], etc.).

Chaque spectateur voit également le film en l’inscrivant dans sa filmothèque, en regard avec tous les autres films qu’il a pu voir : mais dans ce cas, là encore, combien de films a-t-il pu voir proposant l’histoire singulière d’un arabe pour tant d’autres l’assignant uniquement à des rôles de délinquants ou de subordonnés ? Mais encore, combien de films qui humanisent, surhumanisent et super-héroïsent des blancs en regard de celui-ci ?

Je n’accuse pas Abdellatif Kéchiche d’être un « vendu », d’avoir consciemment fait des concessions afin d’obtenir un financement puis l’acclamation de la critique. La réponse par la question du financement est trop simple, trop grossière.

Cela procède, à mon avis, de processus beaucoup plus inconscients, de processus d’imprégnation. Mais, de fait, ce que l’on observe c’est que, quand bien même Abdellatif Kéchiche n’aurait fait aucun compromis, aurait été intègre, aurait réalisé son histoire, on ne peut que constater que la singularité, que lui concède unanimement la critique, est en conformité, qu’il l’ait voulu ou non, avec le grand récit idéologique du moment.

Ce n’est peut-être pas sans lien avec cette conformation qu’on a pu constater à quel point la critique cinématographique a généralement acclamé et soutenu le film et que celui-ci a reçu, à ce jour, le prix Delluc ainsi que le prix spécial de la Mostra de Venise. Si la critique apprécie généralement l’ambivalence et la souligne particulièrement pour ce film dans un y a des méchants partout salutaire qui vient soutenir la fabrication d’un Tous égaux ! artificiel, elle comporte malgré tout un point aveugle : si elle encense tant l’ambivalence (le fameux tout n’est pas tout noir ou tout blanc), elle ne remarque d’aucune façon que les jeunes hommes représentés dans le film ne portent en rien cette ambivalence. Ce point, plutôt qu’aveugle, est tout simplement aveuglé par le récit national sur les garçons d’origine maghrébine.

Dans Femmes, Race et Classe, Angela Davis s’intéresse de près à une œuvre de fiction et à son retentissement :

« Une des œuvres les plus populaires de la littérature abolitionniste fut La Case de l’Oncle Tom, de Harriet Beecher Stowe, roman qui rallia à la cause anti-esclavagiste un grand nombre de gens – et plus de femmes que jamais. Abraham Lincoln dit un jour de Harriet Stowe qu’elle était à l’origine de la Guerre de Sécession »

Il est évident que le dernier film de Kéchiche et le roman de Stowe n’appartiennent pas à la même Histoire. Malgré tout, une comparaison me semble envisageable, leurs succès ayant, notamment, reposé sur la confortation d’une idée dominante, à leurs époques respectives :

« Mais l’immense succès que connut son livre ne doit pas faire oublier qu’il offre une image complètement déformée de la vie des esclaves. Le principal personnage féminin n’est qu’une parodie des femmes noires, une transposition naïve de la figure maternelle, exaltée par la propagande culturelle de l’époque. Eliza est l’incarnation de la maternité blanche, mais sous un visage noir, ou légèrement noirci, parce qu’elle est « quarteronne ».

Peut-être Harriet Stowe souhaitait-elle que les lectrices blanches de son roman se reconnussent en Eliza. Elles admiraient sa moralité chrétienne, son infaillible instinct maternel, sa douceur et sa fragilité : les femmes étaient incitées à cultiver ces vertus. »

L’évertuement du personnage d’Eliza et la diabolisation des jeunes hommes d’origine maghrébine dans La Graine et le Mulet peuvent être posés en miroir puisqu’ils répondent tous deux aux exigences de ce que leur époque croit bon et vertueux.

« Si elles ont jamais existé, les Eliza ont fait figure d’exception parmi les femmes noires. Elles n’étaient en aucun cas représentatives de celles qui travaillaient sous le fouet, subvenaient aux besoins de leur famille, la protégeaient et luttaient contre l’esclavage ; ces femmes qu’on frappait, qu’on violait, mais qui ne se soumettaient jamais. »

« Quand Harriet B. Stowe publia La Case de l’Oncle Tom, le culte de la maternité était à son apogée. Dans la représentation qu’en faisaient alors la presse, la littérature populaire et même les tribunaux, la femme idéale et la mère idéale ne faisait qu’un. »

Comme dans le cas de La Case de L’oncle Tom, le succès public et l’approbation de la critique ne doivent pas faire oublier que La Graine et le Mulet offre une image déformée, ou plutôt, déjà cadrée, du garçon arabe. Le fils coureur ou les garçons voleurs ne sont qu’une parodie du jeune homme d’origine maghrébine, une transcription naïve de la figure du garçon arabe, exaltée par la propagande culturelle en œuvre actuellement.

Par sa propension au réalisme, ce film fait déjà effet de témoignage. Espérons que l’Histoire ne lui donnera pas, comme cela a été le cas pour d’autres fictions, valeur de témoignage. Le recul historique nous montrera peut-être ce que les critiques d’aujourd’hui n’ont pas vu, comme cela a déjà été le cas dans l’histoire du cinéma. Tout ce que l’on peut espérer c’est que ce film vieillisse mal  : de nouvelles questions émergeront peut-être bientôt, des films à venir en montreront peut-être les limites.

Mais pour l’instant, à la mesure du néant qui existe aujourd’hui dans le cinéma français pour ce qui est de la représentation de la réalité des familles issues de l’immigration post-coloniale, ce film, notamment par sa sincérité, fait figure de première fois. Espérons qu’il se verra bientôt supplanté par bien d’autres films et qu’il nous fasse au plus vite la même impression de nouveauté que nous fait aujourd’hui L’Arrivée d’un train à La Ciotat[18].

On ne décidera pas si, par un telle assujétion aux discours dominants, Harriet B. Stowe ou Abdellatif Kéchiche ont souhaité obtenir plus de crédit auprès de leurs lecteurs/spectateurs blancs, mais on notera qu’ils ont, en tout cas, réussi à les toucher. Et si Kéchiche ne relancera sûrement pas une nouvelle Guerre de Sécession, il aura au moins partagé avec Stowe la même cible : les femmes. Avec La Graine et le Mulet, il flatte à la fois les femmes d’origine maghrébine qui se voient ici hyper positivées, mais également un certain féminisme qui se réjouira de voir ses certitudes confirmées puisqu’il a pour ennemi le garçon arabe, nouveau fléau de la modernité[19].

À la sortie de La Graine et le Mulet, la diabolisation du garçon arabe a atteint, on l’espère, son apogée. La représentation qu’en font les médias, les fictions populaires[20] et même les tribunaux, construit et réduit le « garçon arabe » aussi injustement que l’envisage Kéchiche : un voleur de mobylette inconscient et irresponsable.

S’ils ont jamais existé les trois jeunes voleurs de mobylette font figure d’exception parmi les garçons de cité. Qui a vécu en cité ne peut que noter le peu de crédibilité de la scène finale. Qu’on lui pique la mobylette qu’il laisse sans attache au bas de son immeuble : d’accord. Mais que les gamins fassent preuve de sadisme envers ce vieil arabe et que, surtout, ils ne la lui rendent pas la mobylette une fois qu’ils voient la tête de la victime de leur forfait, ça n’est pas pensable.

Ça n’est pas pensable parce qu’on a beau être des « sauvageons », « des hordes de barbares », de la « racaille » ou encore « des bandes ethniques », on se connaît et on se reconnaît dans une cité. Si Slimane n’habite plus la cité, il l’a sûrement habité tandis qu’il vivait avec sa femme et, de toute façon, sa fille, son fils et son ex-femme l’habitent encore. C’est peut-être un secret que nous nous sommes bien gardé mais, qu’on se le dise, on ne fait pas ça aux « darons[21] ».

Ces trois « garçons de cité » ne sont en aucun cas représentatifs de ceux qui ont su, à plusieurs reprises, interpeller une société entière et qu’on étouffe sous des couvre-feux et qu’on châtre en décrétant l’état d’urgence, tous ceux qui, mieux qu’ailleurs, ont à porter, plus qu’ailleurs, le rôle de « grands frères » qu’on leur a, bon gré mal gré, assigné ; ces garçons qu’on stigmatise, qu’on discrimine, qu’on soumet au harcèlement policier mais qui ne se soumettent pas et qui, contrairement à l’interprétation de Kéchiche, ne sont pas ceux qui ont poussé nos pères immigrés jusqu’à l’épuisement.

L’épuisement de nos pères immigrés c’est le travail à l’usine des années durant, le travail dans le Bâtiment ou sur le chantier naval, c’est le manque de fric, c’est le mépris du patron, c’est la honte d’être qui on est, de parler le français qu’on parle, de pratiquer la religion qu’on pratique, de porter le nom qu’on porte, d’avoir la gueule qu’on a. L’épuisement de nos pères immigrés c’est de n’avoir jamais cessé d’être rappelés à l’ordre sur la manière dont ils éduquent leurs enfants, dont ils traitent leurs femmes, dont ils travaillent (le fameux « travail d’arabe ») ou encore sur la manière de pratiquer leur religion. L’épuisement de nos pères immigrés vient de tout ce qu’ils ont dû taire et de tout ce que l’on a dit à leurs dépens.



[1] Plus qu’une couleur, j’entends par « blanc » une catégorie sociologique. Cf Le Mal-être Blanc, Pierre Tevanian, www.lmsi.net

[2] Film de Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem et Sami Bouajila, sortie le 27 septembre 2006

[3] « cheveux blancs » en arabe dialectal, désigne les vieux immigrés maghrébins

[4] Premier film d’Abdellatif Kéchiche, sorti en 2001

[5] « Je suis une bande ethnique à moi tout seul », Du cœur à l’Outrage, La Rumeur (feat. Serge Teyssot Gay), Discograph La Rumeur Records, 2007

[6] Sur cette question cf. le n°39 « Une vieillesse illégitime » de la revue du Gisti, Plein Droit.

[7] Cf. chapitre 3, « La métaphore mémorielle », de La République du Mépris, Pierre Tevanian, La Découverte, 2007.

[8] Sadri Khiari, Pour une Politique de la Racaille, Textuel, 2006.

[9] Sur le même principe mais à propos de la censure cf. Sur la Télévision, Pierre Bourdieu, Raisons d’Agir, 1996.

[10] Stop quelle violence ? Sylvie Tissot, Pierre Tevanian, L’Esprit Frappeur, 2001

[11] Des beurettes, éditions Grasset & Fasquelle, 2000.

[12] « Ni pute, ni soumise ou très pute, très voilée ? Les inévitables contradictions d’un féminisme sous influence » de Nacira Guénif Souilamas, Cosmopolitiques n°4, juillet 2003.

[13] Ces postures sont néo-coloniales en ce sens que, comme « au temps des colonies », il s’agit pour les autorités de « monter » la femme maghrébine contre les siens, de la désolidariser de leur lutte. Cf. « De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniales de la cause des femme », Houria Bouteldja, www.lmsi.net

[14] « Bilan d’un féminisme d’Etat. Récupérations féministes et régressions politiques. », Sylvie Tissot, Femmes, étrangers : des causes conccurentes ?, Plein Droit, La Revue du Gisti, n°75, décembre 2007.

[15] « La confiscation et l’instrumentalisation de la cause des femmes issues de l’immigration : Ni Putes Ni Soumises », intervention de Fatima Ouassak lors du Parlement de l’anticolonialisme et contre le racisme, 2006. Voir aussi le travail entamé par le Collectif des Féministes Indigènes.

[16] J’y suis, J’y vote ! Saïd Bouamama, L’Esprit Frappeur, 2000.

[17] Cf. Storytelling, La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Christian Salmon, La Découverte, 2007

[18] Film des frères Lumières, tourné en 1895, qui a eu un impact particulièrement durable étant donné son effet inédit à l’époque.

[19] Cf. Les Féministes et le Garçon Arabe, Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé, La Tour d’Aigues, Edition de l’Aube, 2004

[20] J’entends notamment par « fictions populaires » le storytelling et ses néologismes (la « voyoucratie »), mais aussi ces chansons qui se sont retrouvées, il y a peu, propulsées en haut des charts : Koxie, Gare aux Cons, qui met en garde les jeunes filles contre ces garçons qui ont « un sérieux problème d’éducation », et qui désignent explicitement, notamment par son clip, les garçons noirs ou arabes et leur parler racaille ou encore diverses parodies de Michaël Youn tournant au ridicule les codes de la culture Hip Hop. J’englobe également sous l’intitulé « fictions populaires » l’affaire dite du « RER D » qui, loin d’être vraie, confortait tant le délire français sur le nécessaire sexisme et antisémitisme des « garçons arabes » que sa vraisemblance a suffi pour emporter le « délit imaginaire » de Marie L. dans le déferlement médiatique que nous avons connu suite à son témoignage. Cf. l’appel Marie n’est pas coupable ! Pour une lecture politique de « l’affaire du RER D », www.lmsi.net

[21] Mot d’argot désignant les pères ou les parents

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Auteur : Stella Magliani

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