Les chiens de garde de Ben Ali agissent « sous la protection » de la police française

A l’initiative de la Ligue des droits de l’Homme et d’Amnesty International avait lieu ce lundi 21 juin

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mardi 22 juin 2004

Marseille, 21 juin 2004

A l’initiative de la Ligue des droits de l’Homme et d’Amnesty International avait lieu ce lundi 21 juin devant le Consulat général de Tunisie à Marseille un rassemblement de solidarité avec les Internautes de Zarzis et de Bizerte lâchement emprisonnés par le régime de Ben Ali. A peine arrivés sur les lieux vers 18 heures, les manifestants furent encerclés par une cinquantaine d’agents des services consulaires et des membres du RCD France (parti présidentiel) qui proférèrent à leur égard des attaques verbales et exercèrent des intimidations physiques (y compris sur les femmes), afin de perturber le rassemblement. A plusieurs reprises, la manifestation faillit dégénérer en affrontements. Tout ceci se passa « sous la protection » de la police française qui incita les militants des Droits de l’Homme à se disperser, laissant par ailleurs les sbires du régime de Ben Ali agirent librement sur la voie publique, alors que ces derniers n’avaient obtenu aucune autorisation de manifestation. Pire, les sbires benalistes organisèrent un contre-rassemblement avec des portraits du général dictateur et des drapeaux tunisiens, en distribuant des tracts aux passants accusant les Internautes de Zarzis d’être des agents d’Al-Qaeda : « il est établi que les personnes condamnées dans cette affaire par la justice tunisienne menaient des activités terroristes. Elles avaient du reste, reconnu pleinement leurs liens avec le réseau terroriste Al Qaeda [...] »[1].

Que fit la police française ?

Rien ! Si ce n’est que d’appeler des renforts (une cinquantaine d’hommes et quatre bus) dans le but de disperser les manifestants, renvoyant ainsi dos à dos les militants des droits de l’homme (LDH et Amnesty) et les barbouzes du consulat.

Il est clair qu’une nouvelle étape a été franchie. Revigorés par le soutien de Jacques Chirac à la dictature de Ben Ali (voyage officiel en décembre 2003)[2] et par le renforcement de la coopération entre « services sécuritaires » des deux rives, les barbouzes tunisiens se sentent protégés et n’hésitent plus à faire usage de la force physique à l’égard de leurs compatriotes et des citoyens français, luttant pour les libertés en Tunisie.

L’exemple de Marseille est symptomatique de la volonté affichée par les deux gouvernements de briser toute résistance à la dictature benaliste à partir du territoire français. Que vaut, en effet, une poignée de manifestants pour les droits de l’homme à côté des nouvelles «  urgences sécuritaires », à savoir la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine ?

Ce lundi 21 juin, jour de la fête de la musique, les militants marseillais pour les droits de l’homme ont pu donc écouter en stéréo la nouvelle partition sécuritaire du duo Ben Ali-Chirac.

Correspondance à Marseille, Vincent GEISSER

Notes :

[1] Suspectés de s’être connectés sur des sites Internet de l’opposition démocratique au régime dictatorial de Ben Ali, une dizaine de jeunes internautes de Zarzis et de Bizerte croupissent depuis plusieurs mois dans les geôles du dictateur. Ils sont à l’isolement total. Ils ont été condamnés à des peines allant de 6 ans à 19 ans de prison ferme pour simple consultation de sites Internet !

[2] Rappelons la phrase terrible de Jacques Chirac qui fut condamnée par l’opposition tunisienne indépendante (CPR, FDTL, PDP, PCOT), par les associations des droits de la l’Homme (LTDH, LDH, FIDH...) et par les partis de la gauche française (LCR, PCF, Verts et PS) : « Le premier des droits de l’homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat. De ce point de vue, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très avance sur beaucoup de pays [...]. Mais nous avons chacun de nos critères d’appréciation », cité par José Garçon, « Droits de l’homme en Tunisie : Chirac blanchit Ben Ali », Libération du 5 décembre 2003.

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Auteur : Vincent Geisser

Sociologue et politologue, dernier ouvrage paru : Renaissances arabes. 7 questions clés sur des révolutions en marche, Paris, éditions de L’Atelier, 2011 (co-auteur Michaël Béchir Ayari)

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