Samedi 26 mai 2012
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Les caricatures danoises et l’Organisation de la conférence islamique

Pour mobiliser l’opinion musulmane dans le monde, le Comité danois (The European Committee for Honoring the Prophet) constitue un dossier de 43 pages, incluant les 12 caricatures. Mais sont ajoutées au dossier trois autres caricatures, pourtant étrangères au quotidien danois. Elles représentent le Prophète en porc, en pédophile, etc.[1] L’ajout de ces trois desseins pose évidemment la question de la manipulation. Mais dans quel but ?

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Ces desseins dans un pays où
l’extrême droite a fait plus de 13 % des suffrages aux dernières élections
législatives et où le débat public sur l’islam est particulièrement radical, ne
pouvaient que susciter la polémique. Pour Tøger Seidenfaden, directeur de la
rédaction du quotidien danois Politiken, « Il y a volonté
d’offenser, car c’est dans la logique présente de l’atmosphère politique au
Danemark. La recette à succès, en politique et dans les médias, c’est de dire
que le plus grand problème au Danemark, c’est l’intégration des minorités, et
le plus grand groupe parmi eux est celui d’origine musulmane. » href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]

Le caractère raciste de certaines
caricatures et le contexte politique danois, très à droite name="_ftnref2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2],
expliquent en grande partie la polémique produite au niveau national ; par
contre celle produite au niveau international allait-elle forcément de
soit ? S’est-elle développée au Danemark, pour ensuite se propager « naturellement »
à l’ensemble du monde musulman ?

A ces questions, le journal
américain, The New York Times, répond que l’Organisation de la
Conférence islamique, et certains de ses Etats-membres, ont joué un rôle actif
dans l’internationalisation de l’affaire.

Un incident diplomatique qui
pousse l’affaire des caricatures sur la scène internationale

Dans le cadre des protestations au
Danemark un comité, The European Committee for Honoring the Prophet,
regroupant 27 organisations musulmanes danoises, est constitué en octobre 2005.
L’objectif est de faire pression sur le gouvernement danois, afin que celui-ci condamne
les caricatures. Le porte-parole du Comité, Mr Ahmed AKKARI, explique « Nous
avons collecté 17.000 signatures et les avons déposé au bureau du Premier Ministre
[Anders Fogh Rasmussen], nous avons vu le Ministre
de la Culture, nous avons parlé au rédacteur en chef de Jyllands-Posten [...] mais
nous n’avons obtenus aucun résultat. » Il ajoute « le bureau du
Premier Ministre n’a même pas répondu à la
pétition ». class=MsoFootnoteReference> style=';'>[3]

Après plusieurs semaines de
lobbying, n’obtenant pas de réponse de la part du Premier Ministre, le comité change
de stratégie, en se tournant, curieusement, vers les ambassadeurs des pays musulmans
au Danemark, pour leur demander de parler au Premier Ministre, en leur nom. Ainsi
le 20 octobre, onze ambassadeurs (Arabie Saoudite, Egypte, Syrie, etc.)
demandent une entrevue au Premier Ministre. Mais ce dernier refuse de les
recevoir, leur opposant l’argument de la liberté d’expression dont jouit la
presse danoise.

Ce
refus pousse l’affaire des caricatures, circonscrite jusque là aux frontières
danoises, hors du pays.
Mr AKKARI, explique : « Ensuite
[après le refus du Premier Ministre] le cas a évolué vers un autre niveau. Nous
avons ainsi décidé que pour être entendu [de l’intérieur par le gouvernement
danois], ça doit provenir de l’influence des populations dans le monde musulman ». href="#_ftn4" name="_ftnref4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4]

L’internationalisation de
l’affaire des caricatures et le rôle joué par certains Etats

Pour mobiliser l’opinion
musulmane dans le monde, le Comité danois (The
European Committee for Honoring the Prophet
) constitue un dossier de 43 pages,
incluant les 12 caricatures. Mais sont ajoutées au dossier trois autres
caricatures, pourtant étrangères au quotidien danois. Elles représentent le
Prophète en porc, en pédophile, etc. class=MsoFootnoteReference> style=';'>[5]
L’ajout de ces trois desseins pose évidemment la question de la manipulation.
Mais dans quel but ?

Début décembre l’internationalisation
de l’affaire se met en marche. Le Comité envoie
une première délégation, munie du fameux dossier, au Caire. Là il rencontre le
Grand Mufti, Muhammad Sayid Tantawy, et le Ministre des affaires étrangères,
Ahmed Aboul Gheit, et Amr Moussa, à la tête de la Ligue arabe. Suite à cette
rencontre le gouvernement du Caire et La Ligue arabe convoquent l’ambassadeur
danois en Egypte. Le Comité rencontre aussi des journalistes des médias
égyptiens. Lors de la conférence de presse, il raconte l’appel à brûler le
Coran lancé par l’extrême droite danoise (Danish People’s Party). Le lendemain
toute la presse en parle. Plusieurs journaux publient aussi des articles sur le
projet qu’aurait le Danemark « de publier une version censurée du
Coran. » href="#_ftn6" name="_ftnref6" title=""> style=';;color:black'>[6]

Les 7 et 8 décembre, à la réunion
de l’Organisation de la conférence islamique qui a lieu à la Mecque, le Ministre
des affaires étrangères égyptien emporte le fameux dossier avec lui. style='color:black'> Lors de cette conférence, réunissant 57 chefs d’Etat, dont
l’ordre du jour officiel est consacré à la question de l’extrémisme religieux, la
discussion dans les coulisses est surtout dominée par les desseins caricaturant
le Prophète.

Pour le
New York Times « [...] la réunion au sommet de l’Organisation de la
Conférence Islamiques - et le rôle joué pas ses Etats-membres - a été un
tournant », dans l’internationalisation de l’affaire. name="_ftnref7" title=""> class=MsoFootnoteReference>[7]

Après
la réunion de la Conférence islamique,
le Comité danois relance sa
tournée dans les pays du Moyen-Orient. Il envoie une deuxième délégation au
Liban, toujours munie du fameux dossier, pour rencontrer des chefs religieux et
politiques. La délégation rencontre au Liban le Grand Mufti, Muhammad Rashid
Kabbani, et le chef spirituel des musulmans shiites du Liban, Cheikh Muhammad
Hussein Fadlallah, aussi bien que le Patriarche de l’Eglise Maronite, Nasrallah
Sfeir. Le groupe est également apparu sur la TV satellite Al Manar de la
station du Hezbollah, qui est regardée dans tout le monde arabe. M. AKKARI a
également, à partir du Liban, fait un voyage à Damas (Syrie) pour fournir une
copie du dossier au Grand Mufti de ce pays, Cheikh Ahmed Badr-eddine Hassoun. class=MsoFootnoteReference>

A la mi-Décembre, le Ministre des
affaires étrangères libanais, Fawzi Salloukh, rencontre l’ambassadeur d’Egypte
au Liban, qui lui présente une lettre de son Ministre des affaires étrangères,
Aboul Gheit, l’invitant à s’impliquer dans l’affaire des caricatures-à cette
lettre sont jointes des copies des caricatures. class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[8]

Fin décembre, pour faire pression
sur le Danemark, l’idée du boycott s’impose. Les responsables de l’ style='color:black'>Organisation Islamique pour l’Education, les Sciences et la
Culture, réunissant plus de 50 états, déclarent que les états membres de
l’organisation devraient imposer un boycott au Danemark jusqu’à ce que des
excuses aient été données pour les caricatures. title=""> style=';'>[9]

Revirement
le 5 janvier 2006.
Devant les risques d’escalade, style='color:black'>le Danemark et la Ligue arabe décident de mettre fin à la
controverse. Un accord est conclu par téléphone entre le ministre danois des
Affaires étrangères M. Moeller et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr
Moussa. class=MsoFootnoteReference> style=';;color:black'>[10]
Mais ce « revirement » est de courte
durée, puisque le 10 janvier, l’affaire est relancée. Avec l’autorisation du Jyllands-Posten,
le magazine chrétien norvégien Magazinet, de petit tirage, republie les
caricatures du Prophète « au nom de la défense de la liberté d’expression ».
La polémique est aussitôt relancée au niveau international. class=MsoFootnoteReference>

Pour le
New York Times « cette nouvelle publication apparaît au moment où la
« 
pression anti-Danoise [échafaudée entre fin octobre et début
janvier] est mise sur pied », prête à fonctionner. name="_ftnref11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11]

Mise en marche de la
« machine à pression » anti-danoise

A la
suite de la nouvelle publication la « machine à pression » se met en
route. Le 18 janvier, l’Organisation de la conférence islamique « dénonce
et désapprouve au plus haut point [...] la publication des caricatures [...] dans
le journal norvégien Magazinet après leur parution précédente dans le
quotidien danois Jyllands-Posten. » class=MsoFootnoteReference>
Le 21 janvier, l’Union internationale des
oulémas musulmans « appelle les dirigeants de Norvège et du Danemark à
adopter une position ferme face à ces atteintes répétées contre la nation
musulmane et le prophète. » href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""> style=';;color:black'>[12]

Le 26 janvier, dans un mouvement
général, l’Arabie Saoudite rappelle son ambassadeur au Danemark, la Libye suit
le mouvement. Les autorités religieuses saoudiennes commencent à appeler au
boycott, et en un jour, la plupart des produits danois sont retirés des
étagères des supermarchés. Le boycott s’étend
ensuite au Koweït, dans les Emirats, en Jordanie, au Maghreb et dans les
principaux pays musulmans.
Suivi ensuite par de nombreuses protestations
populaires à travers le monde, etc.

Une affaire pour contrer l’« islamisme »
et l’appel à la « démocratie »

Ces nombreuses
condamnations et appels au boycott auraient-ils eu pour but unique de
contraindre le Danemark à présenter ses excuses pour avoir publier les
caricatures ? Et qu’en définitive l’internationalisation de cette
polémique n’est qu’une affaire d’offense faite à une religion.

Pour Mr. Said, politologue
égyptien, les raisons réelles à l’origine de la pression anti-danoise sont
politiques, bien plus que religieuses. Il explique que « les Saoudiens
[et les autres régimes de la région] ont fait ceci parce qu’ils doivent marquer
des points contre la montée des fondamentalistes islamiques ». En effet
« les démonstrations de force des islamistes aux élections égyptiennes et
la victoire du Hamas aux élections palestiniennes ont donné un nouvel élan aux
mouvements islamiques dans la région ». title=""> style=';'>[13]

Il y a également une autre raison
selon Sari Hanfi, professeur à l’Université américaine de Bayreuth. D’après
lui « les gouvernements arabes irrités par la pression de l’Occident pour la
démocratie, ces protestations ont présenté une opportunité pour dévaloriser
l’appel de l’Occident [à la démocratisation] fait aux citoyens arabes ». Ces
gouvernements semblent dire, sur base de cette polémique, « La liberté promue
par l’Occident, a apporté avec elle le non-respect pour l’islam. » Il
explique que les manifestations « ont commencé comme une réaction
viscérale »-évidemment car [les musulmans] ont été offensés- mais ensuite
vous avez les régimes qui ont profité de l’occasion pour dire « regardez,
c’est ça la démocratie dont ils [les occidentaux] parlent ». class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[14]

Les caricatures sont ainsi devenues
à partir d’un certain moment une opportunité pour contrer la montée des
mouvements politiques dit « islamistes », et aussi pour contrer la
pression occidentale-les Etats-Unis en tête-pour la
« démocratisation ».

Conclusion

L’affaire tout d’abord confinée au
Danemark s’est peu à peu transformée, après le refus du Premier Ministre danois
de recevoir les onze ambassadeurs des pays musulmans, en instrument au service
des intérêts politiques de certains Etats. Aurait-il pu en être
autrement ?

Peut-être que tout cela n’aurait
pas eu lieu-à savoir l’internationalisation de la polémique. Peut-être que
toute cette histoire serait restée dano-danoise, si le Premier Ministre du
Danemark avait tout simplement considéré cette affaire, autrement qu’en
opposant « aveuglément » l’argument de la liberté d’expression. En
refusant de prendre en considération les revendications légitimes de ses
concitoyens de confession musulmane-qui ne remettaient pas en question la
liberté d’expression- le Premier Ministre a fini par leur signifier « vous
n’êtes pas d’ici, donc aller voir ailleurs ». C’est ce qu’ils ont fait,
en allant toquer à la porte des ambassades des pays musulmans. La suite on la
connaît...



class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[2]
« Le Parti populaire danois (DF, extrême droite, 13,2 % aux élections
législatives de février), [] est un soutien indispensable, au Parlement, pour
le gouvernement libéral-conservateur [...]. » 
(Le Monde,
18 octobre 2005).

title=""> class=MsoFootnoteReference>[6]
The New York Times lang=EN-GB style='font-size:10.0pt'>, 9 janvier 2006.

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