Dans le monde arabe, quelles sont, au miroir de la perception des États-Unis d’Amérique, les attentes des acteurs, gouvernants ou opposants, « sociétés civiles » ou « acteurs religieux » à l’égard de l’Union européenne ? Quelles améliorations l’UE pourrait-elle apporter aux méthodes, aux cadres de pensée et aux instruments de son action dans cette région du monde pour accroître leur efficacité ?
Cette note a été demandée par la Commission des Affaires
étrangères du Parlement Européen. Direction générale pour les politiques
externes de l’Union. Direction B - Département thématique Etude externe
Fonctionnaire responsable : Dr Stefan Krauss DG Politiques externes
Département thématique. Toute opinion exprimée est celle de l’auteur et ne
reflète pas nécessairement la position du Parlement européenDGExPo/B/PolDep/2006/25
4 octobre 2006 FR.
Dans le monde arabe, quelles sont, au miroir de la
perception des États-Unis d’Amérique, les attentes des acteurs, gouvernants ou
opposants, « sociétés civiles » ou « acteurs religieux » à
l’égard de l’Union européenne ? Quelles améliorations l’UE pourrait-elle
apporter aux méthodes, aux cadres de pensée et aux instruments de son action
dans cette région du monde pour accroître leur efficacité ?
La visibilité et la fonctionnalité des actions de l’Union
européenne dans le monde arabe diffèrent selon que l’on se place sur le terrain
économique ou politique. La présente étude se concentre sur les attentes politiques
du monde arabe. Elle s’efforce donc d’identifier, telles que les perçoivent ses
possibles partenaires, les principales limites à la crédibilité et à
l’efficacité de l’action européenne en la comparant le cas échéant à celle des
États-Unis d’Amérique. L’importance de ces attentes varie en fonction de la
proximité géographique des interlocuteurs et – selon qu’un passé colonial et,
le plus souvent, son écho migratoire, relient les sociétés concernées – de leur
degré d’« intimité historique ». Elle peut également, comme c’est le
cas dans les territoires palestiniens, dépendre de l’urgence que revêt la quête
d’un soutien occidental alternatif à celui des États-Unis.
L’analyse du champ politique des relations euro-arabes
requiert un usage prudent des catégories et des notions, notamment celles de
« sociétés civiles » et d’« acteurs religieux » qui, dans
un environnement autoritaire, peuvent perdre une grande partie de leur portée.
Sans minimiser la qualité d’un grand nombre des initiatives de l’UE, cette
étude s’attache à souligner ce que l’écoute des opinions arabes fait apparaître
comme les principaux défis qu’elle devra relever pour renforcer et surtout
pérenniser ses relations avec cette région.
Peut-on gagner la confiance d’une population en étant
considéré comme l’allié complaisant de ses deux principaux
« adversaires » ? Ce défi essentiel, l’Union doit le relever
d’abord au niveau régional, du fait de sa proximité, voire d’un certain
tropisme à l’égard de l’Etat d’Israël, même lorsque les politiques de ce
dernier quittent manifestement les rails de la légalité internationale. Comment
l’UE peut-elle gagner la confiance de la population palestinienne sans se démarquer
plus fermement des graves atteintes aux droits élémentaires commises à son détriment
par l’occupant israélien ? (1). Ce défi, l’Union doit ensuite le relever
à nouveau, à l’échelle cette fois de chacune des enceintes nationales. Il
résulte de sa complaisance avérée vis-à-vis des « repoussoirs » que
représentent tous ceux des régimes arabes qui malmènent impunément les
principes de bonne gouvernance qu’elle prétend précisément promouvoir. Comment
l’UE peut-elle gagner la confiance des populations libyennes, algériennes ou
tunisiennes (etc.), tout en déroulant le tapis rouge devant leurs leaders, que
tout devrait pourtant porter à dénoncer pour la constance avec laquelle ils ont
bafoué les droits et les libertés les plus élémentaires ? (2) La lenteur
avec laquelle l’Union identifie, dans les sociétés civiles ou dans les
oppositions politiques, des partenaires alternatifs – et, tout
particulièrement, son incapacité persistante à établir le moindre contact avec
la génération montante des courants islamistes modérés –, porte enfin fortement
atteinte à son image, fragilisant de plus en plus l’ancrage de ses entreprises.
L’impasse où l’a placée, en janvier 2006, le boycottage du gouvernement palestinien
pourtant élu avec son entier soutien, constitue la manifestation extrême de
cette contradiction latente dans laquelle risque inexorablement de s’enfermer
son action (3). Cette étude propose enfin quelques recommandations centrées sur
la nécessité de préparer les mutations qui accompagnent le renouvellement en
cours de la génération des élites gouvernantes issues des indépendances et le
dépassement des ultimes séquelles de l’unilatéralisme, politique mais aussi
culturel, hérité de l’histoire (4).
** *** **
L’action politique de l’Union européenne dans le monde arabe
est souvent décrite – aussi bien par les acteurs étatiques que par les
opposants – comme souffrant à la fois de l’inachèvement de l’édifice
institutionnel sur lequel elle repose et d’une trop faible identité par rapport
à celle des États-Unis. Alors que le discrédit croissant de la politique
étrangère de l’administration du président Georges Bush procure un a priori
très favorable dans de larges secteurs des opinions arabes, l’UE ne parvient
que très partiellement à capitaliser le potentiel de ces millions de
« déçus de Washington ». Au terme de négociations attentistes, la montagne
des déclarations de principe accouche trop souvent de décisions tardives,
considérées au mieux comme trop proches de celles des États-Unis et au pire
comme trop ouvertement favorables à Israël.
Dans le traitement du dossier passionné du conflit
israélo-arabe et de ses ramifications régionales, – tout particulièrement
depuis le rapprochement franco-américain sur le dossier irakien puis libanais –, l’UE est ainsi accusée de s’aligner – contre l’intérêt bien compris de tous,
y compris celui de l’État hébreu – sur les positions les plus unilatérales et
les moins universelles de l’axe israélo-américain. Telle est la première
limite, la plus fréquemment énoncée, à sa crédibilité et à sa réputation.
Pour la génération de ceux qui se disent désabusés à son
égard, l’Europe dit souvent le droit, mais elle dit plus spontanément celui du
plus fort. Et cela ne vaut pas que dans l’arène régionale (« Israël a le
droit de se défendre »), mais, tout autant, dans les enceintes politiques
nationales, où la stricte domestication des institutions parlementaire et judiciaire
et la banalisation du recours à la torture contre les opposants politiques ont
rarement été condamnées à l’heure et avec la fermeté attendue. Lorsque l’UE
consent à rappeler le droit du plus faible, elle est accusée de ne point se
donner les moyens, ni militaires, ni même seulement diplomatiques, de le faire
appliquer, tolérant les plus graves manquements aux normes les plus solennellement
énoncées de son action.
Si toute une génération d’opposants politiques, pas
seulement islamistes, ne croit plus pouvoir compter sur l’appui des
« principes » et des « valeurs » de l’UE, tant de fois
proclamées , c’est que la politique des deux poids deux mesures a
gravement porté atteinte à la crédibilité de son rôle d’arbitre régional. Dans
les enceintes nationales, la longue guerre civile algérienne a fourni les
exemples les plus archétypiques de ces manquements répétés. Depuis l’annulation
du processus électoral de décembre 1991, l’usage illimité et la
manipulation cynique de la violence par les officines du régime d’Alger n’ont
mérité que le quasi-silence de Bruxelles et consacré son absolue incapacité à
faire respecter ou même à rappeler en temps utiles les droits, garanties et
principes que l’Union dit promouvoir dans la région.
Si, au Proche-Orient, il peut arriver que certains
personnels de l’UE répugnent d’avoir à dévoiler publiquement leur affiliation
professionnelle, c’est que, dans le conflit israélo-arabe cette fois, les
épisodes se sont multipliés où la soumission silencieuse de l’Europe à la loi
du plus fort a prévalu sur sa capacité à faire respecter ses engagements
internationaux les plus clairement formulés. Des petits cercles diplomatiques
informés jusqu’aux larges audiences populaires des chaînes satellitaires
arabes, cette géométrie variable de l’éthique politique et de l’humanisme européen
au Proche-Orient fonde le désaveu qui est au cœur de toutes les
évaluations : les plus documentés des observateurs soulignent le contraste
béant entre l’intransigeance avec laquelle l’Europe exige du Hamas le respect
des trois conditions pour sa reconnaissance et le laxisme parfait avec lequel
elle a laissé Israël s’affranchir totalement des cinq conditions mises à
l’approbation de son retrait unilatéral de Gaza. L’« enterrement » du
« plan de Jérusalem », produit d’un remarquable effort conjoint des
chefs de mission européens pour une fois en parfait accord et mystérieusement
devenu « caduc », a choqué les spécialistes de tous bords. En mars
2006, les conditions du retrait des observateurs européens de la prison de
Jéricho pour y laisser pénétrer l’armée israélienne en toute illégalité internationale,
conduisant Mahmoud Abbas à annuler son intervention devant le Parlement européen
ont particulièrement malmené la crédibilité européenne. À ce jour, la plus marquante
des contre-performances de l’Union aux yeux d’une écrasante majorité des opinions
publiques, et celle dont la portée symbolique est la plus désastreuse, reste le
retrait de l’aide budgétaire au gouvernement de l’Autorité palestinienne né de
ces élections que Bruxelles et Strasbourg avaient encouragées, surveillées et
approuvées sans réserve comme un modèle de démocratie unique dans le monde
arabe.
En juillet 2006, dans une configuration curieusement
identique – puisque l’État hébreu, après l’offensive contre le Hamas de Gaza,
lançait une offensive armée sous l’identique prétexte de s’en prendre à un
adversaire exclu du champ politique légitime du seul fait de sa qualification
d’« islamiste » –, la longue semaine de silence de l’Union – à peine
rompue par une déclaration de sa présidence (la seule également à avoir évoqué
l’existence des prisonniers palestiniens) – et son incapacité à raccourcir les
délais accordés par les États-Unis à Israël pour parfaire la destruction des
infrastructures civiles du Liban ont contribué à sceller ce désaveu unanime des
opinions publiques arabes et, à quelques nuances près, celui de ses élites
gouvernantes.
Lorsque, le 2 août 2006, Ahmed Mansour, présentateur
vedette de l’émission phare de la chaîne qatari Al-Jazira (Bi La
hudûd : Sans frontières) reçoit Madame Tarja Halounen en sa qualité de
présidente de l’Union européenne, il résume ainsi en peu de mots ce profond
dépit : « Vous n’aidez qu’Israël ! Tous les responsables
européens qui sont venus visiter la région ont évoqué la libération des
prisonniers du Hezbollah ou du Hamas. Mais pas un seul n’a évoqué […] les cinq
cents femmes ou enfants incarcérés dans les prisons israéliennes. À ce jour,
pas un seul Européen n’a réclamé leur libération, ni la leur ni celle des
autres prisonniers. N’y a-t-il donc que les Israéliens qui intéressent l’Union
européenne ? »
Comment communiquer avec un groupe dont le leadership
autoritaire et impopulaire a de surcroît une propension naturelle et un talent
achevé pour centraliser à son profit tous les canaux et tous les vecteurs de la
communication ?
Les principales attentes arabes non satisfaites vis-à-vis de
l’Europe et le principal obstacle à l’approfondissement de ses relations avec
cette région du monde sont d’une manière ou d’une autre le résultat, direct ou
indirect, de cet autoritarisme de la majeure partie des partenaires étatiques
et institutionnels sur lesquels repose son partenariat. La relative incapacité
de l’Union à prendre la mesure de l’impopularité croissante de ses partenaires
étatiques pourrait être atténuée par une politique de communication avec les
acteurs non étatiques. Mais, on va le voir, il n’en est rien. L’Union peine à
identifier, aussi bien au sein des oppositions partisanes qu’au sein des
sociétés civiles ou des acteurs religieux, des partenaires ou des
interlocuteurs susceptibles de pallier l’impopularité de ses interlocuteurs
officiels. Pas assez démarquées des politiques impopulaires de l’administration
américaine ou d’Israël, les actions de l’UE sont relayées par des régimes qui,
pour garantir leur survie, acceptent de se faire eux-mêmes les relais de ces
politiques, y compris dans leur volet sécuritaire. À la locomotive de la
« guerre globale contre la terreur », ils accrochent ainsi les wagons
de leurs propres stratégies répressives. Sauf à être infléchies
substantiellement, les politiques de coopération de l’UE risquent ainsi
d’échouer à prévenir les graves crispations qui ne manqueront pas de survenir
quand de nouveaux régimes dans cette région seront en prise plus directe avec
le sentiment et les attentes de leurs concitoyens.
Une façon – brutale mais didactique – de prendre la mesure
de la distance qui, au Maghreb comme au Proche-Orient, sépare les attentes
populaires et les discours des régimes, est d’utiliser, aux marges du monde
arabe, la référence iranienne. Elle permet d’observer un État où le processus
révolutionnaire de 1980 a mis en prise – pour un temps – la perception
populaire des politiques de l’environnement occidental et le
« franc-parler » du régime. Si l’on veut prendre la mesure de
l’ampleur du désaveu des politiques occidentales au Proche-Orient, il faut
avoir conscience que (hormis la parfaitement condamnable mise en doute des
crimes nazis) la rhétorique du président Ahmadinejad à l’égard de l’Occident et
d’Israël peut être considérée comme une matrice raisonnablement fidèle de ce
que, dans bon nombre d’enceintes privées et, de plus en plus souvent, dans les
grands forums télévisés du monde arabe, exprime une écrasante majorité de la population. On peut ainsi entrapercevoir la ligne politique que pourraient défendre d’autres
régimes à naître lors de la marginalisation – inévitable – des élites gouvernementales
aujourd’hui au pouvoir.
Le paradoxe des attentes exprimées par les élites
gouvernementales vis-à-vis de l’Union tient au fait que, dans l’arène
internationale, elles attendent de leur partenaire européen un partage des
ressources politiques plus équitable en leur faveur, partage qu’elles sont en revanche
peu enclines à mettre elles-mêmes en œuvre, dans les arènes nationales cette
fois, dès lors qu’il s’exercerait au détriment de leurs propres privilèges.
Confrontées à l’unilatéralisme américain en général (et notamment au
verrouillage américain du Conseil de sécurité), les élites arabes au pouvoir
ont vis-à-vis de l’Europe des attentes peu différentes de celles de leurs opposants.
Sans d’ailleurs que les modèles de société soient significativement en cause,
si elles souhaitent plus d’Europe, c’est avant tout pour avoir « moins
d’Amérique ».
Leurs souhaits au moins officieux se sont diversifiés un
temps sur l’appréciation de l’opportunité de l’intervention américaine en Irak,
l’éviction de Saddam Hussein ayant bénéficié, avant que l’ampleur des
« dommages collatéraux » et les contrecoups multiples de cette
campagne militaire n’aient été mesurés, du soutien au moins tacite d’une partie
d’entre elles et, il est vrai, de certains compartiments de leurs opinions publiques.
D’une manière générale, sur la scène internationale, les
élites gouvernementales semblent attendre aujourd’hui que leurs partenaires
européens, en se démarquant des politiques des États-Unis et de leur tropisme
pro-israélien, deviennent moins « infréquentables » que ceux-ci aux
yeux de leurs opinions. Plus l’UE se démarque des États-Unis et plus elle (re)
devient de ce fait un partenaire apprécié.
Dans leur relation avec l’Union européenne, les élites
gouvernantes arabes ont une tendance logique à faire primer les exigences de
leur pérennité sur les principes de bonne gouvernance que l’Union entend
promouvoir. Leur impopularité et leur degré d’autoritarisme ne sont toutefois
pas partout identiques. La répression n’est pas le trait dominant des
dynamiques politiques du sultanat d’Oman ou celle des émirats pétroliers du
Golfe, où la faible démographie se conjugue avec l’importance des ressources
pétrolières et gazières pour alléger le fardeau politique des dirigeants et accroître
leur marge de manœuvre. D’une manière générale, ces États rentiers peu peuplés
ne sont pas ceux où les attentes à l’égard de l’Europe sont les plus aiguës et
les enjeux de son action les plus importants. La Libye fait sans doute
exception : sa rente pétrolière et sa démographie limitée ne l’ont pas
protégé d’une profonde fracture politique, fut-elle masquée par l’ampleur des
méthodes répressives mises en œuvre par le dernier venu des grands partenaires
de l’Europe.
Même s’il n’est pas sorti – tant s’en faut – de l’ère de
l’autoritarisme, le Yémen, pour avoir choisi de maintenir l’opposition
islamiste, dont le leader est président du Parlement, à l’intérieur du système
et donc loin des tentations révolutionnaires radicales, n’a pas encore atteint
dans ce domaine le niveau des contradictions devenues manifestes au Maghreb et
en Égypte. C’est surtout dans ces États les plus peuplés du nord de l’Afrique,
ainsi que – mais en d’autres termes – dans les zones du Proche-Orient ou irradie
le conflit israélo-arabe que se pose avec le plus d’acuité la question du rôle
de l’Union en matière de soutien à la bonne gouvernance, à l’établissement de
l’Etat de droit, à l’indépendance de l’autorité judiciaire, aux droits de
l’Homme et aux libertés fondamentales.
Capables de cautionner une lecture très politique de la
« domination impériale » des États-Unis, les élites gouvernementales
avalisent en revanche fréquemment les lectures américaines les plus
culturalistes ou les plus « théologiques » pour masquer les raisons
très banalement politiques de la montée en puissance de leurs oppositions. En
« dépolitisant » la lecture des résistances auxquelles ils se
heurtent, la « sur-idéologisation » des tensions politiques permet en
effet aux acteurs étatiques d’occulter la part de responsabilité souvent
essentielle qui est la leur.
La « crise des caricatures » (janvier 2006)
et celle née en septembre de la même année des propos sur l’islam du pape
Benoit XVI ont montré qu’un certain nombre d’acteurs étatiques (Syrie, Libye,
Égypte, Arabie Saoudite, mais également Israël) peuvent avoir paradoxalement
intérêt à participer à cette « théologisation » opacifiante des
humeurs de tous ceux qui leur résistent. Si le concept de « guerre des
civilisations » a été significativement employé pour la première fois dès
1990 par Bernard Lewis à propos du conflit israélo-palestinien, c’est qu’il
permettait de masquer très utilement la matrice trivialement nationaliste de ce
conflit. Si certains régimes arabes autoritaires s’accommodent parfaitement des
manifestations religieuses anti-occidentales – voire les encouragent en
sous-main –, c’est qu’elles accréditent chez leurs interlocuteurs européens
l’idée (fausse) que le fondement des oppositions auxquelles ils se heurtent de
plus en plus fréquemment est de nature sectaire et religieuse plus que politique.
Les élites arabes au pouvoir cautionnent donc souvent des
approches culturalistes (aidez-nous à résister à ces islamistes qui sont
également vos ennemis) ou « économicistes » (aidez-nous
financièrement et nos opposants perdront toute base sociale) pour justifier
leur refus persistant de toute ouverture politique. Par cette stratégie, une
partie d’entre elles est parvenue avec une étonnante facilité à faire
cautionner son autoritarisme par l’environnement international en général et,
notamment dans le cadre du Processus de Barcelone, par l’Union européenne en
particulier.
Hormis les cas très particuliers du gouvernement palestinien
du Hamas (qui a pour ambition de regagner la crédibilité de l’Union) et de la Syrie
(qui doit surmonter une hostilité européenne liée non pas à ses méthodes
répressives, dont l’Union s’est toujours accommodée, mais seulement à son
rapprochement stratégique avec l’Iran), la plupart des régimes arabes, tout
particulièrement les plus autoritaires, ont toutes les raisons de se féliciter
de l’attitude de l’UE à leur égard. Par les seules exigences de leur
« lutte » supposée « contre le fondamentalisme » et alors
même que la démonstration est amplement faite que cette radicalisation sécuritaire
crédibilise et nourrit celle de leurs opposants, ils sont parvenus à faire
oublier leurs entorses graves et répétées aux libertés publiques et aux droits
individuels. Ces entorses n’ont jamais affecté ainsi ni l’attitude de l’Union à
leur égard ni le montant des soutiens financiers qui leur sont accordés, au détriment
de la qualité des relations avec leurs opposants, c’est-à-dire une large
majorité des populations concernées, en constante dégradation au cours de la
décennie écoulée.
D’une manière générale, les acteurs autres qu’étatiques
attendent donc impatiemment de l’UE s’autonomise de l’axe américano israélien
et que, dans les domaines essentiels des droits de l’Homme et de la bonne
gouvernance, elle se montre un interlocuteur plus exigeant à l’égard de ses
partenaires étatiques.
Au lendemain des attentats du 11 septembre, le
lancement de la « guerre globale contre la terreur » est venu différer
une nouvelle fois la concrétisation par l’UE de ses exigences en matière de
bonne gouvernance, de consolidation de l’État de droit, des droits de l’Homme
et des libertés fondamentales. Ce recul est bien mis en évidence par l’amertume
de l’opposant tunisien Moncef Marzouki qui, pour résumer la démission de
l’environnement international vis-à-vis des régimes autoritaires arabes, écrit
que « depuis le 11 septembre, jamais les dictateurs ne se sont mieux
portés ». L’éradication par la violence de toute opposition autre que
cosmétique en Tunisie et en Algérie, la corruption avérée de la compétition
électorale égyptienne, le « désamorçage » ou la mise hors de portée
de toute sanction électorale des rouages essentiels du pouvoir marocain, pour ne
rien dire du verrouillage totalitaire de la scène politique libyenne (dont le
leader sera néanmoins autorisé lui aussi à fouler les tapis rouges de
l’Europe), sont au cœur du désaveu manifeste dont fait aujourd’hui l’objet l’UE
dans de très larges couches populaires du monde arabe.
« Pourquoi soutenons-nous tous les dictateurs
arabes ? Leurs peuples ne veulent plus le faire, il faut bien que
quelqu’un s’en charge ! » Cet échange entre le chef de l’État
français et l’un de ses jeunes compatriotes, imaginé en 1996 par Le Canard enchaîné,
a conservé toute son actualité en 2006 et peut être extrapolé sans danger à la
totalité des politiques de l’Union. Si de tels exemples sont volontiers
empruntés au seul chef de l’État français, qui n’en a pas le monopole, tant
s’en faut, c’est que Paris donne souvent le « la » européen du
laxisme dans l’évaluation des performances démocratiques des régimes de la
façade nord de l’Afrique.
« Je ne vois pas, en toute bonne foi, ce que l’on
peut reprocher à ces élections », déclare encore Jacques Chirac au
lendemain du scrutin présidentiel algérien d’avril 2004 – notoirement truqué –,
avant de faire remettre au président Bouteflika, en septembre 2005, le
« Prix Louise Michel… des droits de l’Homme et de la démocratie ».
Quinze ans plus tôt, la France l’avait, il est vrai, fait remettre également à
son homologue égyptien Hosni Moubarak au terme d’un scrutin dont les lecteurs
du très réaliste roman témoignage égyptien (ou les spectateurs du film qui en
est tiré), L’Immeuble Yacoubian
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[1],
ne peuvent désormais plus ignorer la dérisoire réalité.
Les élections sont « raisonnablement
démocratiques », avait déjà commenté Paris (et laissé dire l’Union) en
novembre 1995, au terme d’un autre scrutin algérien aussi grossièrement
truqué. La voix de la France a tout autant attesté que la Tunisie était une
« expérience exemplaire de modernisation », sans jamais être
contredite à Bruxelles. Les vrais droits de l’Homme sont le « droit de
manger » (sous-entendu pas les libertés démocratiques) a précisé enfin
le chef de l’État français, commentant la grève de la faim entreprise en
décembre 2003 par l’avocate militante des droits de l’Homme, Radhia Nasraoui,
pour dénoncer la radicalisation sécuritaire du président Ben Ali – lui aussi couronné
du Prix Louise Michel en 1988
style=';'>[2].
Pour les oppositions aux régimes des pays arabes ayant
ratifié des « accords d’association » avec l’UE (comme la Tunisie, le
Maroc et l’Algérie), le fameux « article 2 » de tous ces
accords, affirmant solennellement le caractère « essentiel » du respect
des droits de l’Homme
style=';'>[3]
quotidiennement violés et jamais sanctionnés, est perçu comme le symbole même
d’une duplicité de l’UE, dont le discours moral ne serait que le paravent d’un
cynisme d’abord guidé par les intérêts économiques à court terme.
En 2005, la « colère froide » de deux militants
tunisiens des droits de l’homme, Sihem Bensedrine et Omar Mestiri, a ainsi
résumé éloquemment ce terrible paradoxe de l’action de l’Union : dans
leur livre L’Europe et ses despotes, ils dénoncent la « criminelle
hypocrisie des responsables de l’Union européenne » et démontrent que
« violations des droits de l’Homme et corruption, à des degrés divers,
sont les traits communs des régimes auxquels l’Europe apporte un soutien
politique et économique constant, du Maroc à la Syrie, en passant par l’Afrique
du Nord et l’Égypte
class=MsoFootnoteReference>
style=';'> ».
Alors que l’UE tarde à prendre la mesure du prix que lui
coûte l’impopularité des vecteurs étatiques de son action, elle ne parvient pas
à établir le contact avec des acteurs non étatiques plus représentatifs :
qu’ils soient représentés par les oppositions, les « acteurs
religieux » ou les « sociétés civiles », ils souffrent eux aussi
paradoxalement d’une identique fragilité.
Les « sociétés civiles » souffrent dans le monde
arabe de deux tentatives d’appropriation restrictive. Les régimes autoritaires
parviennent le plus souvent à y établir leur autorité, vidant ainsi le concept
de toute portée. Ce détournement « interne » est aggravé par le fait
que les Européens ont eu tendance à restreindre eux-mêmes la notion de société
civile aux seuls acteurs dits « laïques » et à en exclure plus ou
moins consciemment le large spectre des oppositions islamistes, des
intellectuels ou des associations émanant ou seulement susceptibles de
sympathie avec cette partie du paysage politique. Lorsqu’elle ne parle pas aux
États, le plus souvent, l’Europe ne sait parler qu’avec ceux « qui lui ressemblent ».
La sélection des voix désignées comme « laïques » s’opère souvent de
surcroît sans trop se soucier, le cas échéant, de leur proximité avec les régimes – dès lors qu’elles disent, à leur vis-à-vis européen, dans l’une des langues
qu’il parle (c’est-à-dire tout sauf la langue locale) et dans la
« terminologie » qui lui est familière, ce qu’il souhaite entendre.
Si respectable puisse-t-elle être dès lors que l’on en
mesure les limites, cette composante très minoritaire conforte chez son
vis-à-vis occidental l’idée qu’elle détient le monopole du potentiel modernisateur
dans les sociétés arabes. Et pour protéger son quasi-monopole de représentation
auprès de l’environnement international, elle participe très activement au
processus de démonisation et d’exclusion de ses rivaux islamistes. Confortée
par cette frange radicale d’une intelligentsia laïque qui, dans son ensemble,
est pourtant très loin de se restreindre à une telle posture, l’Europe
surévalue assez systématiquement des expressions associatives de la société
civile dotées d’une très faible représentativité : il leur suffit trop
souvent de s’afficher comme « féministes », « de gauche »
ou « laïques » pour que leurs interlocuteurs européens ne se soucient
nullement ni de la réalité de leur ancrage populaire ni même de leur proximité
éventuelle avec les régimes autoritaires, au point d’être parfois
instrumentalisées ou même créées par les régimes à seule fin de nourrir et
d’exporter le discrédit d’une (large) catégorie de leurs principaux opposants
politiques.
Sous le pavillon des ONG, circulent en effet (dans le monde
arabe mais pas seulement) toutes sortes de marchandises, y compris ce que
certaines victimes de l’autoritarisme des régimes appellent aujourd’hui par
dérision des « OVG » c’est-à-dire des organisations… « vraiment
gouvernementales ». De la Tunisie au Maroc en passant le Yémen ou
l’Arabie, elles sont créées « à la demande et selon la conjoncture »,
en fonction des besoins de la communication des régimes avec les chancelleries
ou les donateurs étrangers, pour atténuer leur image d’autoritarisme, accaparer
des financements mais aussi discréditer et contrecarrer toute concurrence de
véritables ONG. C’est ainsi que le soutien de l’UE aux ONG et à travers elle
aux « sociétés civiles », qui devrait nuancer sa proximité avec les
régimes, se transforme très souvent, via les « organisations très
gouvernementales », en un surcroît de soutien à leur égard.
Le cas bien documenté de la Tunisie fournit un exemple
particulièrement révélateur de pratiques qui n’ont toutefois rien de spécifique
et peuvent être extrapolées à la quasi-totalité des pays de la zone. Le 26 juin 2004, lors de la réunion à Hammamet de la commission préparatoire au
Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), les autorités ont montré
une nouvelle fois leur capacité, pour empêcher la prise de parole des
associations indépendantes, à mettre en avant des organisations leur ayant fait
allégeance
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[5].
La capacité du régime à capter les aides destinées à la société civile a été amplement
établie : « La délégation de l’Union européenne ne finance in
fine que des associations cooptées selon une stratégie de saupoudrage
par gouvernorat définie par Carthage. Les projets “démocratie” de MEDA sont
canalisés par les intermédiaires agréés du ministère des Affaires étrangères et
de la Coopération internationale et, suivant les cheminements officiels, se
transforment en soutien aux OVG, ces “organisations vraiment gouvernementales”
comme disent les Tunisiens, qui ne constituent que des pseudo contre-pouvoirs
href="#_ftn6" name="_ftnref6" title="">
class=MsoFootnoteReference>[6]. »
Le Forum civil euroméditerranéen et la plate-forme des ONG
destinés, dans le cadre du Processus de Barcelone, à dépasser le monopole des
États et à institutionnaliser le débat entre organisations de la société
civile, n’ont pas échappé à cette contradiction, jamais portée sur la table du
débat. Aux yeux d’un grand nombre de ceux qui en sont de facto exclus,
le Forum apparaît comme étranger à de larges composantes du paysage intellectuel
et politique. Les acteurs proches des oppositions islamistes ne sont que très rarement
associés à ces rencontres, et ceux qui voudraient voir évoluer cette situation
se heurtent au lobbying surmédiatisé de la minorité agissante des sociétés
civiles, proche des milieux qualifiés d’« éradicateurs » qui est
parvenue, jusqu’à ce jour, à faire dénier par les Européens la moindre parcelle
de légitimité politique à leurs challengers islamistes.
Alors que les contacts noués entre l’UE et les oppositions
devraient contribuer à desserrer la mise sous tutelle étatique des sociétés
civiles, ils souffrent d’un même parti pris : sauf exception, ils sont
strictement limités aux acteurs « laïques » de cette « troisième
force » qui, dans l’imaginaire politique occidental, a vocation à surgir
du tête à tête entre les régimes autoritaires et leurs opposants islamistes. Le
problème que pose cette mythique troisième force est double : a) au cours
des vingt années écoulées, elle a largement démontré qu’elle ne disposait pas
d’un ancrage populaire lui permettant de constituer une alternative crédible
aux régimes ; b) elle est fondée sur une lecture des courants islamistes
qui les présente comme étant absolument imperméables aux dynamiques de
libéralisation politique et de « démocratisation », ce qui est
pourtant loin d’être le cas et signe la plus grave erreur d’appréciation du
regard occidental dominant et, dans le cas présent, des instances européennes
concernées.
Dans le monde arabe, l’Union européenne tend à être perçue
comme représentante de sociétés plus « déchristianisées » que
laïques, ce qui constitue l’une de ses principales différences avec la société
américaine, perçue comme plus religieuse. Cette religiosité américaine est parfois
mise au crédit des Etats-Unis, pour qui, à la différence de l’Europe, la
présence du religieux dans l’espace public ne pose pas problème. Au cœur de
l’Europe, la France est accusée non seulement d’exclure le voile islamique des
enceintes scolaires mais, de façon moins légitime, de le stigmatiser dans des
pans entiers de l’espace public. La religiosité américaine est en revanche
dénoncée comme nourrissant les entreprises missionnaires des ONG protestantes,
leur soutien souvent très passionnel à l’État d’Israël et leur influence jugée
particulièrement néfaste sur la politique étrangère des néo-conservateurs.
Dans le monde arabe, la plupart des acteurs religieux
institutionnels (muftis et oulémas, dirigeants des grandes universités
islamiques telle Al-Azhar) sont trop étroitement dépendants des régimes pour
exprimer autre chose que les analyses et les stratégies de ces derniers. Les
attentes exprimées à l’égard de l’Europe lors des innombrables dialogues
interreligieux et autres séminaires et rencontres organisées avec ces représentants
des croyants du monde arabe, tout particulièrement quand il s’agit d’analyser
les causes de la « violence terroriste », occultent de ce fait
systématiquement l’une des principales d’entre elles à savoir le verrouillage
répressif qui sévit dans chacune de leurs sociétés. Sur ce terrain de la
communication « inter-religieuse », telle est sans doute l’une des
sources essentielles de la myopie de l’Union en matière d’information, d’image
et d’action.
La mainmise des régimes sur les autorités religieuses ne se
limite pas au territoire de leur stricte souveraineté politique : elle se
manifeste aussi largement à l’intérieur de l’Europe, interférant tout autant
avec le fonctionnement et donc la représentativité de certaines institutions
musulmanes. Ainsi, un « dialogue interreligieux » qui réunirait, avec
les encouragements de l’Europe, les autorités de la Mosquée de Paris, sur
lesquelles l’influence du régime algérien est demeurée déterminante, les
autorités religieuses algéroises, tunisiennes ou marocaines, n’aboutirait dans
la réalité qu’à mettre en présence les différentes facettes d’un identique
autoritarisme et à occulter, pour l’essentiel, les attentes convergentes dans
ce domaine des croyants des deux rives. S’interdisant de prendre en compte le
rôle – essentiel – des régimes dans la montée de la violence qualifiée
d’« islamique », les « acteurs religieux » officiels
tendent généralement à compenser ce vide par une excessive
« théologisation » des tensions politiques. En tout état de cause,
leur mobilisation ne permet que de façon limitée et contradictoire aux institutions
européennes et aux communautés religieuses ou politiques ou simplement humaines
des deux côtés de la Méditerranée d’entrer dans une interaction un tant soit
peu productive.
Des stratégies de contournement de cette mainmise
impliqueraient que l’Union choisisse de recourir à des interlocuteurs religieux
déliés de toute allégeance avec les régimes et donc plus ou moins ancrés dans
le paysage oppositionnel. Toutefois, la conjonction du « parler
musulman » et d’une posture oppositionnelle suffit généralement, jusqu’à
ce jour, à rendre à ses yeux un acteur musulman strictement infréquentable.
La situation tout à fait paradoxale dans laquelle s’est
trouvée l’Union en choisissant de boycotter le gouvernement palestinien
nouvellement élu reflète en les concentrant les contradictions que le cumul de
ces deux biais du positionnement européen – tropisme pro-israélien excessif et
incompréhension de la nature des forces alternatives aux régimes arabes en
place – risque à terme d’étendre à sa relation avec la totalité de son environnement
arabe.
Les mêmes biais qui affaiblissent la définition européenne
des « sociétés civiles » arabes « légitimes » produisent
d’identiques dégâts dans l’identification des opposants politiques. Lorsque
l’Union s’avise de vouloir prendre langue avec d’autres que les acteurs
étatiques ou les représentants officiels des sociétés civiles, elle opère à
nouveau un tri extrêmement préjudiciable à leur représentativité. Les
oppositions dites « laïques » de la première génération (plus ou
moins les héritières historiques des socialismes arabes) jouissent de
l’essentiel de l’attention de l’Europe. Cette reconnaissance est souvent
proportionnelle à la vigueur avec laquelle elles s’emploient à stigmatiser
leurs concurrents islamistes. De façon plus préjudiciable, les représentants de
l’alternative laïque aux régimes (souvent autoproclamés « démocrates »,
appellation qui sous-entend que la totalité du spectre des courants islamistes
est hermétique à ce concept) ne disposent en fait dans leurs sociétés
respectives que d’une représentativité inversement proportionnelle à celle dont
ils jouissent dans les chancelleries et les médias européens.
Sur le terrain, le relais de la génération nationaliste a en
fait été pris partout par leurs successeurs islamistes, qui en réintroduisant
dans le discours politique la terminologie de la culture musulmane « endogène »
ont banalement prolongé sur le terrain culturel et symbolique le processus de
« remise à distance » de l’ancien colonisateur qu’ils avaient eux
même initié. Pourtant, l’Europe a pour l’heure complètement échoué à
rationaliser la perception de cette génération politique et à établir avec elle
les moindres canaux de communication, laissant de ce fait se réduire de façon
drastique sa connaissance et sa reconnaissance de la composante majoritaire de
son environnement arabe. Hormis quelques louables exceptions (les représentants
de l’UE ont su établir et conserver le contact avec le Hezbollah libanais,
n’interrompant pas la coopération avec le ministère de l’Énergie lorsque l’un
de ses membres y a été nommé), la vision européenne des attentes du monde arabe
passe par un prisme extrêmement réducteur : la voix des régimes occulte celles
des sociétés civiles, et celle des oppositions laïques très minoritaires masque
celle de l’entière génération islamiste.
Dans les rangs islamistes, l’Europe est sans surprise
accusée de chercher jusqu’à ce jour une mythique « troisième force »
qui capitaliserait les ressources de son double désaveu supposé de la
« peste » (militaire) et du « choléra » (islamiste). Cette
impasse de la vision politique européenne est ainsi résumée par un
universitaire algérien exilé, Abbas Aroua, « La thèse du “ni peste,
ni choléra” a frappé l’Europe d’une véritable “cécité” politique.
Abusée par un prisme idéologique parfois proche de l’islamophobie (comme
certaines réactions très officielles intervenues lors de la crise des
caricatures l’on révélé), prisme qui conforte ses peurs ataviques, […] courant,
à l’instar du général de Gaulle dans les années 1950, derrière une illusoire
“troisième voie”, l’Europe est demeurée aveugle à l’évolution de la réalité
algérienne et arabe, qui veut que ses intérêts légitimes seront mieux garantis
par les véritables représentants des populations concernées, que, tôt ou tard,
les forces véritablement représentatives de la société, parviendront à faire
accéder au pouvoir. »
En terre arabe, l’UE ne dispose donc pas aujourd’hui des
interlocuteurs, des relais et des ressources lui permettant de se préparer
réalistement aux défis des transitions politiques en cours et à venir dans ces
pays. L’ostracisation indiscriminée de toute expression politique
oppositionnelle – ou même, dans le cas du Hamas, gouvernementale – en provenance
du monde arabe, dès lors que ses auteurs emploient le vocabulaire de la culture
musulmane, est considérée par une large majorité d’opposants, pas seulement
islamistes d’ailleurs (et donc par une large majorité des citoyens de cette
région du monde), comme l’une des causes centrales de l’un des plus graves
échecs de la diplomatie européenne : celui, avéré, du « Processus de
Barcelone », dont la plupart des observateurs s’accordent à considérer aujourd’hui
qu’il est demeuré lettre morte.
L’incapacité européenne à percevoir le processus historique
relativement banal qui explique l’émergence de ces forces et leur présente
centralité dans le paysage politique arabe est au cœur de ce revers. L’UE se
refuse non seulement à reconnaître l’importance de l’ancrage populaire des
oppositions islamistes modérées, mais plus encore à déceler leur potentiel
modernisateur – dans tous les domaines de la libéralisation politique, y
compris le renforcement des droits individuels des femmes comme des hommes –,
au même titre que celui des acteurs « laïques » du reste du spectre
politique.
Depuis plus de deux années maintenant, plusieurs think
tanks démocrates américains se sont ralliés pour leur part à cette perspective
qui considère les « islamistes modérés » comme la « clé de la
réforme arabe », pour reprendre le titre d’un article d’Amr Hamzawy,
chercheur à la Carnegie Endowment for International Peace
href="#_ftn8" name="_ftnref8" title="">
class=MsoFootnoteReference>[8].
Avant que la moindre réforme significative puisse avoir lieu dans le monde
arabe, affirmait-il en substance, « les États-Unis et l’Europe doivent
commencer à établir des relations avec les islamistes modérés, une action moins
épineuse qu’il ne peut le paraître, car ces islamistes ont fait leur les règles
démocratiques et fait preuve d’un soutien très réel à l’État de droit ».
En attestent notamment, dans le monde arabe tout entier, les multiples alliances
qu’opèrent les islamistes, depuis le Liban (où le très chrétien général Aoun
s’est associé au Hezbollah chiite) jusqu’au Yémen (où les socialistes ont, lors
de l’élection présidentielle du 20 septembre 2006, fait alliance avec la
formation du Rassemblement Yéménite pour la Réforme, proche des Frères musulmans),
en passant par les signataires, en janvier 1995, de l’exemplaire pacte de
Sant’ Egidio entre toutes les composantes de l’opposition algérienne.
Lorsque se conjuguent les effets du tropisme pro-israélien
et l’incapacité à construire rationnellement la relation avec les acteurs des
courants islamistes, le pire peut prendre la forme du boycottage du
gouvernement légalement élu de la Palestine et du message extrêmement contradictoire
qu’il a adressé à l’ensemble des oppositions arabes. À force de ne pas vouloir
reconnaître une génération politique, de plier ses principes à l’importance des
ressources économiques et des marchés de ses interlocuteurs arabes, de
sacrifier les principes du long terme politique sur l’autel du court terme
financier et électoral, l’Europe a vraisemblablement affecté considérablement
la portée et l’efficacité de ses échanges avec son environnement arabe et musulman.
Incapable d’identifier des interlocuteurs ailleurs qu’auprès des régimes
autoritaires ou sur le rebord fragile des sociétés qui lui renvoie l’image
réconfortante de son universalité, elle risque de se retrouver à terme en porte
à faux avec toute une partie du monde.
Le premier et le plus urgent des infléchissements des
politiques de l’Union serait de s’atteler à construire des passerelles intellectuelles
et informelles, avant d’être politiques et institutionnalisées, avec la
totalité de l’échiquier démocratique arabe. La notion de courant islamiste doit
être reconstruite à partir d’une distinction trop rarement faite : une majorité
d’acteurs politiques, pour des raisons de nature identitaire, est sensible à
une affirmation des marqueurs de la culture musulmane. Ce processus
d’affirmation ne détermine pas l’usage de modes d’actions politiques
particuliers et ne peut en tout état de cause être perçu comme étant en
relation d’antinomie et d’exclusion avec les dynamiques de libéralisation
politique et de modernisation sociale. Certes, l’UE peut et doit conserver le
droit de se démarquer des acteurs politiques ne respectant pas sa propre
éthique. Mais elle doit le faire alors avec la même vigueur quel que soit le
vocabulaire des acteurs concernés et non sur la seule base de leur éventuelle
« islamité », ostracisant en bloc, à ce seul titre, toutes les
formations politiques qualifiées d’« islamistes ».
Sans s’abstraire d’aucune des exigences diplomatiques,
l’Union pourrait veiller à inclure dans la liste de ses interlocuteurs
(gouvernementaux bien sûr, mais également oppositionnels et membres des
sociétés civiles) la totalité des familles politiques en présence et en
particulier tous ceux – c’est-à-dire une écrasante majorité – des courants
islamistes qui acceptent le principe de ces dialogues ou de ces interactions.
Souvent présents dans les enceintes parlementaires, comme c’est le cas en
Palestine, au Yémen, en Jordanie, au Liban, au Koweït, en Irak ou en Arabie
Saoudite, pour ne rien dire des situations où ils participent ou dirigent un
gouvernement (comme au Liban ou en Palestine, et demain en Irak ou ailleurs),
ils ne sauraient faire l’objet d’une quelconque ostracisation qui puisse continuer
à crédibiliser, comme l’a fait la terrible contre-performance palestinienne,
l’idée, aujourd’hui profondément ancrée, d’un sectarisme antimusulman de
l’Europe.
Les intellectuels associés aux programmes de l’UE doivent
évidemment venir de tous les horizons de pensée et ne pas exclure
systématiquement (comme l’ont fait jusqu’à un certain point le programme du
Forum civil et la plate-forme des ONG) les intervenants considérés comme
proches ou faisant partie de la mouvance islamiste.
La reconnaissance des courants islamistes modérés implique
pour l’UE de ne plus se laisser entraîner – quelle que soit la propension de
certains acteurs, y compris étatiques, à le faire – sur le terrain d’une
« idéologisation » ou, pire, d’une « théologisation » de la
lecture des tensions dans et avec le monde arabe. Plus encore que des efforts
de rapprochement culturel ou religieux, si nécessaires soient-ils, la relation
euro-arabe a besoin aujourd’hui de mécanismes capables d’assurer une meilleure
répartition des ressources politiques, c’est-à-dire un plus haut degré de
justice internationale ou même seulement d’un degré d’injustice moins manifeste.
Si le rapprochement culturel est à même de participer à ce
règlement, il ne saurait en aucune façon s’y substituer. Le registre du
« dialogue des cultures » ou des « civilisations » ne doit
donc jamais justifier le refus d’une lecture profane et d’une réponse simplement
politique aux tensions avec le monde arabe. Le recours à une approche culturaliste,
théologique ou « civilisationnelle », interdit en effet d’appréhender
la matrice profane et politique des conflits d’intérêts et, ce faisant, les
responsabilités respectives des acteurs, à l’échelon régional, mondial ou au niveau
de chaque État.
« L’Europe et les États-Unis partagent les mêmes
valeurs », affirmait, en 2004, le Président Jacques Chirac en
compagnie du Premier ministre Tony Blair. Certes. Mais cela implique-t-il pour
autant que « ces deux pays » (sic) aient de ce fait à
« mener des combats communs » ? Peut-être, mais… contre
qui ? Contre des « civilisations », africaines ou asiatiques,
dont le non-dit d’une telle formule est qu’elles n’auraient pas les mêmes valeurs ?
La diversité symbolique des pratiques, des rites et des
références, est trop souvent extrapolée, à tort, pour accréditer l’idée de
différences plus substantielles qui seraient fondées sur des
« valeurs » supposées incompatibles. Le dialogue interculturel
devrait donc servir à faire prendre conscience au plus grand nombre, sur les
deux rives de la Méditerranée, que la diversité des cultures se limite en
réalité au terrain des matériaux symboliques (références historiques ou
mythiques, profanes ou religieuses) que mobilisent les différents groupes
culturels pour légitimer leurs valeurs, mais que, pour l’essentiel, elle
n’englobe pas les valeurs elles-mêmes.
La confusion n’est pas nouvelle et ses conséquences, toutes
négatives, sont multiformes. D’Atatürk conditionnant l’accès de ses concitoyens
à la modernité au port d’une forme précise de casquette
« européenne » aux réticences françaises émotionnelles devant le port
du hidjab (pas seulement dans les écoles publiques), en passant par la
tentation fréquente des croyants de tous dogmes de nier l’existence d’un
dénominateur commun humaniste transcendant les appartenances religieuses, les
blocages, analytiques et politiques, sur lesquels débouche cette confusion
entre la « substance » des valeurs et les références symboliques
mobilisées pour les légitimer sont nombreux. Le dialogue interculturel promu
par l’Europe doit contribuer à les dévoiler et à les dénoncer, en identifiant
les innombrables manières qu’ont dogmes, doctrines et communautarismes de nier à
la culture de l’autre la capacité d’exprimer une référence universelle.
Le développement vers le monde arabe de moyens de communication
européens, notamment audiovisuels, est certes un objectif louable. Mais il ne
devrait pas avoir pour conséquence d’aggraver le déséquilibre des flux médiatiques
Nord-Sud. Si elle veut elle-même être entendue, l’Europe doit permettre – sans
discrimination – aux opinions publiques du monde arabe de se faire elles aussi
entendre au sein de l’Union.
Sur le territoire européen, le pluralisme de l’information
politique sur le monde arabe et musulman apparaît comme l’un des préalables
essentiel à la résorption des malentendus et des tensions avec cette région du
monde. Pour l’heure, la distribution de la parole publique sur les conflits du
Proche-Orient demeure toutefois particulièrement déséquilibrée. Or, lorsque
l’un des quatre pieds d’une chaise, ou d’une table, s’autorise à être plus haut
que les autres, ou bien lorsqu’il est de fait interdit à l’un d’entre eux
d’atteindre la hauteur lui permettant de participer à l’équilibre collectif…
c’est la possibilité du « vivre ensemble » (national ou
international) qui risque très vite d’être compromise. C’est ce déséquilibre-là,
avec ses terribles conséquences, qui doit être nommé si on veut le dépasser.
L’Europe ne doit pas craindre d’encourager ses
interlocuteurs arabes à se constituer un savoir autonome sur l’Europe. Aux
précieux Centres de recherches en sciences sociales sur le monde arabe (qui
pourraient être utilement « européanisés » pour en renforcer le
potentiel et la capacité d’attraction), des Centres arabes d’étude de l’Europe
pourraient ainsi s’ajouter pour le bénéfice mutuel de la construction d’un
savoir scientifique partagé et donc dépassionné.
Tout en gardant ses ambitions d’être écoutée et d’enseigner
au Sud, l’Europe doit saisir toutes les chances qu’elle peut avoir d’écouter le
monde arabe et d’y apprendre. Les programmes européens d’apprentissage des
langues du monde arabe et les séjours d’acculturation d’étudiants européens
dans cette région constitueraient sans doute un des meilleurs leviers d’action
dans ce domaine.
Il est très souvent fait état du découragement de
partenaires potentiels de l’Europe devant la lourdeur extrême des procédures
contractuelles de financement. Or les petites structures qui n’ont pas les
moyens de faire face aux exigences techniques requises pour bénéficier d’un tel
soutien sont souvent celles qui sont le plus solidement ancrées dans le tissu
social.
class=MsoFootnoteReference>
class=MsoFootnoteReference>[1]
style='font-size:10.0pt'> Alaa al-Aswany,
L’Immeuble Yacoubian, Actes Sud, Arles, 2006.
title="">[2]
class=MsoFootnoteReference>
Ce n’est pas par hasard si ces quelques exemples évoquent les prises de position
françaises. Aujourd’hui partenaires privilégiés de l’UE au sud de la
Méditerranée, les trois principaux pays du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie)
ont été durant des décennies des colonies françaises. Et depuis de longues
années, les témoignages ne manquent pas pour attester que, au sein des
instances dirigeantes de l’UE, les représentants des principaux États membres
ont admis que la gestion des « affaires maghrébines » de l’Europe
était avant tout une « affaire intérieure française ». Au-delà des
pétitions de principe, cet héritage colonial pèse toujours très lourd – même
s’il tend heureusement à s’atténuer – dans la définition des politiques de l’UE
sur la rive Sud de la Méditerranée. Paradoxalement, les dirigeants des régimes autoritaires de ces pays, pourtant attachés par mille liens économiques occultes
à l’ancienne métropole, ne se privent pas d’utiliser hypocritement dans leur
rhétorique publique cette grave faiblesse de l’UE, qui entrave sa capacité à
définir une politique étrangère libérée des pesanteurs postcoloniales.
class=MsoFootnoteReference>
class=MsoFootnoteReference>[3]
style='font-size:10.0pt'> « Le respect des principes démocratiques et des
droits fondamentaux de l’homme, tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle
des droits de l’homme, inspire les politiques internes et internationales des
parties et constitue un élément essentiel du présent accord. »
class=MsoFootnoteReference>
class=MsoFootnoteReference>[4]
style='font-size:10.0pt'> Sihem Bensedrine
et Omar Mestiri, L’Europe et
ses despotes. Quand le « modèle tunisien » dans le monde arabe fait
le jeu du terrorisme islamique, La Découverte, Paris, 2004.
class=MsoFootnoteReference>
class=MsoFootnoteReference>[5]
style='font-size:10.0pt'> Vincent Geisser
et Éric Gobe, « Tunisie :
consolidation autoritaire et processus électoraux », L’Année du Maghreb
2004, Paris, CNRS Editions, 2006
class=MsoFootnoteReference>
class=MsoFootnoteReference>[6]
style='font-size:10.0pt'> Béatrice Hibou,
La force de l’obéissance. Économie politique de la répression en Tunisie,
La Découverte, Paris, 2006 (p. 120 : « Le jeu impossible des
partenaires étrangers : l’exemple des financements européens »).
class=MsoFootnoteReference>
class=MsoFootnoteReference>[7]
style='font-size:10.0pt'> Pour une argumentation plus explicite de nos
hypothèses sur l’Islam politique, voir : François Burgat, L’Islamisme au Maghreb : la voix du sud,
Karthala, Paris, 1988 ; Payot, 1995 ; L’Islamisme en face, La
Découverte, Paris, 1995, 1996, 2002 ; L’ Islamisme à l’heure
d’Al-Qaida, La Découverte, Paris, 2005 ; J. Esposito et F. Burgat
(dir.), Modernizing Islam. Religion in the Public Sphere in Europe and the Middle East
lang=EN-GB style='font-size:10.0pt'>, Hurst and Company, Londres, 2002.
class=MsoFootnoteReference>
class=MsoFootnoteReference>[8]
lang=EN-GB style='font-size:10.0pt'> Amr Hamzawy,
« The key to Arab reform : moderate islamists », Policy Brief,
n° 40, 26 juillet 2005. « Pendant
des décennies, explique-t-il, les régimes arabes ont usé d’une stratégie de la
peur pour encourager les États-Unis et l’Europe à soutenir leur politique
répressive à l’égard des mouvements islamistes, mobilisant l’image de
fanatiques anti-occidentaux prenant le pouvoir par les urnes. Pourtant, les
islamistes modérés d’aujourd’hui ne participent plus de ce cauchemar. Les acteurs
et les observateurs politiques qui continuent à insister sur le fait qu’il
n’existerait rien de tel qu’un “islamisme modéré” omettent de prendre en compte
le fait que les organisations militantes au Maroc, en Algérie, en Égypte, en
Jordanie, au Koweït et au Yémen ont évolué au terme de décennies d’échec dans
leur opposition à des régimes répressifs. Au lieu de s’accrocher aux mirages
d’États théocratiques, bon nombre de mouvements islamistes reconnaissent
maintenant la pertinence du choix de concourir pacifiquement pour obtenir une
participation au pouvoir et de travailler dans le cadre des institutions
existantes pour promouvoir des ouvertures démocratiques progressives. »
Commentaires
Brillante analyse, espérons que M. Burgat sera entendu
Les européens ont raté une belle opportunité à cause de leur propre désunion.Ils laissent le champ libre à l’ignorance anglo-saxonne.Le monde arabe a l’impression d’être lâché par le monde entier.Qui le sortira des griffes américaines ?
Le crédit américain auprès du monde arabo-musulman est complètement dévalué, si l’Europe avait un peu de sens politique et d’honneur, elle saisirait l’occasion pour revenir en force sur la scène du Proche-Orient.
La communauté européenne est trop atlantiste pour pouvoir se présenter comme alternative aux USA. Les forces pro-américaines sont omniscientes, et les ex-pays de l’Est sont le cheval de Troie des américains , pour reprendre la fameuse formule de De Gaulle au sujet des anglais.
F. Burgat a un regard acéré, mais lorsque l’on voit les négociations avec la Turquie, on demeure pessimiste.
Quelle note, rédigée avec une argumentation précise et particulièrement lucide.
L’Europe est actuellement en panne, et se contente de gérer le quotidien sans vision à long terme. Lui demander de faire montre d’une prospection politique, est hors de sa portée pour l’instant. Le texte de Burgat doit servir de référence en matière de politique étrangère dans cette région du monde si capitale.
Les technocrates de Bruxelles n’ont pas l’intelligence de comprendre les enjeux internationaux. Le Proche-Orient n’est pour eux qu’un marché économique rentable, fut-il tenu par des tyrans subventionnés à coup de milliards par les USA.
Le monde arabe ne s’est pas méfié des politiques occidentales:Le voici de nouveau colonisable.
L’Europe qui a suspendu l’aide au palestinien en dit long sur sa position du conflit israëlo-palestinien. Je suis de ceux que cette décision a choqué. Vous devriez M. Burgat intégrer la commission des affaires étrangères de l’Union européenne. L’EUROPE a besoin d’esprit éclairé comme le vôtre.
Cette analyse dont fait preuve François Burgat, dépasse de loin l’article de presse, mais bien « un appel aux vivants » à la Communauté Européenne et le reste du monde.
J’écoutais sur LCI l’interview du Premier Ministre israélien, se vantait d’être le pays « le plus civilisé et démocratique du Moyen Orient » possédant la bombe atomique. N’ont-ils pas utilisé des armes non conventionnelles interdites ? C’est d’un cynisme effrayant, alors qu’ils bafouent toutes les règles internationales.
Pour que la Communauté Européenne change radicalement de position, il faudrait peut-être qu’elle arrête de se culpabiliser.
Peut être que la déclaration de Ben Gourian, « l’ONU n’est qu’un chiffon de papier »,
s’est avéré vrai au fil des années et que la création de l’état d’Israël n’est qu’un bastion de l’Occident « civilisé » dans un Moyen Orient « barbare ».
Combien d’opposants(es) (présumé terroristes, islamistes, intégristes) croupissent dans les prisons des pays arabes et au Maghreb comme s’ils n’existaient pas parce qu’ils ont dénoncé le totalitarisme et la complicité de l’Europe et des Etats Unis.
Le Hamas ainsi que Hezbollah libanais représentent pour ma part la résistance comme le fut les résistants en France.
Où sont-ils ces journalistes « objectifs » dont leur devoir est de nous informer, non de ramper devant la pression pro-israélienne qui est menée en Europe et aux Etats Unis ?
Merci à Oumma.com de cette tolérance qui nous permet d’apporter un commentaire. C’est un exemple de démocratie que bien de journalistes devraient méditer.
L’Europe ne sera jamais un contrepoids aux Etats-Unis, la Chine présente une meilleure solution pour le Proche-Orient. Que François Burgat envoie son brillant rapport à la Chine qui saura en faire un meilleur usage.
La décision irresponsable de l’Europe vis-à-vis des finances palestiniennes risque de déboucher sur une guerre civile. L’Europe est d’une totale vacuité en matière de politique étrangère. Tout le monde se souviendra de cette décision lâche qui prouve que l’Europe, est à le remorque des USA sur cette question.
Imaginez une personne qui frappe à ma porte me demandant de l’aider en m’insultant.
Imaginez ce que pense les europeens, quant à l’accasion des caricatures, dans le monde arabe et la palestine en particulier( n’ont-ils rien d’autre à faire ?) des foules vociférrant et sacageant les representations diplomatiques sur leurs territoires, qui sont supposées être protégés par les états, appreciez le non respect des règles de l’hospitalité et du droit international !.
Et oui, l’Europe est atlantiste, parce-que c’est sa civilisation est-ce une découverte ? faut-il être un chercheur éminent au CNRS pour s’en apercevoir ?, oui l’Europe est plus proche des USA que des palestiniens, parce-que pendant la derniere guerre les américains ont aidé l’Europe à vaincre son ennemi puis à se reconstruire pour citez qu’un exemple proche dans l’Histoire.
Que nous propose les arabes et les palestiniens en particulier ? les détournements des avions europeens, alors que l’Europpe n’est même pas partie prenante du conflit !( même pas ceux d’Israel, leur ennemi !) dans les années 70, les attentats maintenant et vous voulez que l’Europe aide les pays arabes ?
D’abord que les arabes règlent leur problème.
Que Francpois Burgat propose son mémo à la Chine, il faut être assez aveugle pour ne pas comprendre que la Chine travaille pour son interet d’abord et apres elle verra pour l’interet des arabes, puisque eux-mêmes ne sont pas capables de voir le leur.
Francois Burgat est un faux-ami, loin d’eclairer les responsabilités des interessés sur leur problème, il leur dit : vous n’y êtes pour rien, vous n’êtes pas responsables de votre situation, c’est l’Europe qui est atlantiste, égoiste et lâche face à la méchante Amerique, réclamez et surtout ne cherchez pas à comprendre votre situation, vous êtes des victimes. Si ce discours plait à certains, c’est désolant, mais je persiste à penser que le véritable ami, n ’est pas celui qui flatte mais bien celui qui essaie de dire les vérités même si celles-ci sont dures à entendre.
Aide toi et le ciel t ’aidera, jamais proverbe n’a été aussi vrai.
Il y a un proverbe marocain qui dit que : « Seul ton ongle peut te gratter. » Ce qui implique que, si les pays Arabo-musulmans veulent réellement un renouveau civilisationnel, ils doivent nécessairement combiner harmonieusement entre les efforts du mental et les intuitions créatrices du cœur. Ce n’est probablement pas en suivant aveuglément les décisions autrui ni en demeurant spectateurs du théâtre des événements terrestres qu’ils peuvent s’imposer auprès des nations.
La fin de l’Union soviétique fut une catastrophe pour une partie du monde.De fait les puissances occidentales roulent pour l’impérialisme globalisateur. La militarisation de l’Allemagne ne présage rien de bon.Cette derniére se comporte de façon ignoble en Afghanistan comme l’ont révélé les récents scandales de la soldatesque.Quand aux Etats-unis, ils renouent avec les guerres indiennes.Selon Ramsay Clark,"l’engagement était de détruire tout ou une partie de l’Irak en tant que groupe racial,national,ou religieux".Cette violence incontrôlable se nourrit de l’ethnicisme anglo-saxon .
"Limpérialisme porte en lui la guerre,comme la nuée l’orage." La conquéte des marchés par la guerre crée des intégrismes réactifs.Les arabes ne demandent pas de l’aide.Ils demandent qu’on leur fiche la paix !Imaginez qu’une personne s’installe chez vous,torture et liquide tout ce qui bouge et proclame qu’elle vient vous libérer !!L’esprit colonial est toujours à l’oeuvre.C’est lui qui détermine la politique européenne.Les peuples arabes sont doublement menottés:Par l’occident via leurs tyrans.
Lorsque Saddam a tenté d’envahir le Koweit ,l’Irak fut noyé sous les bombes.Comme cela ne suffisait pas,un embargo de 10 ans acheva la destruction du pays.C’était là le prix à payer pour les intêréts de l’occident.Par contre,lorsque Israél envahi et détruit le Liban,on attend qu’il finisse le travail.Un soutien inconditionnel à Israél et une politique du deux poids,deux mesures,c’est ça l’attitude de l’Europe face aux arabes.
Je voudrais réagir à la critique permanente de la part de certains milieux sur le prétendu soutien aux régimes totalitaires du moyen-orient. Tout d’abord, oui le soutien de Chirac à Bouteflika me choque mais pas plus pas moins que lorsqu’il décerne un brevet de droits de l’homme à Poutine.
C’est la politique de Chirac et elle n’engage que lui.
Par contre historiquement, les démocraties occidentales ont toujours oscillé entre lâcheté et/ou intérêt et la défense de leurs principes. C’est la force et la faiblesse de ces régimes mais comme disait Churchill c’est le pire à l’exception de tous les autres.
Mais tout de même, si on compare le monde aujourd’hui et ce qu’il était il y a 30 ans, on voit que la démocratie a progressé partout sauf dans certaines régions.
Aussi critiquables que puissent avoir été les occidentaux sur la défense des droits de l’homme, le fait d’avoir par exemple sans cesse soutenu les dissidents des régimes communistes, d’avoir discrètement rappelé leur sort lors de visites officielles, a certainement porté ses fruits. Tout comme la politique de détente, à savoir accepter de commercer avec l’est pour créer un climat plus favorable, et aussi bien sûr la faillite économique du communisme, tout cela a conduit à sa chute. Même si on saluait les dictateurs communistes.
Alors la politique d’aujourd’hui vis à vis des régimes du moyen-orient n’est pas vraiment différente, en tout cas elle ne relève pas d’une politique délibérée. Qu’on ne dise pas que rien n’est dit sur les droits de l’homme même si plus pourrait être fait.
Je voudrais rappeler quelques évidences :
1/ ces régimes sont tous pour la plupart issus des mouvements de libération nationaux ou post-décolonisation. Ce ne sont pas les occidentaux qui les ont crées.
2/ ils ont tous adopté des méthodes marxistes politiquement et économiquement. Ce qu’on appelait les régimes "progressifs" il y a encore peu. D’où le népotisme, la corruption et le gâchis économique.
3/ Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais dans un régime totalitaire d’opinion sinon celle de la majorité silencieuse que par définition on n’entend pas. Tout ce qu’on nous raconte sur la prétendue "rue arabe" n’est que ce que les dirigeants manipulent.
4/ Il n’y a pas de logique de bloc contre bloc ; aujourd’hui l’occident contre le monde arabo-musulman comme hier ouest contre est.
Je travaille avec des gens de ces régions sans aucun problème. On parle business pas politique. Mais il est aujourd’hui plus difficile pour un marocain d’obtenir un visa pour aller en Egypte que pour un français.
Alors j’ai envie de dire qu’il n’y a aucune fatalité à la situation de cette région, mais que la solution se trouve essentiellement dans chacun de ces pays auprès de cette majorité silencieuse. A elle de faire bouger les choses.
Nous avons nous français d’aujourd’hui beaucoup de chance que dans notre histoire des hommes se soient battus il y a longtemps pour conquérir notre espace de liberté et plus récemment pour le préserver.