Les associations gays indignées par l’attribution au Qatar du Mondial 2022

Le Qatar n’est pas un pays parfait. A la différence d’autres territoires, les autorités s’engagent à

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lundi 10 janvier 2011

L’affaire a secoué la planète football. Le Qatar, minuscule pays du Golfe à la richesse colossale, organisera la Coupe du monde de football en 2022. Cette nomination n’a pas tardé à susciter de nombreuses interrogations. La FIFA s’est vue accusée de corruption et l’émirat a essuyé des critiques en tout genre. Mais très vite, les reproches les plus vifs se sont focalisés sur l’interdiction d’alcool que subiront les supporters et surtout sur la pénalisation de l’homosexualité, pratique passible de 11 ans de prison dans le pays.

Depuis le résultat du vote la polémique ne cesse d’enfler. Alimentée par l’indignation de nombre d’observateurs et par l’activisme de plusieurs associations gays, celle-ci a pris une tournure particulière depuis les déclarations de Sepp Blatter. Le président de la FIFA vient en effet de s’excuser et de désavouer les propos qu’il avait tenus il y a quelques semaines en conseillant aux supporteurs gays de se passer de sexe lors du Mondial au Qatar[1]…

L’irruption de la question homosexuelle à ce niveau met en lumière le choc des valeurs qui trouve aujourd’hui son terrain de confrontation dans la nomination qatarienne. Douze ans avant le début de la compétition, ce propos peut sembler prématuré mais il n’en demeure pas moins révélateur d’une faille qui oppose l’Occident à une autre partie du monde. La façon dont certaines associations et commentateurs ont posé les termes du débat en dit long sur l’attitude quelque peu arrogante dans laquelle ils se sont drapés. Illustration de cette démarche provocatrice, le Paris Foot Gay vient de demander à la FIFA d’organiser d’ici 2022 un match de foot de leur équipe sur le sol qatarien dans le but de faire évoluer les mœurs de la société[2].

La modernité semble pour certains à sens unique. Prendre le football en otage pour bousculer la cohésion de sociétés traditionnelles a quelque chose de malsain. L’inquiétant est que ces jugements à l’emporte-pièce risquent de prendre de plus en plus d’ampleur à mesure que le Mondial 2022 se rapprochera. Ce chantage ne marchera ni au Qatar ni ailleurs dans le monde musulman car il en va de leur stabilité sociétale.

On ne supporte apparemment pas qu’une société ou une civilisation puisse évaluer différemment les contours d’une liberté que certains voudraient sans limites. C’est faire peu de cas de ce qui se passe ailleurs. Rappelons tout de même que la condamnation de l’homosexualité reste l’opinion largement majoritaire dans toutes les spiritualités et religions et ce, jusqu’à l’hindouisme et au Dalaï-Lama[3]. On ne peut sommer une nation dont l’identité s’est forgée autour de références religieuses de se plier aux normes édictées ailleurs sauf au risque de verser dans un néo-colonialisme culturel.

Pays arabe et musulman, le Qatar a une histoire, une psychologie collective et une tradition qui façonnent une vision du monde et des rapports entre hommes et femmes. Celle-ci s’accommode peu avec la permissivité qui règne en Occident. Et ce que condamnent le droit et la société qatarienne par cinq années de prison ce sont les manifestations ostensibles d’une pratique qui heurte de front le socle des valeurs sur lequel repose l’identité du pays. Dans les faits, cette peine fait office de dissuasion et elle n’est quasiment jamais appliquée. Prendre en considération cette donnée c’est faire preuve de pondération. Mais vouloir verser dans la provocation et le dénigrement pour faire reculer les frontières de ce qui semble acceptable dans cette région est typique d’une posture paternaliste qu’on pensait appartenir à un autre âge.

Le Qatar n’est pas un pays parfait. A la différence d’autres territoires, les autorités s’engagent à y développer des espaces de liberté comme dans le domaine des médias ou celui de la femme. Comme pour toute politique d’ouverture et de réformes, celle-ci nécessite du temps. Mais il y a un cadre et des limites. Les accepter et admettre que l’Occident n’a pas le monopole des valeurs progressistes c’est contribuer au respect des civilisations.

Notes :

[1] http://www.lejdd.fr/Sport/Football/Actualite/Les-propos-de-Sepp-Blatter-recommandant-l-abstinence-aux-homosexuels-pour-la-Coupe-du-Monde-au-Qatar-choquent-la-communaute-gay.-243627/

[2] http://www.francesoir.fr/football/qatar-2022-le-mondial-interdit-aux-gays.72345

[3] http://www.tariqramadan.com/Islam-et-Homosexualite.html

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Auteur : Nabil Ennasri

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, est actuellement doctorant à l'Université de Strasbourg et étudiant en théologie musulmane.

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