Le voile qui dévoile !

Les voies de l’intolérance sont insoupçonnables, l’ignorance et les carences intellectuelles qui caract

dimanche 19 octobre 2003

Les voies de l’intolérance sont insoupçonnables, l’ignorance et les carences intellectuelles qui caractérisent le débat actuel sur le voile « islamique » témoignent d’une poussée inquiétante d’un racisme feutré, emballé dans les draps de la laïcité.

Vouloir interdire le port du voile dans les établissements scolaires par la force de la loi est un aveu d’échec.

En premier lieu c’est l’échec de l’intégration des populations musulmanes qui est dû à l’histoire complexe et tumultueuse de la première génération d’immigrés, sans instruction, souvent illettrés. Parqués dans des ghettos urbains à la lisière de villes, exclus de la vie culturelle et politique du pays d’accueil.

la pratique de la religion en milieu clos et l’enseignement de l’islam administré par des imâms auto- proclamés sans formation adéquate, souvent archaïque a favorisé la greffe du discours rigoriste importé par des étudiants à la fin des années soixante.

C’est dans ces conditions que les parents ont transmis leur héritage religieux aux enfants, un héritage plus rituel que spirituel.

A la pratique presque honteuse pour ne pas dire clandestine de la religion par les aînés, les jeunes eux sont plus revendicatives et prosélytes.

Le voile est l’expression visible d’une mémoire enfouie et non assumée. La question du voile « islamique » a le mérite de nous ouvrir les yeux sur une réalité terrible, les champs de réflexion sont en jachère, les intellectuels tétanisés par les grands bouleversements qui ont transformé le monde, n’arrivent plus à penser une grille de lecture à travers laquelle les masses interprètent les nouveaux courants qui traversent la société.

L’émergence de la « pensée réalité » à l’instar de la « TV réalité » nous privent des outils de la compréhension et du recul nécessaire pour décoder des sujets aussi complexes que la question du voile. Cela nous oblige à trancher dans le vif, sans chercher les paramètres sociaux psychologiques et les références religieuses. Le seul point communs entres les tenant d’un islam talibanisé et les défenseurs d’une laïcité rigide, c’est l’exclusion !

Le débat est biaisé d’avance, les extrémistes des deux bords ont pris la décision de penser à la place des jeunes filles, sans tenir compte de leur avis, ni respecter la notion fondamentale du libre arbitre, « reconnu » par les deux écoles antagonistes.

Les laïcistes extrémistes focalisent leur attention sur le fichu qui couvre la tête de certaines jeunes filles pour mieux jeter un voile sur une réalité plus grave et beaucoup plus urgente à régler, le problème du racket, de l’échec scolaire, tabagisme et toxicomanie, violence à l’égard des élèves et des professeurs, l’absentéisme … !

En cette période trouble, idéologiser le débat sur le foulard « islamique » c’est prendre le risque de renforcer les prophètes de la guerre de civilisation, et donner du grain à moudre aux fondamentalistes qui ne voient en l’occident que les visées colonialistes.

Plusieurs enquêtes réalisées par des magazines et des journaux assez sérieux ont démontré que dans la plupart des cas, les jeunes filles concernées par l’affaire du voile l’ont adopté sans contrainte, ni pression du milieu familial, contrairement à une idée assez répondue, souvent les filles font ce choix malgré les réserves voir l’hostilité des parents, parfois par réaction au rejet injustifié de la société d’accueil, par provocation ou pour exprimer un mal de vivre.

La théorie selon la laquelle la communauté musulmane en France est travaillée par une force occulte liée à l’intégrisme islamiste dont le voile est la partie émergente de l’iceberg, avec le risque de voir des légions de jeunes basculés dans les bras des djihadistes et de menacer les fondements de la République, n’est qu’un fantasme aux relents racistes en vogue depuis le 11 septembre. Alors que souvent les fondamentalistes sont accusés par leurs adversaires de vouloir régenter la vie privée des gens. Il est étonnant de voir une question d’ordre strictement personnel et privé, à savoir le choix de porter le voile ou non, se transformer en un enjeu politico-médiatique qui occupe totalement l’espace du débat.

Il se trouve qu’il y ait une explication assez rationnelle à ce phénomène spécifique à la France. Les laïcistes de gauche en panne de projet et de sujet de réflexion, essaient de s’inventer des causes mobilisatrices pour combler la faillite intellectuelle et stopper la transhumance des « intellectuels » vers les sentiers du libéralisme triomphant, leur alter ego de droite souvent issue des cercles à la périphérie de l’extrême droite xénophobe surfent sur la vague ascendante.

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