Le voile et l’espace Francophone : ce qui guète l’Université française et ce que la France risque de perdre.

Si la culture joue un rôle prééminent que l’on veut bien reconnaître à tous les peuples, alors il est l

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vendredi 26 décembre 2003

Si la culture joue un rôle prééminent que l’on veut bien reconnaître à tous les peuples, alors il est logique de porter une attention extrême, non plus exclusivement à l’espace franco-français comme cela a été le cas le plus souvent jusqu’à présent dans le sempiternel débat sur le voile, mais aussi et surtout à tous les citoyens des pays se reconnaissant dans la Francophonie. A l’heure où l’on imagine notre monde comme un village planétaire au lendemain des autoroutes de l’information lorsque les barrières culturelles se sont effondrées quant à la reconnaissance de l’individu dans sa globalité, il me semble plus que jamais opportun de parler de ces grands ensembles telle que la Francophonie pour ne citer que celle-là surtout de se demander pourquoi il y a le silence des responsables et des acteurs sur le risque de légiférer sur l’interdiction du port du voile alors que Washington et Londres ont exprimer leur point de vue sur l’intention que Chirac a de vouloir encadrer la liberté religieuse et la liberté de conscience. Rappelons tout simplement que la Francophonie avait su poser un certain nombre de normes qui forment un système culturel relatif de sorte qu’aucune culture ne pourrait être valorisée au détriment des autres. Ce principe a toujours forgé la personnalité de base de l’individu dans l’espace francophone. Sans entrer dans le débat historico-culturel et même politique, on peut affirmer sans ambages que les musulmans ont toujours fait partie de la « Grande Nation francophone » si on accepte qu’elle a existé ou existe encore. Evoquer certains faits historiques aujourd’hui peut apparaître déplacer et à la limite caduc mais dans tous les cas, l’histoire nous permet de mieux comprendre le présent qui nous éclaire sur les bons et les mauvais augures du futur. On est un peu jeune mais on nous a appris, maintenant qu’on est étudiant, c’est comme hier pour nous, que la loi cadre de Gaston De Ferre prévoyait la formation des cadres : « Nous proposons l’indépendance mais dans la communauté ». Le débat sémantique ne nous intéresse pas mais c’est édifiant à plus d’un titre au moment où on semble oublier l’existence d’une pluralité communautaire et non communautariste dans cet espace. Depuis quand en France, on n’accepte plus la diversité ou la visibilité ou « l’ostensibilté » des individus ?(parait-il que c’est un mot qui n’existe pas dans la langue de Molière, c’est un néologisme, alors je réclame ma place à l’Académie Française mais sans être immortel). Disons le clairement, aujourd’hui il s’est avéré que si la France avait su conserver les avantages de la colonisation pour les raisons que nous connaissons tous, elle donne l’impression de ne pas pouvoir ou de ne plus pouvoir gérer ce que les partisans d’une loi sur le voile semblent nommer à tort « les inconvénients » de la colonisation à savoir la présence sur son sol de citoyens de confessions musulmane. Cela s’inscrit en port à faux avec l’esprit de la Francophonie du moins celle que veut incarner la France « d’en haut ». Alors on se pose la question à savoir si les citoyens français de confession musulmane rencontrent des difficultés grandissantes aujourd’hui c’est que l’histoire a été falsifiée.

Ce que je veut dire est qu’avec l’interdiction du voile dans les établissements comme l’école et certainement à l’Université, même si ce n’est pas explicitement le cas, la réalité sur le terrain démontre le contraire de toute façon, la dynamique transnationale de la Francophonie semble compromise. En tant qu’étudiant issu de l’espace Francophone, je m’inquiète face à l’attitude de certains Présidents d’Université françaises qui profitant de l’atmosphère actuelle, vont jusqu’à interdire tout bonnement l’accès des étudiantes voilées dans ces Pôles d’excellence avec bien sûr le silence des étudiants et surtout de leurs représentants dans les conseils centraux. Que dire aujourd’hui de ces milliers d’étudiantes parfois majores de leurs promotions dans les pays du Sud qui aimeraient tant poursuivre leurs études en France mais qui ne pourront pas parce que leur seul tort est d’avoir choisi de porter le voile ? Pis encore, certains « spécialistes » vont même jusqu’à parler d’auto aliénation ou d’abdication de la raison pour dire que ces étudiantes et chercheurs qui portent le foulard n’ont pas la capacité de choisir. La raison dit qu’il faut aider les filles qui sont contraintes de le porter, mais aussi écouter toutes les femmes qui ont pris le choix de le porter. Il faut que toutes les féministes, tous ceux qui « se battent pour la liberté » de la femme entendent cela : une femme qui dit que ce qu’elle porte fait partie du fondement de sa vie, ce serait absurde et injuste intellectuellement de dire que cela constitue l’expression de son retard. De l’Albanie au Madagascar, du Laos au Québec, il y a de quoi s’inquiéter, surtout les étudiantes et enseignantes résidentes dans les 471 membres de l’Agence Universitaire Francophone. Souvenons nous que parmi les objectifs fondamentaux du programme d’action de l’Agence Universitaire Francophone, il y a entre autres la mobilité scientifique et universitaire. Donc tout le monde comprend si je parle des étudiants(es) et même des enseignants(es) qui seront les premiers concernés par l’application d’une telle mesure. N’est-ce pas on nous avait dit que le programme allait « contribuer au développement et à la pluralité de l’espace universitaire francophone » ? N’est-ce pas on avait dit que le programme allait « favoriser la mobilité des jeunes et des femmes », qu’il s’attacherait à « promouvoir le genre féminin à la qualité de candidature égale ? » Où en seront nous aux « stages culturels » initiés par l’Agence Universitaire de la Francophonie si on dit que les cultures différentes des « notre » ne peuvent pourront pas se manifester ? Alors les étudiantes et/ou enseignantes chercheurs qui portent le foulard dans les pays du sud ne pourront jamais postuler à une bourse pour la France ? On est en train de leur dire aller voir ailleurs, pas en France. La France est train de détourner ces étudiantes du sud vers d’autres pays. Pis encore, parlant de mes camarades étudiantes françaises de confessions musulmanes qui portent le voile, ces étudiantes en IUT, Ecoles Professionnelles, Instituts ou à l’Université, on peut comprendre que les premières puissent rester dans leur pays mais que dire de ces dernières à qui on refuserait l’accès aux études supérieures dans leur propre pays ? Il m’a semblé de tout le temps qu’on a jamais considéré une étudiante pour ce qu’elle a sur la tête mais plutôt pour ce qu’elle a dans la tête. Les étudiants doivent entendre cela, qu’ils soient français ou internationaux. Nier pour des étudiantes voilées ce qu’on accepte pour d’autres c’est à dire la liberté de choisir c’est dire que l’Université n’est plus ce lieu par excellence où se construit la conscience qui nous libère de tous les carcans obscurs. Je ne dis pas qu’à l’heure actuelle le voile est interdit à l’Université mais il faut condamner l’attitude de certains professeurs et Présidents d’UFR qui profitent de la situation actuelle pour faire comme bon leur semble à l’égard des étudiantes voilées qui, elles aussi se prennent pour des gamines quand , il faut le reconnaître quand elles abdiquent tout bonnement devant la décision sans aucun fondement d’un Directeur ou Professeur qui les empêche de suivre un cours ou de passer un examen et même d’obtenir leur carte d’étudiante dans certains cas parce qu’elles portent le foulard !

Enfin, pour mes camarades étudiants, qu’ils soient nationaux ou internationaux, tous ensemble pour dire oui aux principes fondateurs de l’Université, oui à la mobilité étudiante sans distinction aucune surtout au moment où l’on parle d’harmonisation des diplômes en Europe.

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Auteur : Alisseyni Sarr

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