Le sort des journalistes français et la loi sur le voile islamique

Ce texte de Piotr Romanov donne à voir de quelle façon la prise d’otage en Irak des deux journalistes fran

mercredi 1 septembre 2004

Ce texte de Piotr Romanov donne à voir de quelle façon la prise d’otage en Irak des deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot est perçue dans un pays comme la Russie, où réside une très forte communauté musulmane.

Les récents événements tragiques en Russie, dont l’explosion de deux avions de ligne qui a coûté la vie à 89 personnes, n’ont fait qu’accentuer l’émotion et l’inquiétude des Russes pour le sort des deux journalistes français, pris en otages en Irak.

La situation sort de l’ordinaire : c’est la première fois, en effet, que des membres de la résistance irakienne ne revendiquent pas le retrait des troupes d’occupation, mais une modification de la législation nationale d’un autre pays. Il s’agit, en l’occurrence, de la nouvelle loi française qui interdit le port de signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires. Si les chrétiens et les juifs pratiquants ont accueilli cette loi avec sérénité, les musulmans se sont dressés pour la défense du voile islamique.

Ce problème est aussi d’une certaine actualité en Russie où le christianisme, le judaïsme et l’islam sont des religions traditionnelles. Il y a un peu plus d’un an, on a longuement discuté, en Russie, de la possibilité pour les femmes musulmanes de porter le voile sur les photographies d’identité. En dépit des autorités policières et judiciaires, c’est la tolérance qui a fini par triompher : les femmes musulmanes ont gagné leur procès.

En France, lors de l’examen de la loi sur les signes religieux, la notion de tolérance a été interprétée différemment, comme étant la "laïcité" jusque dans la coiffure. C’est un point de vue qui a tout à fait le droit d’exister.

L’enlèvement des journalistes français a ranimé de nombreuses discussions anciennes en Russie. Le Patriarcat de Moscou, par exemple, condamne sans réserve l’enlèvement des journalistes français, mais critiquent la loi sur la laïcité. "Aucun objectif politique ne saurait être obtenu par des méthodes extrémistes, ces gens doivent relâcher leurs otages et essayer de régler le problème dans le cadre d’un dialogue pacifique, comme l’ont fait jusqu’ici les musulmans de France", a déclaré le porte-parole du Patriarcat de Moscou, l’archiprêtre Vsevolod Tchapline. Et d’ajouter, toutefois, qu’il "est absolument injuste d’exiger le respect de règles interdisant catégoriquement toute expression de la conscience religieuse". Autrement dit, l’Eglise orthodoxe russe est favorable au port de la croix, de la kippa ou du voile, à l’école comme dans la rue.

Tel n’est pas l’avis d’Alexandre Asmolov, membre-correspondant de l’Académie des sciences de l’éducation de Russie. "Tant en Europe qu’en Russie, fait-il notamment remarquer, il existe des organisations libérales qui contribuent à propager une culture de tolérance. L’adoption, en France, d’une loi sur l’interdiction des signes religieux dans les écoles laïques peut servir d’exemple positif en ce sens. Car dans un contexte social tendu, la kippa ou le voile peuvent devenir un puissant facteur de troubles. Pour tous ceux qui ne veulent pas déroger à la tradition, il existe des écoles confessionnelles. Il est impossible, aujourd’hui, de souligner les différences religieuses dans les écoles laïques".

Les Français sont aujourd’hui face à un dilemme et peut-être même n’ont-ils pas le choix. Ce que souligne Gueorgui Mirski, professeur à l’Institut de l’Economie mondiale et des Relations internationales (IMEMO) : "La France se trouve à présent dans une situation difficile. D’une part, elle ne peut pas céder à une bande de terroristes en Irak sur une question qui relève de sa compétence interne. D’autant que céder ne ferait qu’encourager l’internationale islamique. De l’autre, admettre que l’on puisse décapiter des journalistes français innocents a quelque chose d’épouvantable. En ce cas, elle ne pourrait éviter le reproche d’avoir sacrifié deux de ses citoyens pour une histoire de foulard. Enfin, Paris aura bien du mal à obtenir la libération des journalistes. Car le monde musulman et la résistance en Irak sont loin d’être unis. La fameuse internationale islamique est un réseau extrêmement ramifié. Sans état-major général unique. Nombre de leaders et d’organisations islamiques ont catégoriquement condamné l’enlèvement des journalistes, mais encore faudrait-il savoir à qui obéissent les exécutants de ce rapt".

Merci à l’agence RIA - Novosti

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