Le sens de l’engagement en Islam

Pourquoi des musulmans engagés pour des causes justes le font-ils en se référant à leur religion ? Les r

mardi 10 mai 2005

Pourquoi des musulmans engagés pour des causes justes le font-ils en se référant à leur religion ? Les régimes autoritaires des pays musulmans constituent-ils réellement un bouclier contre un péril islamiste ou, s’agit-il simplement d’une propagande dont l’objectif est de surfer sur ce que l’Amérique considère être sa guerre contre le terrorisme ? Les Réformistes musulmans sont-ils des modérés ou des extrémistes ? Les manifestations populaires de solidarité avec la Palestine sont-elles l’expression d’un nouvel antisémitisme ou sont-elles un soutien à une résistance à l’oppression ? Ces manifestations détournent-elles l’opinion des causes nationales qu’elles doivent défendre ou constituent-elles un catalyseur à même de revivifier l’ardeur des militants ?

Je vous présente un avis à travers le cas de la Mauritanie dont la jeunesse vient de manifester massivement contre la visite en Mauritanie, le 3 mai 2005, du ministre israélien des affaires étrangères Sylvan Shalom. Une jeunesse sévèrement réprimée, à laquelle je dédie cette modeste contribution.

1) Les causes qui méritent l’engagement

Les valeurs universelles et absolues, celles qui méritent qu’on se sacrifie pour qu’elles triomphent, ne s’arrêtent guère aux frontières qui charcutent l’Humanité et sa demeure terrestre en une multitude de nations et de pays. L’égalité en dignité et en droit de tous les humains est une valeur universelle dont la portée planétaire transcende nos petites frontières mesquines. Il en est de même pour les principes de justice, de liberté et de fraternité. Ces valeurs ne peuvent se prétendre réellement humaines, qu’à travers leur dimension universaliste. A défaut, elles sont contaminées par le nationalisme étroit, qui les encercle alors dans les frontières d’un pays et en réduit le respect à un seul peuple. Il ne s’agit pas là de condamner la bienfaisance envers les proches, mais d’apprendre à ne pas le faire au détriment des autres. La justice est débordante ou n’est pas. « Soyez stricts envers Dieu et soyez des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété » (Sourate : 5, verset 8)

L’Histoire du genre humain n’est pourtant pas toute faite de grandeur, elle regorge de récits de peuples dont la volonté de puissance et de domination, l’emporte sur l’humanisme et ses valeurs universelles. C’est ainsi qu’ont été bâtis des empires en dehors de leurs frontières, le déni d’humanité réduits les autres à des barbares. C’est plus récemment aussi le cas pour certains Etats-nations qui, certes, respectent le citoyen, mais qui, au même moment, méprisent l’étranger. Il s’agit là, justement, d’un Etat qui n’a de valeur à respecter que pour cette nation. C’est une conception décadente de l’Homme, qui Le mutile de ce qu’il a de plus précieux : sa conscience et ses valeurs universelles.

Les causes justes sont là pour nous ramener à la raison et à la voie de l’universalisme, loin de l’air confiné du nationalisme étroit. Nous nous y ressourçons en espérance et notre engagement s’assainit et se revitalise. La solidarité avec le peuple palestinien, martyrisé par une occupation sanguinaire depuis plus d’un demi-siècle, est l’une de ces causes justes qui ont mobilisé des militants de tous les coins du globe. La résistance à ce projet colonial s’est traduite par l’engagement d’hommes de toutes confessions, et de ceux qui n’ont de confession que celle du matérialisme dialectique.

Les causes justes constituent un catalyseur pour l’engagement, l’ardeur militante s’y récrée par son propre exercice. Etre solidaire avec les Palestiniens là-bas aiguise notre conscience et développe notre disposition à s’engager ici pour le voisin et le proche. Tout engagement pour les causes justes est une éducation à l’universalisme militant. Les causes nationales, c’est-à-dire celles dont le terrain de lutte est le pays, n’ont rien à craindre de l’engagement pour des causes universelles. Les Américains et les Anglais qui se sont solidarisés de la lutte de Mandela n’en étaient que plus engagés pour les intérêts légitimes de leurs propres concitoyens. L’universalisme n’annule pas les appartenances réduites, il les replace simplement à leur véritable dimension. Un grand militant arabe avait confessé que sa génération de militants croyait que les pays arabes allaient libérer la Palestine. Il reconnaît au bout d’une riche expérience avoir désormais la conviction que c’est, inversement, la Palestine qui libérera les pays arabes. Il faut reconnaître que l’exemple de la résistance héroïque que mène la jeunesse palestinienne suscite l’admiration et fournit un modèle d’engagement pour la liberté et l’indépendance.

C’est un grand motif de réjouissance que de voir cette jeunesse mauritanienne manifester massivement contre la visite en Mauritanie du ministre israélien des affaires étrangères. Ces jeunes, majoritairement de 14 à 24 ans, s’éduquent à la liberté d’expression, au refus de la dictature, et au mépris des valeurs décadentes du système corrompu qu’entretient le régime. Ils affrontent la répression policière pour qu’une cause juste triomphe, ne serait-ce que l’espace d’une seule bataille, sur le mensonge et la bassesse. Il convient, c’est vrai, de ne pas s’arrêter en si bon chemin, et de maintenir cette mobilisation pour le triomphe de la justice et des libertés en Mauritanie. Certaines langues malveillantes feront cependant de la calomnie et traiteront ces manifestants d’antisémites ; qu’importe, la reconnaissance n’est pas la finalité du militant sincère. Cette tirade qui tente de travestir l’engagement contre l’oppression pour le réduire en pur racisme ne trompe plus grand monde. La combine est trop usée pour servir encore. L’ONU elle-même avait proclamé dans une résolution adoptée le 10 novembre 1975 que le « sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale » qui s’opère en Palestine, alors que l’antisémitisme est un autre racisme et une autre discrimination d’origine européenne.

2 ) Les fondements de l’engagement en Islam

Le musulman, conscient de l’être et engagé à se parfaire, aspire, au plus profond de lui-même, à devenir Musulman à part entière. L’accomplissement constitue, précisément, son idéal et la finalité de son engagement. Il s’agit d’une quête à la recherche de cette nature première et primordiale (fitra) qu’il avait à sa naissance. Sa vie est un effort constant pour le cheminement vers cette précieuse conscience et cette bonté innées si fragiles et si facilement abîmées au contact du faux, du mensonge, de la démesure et de l’injustice. Il lui faut un rappel incessant (dhikr), une autocritique intransigeante et une profonde remise en cause (annafs allawwamah) pour se corriger, restaurer, réparer et persévérer dans l’ascension. Tout ce qu’il fait en dehors de cette conscience et à l’extérieur de ce cadre est une perte, voire une perdition. La faillite est bien sûr humaine et inévitable, mais le victorieux est ce lucide qui, malgré le tumulte et les secousses, ne perd jamais trop longtemps le Nord, se rectifie rapidement et retrouve la voie. C’est cela le sens de la vie d’un musulman engagé. La fonction principale de la prière est de servir de rappel pour l’entraîner à cette conscience agissante. L’idéal est de garder pour chaque instant de la vie cette tension qu’on s’entraîne à maintenir durant la prière. Sur leur lit de mort, Ibrahim et son petit-fils Ya`qoub (Ibraham et Jacquob bénédictions et salut de Dieu sur eux) recommandèrent à leur fils de ne point mourir qu’en musulmans ! Mais, que veut dire cette recommandation quand on ne connaît pas son heure ultime, si ce n’est d’être musulman à chaque instant ?!

Cette conscience concerne toute la vie, de la plus banale action à celle qui nous paraît être la plus importante. Boire, se nourrir et dormir avec l’intention de donner son droit à son corps peuvent devenir, grâce à cette conscience, des formes d’adoration rivalisant avec la prière. Il est inversement à redouter qu’une action d’apparence louable, comme la charité, soit, à cause de la médiocrité de sa motivation, qui peut n’être que l’ostentation, aussi mauvaise que le faux et le mensonge. Les actes ne valent, profondément, que par leur intention.

L’imam Chafi`i avait dit que la sourate Al-asr (Le temps) était suffisante si elle était suffisamment méditée. Voici une traduction de cette sourate : « Par le Temps ! L’Homme est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance. » (Sourate 103, versets 1-3).

Cette sourate trace une voie claire avec quatre jalons :

1) la foi qui constitue une compréhension de l’Homme et donne un sens au monde.

2) L’engagement dans le bien qui est la conséquence et la manifestation de cette foi.

3) La vérité étant résumée dans les deux premiers points, le troisième point est justement de se rappeler cette vérité et la recommander : « s’enjoignent mutuellement la vérité ».

4) Se recommander mutuellement la patiente et l’endurance car l’engagement dans ce chemin exige la constance et la persévérance. Ce n’est pas pour rien que Dieu jure par le Temps dans la sourate.

On le voit bien, l’Islam privilégie l’essence bien plus que l’apparence. Le travail intime sur son cœur est le préalable nécessaire à la validité de l’engagement. Il ne faut pourtant pas réduire son message à une simple initiation mystique. L’enseignement islamique couvre toute la vie et va de la dévotion dans la prière à la construction de l’Etat de droit. Il s’agit d’un appel à la justice, aussi bien entre les hommes qu’entre les communautés et les pays.

La décadence, puis l’effondrement, du pilier politique n’ont commencé dans les sociétés musulmanes que trois décennies après la mort du Prophète. La pratique politique d’inspiration islamique s’est transformée et s’est dégradée pour n’être qu’un despotisme, fondamentalement sans éthique. Le Messager lui-même l’avait annoncé en disant que l’Islam s’éteindra petit à petit (‘urwatan ‘urwah), qu’on commencera par défaire le pilier du pouvoir et qu’on finira par défaire celui de la prière.

La motivation profonde d’un musulman conscient et engagé est donc toujours spirituelle. La justice, l’égalité, la liberté, la tolérance, la mesure, la bonté, l’excellence, la paix et l’amour constituent des valeurs authentiques de l’éthique islamique dès sa profession matinale, il y a plus de quatorze siècles. Il s’agit de valeurs universelles dont la profession faisait rupture avec les pratiques antéislamiques de l’Arabie. Elles s’insèrent toutefois dans une tradition prophétique dont le Messager Mouhammed (bénédiction et salut de Dieu sur lui) n’est que l’ultime actualisation. L’Islam ne se veut pas une nouvelle religion, mais La Religion, celle de tous les prophètes, de tous les nouveau-nés, et tout l’univers. La religion naturelle et primordiale, celle des anges, des arbres et des oiseaux. Celle aussi des humains qui le souhaitent. « N’as-tu pas vu que c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que beaucoup de gens ? » (Sourate 22, verset 18). Y a-il plus formidable invitation à la méditation ?!

L’engagement pour le triomphe de ses valeurs prend ici son sens et son fondement pour le musulman engagé. C’est ici que se forment ses référents essentiels. Cela ne constitue pas un déni aux autres civilisations qui ont contribué, sous d’autres cieux, à la promotion de valeurs universelles. Il s’agit simplement d’une autre référence et les militants de toutes les références peuvent et doivent conjuguer leurs efforts pour défendre les valeurs communes de justice, de liberté et d’égalité. La reconnaissance de cette diversité des références est toutefois une tolérance préalable à tout dialogue de civilisations.

3 ) L’engagement des Réformistes

Le renouveau islamique en marche depuis l’enseignement des premiers Réformistes, Jamal-Dine Al Afghani, Mohamed Abdou, Rachid Ridha, Hassan Al Banna, constitue désormais une réalité bien ancrée dans le monde Musulman. Ce mouvement social est très différent des groupuscules extrémistes et violents que produit la répression des dictatures. Les groupuscules extrémistes sont enfantés par les régimes dictatoriaux, ils en représentent la réplique et en reproduisent la violence.

Les Réformistes souhaitent actualiser dans leur vie et leur société le modèle et l’enseignement prophétiques. Cela veut dire au plan intime une spiritualité intense, mais cela implique également, au niveau d’une communauté et d’un pays, une paix et une justice sociale exemplaires. Il ne faut pas comprendre ce projet comme une pure nostalgie passéiste. Il s’agit en réalité d’une fidélité à une éthique qui porte dans son esprit intemporel l’aptitude à éclairer les hommes de tous les temps. Il ne faut pas confondre non plus le projet réformiste avec la théocratie. Aucun réformiste n’a jamais prétendu parler au nom du divin. Il s’agit d’un effort humain, donc faillible, qui s’efforce de prolonger l’épopée des prophètes. Il s’y prend par la méditation du Coran et l’étude du modèle prophétique. L’approche est rationnelle et rationalisante, sa référence première est le Coran, et son interprétation n’a aucune prétention à l’infaillibilité.

Les Réformistes ont conscience de la nature idéaliste de leur projet, car les musulmans ne sont que partiellement restés fidèles au modèle prophétique. Différents empires musulmans ont effectivement contribué au rayonnement scientifique et culturel sur plusieurs continents du globe, mais, sur le plan politique, leur forme de pouvoir n’était souvent plus qu’une monarchie héréditaire et sécularisée. Les intérêts économiques de l’empire et la sauvegarde des privilèges de la famille royale, l’ont parfois emporté sur l’universalité du message prophétique.

Cherchant à donner une légitimité à leur pouvoir, différents rois et chefs d’Etat se sont pourtant enrobés dans les titres honorifiques de Calife, Commandeur de croyants, Serviteurs de lieux saints...etc. Cela n’a jamais empêché que des voix réformistes s’élèvent pour contester la légitimité de ces monarques et la dérive de leur politique. Il est vrai qu’en dehors du pouvoir, l’Islam est toujours restés la référence incontestée dans la vie privée, sociale et économique des gens. Le phénomène est intéressant puisqu’il s’agit d’une forme inédite de laïcité qui ne sépare pas seulement la politique et la religion. On y trouve effectivement d’un coté la politique, alors que la société et sa religion, et non pas seulement les individus et leur vie privée, se trouvent de l’autre.

Le pouvoir politique, lui-même, n’a jamais assumé cette « laïcité » en terre d’Islam. Il ne l’assume d’ailleurs toujours pas et continue à rechercher auprès de quelques Oulémas du palais une certaine légitimation de la dictature. Les arguments principaux invoqués à l’appui de cette instrumentalisation de la religion sont au nombre de deux. Le premier argument consiste au rappel continu de l’enseignement prophétique qui commande la discipline « assam`u wa ta`ah ». L’objectif étant de justifier le dictat absolu, l’argumentation omet de rappeler que l’enseignement prophétique exige la légitimé du pouvoir et la légalité de l’ordre comme deux préalables à la discipline. Le deuxième argument de cette instrumentalisation de la religion use, lui, de la sauvegarde de la paix civile, objectif hautement recommandé par l’Islam, pour refuser toute forme de contestation politique, accusée de susciter « al fitna » (la discorde).

Le paradoxe des dictatures en terre d’Islam est aujourd’hui de rechercher, à l’intérieur, une légitimité religieuse aux yeux de leurs citoyens, alors qu’ils se présentent à la communauté internationale, à l’extérieur, comme un bouclier laïc contre le prétendu péril islamiste. Ce grand écart se fait sur un double mensonge. La légitimation prétendument religieuse ne résiste pas au discours des Réformistes qui rappellent que l’Islam place la légitimité du pouvoir dans la consultation et la concertation (al shoura) des individus, qui ne sauraient être gouvernés sans leur consentement. Le deuxième mensonge, celui du prétendu bouclier antiterroriste, ne résiste pas à la réalité de régimes qui n’oppriment souvent que des Réformistes modérés et non des groupuscules violents. C’est aujourd’hui même le cas en Mauritanie où le courant réformiste subit une nouvelle offensive de répression. Les leaders Réformistes, qui se pointent désormais sur les premières lignes de la lutte pour les droits et les libertés, sont de manière récurrente emprisonnés et persécutés. Leurs associations culturelles et caritatives sont fermées, leurs journaux et leurs partis politiques interdits.

4) De l’incompréhension d’un tel engagement

L’islam est une foi agissante au service du bien, mais cette foi est aujourd’hui méconnue et décriée. Les sociétés musulmanes sont toutefois en retard aujourd’hui en matière de respect des valeurs universelles. C’est vrai à un tel point qu’on en croit, à tord bien sûr, que l’Islam est lui-même responsable de cet état de fait. Cette confusion, entre un message prophétique et ce qu’en font les sociétés dans leur histoire, n’est pas nouvelle. L’Eglise n’était évidement plus fidèle à l’enseignement de Issa (Jésus bénédiction et salut de Dieu sur lui) quand elle brûlait des scientifiques sur le bûcher. Le christianisme de Paul n’était d’ailleurs déjà plus lui-même fidèle à l’enseignement de Jésus et ses apôtres. En opprimant les plus faibles en Palestine, Israël opère aujourd’hui le contraire de l’enseignement du libérateur de l’oppression pharaonique qu’était Moussa (Moïs bénédiction et salut de Dieu sur lui). Eprouvées par des régimes répressifs, certaines sociétés musulmanes produisent parfois, quant à elles, des groupuscules extrémistes et violents. Ces groupuscules restent toutefois marginaux et en rupture avec la société.

Ceux qui n’ont donc pas compris cette réalité s’obstinent à indexer l’Islam et non les groupuscules. Les média présentent l’Islam à travers l’actualité sensationnelle des groupuscules, rarement à travers la spiritualité des mystiques et les Réformistes n’y ont pas souvent l’occasion d’exposer, eux-mêmes, leur projet. A force d’entasser des clichés sur cette religion, on a fini par développer ce qu’on appelle aujourd’hui l’islamophobie. Pour les islamophobes les musulmans sont forcément arriérés et violents à cause de leur attachement à leur religion. Ces islamophobes n’ont pas compris que la réalité est tout à fait le contraire : C’est par ce qu’un homme n’est plus fidèle aux valeurs de son éthique personnelle que ses passions, naturellement ravageuses, peuvent l’emporter. C’est donc parce qu’un musulman n’est plus fidèle à l’éthique islamique, que la revanche extrémiste peut l’aveugler. C’est ainsi que les dictatures sanglantes créent parfois des groupuscules à leur image.

Ceux qui ne font pas la différence entre les groupuscules et les Réformistes sont à plaindre. Ceux aussi qui ne font pas de différence entre l’Islam et l’état des sociétés musulmanes sont à plaindre davantage. Celui qui consomme immodérément la culture cathodique peut en devenir borné, force est de constater que des hommes sincères sont aveuglés par les clichés. L’égaré, qui avale le dénigrement de l’islam et qui ignore sa réalité profondément humaniste, éructe parfois des pamphlets qui ressemblent au délire de l’empoisonné. Ces diatribes rappellent les gémissements du fiévreux pris d’une crise aigue et d’une toux bruyante. Ce sont là les symptômes d’un mal contagieux. La meilleure réponse est cependant d’avoir la douceur de l’infirmière pour l’approcher et lui présenter l’éclairage et la pédagogie salutaires.

Le projet réformiste est immense puisqu’il entend opérer une renaissance après plusieurs siècles de décadence. Les Réformistes ne sont donc pas pressés, leur approche se caractérise par la mesure et la gradualité convergente et leurs bras sont grands ouverts à tous les Justes afin de réaliser ensemble l’union à même d’imposer le recul et la défaite à l’arbitraire.

S’attaquer exagérément aux Réformistes, travestir leur message et flétrir leur image en les confondants avec les groupuscules extrémistes est le moyen qu’utilisent aujourd’hui les dictatures pour s’attirer les faveurs et la protection de l’administration Bush et ce qu’elle considère être sa guerre contre le terrorisme. Un autre phénomène intéressant vient se greffer à cette réalité déjà complexe, mais bien connue. C’est la posture des opposants politiques qui toute en refusant la dictature s’opposent aussi, par calcul ou par conviction, à la référence à l’Islam en politique. Ils sont généralement partisans de la solidarité entre opposants que leur dicte la fidélité aux idéaux de liberté et de justice. Ils condamnent donc généralement la répression que subissent les réformistes. On entend toutefois, de temps en temps, des voies dissonantes dont l’adversité avec les Réformistes l’emporte sur le rejet de l’arbitraire. Ces opposants relayent alors objectivement la propagande du pouvoir et reprennent parfois littéralement son discours et ses concepts effrayants du type « théocratie », « islamistes terroristes », « fondamentalistes réactionnaires », « antisémites », « talibanisation », « haine de l’Occident », « prosélytisme » ...etc. Il y a donc les plumes venimeuses achetées par les régimes dictatoriaux, mais il y a également quelques opposants qui gravitent autour de cette propagande malsaine. << Ils veulent éteindre la lumière de Dieu avec leurs bouches, alors que Dieu parachèvera sa lumière en dépit de l’aversion des mécréants. >> (Sourate 61, verset 8).

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