Le redressement du Hamas

Privé de son chef spirituel, assassiné par l’armée israélienne suite à un raid ciblé lancé le 22 mars

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vendredi 26 mars 2004

Le redressement du Hamas

Privé de son chef spirituel, assassiné par l’armée israélienne suite à un raid ciblé lancé le 22 mars 2004, le Hamas ne s’en est pas moins vite relevé. Ainsi, Khaled Mechaal, ancien chef du bureau politique du Hamas en Jordanie, a été propulsé à la tête du mouvement, tandis qu’Abdelaziz Rantissi, cofondateur du Hamas et jusqu’à peu son porte-parole pour Gaza, a pris ses fonctions de chef du Mouvement islamique de la Résistance dans la Bande de Gaza. Autant dire qu’il convient de constater que, moins de 48 heures après l’assassinat de Cheikh Yassine, le Hamas a su faire preuve de sa grande structuration ainsi que de sa solide organisation. Sans l’existence d’un réel consensus entre ses membres, aurait-il en effet été possible de voir ce mouvement confirmer aussi aisément sa continuité ? Il est permis d’en douter.

Cette capacité de redressement mérite d’autant plus d’être notée que, durant l’opération de désignation de nouveaux dirigeants pour le Hamas, pas une opération n’aura été perpétrée à l’encontre d’un Israël en état d’alerte maximale. L’opportunité ne se serait pas présentée ? Ce n’est probablement pas là la raison principale, tant les mouvements palestiniens ont pu prouver jusque là qu’ils avaient une capacité de frappe équivalente à la volonté et à la détermination de leurs dirigeants et organisateurs. Le Hamas semble plutôt, dans les faits, avoir compris les enjeux et les conséquences qui auraient pu découler d’une réaction immédiate de sa part à l’attaque israélienne : tant que son leader spirituel n’a pas été remplacé, le mouvement a ainsi fait le choix de suspendre ses actions, le temps de pouvoir confirmer son organigramme. En d’autres termes, toute opération dirigée à l’encontre d’Israël aurait joué pleinement contre les intérêts d’un Hamas à la direction vacante : on aurait en effet eu dès lors la preuve de ce que les actions de ce Mouvement peuvent éclater à tout moment et surtout de manière aveugle et non organisée. En attendant, au contraire, que soient désignés nominalement ses dirigeants, le Mouvement de la Résistance Islamique prouve qu’il est structuré, donc bien organisé, et qu’il continue à être un acteur important et incontournable de la scène politique palestinienne.

Israël doit-il s’attendre à des "représailles" ? Evidemment, tant la portée de son action du 22 mars 2004 reste lourde de symboles comme de conséquences. Le symbole, c’est évidemment l’image d’un vieillard, handicapé, adulé par les Palestiniens, qui se retrouve lâchement abattu. Les conséquences, ce sont tout simplement une radicalisation supplémentaire des sentiments des membres du Hamas comme de la population palestinienne en général. Que l’on fasse les comptes : 200 000 personnes ont accompagné le Cheikh Yassine jusqu’à sa dernière demeure… soit près de 15% des habitants de la Bande de Gaza ! Du jamais vu. A titre de comparaison, et toutes proportions gardées tant pour ce qui relève de la conjoncture que de l’étendue territoriale, imagine-t-on les funérailles d’un leader politique français rassembler 10 millions de personnes ?

L’assassinat du Cheikh Yassine aura finalement contribué à mettre deux éléments en exergue. D’une part, le Hamas est une organisation structurée, habile et qui fait office de structure politique effectivement représentative de la volonté et des ambitions de la population palestinienne. D’autre part, le ressentiment des Palestiniens à l’égard d’Israël, que n’aura en rien résolu un assassinat de cet ordre, est tel que la mort du leader spirituel du Hamas aura finalement été prise comme une attaque personnelle adressée à l’écrasante majorité des Palestiniens, qu’ils se trouvent à Gaza, en Cisjordanie ou ailleurs. Sans parler du reste des ressortissants des pays arabes, bien entendu, qui n’ont pas moins fait part de leur écoeurement vis-à-vis du comportement du gouvernement Sharon et, partant, de ce nouvel acquiescement à de tels actes dont Washington aura encore une fois fait preuve.

Le Hamas est un mouvement dont toutes les composantes - tant politiques que militaires - avaient été finalement inscrites sur la liste noire européenne relative aux mouvements terroristes. Faut-il voir là un acte pertinent ? Il y a quelques mois, le cheikh Yassine avait déclaré qu’il était prêt à décréter une trêve d’une durée de dix ans avec l’Etat hébreu à condition de ce que celui-ci se retire des Territoires palestiniens occupés depuis 1967… chose que Tel Aviv s’est d’ailleurs empressé de rejeter officiellement. Mercredi 24 mars, Khaled Mechaal, nouveau dirigeant du Hamas, déclarait au quotidien al-hayat que la lutte de son mouvement resterait confinée à la Palestine, sous-entendant qu’il demeurait erroné de vouloir assimiler sa formation à des groupes tels qu’al-Qaida qui, pour sa part, opère un terrorisme effectif. Ce qui est bien la preuve que le Hamas reste un interlocuteur qui sait être modéré quand il le veut, et qui doit être pris en compte dans l’établissement des équations politiques au Moyen-Orient. Les Etats-Unis sont bien loin de vouloir le comprendre, mais l’Union européenne avait su pour sa part, il y a peu, percevoir cette vérité… saura-t-elle se montrer courageuse et reprendre les initiatives en main ? On en doute, mais on continuera à l’espérer tant qu’il en sera encore temps.

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Auteur : Barah Mikaïl

Chercheur à l' Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS), auteur de La politique américaine au Moyen-Orient (Dalloz, 2006).

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