Le foulard islamique : choix ou soumission

L’un des thèmes les plus polémiques quand on évoque l’islam est le statut de la femme. Celle-ci est vue

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samedi 17 mars 2007

L’un des thèmes les plus polémiques quand on évoque l’islam est le statut de la femme. Celle-ci est vue comme un être subalterne, dépourvue de ses droits et soumise à l’homme, et le symbole de sa soumission est le foulard. Pourtant, le foulard se fait de plus en plus visible de nos jours que cela soit dans les pays arabes ou en Occident. Et le plus surprenant est qu’il a acquis une grande “popularité” parmi des jeunes femmes bien qu’elles soient instruites et en contact avec la civilisation occidentale. Quelles sont les raisons qui poussent ces femmes à afficher publiquement leur appartenance religieuse ? Que peut bien symboliser le foulard ? Ces jeunes femmes sont-elles en quête d’identité ? C’est ce que nous essayerons d’analyser dans le présent article. Le dépouillement de la femme musulmane de son foulard traditionnel est relativement récent, il date de l’époque coloniale et post-coloniale. Avant, le foulard n’avait pas cette dimension religieuse qu’on lui donne actuellement, bien qu’il soit introduit par l’Islam au VIIème siècle ?, il faisait parti de l’habillement traditionnel de la femme musulmane.

Donc, le fait qu’il symbolise la femme soumise ou pas la question ne se posait même pas.Le foulard a commencé à être considéré comme symbole de soumission de la femme musulmane durant l’époque coloniale puisqu’il était vu comme symbole de résistance par le colonisateur qui s’estimait supérieur et, dotait d’un projet civilisateur vis-à-vis d’une population primitive, arriérée et archaïque. À ce sujet, la cérémonie du dévoilement à Alger est très significative “13 mai 58 à Alger, place du Gouvernement : des musulmanes montées sur un podium pour brûler leur voile. L’enjeu de cette mise en scène est de taille : il faut pour les autorités coloniales que les femmes algériennes se désolidarisent du combat des leurs”(1).

Dépouiller la femme musulmane de son foulard était d’un grand enjeu pour le colonisateur qui faisait valoir, par ce fait, sa supériorité et sa mission civilisatrice qui consistait à “l’émancipation” de la femme musulmane en mettant, en même temps, le modèle de vie occidentale sur un piédestal censé être assimilé par la population autochtone. Sur ce point, le système éducatif colonial a joué un grand rôle dans cette assimilation, comme le mentionne Edward Saïd dans son livre L’Orientalisme “Pour Barrès, c’est dans les écoles françaises que l’on voit le mieux la présence de la France ; il dit ainsi d’une école d’Alexandrie : “ C’est ravissant de voir ces petites filles d’Orient accueillir et reproduire si vivement la fantaisie et la mélodie de l’Ile de France”” (2).

Il faut dire que cette influence a porté ses fruits vu qu’il a formé une élite qui a bien su défendre, et qui défend encore, les intérêts de l’Occident dans les pays arabes et garder le modèle Occidental comme référence bien après l’indépendance, tout en ayant un regard dédaigneux sur la tradition arabo-musulmane perçue comme un élément freinant et perturbateur de l’évolution des sociétés arabes et de l’émancipation de la femme. “Deux facteurs rendent le triomphe de l’orientalisme encore plus évident. Dans la mesure où l’on peut généraliser, les tendances de la culture contemporaine de Proche-Orient suivent des modèles européens et américains.

Quand Taha Hussein disait, en 1936, de la culture arabe moderne qu’elle était européenne, et non pas orientale, il ne faisait qu’enregistrer l’identité de l’élite naturelle égyptienne, dont il était un membre distingué. Il en est de même de l’élite culturelle arabe d’aujourd’hui, bien que le puissant courant des idées anti-impérialistes du tiers monde qui ont saisi la région, depuis le début des années 1950, ait émoussé le tranchant occidental de la culture dominante.”(3). Les femmes arabes et musulmanes, en général, durant la période post-coloniale se sont vues tiraillées entre deux modèles culturels différents, un exerçait une fascination et l’autre était l’héritage d’une forte tradition. De ce fait, la connaissance réelle de la religion musulmane et du statut de la femme musulmane au sein de cette religion était d’une certaine manière méconnue.

Il fallait attendre la génération de leurs filles, celles des jeunes femmes d’aujourd’hui, qui face à la fascination des parents pour la culture occidentale et le mépris affiché de l’Occident à l’Islam, se sont lancées à la quête de la connaissance de leur religion et en même temps de leur identité qui, à force de brassage, ne faisait parti ni d’Orient ni d’Occident. On peut considérer que de là, il y a eu une prolifération du port du foulard musulman parmi les jeunes femmes. Le port du foulard ne signifie pas le rejet de la civilisation occidentale et un retour à la tradition, puisque sur bien des points la tradition et la religion divergent.

L’Islam représente un poids d’équilibre et de repère pour une jeunesse qui affirme son identité. Quant au foulard est, par moment, un défi face à une société qui veut voir en la femme qui le porte, soumission, régression, etc. Un cliché qui, actuellement, ne répond pas à la réalité, vu que dans la majorité des cas, la décision revient à la femme seule, qui parallèlement choisit de mener une vie active, tient à son autonomie, etc. Bref, elle adopte le mode de vie émancipé tant vanté par l’Occident, tout en vivant avec les préceptes de l’Islam.

(1) BOUTELDJA, Houria. “De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniale de la cause des femmes” [en ligne]. Les mots sont importants. 14 mai 2005. Disponible sur : http://www.lmsi.net/impression.php3 ?id_article=352 (2)

(3) SAID, Edward W. L’orientalisme : l’Orient créé par l’Occident. Paris : Senil, 2003. 422 p.

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Auteur : Halima Zouhar

Université de Grenade

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