Le fond de pensée des américains sur l’islam

Il y a la tolérance d’affichage, voire de façade, que les politiques déclament à coups de leitmotivs él

mercredi 10 février 2010

Il y a la tolérance d’affichage, voire de façade, que les politiques déclament à coups de leitmotivs électoralistes prometteurs, et puis il y a la réalité du terrain, enracinée dans des terreaux féconds d’ignorance et de préjugés tenaces.

Sonder le vrai fond de pensée de l’Amérique profonde, blanche et non-musulmane, sur l’islam et ses communautés, tel fut l’objet de la nouvelle étude menée par Dalia Mogahed, écrivain et directeur exécutif du Gallup Center for musulman Studies.

Une plongée dans le décryptage de perceptions individuelles encore imprégnées de fortes réticences, pour ne pas dire d’un certain racisme anti-musulmans, qui tendent néanmoins à s’inverser dans le sens d’un rapprochement.

Morceaux choisis d’une enquête réalisée auprès d’un panel de 1000 américains :

  •  La réussite de l’initiative d’ouverture tous azimuts de Barack Obama, lancée le jour de son investiture, dépendra du désir d’ouverture, réel ou non, que manifesteront les américains envers les communautés musulmanes ;
  •  D’une manière générale, les américains reconnaissent eux-mêmes qu’ils ont plus de préjugés envers les musulmans qu’envers toute autre communauté religieuse, 43 % admettant éprouver au moins quelques préjugés envers les musulmans. Deux fois plus qu’envers les juifs, les bouddhistes ou les chrétiens, un élément notable ;
  •  Autre forme de racisme, l’anti-sémitisme, plus que tout autre facteur pris en considération dans l’étude, est annonciateur d’islamophobie. Ainsi, il est important d’observer que le facteur le plus étroitement lié à l’islamophobie n’est ni le niveau d’instruction, ni la connaissance personnelle d’un musulman, ni même l’opinion personnelle qu’on a de l’islam, c’est avant tout l’anti-sémitisme. Ce résultat sous-tend qu’anti-sémitisme et islamophobie sont des phénomènes frères. Aussi, serait-il fondé d’encourager les organisations qui combattent ces fléaux sociaux à collaborer plus étroitement, du fait de leur objectif commun ;
  •  Autre aspect non négligeable, plus un américain est pratiquant, moins il exprimera de sentiments anti-musulmans ;
  •  Le sondage met également en lumière que le préjugé (ou l’absence de préjugé) est plus étroitement associé à l’opinion qu’on se fait de l’islam qu’à la connaissance personnelle d’un musulman. Cela étant, il n’en demeure pas moins vrai que la connaissance d’un musulman peut émousser le préjugé extrême, sans pour autant l’effacer entièrement ;
  •  Huit Américains sur dix environ (81 %) sont convaincus que la plupart des musulmans nient l’égalité des sexes. Pourtant, selon les recherches effectuées par l’Institut Gallup dans des sociétés à majorité musulmane dans le monde entier, la majorité des musulmans, y compris 85 % des Saoudiens et 89 % des Iraniens, estiment en fait que la loi doit reconnaître les mêmes droits aux hommes et aux femmes ;
  •  Enfin, sept Américains sur dix environ sont favorables à une plus grande proximité entre les deux communautés, un avis partagé par la majorité des Egyptiens, des Saoudiens et des Indonésiens.

    Des résultats en demi-teinte, qui font mesurer tout le chemin qu’il reste à parcourir avant de parvenir à la compréhension mutuelle, dans un dialogue débarrassé de peurs sclérosantes.

    Néanmoins, il est plutôt encourageant de constater que le raidissement des mentalités n’est pas immuable, à l’image de la communauté musulmane qui dit apprécier de plus en plus les Etats-Unis et leurs dirigeants, tandis que chacun, américains non-musulmans et musulmans, préfère de loin le rapprochement à l’isolement.

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