Le dromadaire ne voit pas sa bosse !

On lit dans l’enquête « Nouveaux Chrétiens au Maghreb » (édition du Monde du 6 mars 2005) que le Chri

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mardi 22 mars 2005

On lit dans l’enquête « nouveaux Chrétiens au Maghreb » (édition du Monde du 6 mars 2005) que le Christianisme avance à pas moins feutrés qu’il y a vingt ans en terre d’Islam. Depuis 1990, des missions méthodistes, évangéliques et charismatiques prêchent la parole de Jésus au Maghreb. Les pasteurs protestants, majoritairement anglo-saxons, convertissent mille Musulmans par an, dans ce terroir de la religion Mohammadienne.

De frais émoulus du Christianisme disent leur bonheur de retrouver Jésus après des années de « perdition » dans un Islam sombre et brutal où : « Dieu n’est jamais totalement Amour : il est bourreau aussi, l’un n’allant pas sans l’autre. Surtout quand vous a appris l’interdiction absolue de questionner le Coran ». Ils reviennent sur leur religion d’hier dans ses termes « l’Islam n’est pas un message de Dieu. C’est une production humaine, un ensemble de conventions et de contraintes, ce n’est plus une croyance. Les gens commencent à le comprendre. Ils savent bien que l’Islam est un « package », un truc homogène, soit on prend tout soit on laisse. Ceux qui parlent de l’aménager se trompent. On peut lui couper les ongles, d’accord. Mais les ongles, ça repousse ! Les seuls vrais musulmans, ceux qui suivent la logique de l’Islam, ce sont Ben Laden et les Talibans... j’aime les Musulmans et le Maroc... Ce que je n’aime pas c’est l’Islam : c’est une idéologie qui tue l’être humain ».

L’enquête de Catherine Simon, montre l’évolution du processus missionnaire au Maghreb. La minorité convertie au christianisme est de plus en plus visible, elle donne de la voix dans une langue arabe « purgée » du legs islamique. Le flux évangélique s’expliquerait, selon l’historien Sébastien Fath -invoqué par Catherine Simon- comme une déception des sociétés musulmanes face aux grands récits qui n’ont pas tenu leurs promesses : nationalisme, islam politique et dictature. « Les progrès du protestantisme s’inscrivent, écrit-il, dans ce mouvement qui intègre le religieux dans la problématique plus vaste de la culture démocratique. »

Si l’enquête est censée nous informer de l’évolution des sociétés musulmanes vers plus de liberté d’expression et de conscience, elle semble mal s’y prendre. Dire sa haine de l’Islam, définir le christianisme comme un chemin vers une démocratie et une modernité interdites en Islam, glorifier un récit sacré contre un autre de la même nature et sans la moindre suprématie historique... toutes ces « effusions de soi » ne font que renvoyer dos à dos une religion et l’autre. Sauf que cela porte bien un nom : choc des religions !

La conversion et la critique d’une religion procèdent de deux démarches séparées. L’une ne dépend pas de l’autre. On peut critiquer une religion sans la quitter, ce que faisaient précisément les protestants. Mieux, la critique vient remanier, transformer et réajuster ce dont elle peut conserver quelque chose. Elle n’opère pas sur ce qu’elle rejette totalement, du moment qu’elle le refuse définitivement et n’en espère rien. Quand on renie une religion, on la renie et on passe à autre chose. La critiquer serait en conserver ce qui peut l’être !!

Aussi, la conversion au christianisme ne découle-t-elle pas en droite ligne d’une critique à l’égard de Islam. Elle proviendrait vraisemblablement de la conviction d’avoir trouvé un chemin de vérité, celui de Jésus. C’est le cas de Myriam, convertie algérienne citée par Catherine Simon, qui à la lecture de la bible était « tout d’un coup apaisée et heureuse ».

Trouver nécessaire que la conversion se passe sur le mode critique est une exigence d’interprétation et non une nécessité ontologique. Parce qu’on est étranger à la conversion, on la traite selon les règles logiques et on postule que le converti compare objectivement les croyances et prend la plus cohérente et la plus convaincante !!! Cette schématisation, bien qu’utile à l’interprétation, est le moins qu’on puisse dire paradoxale. Car, la conversion n’en reste pas moins une profession de foi, une croyance en une divinité, une adhérence à des supposés métaphysiques. Or ces dimensions de la croyance ne sont intelligibles que dans la mesure où, pour le converti, la raison humaine (dans l’ancienne comme dans la nouvelle confession) demeure insuffisante à établir la moindre vérité ou à y mener seule. Ce vieil argument métaphysique, nous empêche simplement de croire qu’une religion est plus logique qu’une autre, puisqu’elles s’érigent toutes sur un socle unique : la logique est faillible !!!

Miser sur l’évangélisation des populations musulmanes pour les propulser vers la démocratie, est une mauvaise blague. Car le christianisme n’est pas le « récit » politique moderne de l’Europe. Ce récit s’enclencha justement avec les légitimités séculières... On nous propose donc de rebrousser le chemin de la modernité politique en remontant, plus loin que l’Islam, au Christianisme. Et on nous attend à la même arrivée démocratique !! Certains prêchent chez nous ce que l’Europe a achevé de remettre à sa place : le messianisme chrétien. Mais le dromadaire ne voit pas sa bosse...

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Chercheur en psychologie cognitive.

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