Le devoir de mémoire entre morbidité et abjection

Dans son intervention au dîner du CRIF, Nicolas Sarkozy a « demandé au ministre de l’Education nationale

jeudi 14 février 2008

COMMUNIQUÉ

Dans son intervention au dîner du CRIF, Nicolas Sarkozy a « demandé au ministre de l’Education nationale de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ».

Ainsi Nicolas Sarkozy rejoue la manipulation de la mémoire qu’il avait inaugurée avec Guy Môquet et demande aux instituteurs de se soumettre à sa volonté.

Mais ici l’effet mémoire, dont Nicolas Sarkozy semble friand, relève d’une triple manipulation : manipulation des instituteurs obligés de jouer le jeu morbide du devoir de mémoire, manipulation de jeunes élèves auxquels on demande un jumelage tout aussi morbide avec un enfant juif victime de la barbarie nazie, manipulation de la mémoire qui apparaît ici comme une insulte aux victimes du génocide.

Discours démagogique prononcé lors de ce dîner du CRIF qui apparaît chaque année comme un des grands moments de la publicité sioniste, discours qui accompagne le traditionnel éloge d’Israël, ce petit Etat qui fête son soixantième anniversaire dans la douleur des massacres perpétrés par son armée contre les Palestiniens.

Et c’est au nom de l’amitié de Nicolas Sarkosy envers Israël que le CRIF accepte cette monstruosité proférée par le Président de la République.

Mais faut-il s’en étonner ? D’une part, des "responsables" de la communauté juive qui ne veulent voir dans les Juifs que des soutiens inconditionnels à la politique israélienne, d’autre part, un président de la République prêt à toutes les démagogies qui remet au goût du jour un soutien inconditionnel de la France à Israël. Quoi de mieux que de jouer le devoir de mémoire, même si ce jeu est abject, pour montrer son attachement à Israël da la part d’un qui déclare, lors de ce même dîner : « Je ne serrerai pas la main de gens qui refusent l’existence de l’Etat d’Israël ».

En mettant en avant, au nom du devoir de mémoire, le seul massacre des Juifs par les nazis, on oublie le massacre des Tziganes par les nazis.

On oublie aussi les crimes de la colonisation.

On oublie enfin la xénophobie d’Etat et la pratique de la chasse aux métèques qui a marqué l’histoire récente et continuée aujourd’hui sous la houlette du président de la République.

C’est cette politique qui conduit le chef de l’Etat à jouer les communautés les unes contres les autres et à laisser se développer la concurrence des victimes.

L’appel à la célébration de la Shoah n’est plus qu’une forme abjecte de clientélisme.

Les Français juifs devraient comprendre que cet appel, qui tend à les présenter comme des privilégiés, va à l’encontre de l’égalité des droits des citoyens français et ne peut que favoriser l’antisémitisme. Les Juifs y apparaissent comme les amis d’un Etat xénophobe, oubliant qu’ils ont été eux aussi les victimes de la xénophobie et de la chasse aux métèques. On voit ici se rejoindre judéophilie et judéophobie.

On ne peut accepter qu’un Président de la République se livre à de telles pratiques, lesquelles ne peuvent que contribuer à renforcer les clivages communautaires. Mais on sait que ces clivages sont, pour Sarkozy, un moyen d’asseoir son pouvoir.

ABJECT !!!

Paris, le 15 février 2008

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