Mercredi 23 mai 2012
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Le courage intellectuel de Monique Canto-Sperber et la prose politicienne de Richard Prasquier

"Il y a des hommes et des femmes dans ce pays intellectuellement courageux." La tribune de Richard Prasquier, publiée le 13 janvier, sur le site du CRIF est introduite par une phrase solennelle, grandiloquente même. On brûle de savoir : Quelle définition l’auteur donnera-t-il du courage intellectuel ? Quels sont les hommes et les femmes qui, selon lui, l’incarnent "dans ce pays" ? Est-ce par exemple Stéphane Hessel, Résistant, ancien déporté, qui soutient activement la campagne BDS tout en essuyant le mépris et les insultes menaçantes du petit spécialiste nerveux de l’antiracisme Pierre-André Taguieff ?

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"Il y a des hommes et des femmes dans ce pays intellectuellement
courageux." La tribune de Richard Prasquier, publiée le 13 janvier,
sur le site du CRIF est introduite par une phrase solennelle,
grandiloquente même. On brûle de savoir : Quelle définition l’auteur
donnera-t-il du courage intellectuel ? Quels sont les hommes et les
femmes qui, selon lui, l’incarnent "dans ce pays" ? Est-ce par exemple
Stéphane Hessel, Résistant, ancien déporté, qui soutient activement la
campagne BDS tout en essuyant le mépris et les insultes menaçantes du
petit spécialiste nerveux de l’antiracisme Pierre-André Taguieff ?

Peut-être aurait-il mieux valu que Richard Prasquier procède
méthodiquement, en donnant une définition explicite et claire du
courage intellectuel. À défaut de la définition, on aura un exemple :
c’est Monique Canto-Sperber, directrice de l’École Normale Supérieure
de la rue d’Ulm, qui personnifie le courage intellectuel, selon
Prasquier. En quoi cette gestionnaire — dont la gestion approximative
et l’autoritarisme ont exaspéré déjà élèves et professeurs de
l’établissement, entrainant plusieurs démissions dès les premiers mois
de sa prise de fonction — peut-elle bien incarner LE courage
intellectuel ? Canto-Sperber, familière des dialogues de Platon,
devrait signaler à Prasquier, comme Socrate à Ménon, le caractère
"artificieux" de son raisonnement. Mais c’est trop demander,
évidemment, puisqu’elle fait elle-même l’objet de cet éloge.

Et sans doute Prasquier se moque de savoir vraiment ce qu’est le
courage intellectuel. Il emploie la catégorie comme une coquille vide
pour flatter l’opinion, faire résonner ses propres arguments et
défendre les intérêts de son organisation. Il sait, comme tout bon
éditocrate, que certaines expressions font mouche et peuvent ainsi se
passer de la moindre référence au réel. Il suffit, par exemple,
d’accumuler dans une seule phrase ces signifiants très positifs :
"courage intellectuel", "ENS", "directrice" pour emporter l’adhésion.
Comme l’a observé Pierre Bourdieu lors d’une intervention à Limoges
(en octobre 1977), un certain langage - scolaire notamment - a pour
effet de créer un rapport aux choses particulier, vidé de toute
réalité. Prasquier, dans cette tribune, a fait mieux en renversant
complètement le rapport au réel. Il qualifie ainsi de courage
intellectuel ce qui est exactement l’inverse, c’est-à-dire l’exemple
même de la veulerie : un acte de censure du débat dans un
établissement d’enseignement public.

Où sont d’ailleurs les défenseurs patentés de la liberté d’expression,
lorsque cette dernière n’est pas mise au service des préjugés
islamophobes ?

Ainsi employé par Richard Prasquier, "le courage intellectuel" est
vidé de tout contenu, ce n’est plus qu’un mot de catégorie B, employé
à des fins politiciennes - selon le classement établi par Georges
Orwell dans 1984. Orwell a observé dans un autre texte - Politique et
langue anglaise (1946) - que la prose politicienne visait à "donner au
mensonge les apparences de la vérité, au meurtre celles de la
respectabilité, et au vent celles de la solidité." Le courage devient
ainsi pleutrerie, les massacres perpétrés au service de la
colonisation de la Palestine une entreprise démocratique tolérable et
les critiques à l’endroit du boycott pacifique des produits israéliens
une pratique qui s’autorise tous les moyens de dissuasion, y compris
l’intimidation judiciaire, les menaces physiques et la censure du
débat.

Faute de courage intellectuel, Monique Canto-Sperber, Pierre-André
Taguieff et Richard Prasquier pourraient opter a minima pour la
décence - et donc s’abstenir d’insulter l’intelligence du public en
essayant de lui faire prendre des vessies partisanes pour les
lanternes de l’humanisme.

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