Samedi 26 mai 2012
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Le cheikh, l’électeur et le SMS (partie 2/2)

Logiques électorales et mobilisation islamique en Arabie Saoudite

En incitant les élèves à passer de l’attitude « dâshir » (racaille), de ce que Nâyif décrit comme un « je m’en fous » et un « égoïsme » généralisés, à l’habitus « mutawwa‘ » (religieux), la Sahwa fait plus que diffuser un modèle de vie ou une mode vestimentaire immédiatement reconnaissable : l’habit raccourci ou « sobre » (al-thûb al-kabîh), la barbe, le voile de tête sans cordelette noire (al-shmâgh bidûn ‘igâl) qui, comme le rappelle Fahd, « posent un principe, montrent ta position à toi, personnellement, [...] sont une façon de prendre parti » et de « choquer » la société.

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  1. L’« autre
    école » : une éducation sociale et politique

Lorsque la
politique est un tabou et que les activités proprement politiques sont
réservées à une élite en grande partie héréditaire, non seulement les
compétences politiques ne sont pas transmises, mais le sentiment d’incompétence
est universellement partagé et se traduit par exemple par ce « complexe
d’infériorité » à l’égard de la famille royale que décrivent nombre
d’interviewés. A cet égard, « la première qualité des élections, c’est
qu’elles sont en grande partie psychologiques », car elles tranchent avec
les « ordres royaux venus d’en haut » qu’« on connaît bien, chez
nous class=MsoFootnoteReference>[1] »
et permettent de briser avec l’illégitimité a priori de toute décision
populaire.

Mais, pour en
arriver à cette conception du vote comme un choix qui, même limité, contourne
partiellement le monopole royal, technocratique et clientéliste, il a fallu
qu’une socialisation politique spécifique pose les conditions de production de
ce choix, en fournissant aux jeunes électeurs un vocabulaire, un matériel
verbal et conceptuel qui leur permette de nommer le champ politique, ses
acteurs, les idéologies qu’ils manipulent et les buts qu’ils poursuivent, puis
de concevoir une action susceptible de modifier les équilibres constitutifs de
cet espace.

« Le cercle coranique, le groupe
islamique, c’était purement et simplement une école où tu apprends les idées,
la manière de comprendre les choses, les différentes orientations (tawajjuhât),
la manière de les distinguer... ensuite, l’université, c’est comme un
laboratoire. Ou plus exactement, comme la vie active. » (‘Âdil)

« Le cercle coranique - ou
plutôt : le groupe islamique - éduque les élèves à se soucier de l’islam,
à se soucier de la société. Et pas seulement notre société : ils veulent
qu’on s’intéresse à la société dans le monde musulman en général. [...] De temps
à autres, par exemple, on avait une séance sur les musulmans de Tchétchénie, on
parlait de leur situation, terrible, des Russes qui les ont écrasés avec les
chars et l’aviation, qui les ont massacrés... Toutes ces histoires te mettent en
rage contre la situation, il y a comme un mouvement de doute à l’égard du
monde. » (Fahd)

L’« autre école »,
pilotée par les militants de la Sahwa (qu’ils soient d’obédience plutôt
salafiste - le mainstream de l’islamisme saoudien - ou Frère musulman -
plus élitistes), propose une double éducation : premièrement,
l’apprentissage du Coran et les activités culturelles, religieuses et sociales
permettent l’acquisition de principes de division de l’espace social et
politique et d’outils de classement entre les divisions opérées. Ce lexique
politique, manié abstraitement dans l’enseignement secondaire, sera mis en
pratique à l’université et, plus tard, dans la vie active, avec les
re-formulations que ce passage à l’acte entraîne inévitablement :
« Tout ce que je savais [au lycée], c’était que le laïcisme (al-‘ilmâniyya)
veut séparer la religion de l’Etat. Que c’est une impiété, comme ça... Puis je me
suis rendu compte d’une contradiction entre cette définition et les gens :
ce type-là, devant moi, il prie, et pourtant ils le nomment “laïciste” (‘ilmânî).
Alors je voulais faire le lien avec ce que j’avais lu dans les livres :
que le laïciste est impie (kâfir). » La première opposition
frontale aux laïcistes, à ces libéraux proches du pouvoir et accusés d’être la
« cinquième colonne » de l’administration américaine, a évolué au
contact de la « société réelle » que représente l’université :
cet interviewé est passé à l’élaboration d’un crible théorique plus fin et,
surtout, à la contextualisation de l’ennemi politique et intellectuel :
« Je sais maintenant que le laïcisme n’est pas un bloc unique, sans
variations. Non, je peux être convaincu par certaines idées laïques, si elles
ne sont pas interdites par la religion (muharrama). »

Mais
l’acquisition d’un attirail théorique, si elle est indispensable à la
politisation, ne saurait être suffisante : il y faut encore, deuxièmement,
l’inculcation de dispositions activistes suffisamment fortes pour passer du
champ caritatif et social au champ politique, « de quelque chose de banal
à quelque chose qui serve vraiment la société », selon les mots de ‘Âdil,
ou encore, pour revenir au cas qui nous occupe, de dispositions assez
puissantes pour surmonter le caractère factice des élections et être
réinvesties dans le travail électoral.

Notre hypothèse en l’occurrence
est que le patient travail d’information et de « prise de
conscience » accompli par les Frères musulmans et les salafistes conduit
non seulement à la construction d’une grammaire politique, mais également à
l’articulation d’attitudes de « rage », de « doute » et
même - par l’intermédiaire de la dimension purement religieuse que représente
la prédication (da‘wa) ou de l’activisme social de la Sahwa href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]

  •  d’authentiques stratégies militantes. Ce capital militant ne se nourrit pas
    seulement de l’indignation indispensable à tout mouvement contestataire, mais
    également, paradoxalement, d’une sorte d’« epochè » et de mise
    entre parenthèses du monde comme il va : aussi bien la révolte que le
    retrait peuvent être induits par l’activisme islamique, et l’énergie
    intellectuelle et pratique ainsi produite pourra être, en fonction des
    circonstances et des pressions exercées sur le mouvement islamique par son
    environnement national et international, reconvertie en activisme armé lorsqu’à
    l’interdiction des partis et associations s’ajoutera la prison et la torture
    ou, au contraire, en militantisme pacifiste et électoral en cas d’ouverture
    politique, fût-elle timide.

    En tout état de cause, les
    réseaux islamiques para-scolaires produisent un « être au monde »
    militant, un authentique « engagement » (iltizâm name="_ftnref3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3])
    à la fois religieux, social et potentiellement politique, un
    « éveil » (sahwa) que les jeunes militants et sympathisants de
    Riyad décrivent en des termes qui ne sont pas sans rappeler des pans entiers de
    la littérature républicaine ou marxiste, où la « politisation » est
    décrite alternativement comme une conversion à un regard lucide sur le monde et
    comme la prise de conscience de la capacité à le changer. ‘Âdil s’exclame
    ainsi : « [Les gens ont] telle et telle idée, ils ne peuvent plus en
    changer ! C’est arrivé à beaucoup de gens chez nous, aux vieux en
    particulier. Mais les jeunes... il y a un éveil (sahwa) de ce côté-là. Il
    y a - comment ils disent ? - une prise de conscience ! » Et
    cette prise de conscience est très classiquement le centre d’une définition du
    sujet comme né à lui-même dans l’engagement religieux et social, constitué non
    pas à partir de soi, mais à partir de l’implication dans la relation à Dieu et
    aux hommes. En parlant de ces activités, deux interviewés prennent ainsi à
    rebrousse-poil les idées reçues au sujet de l’influence aliénante de la Sahwa sur l’éducation :

    « Je suppose que si je n’étais pas
    allé avec eux, je ne serais pas le ‘Âdil que tu connais aujourd’hui. Je serais
    devenu quelqu’un de très banal, intéressé par n’importe quoi... en ce moment, je
    crois que j’essaie de rejoindre le peloton [des jeunes de la Sahwa]... si je n’étais pas avec eux, je n’aurais aucun but, au fond. »

    « Aller avec eux, c’était
    formidable, parce qu’ils avaient de super activités, des méthodes éducatives...
    je suis désolé, mais je souhaiterais vraiment qu’ils soient plus présents dans
    les écoles. Ils savent comment s’y prendre pour rendre les gens meilleurs. Je
    leur dois beaucoup de ce que je suis aujourd’hui : si je m’intéresse aux
    médias, à la télévision, à la culture, si j’arrive à organiser des activités
    qui intéressent mes amis, c’est parce que... la Sahwa a ouvert ce champ devant moi. »

    En incitant les élèves à passer
    de l’attitude « dâshir » (racaille), de ce que Nâyif décrit
    comme un « je m’en fous » et un « égoïsme » généralisés, à
    l’habitus « mutawwa‘ » (religieux), la Sahwa fait plus que diffuser un modèle de vie ou une mode vestimentaire immédiatement
    reconnaissable : l’habit raccourci ou « sobre » (al-thûb
    al-kabîh
    ), la barbe, le voile de tête sans cordelette noire (al-shmâgh
    bidûn ‘igâl
    ) qui, comme le rappelle Fahd, « posent un principe,
    montrent ta position à toi, personnellement, [...] sont une façon de prendre
    parti » et de « choquer » la société. La Sahwa rebat également les cartes de la très inégale répartition des ressources
    politiques et de la conscience de détenir des ressources légitimes, et combat
    l’insidieuse dépolitisation induite par l’école saoudienne. Rompant avec la
    tradition unitariste et avec la culture de la censure qui « interdit au
    système scolaire de parler de ce qui divise, et donc d’aborder les problèmes
    proprement politiques », la Sahwa tente ainsi de « modifier
    [...] les conditions sociales de la politisation title=""> style=';'>[4] »,
    et de diffuser des attitudes de révolte dans une société paralysée par un usage
    lénifiant de la religion d’Etat et par l’interdit pesant sur la politique.

    On comprend dès lors que seuls
    les mouvements islamiques détiennent les ressources permettant à la fois de
    relativiser l’islam d’Etat, cette arme de légitimation politique et de
    dépolitisation légitime, et de contourner l’absence de partis et d’associations
    en pénétrant les interstices du système scolaire et de l’institution religieuse
    officielle. Fait à la fois de doute, de rage et d’une panoplie de stratégies opérationnelles,
    de la prédication à l’entrisme et à la remise en question des positions
    établies, cet habitus militant, seul à même de s’opposer à la formule
    politique mise en place par le pouvoir, trouvera dans les élections municipales
    un formidable terrain d’expression.

    1. « Réduisez-les à
      l’impuissance » : le combat pour la maîtrise de l’espace public

    Contrairement
    à ce que craignait la presse - qui prédisait la victoire de l’argent ou de la ‘asabiyya
    bédouine -, les élections municipales ont été d’emblée politisées et
    idéologisées, faisant mentir le modèle selon lequel les convictions politiques
    ne peuvent que succéder à des représentations sociales et faiblement politisées
    de l’élection. Le scrutin municipal, notamment en zone urbaine, a bien infirmé la
    sérialisation temporelle qui donne la priorité au vote social sur le vote
    politique : dans les grandes villes saoudiennes, les deux registres ont
    été indissociables, le politique étant comme systématiquement encastré dans du
    social.

    La Sahwa a contribué à mettre en place un univers de sens où les abstractions que sont la
    société, la politique ou l’économie deviennent les enjeux d’une lutte très
    précisément contextualisée, celle qui oppose la Sahwa à cette « petite minorité de la société : ceux qui sont des laïcistes
    (‘ilmâniyûn) et qui prétendent être des libéraux (lîbirâliyûn) »,
    ceux dont le « projet, en résumé, c’est... l’occidentalisation, et pas le
    développement
    class=MsoFootnoteReference> style=';'>[5] »,
    ceux pour qui « je ne peux pas être évolué et porter un shmâgh sur
    la tête », autrement dit les intellectuels proches du pouvoir, dominant
    les media et généralement acquis aux thèmes de combat de l’administration Bush
    (démocratisation superficielle, « nettoyage » des programmes
    scolaires, approfondissement des liens militaires et policiers entre les Etats
    arabes et les Etats-Unis, etc.). Face à ces adversaires puissants, maîtres de
    la visibilité internationale de l’Arabie, la Sahwa n’éprouve aucun complexe - car si les libéraux savent parler aux media internationaux, leur voix
    n’est rien dans la société saoudienne, en raison d’un bête problème de lexique
    et de choix des références.

    Comme le résume vigoureusement
    l’un des interviewés, l’intellectuel libéral « éteint la lumière
    [c’est-à-dire la référence islamique], et après, il se plaint de ne pas savoir
    ce qui se passe autour de lui ! C’est de l’arriération
    intellectuelle ! Parce qu’il ne sait pas comment toucher la société au
    cœur ! de l’arriération ! » Loin d’être indexé à la maîtrise
    conceptuelle de la modernité occidentale, le « progressisme » est
    pour la Sahwa proportionnel à la capacité de communiquer avec la
    société : alors que la « langue » libérale, truffée de mots
    étrangers, d’expressions abstruses et d’emprunts conceptuels à des répertoires
    exotiques, reste imperméable à l’entendement saoudien moyen, la
    « langue » des militants islamiques, passant aisément du registre
    coranique à celui, intégralement dialectal, des anecdotes et blagues
    populaires, « touche » effectivement « la société au cœur »

  •  ce dont témoignent par exemple les milliers de jeunes (plus de 50 000 en une
    semaine) accourus soir après soir pour assister à la campagne du cheikh
    as-Suwaylim, candidat islamique dans la première circonscription de Riyad.

    C’est dans cette lutte entre Sahwa
    et laïcisme, non pas tant pour obtenir l’oreille de la société (acquise à la
    première) que pour maîtriser un espace public officiel passé maître dans la
    manipulation des thèses libérales, que la mobilisation électorale islamique
    prend son sens. Là encore, un récit de campagne permettra de bien comprendre
    les registres mobilisés par les militants et l’argumentaire qu’ils mettent en
    œuvre. Au sud de Riyad, dans le quartier populaire de Shubrâ, ‘Abd al-‘Azîz
    al-Turkî, candidat islamique concurrent du cheikh as-Suwaylim, a invité sous sa
    tente électorale l’un des ténors de l’opposition islamique de 1991-1992, le
    cheikh Nâsir al-‘Umar. A l’arrivée du cheikh, les jeunes déjà arrivés se
    pressent autour de lui et l’embrassent sur le front ; l’ambiance est
    détendue, presque familiale, les jeunes gens (très majoritaires) arrivent par
    petits groupes, se saluent hors de leur cercle immédiat de camarades - alors
    que les auditeurs de Badr b. Sa‘idân, au nord de la ville, se réfugiaient dans
    un silence guindé et distant.

    Le chercheur occidental lui-même
    est accueilli avec affabilité, et l’on s’empresse de lui annoncer que
    « nous sommes la vraie société saoudienne » par opposition aux
    quartiers chics du nord de la ville et notamment de « ‘Ulaiyyâ, le
    quartier des Arabes non-saoudiens », de « ceux dont les mœurs ont été
    gâtés par la colonisation ». Cette territorialisation de la société
    urbaine et de la perception politique, entre « Eux » et
    « Nous », entre le nord et le sud de la ville, entre la nouvelle
    ville bourgeoise et arrogante, Babylone de l’Arabie, et les quartiers plus
    anciens du sud, plus ruraux et « authentiques », répond à une
    conscience symétrique au nord de Riyad, où l’on tente systématiquement de
    dissuader le chercheur d’aller fouiner, au sud de la ville, dans ces zones
    interlopes où « il ne trouvera pas un seul Saoudien ».

    Le cheikh al-‘Umar définit la
    société civile de manière dynamique et relationnelle comme étant « tout ce
    dont l’Etat ne peut pas s’occuper, même en ce qui concerne les affaires
    politiques
    class=MsoFootnoteReference> style=';'>[6] ».
    Cet entre-deux mouvant, ouvert à la prédication et à l’entrisme des cercles
    islamiques, doit être pris en main par la jeunesse du pays : « Il
    faut répondre aux idées par les idées ! », « Il faut se
    coordonner et se mettre au travail ! », ne cesse-t-il de marteler,
    rappelant à ses auditeurs les deux racines, intellectuelle et activiste, de la Sahwa. Et le cheikh de proposer des exemples, comparant, présentation Powerpoint à
    l’appui, le nombre d’écoles, d’équipements de santé, de coopératives,
    d’associations de bienfaisance avec le nombre de cafés et de bars à
    narguilé : les équipements sociaux font pâle figure face aux
    établissements de loisir, Starbucks et autres Planet Hollywood, « ces
    incitations à la paresse subventionnées par l’Occident » contre lesquelles
    le cheikh déploie un quadruple argumentaire, à la fois moral (les cafés sont
    des endroits de perdition, des endroits où l’on fume et où l’on écoute de la
    musique), social (les cafés menacent l’unité de la famille), économique (les
    cafés appartiennent à des chaînes occidentales) et politique (le temps passé
    dans les cafés est perdu pour la résistance et l’action).

    Conservateur à première vue,
    l’argument est en réalité tranquillement subversif : il questionne
    l’imposition d’une culture de la consommation favorable aux multinationales du
    loisir et à la « modernité » cool et apathique qu’elles véhiculent href="#_ftn7" name="_ftnref7" title=""> class=MsoFootnoteReference>[7].
    La conception de la société qu’implique ce discours rappelle à bien des égards
    le puritanisme de certains républicains français, qui mêlait semblable critique
    de la dissolution du lien social à un hygiénisme tout aussi pointilleux :
    « Le pire ennemi des démocraties est l’alcool », assenait ainsi l’un
    des théoriciens de la Troisième république title=""> style=';'>[8].

    Face à des intellectuels libéraux
    perçus comme la « cinquième colonne » (al-tâbûr al-khâmis) de
    l’Occident impérialiste et de la mondialisation néo-libérale, le mouvement
    islamique met en œuvre une mobilisation de blocage dont la formule est
    ainsi résumée par le cheikh al-‘Umar : « Avant sa mort, le cheikh b.
    Bâz [l’ancien grand mufti du royaume] nous a donné cette leçon : ne dites
    pas que les inventions nouvelles, la radio ou la télévision ou n’importe quoi
    d’autre, incitent au péché (harâm). Mais entrez-y, mettez-vous au
    travail, profitez-en, ne les abandonnez pas aux mains de vos ennemis, servez-vous
    d’elles pour réduire ceux-ci à l’impuissance ! (dhayyiqû
    ‘alayihim !
    ) Il faut agir de même pour les élections, la société
    civile, pour tout ce qui est neuf : barrer la route (qat‘ al-tarîq)
    à ceux qui les exploiteraient à des fins personnelles. » Les témoignages
    d’électeurs ne manquent pas, tel ‘Âdil, qui résume ainsi sa position :

    « Moi, par exemple, pourquoi j’ai
    voté pour les islamistes (li-l-islâmiyyîn) ? Non pas parce que j’ai
    vu que, wallâh, ils ont les compétences et les aptitudes suffisantes
    pour réaliser les intérêts des croyants et du pays (al-‘ibâd wa al-bilâd),
    non ! Enfin, c’est vrai que ça faisait partie des considérations, mais la
    raison principale, c’est que je voulais dire : “Les laïcistes n’ont pas
    leur place parmi nous. Nous ne sommes pas un peuple laïc, nous sommes un peuple
    religieux, musulman.” »

    Loin de se résigner à ne pas
    participer à des élections municipales qui sont « de la poudre aux yeux (zharru
    ar-ramâd ‘ala al-‘uyûn
    ) » et « une manière de museler href="#_ftn9" name="_ftnref9" title=""> class=MsoFootnoteReference>[9] »
    les gens, ‘Âdil a choisi de profiter des élections pour proclamer haut et fort
    que la société résiste et ne se laissera pas amadouer par les laïcistes, alliés
    au moins objectifs de l’Occident.

    Les témoignages de jeunes
    militants convergent sur le fait que la Sahwa a créé une « prise de conscience » mais que, faute de pouvoir exercer une influence
    politique hors du système para-scolaire et caritatif, elle ne parvient pas à
    encadrer cette prise de conscience et la « rage » ou la
    « colère » qui en découlent parfois. Comme l’explique Fahd, « le
    problème, c’est que la colère n’était pas encadrée, et c’est un des problèmes
    de la Sahwa. Elle te porte, elle t’influence, et puis... elle te laisse
    tomber. Et c’est pour ça que beaucoup de djihadistes viennent de la Sahwa. [...] Ce n’est pas délibéré : à la Sahwa, ils ne veulent pas que tu
    aies la haine, ils veulent juste que tu t’intéresses à ce qui se passe. Que tu
    fasses des choses positives. Mais ils ne t’encadrent pas bien, tu vois le
    tableau ? »

    Ce différentiel entre conscience
    politico-intellectuelle et impuissance réelle est créateur de tensions, voire
    de radicalisations, et les élections ont permis de réaliser un accord
    provisoire entre attitude militante et réalité sociale et politique, entre
    dispositions individuelles et action collective. Si la Sahwa s’est engagée dans le processus électoral, c’est parce que les élections ont
    fourni un moyen de réinvestir la formidable énergie sociale et politique
    dégagée par l’activisme islamique, notamment chez les plus jeunes, permettant la
    requalification d’habitus militants religieux et sociaux en habitus
    électoraux et politiques : les élections municipales ont ouvert devant les
    jeunes militants une porte imprévue et leur ont permis d’employer une énergie
    sinon dépensée en pure perte - ou investie dans l’activisme armé pour les plus
    « enragés » (ghâdhibîn) d’entre eux.

    Cette
    réorientation de l’activisme est à la racine de la politisation des jeunes
    Saoudiens ; si elle a tant choqué les libéraux saoudiens, qui y lisent
    comme une inadmissible confusion entre religion et politique, elle a permis
    également une « requalification » politique du militantisme religieux
    et social des jeunes de la Sahwa, requalification qui conduit
    inévitablement à « transgresser ou à remettre en cause la différenciation
    des espaces d’activités class=MsoFootnoteReference> style=';'>[10] »,
    notamment entre religion et politique, activisme social et activisme électoral,
    engagement caritatif et engagement dans la campagne des municipales.

    1. Quand les salafistes
      appellent à la participation électorale

    Les différentes
    coordinations islamiques ont profité de l’accumulation d’attitudes militantes
    convertibles en activisme politique : à la différence des campagnes
    électorales des libéraux ou des hommes d’affaires, parfois fort coûteuses, les
    campagnes islamiques ont été organisées par les jeunes membres de halaqât
    (cercles coraniques) ou de groupes islamiques.

    « As-Suwaylim [...] avait installé une tente
    près de chez lui, et ses collègues venaient faire des conférences, chacun
    amenait avec lui ses étudiants. [...] Il est venu un moment où la tente est
    devenue trop petite, derrière il y avait cinq ou six fois plus de gens assis,
    la rue était complètement bouchée, personne ne pouvait plus passer tellement il
    y avait de monde. C’était un peu gênant. Alors un de ses partisans est venu,
    lui a dit : “Tu vois la salle de fête, là, je l’ai louée pour toi jusqu’à
    la fin de la campagne.” Puis est venu un organisateur de cercles coraniques, et
    ils ont fait comme au centre d’été (al-markaz al-sayfî), un programme du
    ‘Asr au ‘Ishâ’ class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[11].
    Et puis, au moment du dîner, le patron d’un restaurant du coin est arrivé, il
    lui a dit : “Je t’offre de quoi nourrir tout ce monde-là.” C’est devenu un
    vrai mouvement populaire ! » (‘Âdil)

    En l’absence de capital
    financier, le capital militant de la Sahwa est réinvesti. Il apporte
    avec lui sens de l’organisation et gestion de groupe, tandis que les
    « sympathisants » du mouvement islamique concourent à la réussite de
    « leur » candidat au moyen de dons en nature et d’offres de services diverses,
    l’appartenance idéologique et politique se substituant aux appartenances
    tribale ou officielle mobilisées par les autres candidats.

    Les réseaux
    islamiques ont également fait merveille (a) au moment de l’inscription
    électorale, où les militants se sont mutuellement incités à s’inscrire sur les
    listes, le mouvement gagnant de proche en proche une large fraction de la
    mouvance islamique, et surtout (b) lors de la diffusion des listes électorales
    recommandées par les cheikhs. Du point de vue de l’électeur, la « liste d’or »
    a à son tour notablement modifié la donne électorale. Tout d’abord, elle était
    vivement espérée par des électeurs décidés à voter dans la continuité de leur
    engagement social et religieux pour la Sahwa.

    « Wallâh, je me
    disais : “Pourvu qu’ils fassent un accord électoral !” Puis j’ai lu
    dans Ar-Riyâdh que les élections étaient liées à des conditions et, tsssss,
    “les accord électoraux sont interdits”. Je suis resté là à me demander :
    “Mais pourquoi ils sont arriérés comme ça ? On veut le truc en entier,
    quoi, que les gens puisse se mettre d’accord, qu’il y ait des partis...” J’ai
    vraiment senti qu’ils étaient arriérés. Ou plutôt : j’en ai eu la preuve,
    parce que je le savais déjà. Vraiment, arriérés socialement, politiquement,
    tout. Ca ma vraiment serré le cœur, quand j’ai lu ça. C’est une règle stupide.
    Alors je me suis dit : “Pourvu qu’ils fassent un accord, mais sous la
    table, quoi
    .” » (‘Âdil)

    L’interdiction des coalitions est
    apparue comme une absurdité supplémentaire à des électeurs déjà échaudés par le
    caractère limité de la consultation électorale ; elle les a par ailleurs
    confirmés dans leurs convictions politiques : lorsque l’action politique à
    ciel ouvert, même en période électorale, est prohibée, il convient de ne
    pas jouer le jeu - ou de le jouer sous la table, de recourir à des
    stratégies informelles.

    De manière
    plus décisive quant à la politisation du vote, la publication de la liste a par
    ailleurs mis fin aux tractations « win-win » (service contre
    vote, vote contre rémunération) caractéristiques du vote notabiliaire ou
    tribal. Si ces stratégies ont prévalu dans les municipalités formées d’une
    seule circonscription - en zone rurale -, les coalitions constituées par la Sahwa dans les municipalités de plus d’une circonscription - en zone urbaine - ont
    contribué non seulement à l’idéologisation et à la politisation de l’élection,
    mais surtout à la modernisation des pratiques politiques :

    « Un de mes camarades, je voulais
    faire comme lui : il faisait le tour des tentes électorales, il allait voir
    le responsable de campagne et lui disait : “Vous voulez acheter mon
    vote ? ou bien vous connaissez quelqu’un qui serait prêt à
    l’acheter ? Je veux vendre ma voix !” Alors, moi, avant que sorte la
    liste [islamique], je me disais : “Wallâh, où est le problème, si
    je vends ma voix ? au moins, qu’on laisse les voix s’éparpiller, c’est un
    bédouin qui l’achètera, j’en connais plein, ils n’ont pas de problème avec ça,
    tout le monde y gagne !” Lorsque la liste est sortie, tout a changé !
    Tu ne travailles plus pour de l’argent, l’argent n’a plus de rôle, parce que la
    liste a plus de valeur que l’argent, tu vois ? » (‘Âdil)

    Par l’effet de la liste et de la
    coalition islamique bravant les interdits du Code électoral, la voix
    individuelle perdait son statut de marchandise échangeable ; la liste lui
    donnait un poids proprement politique en l’insérant dans un réseau de volontés
    unies en vue de la prise des municipalités et du blocage des libéraux et autres
    candidats « officiels » proches de la famille royale name="_ftnref12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12].

    Enfin, la
    liste a répondu à l’épineux problème - déjà abordé - du choix électoral :

    « La liste m’a beaucoup influencé. Grâce à
    elle, tu peux connaître les circonscriptions que tu ne connais pas. [...]
    La liste a facilité le travail des gens. Beaucoup de ceux qui s’étaient
    inscrits et ne s’étaient intéressés à rien [...] ont eu la liste et se sont
    appuyés sur elle. Parce qu’elle venait peut-être de quelqu’un en qui ils
    avaient confiance. [...] La liste leur a épargné l’effort de s’informer. C’est
    tout. [...] Après la liste, il n’y a plus eu d’occasion de discuter. Le débat est
    tombé. » (Fahd - nous soulignons)

    Si la liste a mis fin au débat,
    c’est parce que le débat dont il s’agit n’était pas politique, mais épistémologique,
    et concernait non pas la question de savoir comment choisir entre
    plusieurs options concurrentes, mais la question de savoir comment connaître
    les « bons » candidats, ces « hommes de bien » (rijâl
    al-khayr
    ) que sont les « hommes de religion » (rijâl al-dîn)
    et les militants islamiques. La liste a permis de limiter l’offre politique (de
    645 à 7 candidats), de clarifier les données du problèmes (la Sahwa et la société contre les libéraux, les hommes d’affaires et le pouvoir) et
    d’authentifier l’information (« les cheikhs recommandent... »), tandis
    que les forums Internet rassuraient les électeurs sur la qualité des
    candidatures recommandées class=MsoFootnoteReference> style=';'>[13].
    Une fois l’information diffusée, le débat « tombe » : comme
    l’erreur des philosophes classiques, il n’était que le corollaire du faible
    discernement des électeurs. Et cette courte vue, loin d’être une
    caractéristique essentielle à l’électeur saoudien, résultait mécaniquement des
    contradictions d’un Code électoral qui, légalisant le vote, interdisait bel et
    bien de faire de la politique.

    Ces modalités
    pratiques de la mobilisation et du vote permettent de comprendre pourquoi les
    grands cheikhs salafistes de la Sahwa ont encouragé leurs ouailles à
    participer au scrutin. Lors d’un meeting de campagne, au terme d’une
    argumentation caractéristique de l’inventivité et du « bricolage »
    conceptuel salafistes, le cheikh ‘Awadh al-Qarnî, grande figure de la Sahwa depuis les années 1980, a ainsi soutenu que les élections était un moyen de
    mettre en œuvre la nécessaire consultation par le gouvernant de la communauté
    nationale :

    « Dans les affaires publiques, la
    consultation (shûrâ) est obligatoire : que personne ne dise qu’il
    peut s’en passer ! Et par les élections, nous pratiquons la shûrâ.
    C’est ce qu’on appelle aussi l’opinion, et c’est là un principe fondamental de
    la législation (sharî‘a). [...] On peut mettre en œuvre la shûra
    par les élections, afin de donner toute son actualité à la législation (sharî‘a).
    [...] En suivant le principe du commandement du Bien et de l’interdiction du Mal
    (al-amr bi-l-ma‘rûf wa al-nahî ‘an al-munkar), la communauté nationale (umma)
    pourra, selon ses critères et de ses valeurs, confier aux élus le soin de
    réaliser ses ambitions et ses espérances. [...] Par le vote, la société exerce en
    fait son droit à commander le Bien et à interdire le Mal name="_ftnref14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14]
    . »

    Pour le cheikh al-Qarni, la
    démocratie est moins une fin ou une philosophie (falsafa) qu’un moyen,
    un instrument (wasîla) axiologiquement neutre, une technique de la shûrâ
    et du « commandement du Bien et de l’interdiction du Mal », ce
    principe coranique qui, émasculé par l’Etat lors de la création, en 1926, de la
    célèbre police religieuse, est ici en quelque sorte rendu à la société.

    Cette
    subordination de l’instrument électoral à un vocable religieux signifie-t-elle
    que la participation de la Sahwa au scrutin n’est qu’une attitude de
    circonstance, qui masque un refus de la civilisation démocratique ?
    Peut-être bien. Mais il serait exagéré de s’en formaliser ou d’en redouter les
    conséquence : sous nos cieux également, la modernisation politique a moins
    résulté du progrès des peuples et de la marche triomphale de la démocratie que
    de ruses dignes de généraux en campagne, comme en atteste par exemple
    l’invention toute tactique du suffrage universel en France name="_ftnref15" title=""> class=MsoFootnoteReference>[15].
    Le refus de la « philosophie » démocratique est-il pour autant
    consubstantiel à la mobilisation islamique ? Rien n’est moins sûr, tant la
    réticence à se couler dans la rhétorique universaliste d’un Occident perçu, non
    sans raison, comme unilatéral et belliqueux ne peut en aucun cas être
    interprétée comme un refus de l’universel.

    Pour un mouvement politique
    confronté à un contexte répressif et autoritaire, il ne s’agit pas en effet,
    n’en déplaise à un discours médiatique aussi inconsistant que répandu, de
    « refuser » ou d’« accepter » la démocratie, ses valeurs,
    ses règles et son esprit. Il s’agit d’abord et avant tout de s’opposer,
    par tous les moyens, démocratiques ou non, à un système de gouvernement jugé
    injuste et violent. Un pouvoir violent produit une opposition violente, tandis
    qu’un pouvoir démocratique engendre une opposition pacifique : un
    mouvement d’opposition n’évolue qu’en fonction de ce à quoi il résiste, et tel
    est bien le sens de la réponse du cheikh al-Qarnî à la question d’un
    électeur : « Pourquoi les élections, qui il y a peu étaient considérées
    comme un péché (harâm), sont maintenant présentées comme une
    obligation ? - Il faut poser la question à ceux qui pendant longtemps ont
    criminalisé le concept d’élections, et non à ceux qui, depuis de longues
    années, appellent à la réforme. »



    class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[1]
    Entretien avec Fahd, 22 ans, employé, Riyad.

    name="_ftn2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]
    Sur la dimension sociale de la Sahwa, cf. les écrits et nouvelles de
    Muhammad al-Hudhayf, notamment Mûdhî. Hilmu iamûtu taht al-aqdâm (Moudhi.
    Un rêve piétiné), Dubaï, Dâr al-bara’ li-l-nashr wa-t-tawzi‘, 2003.

    name="_ftn3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
    « Tu vois, 90 % de ceux qui s’engagent (ialtazimûn) s’engagent dans
    la Sahwa. Les 10 % qui restent s’engagent de manière particulière, soit
    de manière extrémiste, dans le djihad, soit de manière officielle, dans
    la quête de la science religieuse » (entretien avec Fahd).

    name="_ftn4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4]
    D. Gaxie, Le Cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique,
    Seuil, Paris, 1978, ch. 4, p. 164-173. Sur la perpétuation de l’inégale
    répartition du capital politique par la dépolitisation de l’école, cf.
    également la conclusion, p. 240-258.

    name="_ftn5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
    Entretien avec ‘Âdil (nous soulignons).

    name="_ftn6" title=""> class=MsoFootnoteReference>[6]
    Nâsir al-‘Umar, « Al-mujtama‘ al-madanî : ar-Riyâdh anmûzhajân »
    (La société civile : le modèle de Riyad), conférence donnée le 7 février
    2005 sous la tente électorale de ‘Abd al-‘Azîz al-Turkî, Riyad (nous
    soulignons).

    name="_ftn7" title=""> class=MsoFootnoteReference>[7]
    Selon Hishâm ‘Abd ar-Rahmân, jeune Saoudien vainqueur de la Star Academy arabe, « le monde est grand, il n’y a pas que l’Irak ou la Palestine. On s’amuse aussi, comme tout le monde. [...] J’ai une voiture, un bon salaire, une
    vie confortable. Pourquoi je devrais penser à ceux qui vivent dans le
    malheur ? » (Libération, 3 juin 2005). On comprend que ce
    n’est pas seulement pour des raisons étroitement religieuses que les cheikhs de
    la Sahwa critiquent sévèrement la Star Academy.

    name="_ftn8" title=""> class=MsoFootnoteReference>[8]
    E. de Laveleye, Le gouvernement dans la démocratie, Alcan, Paris, 1891,
    t. 2, p. 304, cité par A. Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel
    en France, 1848-2000
    , Seuil, Paris, 2002, p. 251.

    name="_ftn9" title=""> class=MsoFootnoteReference>[9]
    Entretien avec Nâyif, qui ajoute : « Le royaume, tu vois, a un grand
    besoin d’améliorer son image. [...] Et le simple fait de mettre un bulletin dans
    une urne, pour les media étrangers, c’est pas rien ! Mais si la vérité des
    élections municipales est de nous faire taire, il y a un problème. On veut
    plus. »

    name="_ftn10" title=""> class=MsoFootnoteReference>[10]
    J. Lagroye, « Les processus de politisation », in J. Lagroye (dir.), La Politisation, Belin, coll. « Socio-histoires », Paris, 2003, p. 359-372.

    name="_ftn11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11]
    De la prière du milieu de l’après-midi jusqu’à la prière du soir. Un programme
    de centre d’été comporte des activités culturelles, des conférences islamiques,
    des activités sportives ou artistiques, etc.

    name="_ftn12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12]
    Badr b. Sa‘idân est un bon exemple de candidat « officiel » :
    son père, Ibrâhîm b. Sa‘idân, reçut de la famille royale les terrains à lotir
    qui allaient devenir le quartier chic de ‘Ulaiyya. Les b. Sa‘idân sont vus
    comme l’une des « Six familles » qui possèdent la grande majorité de
    la capitale grâce à leurs liens avec la famille royale.

    name="_ftn13" title=""> class=MsoFootnoteReference>[13]
    Le site www.al-sahat.com a publié les
    biographies et les programmes des candidats islamistes de toutes les grandes
    municipalités du pays.

    name="_ftn14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14]
    ‘Awadh al-Qarnî, « Al-intikhâbât wa wadhîfatuha al-islâhiyya »
    (De l’usage réformiste des élections), conférence donnée le 16 avril 2005 sous
    la tente électorale de Husayn al-Bâr, Djedda.

    name="_ftn15" title=""> class=MsoFootnoteReference>[15]
    Cf. B. Lacroix, « Retour sur 1848. Le suffrage universel entre l’illusion
    du “jamais vu” et l’illusion du “toujours ainsi” », Actes de la
    recherche en sciences sociales
    , n° 140 : « Votes », décembre
    2001, p. 41-50.

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