Mercredi 23 mai 2012
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook
Oumma.com sur Facebook

Le Qatar : la renommée par le football

Ca y est, nous y sommes ! La phase finale de cette 19e Coupe du Monde de Football, organisée pour la première fois sur le continent africain, vient de débuter. Pendant un mois, ce sont près de 3 milliards de téléspectateurs du monde entier qui vont être tenus en haleine pour suivre ce qui représente l’événement le plus médiatisé de la planète. Retransmise dans plus de 200 pays, l’engouement pour cette compétition sportive est énorme. On imagine les juteuses retombées économiques et médiatiques pour le pays organisateur qui deviendra la cible des médias du monde entier pendant plusieurs semaines.

Partagez :

Ca y est, nous y
sommes ! La phase finale de cette 19e Coupe du Monde de
Football, organisée pour la première fois sur le continent
africain, vient de débuter. Pendant un mois, ce sont près de 3
milliards de téléspectateurs du monde entier qui vont être tenus
en haleine pour suivre ce qui représente l’événement le plus
médiatisé de la planète. Retransmise dans plus de 200 pays,
l’engouement pour cette compétition sportive est énorme. On
imagine les juteuses retombées économiques et médiatiques pour le
pays organisateur qui deviendra la cible des médias du monde entier
pendant plusieurs semaines. C’est dire si la concurrence pour le
choix du pays organisateur est vive au sein de la FIFA. Après la
France qui vient de remporter l’organisation de l’Euro en 2016,
c’est au tour du Qatar, minuscule pays situé à l’est de la
péninsule arabique, de se porter candidat pour l’organisation de
la Coupe du Monde de Football en 2022. Rien que ça !

Imaginez donc un
pays grand comme la Corse, peuplé d’un million d’habitants mais
déterminé à jouer dans la cour des grands… Résolu à sortir de
l’anonymat, le petit émirat mène depuis plusieurs années une
politique tout azimut pour influer sur les affaires du monde et
bénéficier d’une renommée mondiale
1.
Pour arriver à ses fins, le Qatar dispose de plusieurs cordes à son
arc mais c’est la carte du sport et notamment du football qu’il
va user pour faire parler de lui et se forger la stature d’un grand
pays. Il faut dire que les moyens ne manquent pas : l’atout du
Qatar, ce sont d’abord ces élites mais aussi – et surtout – sa
géologie. Assis sur les 3
e
réserves mondiales de gaz naturel, le pays fait également partie du
club très fermé des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
Forcément, ce petit avantage permet au pays de se donner les moyens
de ses ambitions, ce qui ne va pas sans irriter ces voisins.

Le sport est donc
considéré par les élites du Qatar comme l’un des moyens les plus
sûrs d’aboutir à une grande visibilité internationale. L’Emir
avait expliqué les raisons de cette démarche il y a quelques années
avec un brin d’humour :
« il
est plus important d’être reconnu au Comité International
Olympique (CIO) qu’à l’Organisation des Nations Unies ».
La
raison en est simple :
« Tout
le monde respecte les décisions du CIO ».

Et d’ajouter :
« Le
sport est le moyen le plus rapide de délivrer un message et
d’assurer la promotion d’un pays. Quand on vous dit
« Proche-Orient », vous pensez tout de suite
« terroristes », pas vrai ? Eh bien, nous voulons
que le Qatar ait bonne réputation »
2.
Des centaines de millions de dollars ont donc été injectées ces
dernières années pour faire du Qatar un haut lieu du sport mondial,
particulièrement en ce qui concerne le ballon rond.

Dans ce domaine,
l’émirat est désormais perçu comme un eldorado pour un bon
nombre de sportifs reconnus mondialement et arrivant en fin de
carrière. Ces dernières années, de grandes stars du football ont
fait des séjours (plus ou moins longs) dans le pays. Ainsi, des
joueurs tels Batistuta, Romario, Guardiola, Effenberg etc. Des
anciens champions du monde de l’équipe de France y ont également
fait des passages tels Franck Lebœuf, Christophe Dugarry ou Marcel
Dessailly, la plupart du temps pour des salaires mirifiques. De même
pour Juninho, l’ancien meneur de jeu de l’équipe de Lyon qui
évolue depuis deux ans dans un club qatarien.

En 2008, c’est le
transfert de l’attaquant de l’A.S Saint-Etienne, Pascal
Feindouno, acheté par un club qatarien et payé au prix fort qui a
démontré la capacité d’attraction du Qatar dans le domaine
footballistique. Ce transfert assez houleux avait d’ailleurs
quelque peu secoué le football hexagonal. L’international guinéen
était parti fin septembre au Qatar pour évoluer dans le club
d’Al-Saad pour un salaire de 2,5 millions d’euros net par an. Son
départ des Verts s’était fait dans la confusion et le principal
intéressé s’en était expliqué ouvertement :
« C’est
aussi un choix financier, je ne le cache pas. Je répète ce que
j’avais dis en août : une telle proposition ne se refuse pas ! Après
le foot je ne vais pas demander à quelqu’un de m’aider, ma famille
ou moi. »

3

Plus récemment, ce
sont les attaquants du champion de France, l’Olympique de Marseille
(OM), qui intéressent le petit émirat. Alors que l’attaquant
ivoirien Bakari Koné était aperçu il y a quelques semaines au
Qatar pour sa visite médicale en vue de rejoindre le championnat
national, c’est au tour de la star de l’OM et meilleur buteur du
championnat français cette saison, Mamadou Niang, d’alimenter les
rumeurs. L’offre en or venant de l’émirat doit actuellement
sûrement faire réfléchir le Sénégalais ainsi que les dirigeants
de l’OM…Les autres championnats ne sont pas en reste : il y
a quelques jours, le Cheikh Abdallah Ben Nasser Al-Thani, membre de
la famille princière du Qatar, s’est offert le club de Malaga, 17e
du dernier exercice de la Liga. D’après le quotidien sportif
AS,
l’opération porterait sur 25 millions euros
4

Le Qatar utilise
cette dimension sportive dans le but d’apparaître à terme comme
une grande nation du sport et de bénéficier ainsi de l’importante
couverture médiatique qui s’y attache. L’émirat va jusqu’à
naturaliser des joueurs ou des athlètes non-sélectionnés par leur
équipe nationale afin de qualifier le pays pour des phases finales
de compétition. Cela s’est déjà produit pour le football comme
pour l’athlétisme poussant ainsi la Fédération internationale de
football association (FIFA) à durcir sa réglementation sur les
conditions de naturalisation des joueurs de football
5.

Cet engouement pour
le sport rentre donc dans l’objectif d’accroître le rayonnement
du Qatar sur la scène internationale. Cet enthousiasme pour le sport
devient même une des caractéristiques majeures de l’émirat
6.
Intrigué par cette évolution, les journaux sportifs consacrent
régulièrement de nombreuses pages sur le développement du sport
dans le pays
7.
Les dirigeants du Qatar qui en ont fait l’un des axes prioritaires
de leur politique ne sont d’ailleurs pas les seuls à penser de la
sorte. En 2008, la Chine s’était servie des JO pour exhiber sa
puissance à la face du monde. Nicolas Sarkozy qui a récemment fait
le déplacement jusqu’à Genève pour soutenir la candidature de la
France à l’Euro 2016 a semblé avoir la même interrogation que
l’Emir du Qatar que nous avons relevé plus haut :
« Qu’y
a-t-il de plus fort que le football ? »
.

Comme le rappelle
Didier Lucas, directeur de l’institut Choiseul – think thank
spécialisé dans les relations internationales –
« 
à l’heure du soft power, le football est probablement l’un des
instruments de rayonnement d’un Etat »
8.
Et quand on sait qu’en 2006, ce sont 26 milliards de personnes –
en audience cumulée – qui ont suivi les retransmissions télévisées
des matchs du Mondial allemand (contre seulement 4,7 milliards pour
les JO de Pékin) et que cette Coupe du Monde devrait rapporter 9
milliards d’euros à l’Afrique du Sud, on imagine aisément
combien cet évènement peut compter dans la destinée d’un peuple
et d’une nation.

En outre, les
investissements et les grands travaux dédiés au sport se sont
multipliés dans l’émirat. A titre d’exemple, le pays a
construit il y a quelques années une colossale académie des sports
dont le coût s’est élevé à plus d’un milliard d’euros

9
.
De grandes personnalités du sport s’étaient déplacées pour son
inauguration, au premier rang desquels les légendes du football, le
Brésilien Pelé et l’Argentin Maradona. L’engouement est tel que
le Qatar s’est vu confier l’organisation de grandes compétitions
sportives. Ainsi en a-t-il été de l’organisation des Jeux
asiatiques de décembre 2006. Cette manifestation sportive a
représenté un événement d’une importance symbolique capitale
pour l’émirat puisqu’elle constitue le troisième évènement
sportif mondial après la Coupe du monde de football et les Jeux
Olympiques. Après avoir réussi ce galop d’essai, les dirigeants
du Qatar sont aujourd’hui encore plus ambitieux et espèrent
transformer l’essai en organisant le Mondial de 2022. Rien
n’effraie les dirigeants du pays, car ces derniers lorgnent
également à terme sur l’organisation des Jeux Olympiques…

Tout est donc mis en
œuvre pour mettre toutes les chances du coté du Qatar pour
l’organisation de la Coupe du Monde de 2022. L’Emir qui sillonne
la planète ne manque pas une occasion de convaincre les dirigeants
des pays qu’ils visitent pour obtenir leur appui. De grands noms du
sport ont déjà fait part de leur soutien. C’est le cas du
charismatique entraîneur du FC Barcelone, Josep Guardiola, qui vient
de prêter main forte à l’émirat dans sa course.

Ce dernier, lucide,
à même déclaré :
« 
Si nous allons toujours dans les mêmes pays, l’épreuve ne mérite
pas son nom de Coupe du Monde »
10.
Mieux encore : l’émirat s’est offert les services de
l’entraîneur pour
être
son ambassadeur en vue de la candidature du Qatar pour l’organisation
de la Coupe du monde de football en 2022. Il est vrai que celui qui
figure actuellement parmi les meilleurs entraîneurs de football au
monde avait terminé sa carrière de joueur sous les couleurs du club
qatarien d’Al Ahli entre 2003 et 2005 et que de l’aveu même de
l’intéressé, cet appui « 
tient
au fait que j’y ai déjà vécu »
11.

Cette candidature
est à prendre au sérieux. La portée symbolique d’une telle
nomination au cœur du Moyen-Orient serait considérable dans tout le
monde arabe et musulman. Même Joseph Blatter, actuel président de
la FIFA y croit : « 
Le
monde arabe mérite la Coupe du monde et le Qatar a une bonne chance
d’être le premier pays de la région à l’accueillir »
,
a-t-il déclaré
au
cours d’une conférence de presse à Doha, tout en évoquant son
admiration pour l’évolution du pays
12.
Le pays se met d’ailleurs en ordre de marche, engrangeant les
soutiens et se préparant matériellement à accueillir la
compétition.

L’émirat s’est engagé dans la construction et la rénovation de
plusieurs stades de football pour les mettre aux normes
internationales et même pour les doter d’un système de
climatisation, la chaleur en été étant étouffante dans la région
du Golfe (celle-ci pouvant culminer à 45°).
« Nous
allons construire des stades où la température ne dépassera pas
les 27 degrés, en utilisant une technologie fonctionnant à
l’énergie solaire avec des émissions réduites de CO2 »

vient de déclarer le fils de l’Emir, Sheikh Mohammed bin Hamad bin
Khalifa al-Thani, renouvelant l’ambition de son pays d’être le
premier pays arabe à accueillir ne telle compétition.

En course avec
l’Angleterre, la
Corée
du Sud, les Etats-Unis, l’Australie et les duos Belgique-Pays-Bas,
Espagne-Portugal et Japon-Russie, l’affaire risque d’être
compliquée pour le Qatar. Suscitant appétits et convoitises,
l’organisation d’une coupe du Monde de Football ne résiste pas à
des marchandages parfois douteux, tellement les intérêts sont
colossaux. Mais le Qatar qui a fait la preuve de sa capacité à
organiser de grands événements sportifs mérite cette attribution
qui sera le signal d’une intégration pleine et entière du monde
arabe et musulman dans la mondialisation.


1
Pour avoir une vue générale de cette politique Cf. « Géopolitique
du Qatar : la construction d’une image flatteuse entachée de
paradoxe »
, partie I et II, www.oumma.com.
Pour de plus amples informations, on pourra aussi se référer au
mémoire en vue de l’obtention du Master II – Recherche
« Politique comparée » rédigé par l’auteur de ces
lignes. Cf. Nabil Ennasri, « Le champ politico-religieux du
Qatar : une vision estudiantine »
, Institut d’Etudes
Politiques d’Aix-en-Provence, 2006. Mémoire rédigé sous la
direction du professeur François Burgat. La première partie du
mémoire est ainsi consacrée à une analyse de la politique menée
par les dirigeants du Qatar en vue d’accroître le rayonnement du
pays sur la scène internationale. Ce mémoire avait été rédigé
après une enquête de terrain de six semaines au Qatar elle-même
précédée d’un stage de langue, quelques mois plus tôt, de deux
mois dans l’émirat.


2
Pasacl Boniface, « Le Qatar se veut un modèle pour le
Golfe », Le Monde diplomatique, Juillet 2004.


3 Cf. www.lequipe.fr, Feindouno s’explique, 29 septembre 2008.



5
« Les ambitions du Qatar ont entraîné un durcissement des
règlements », Le Monde, 10 décembre 2005. A titre
d’exemple, le Qatar avait remporté une médaille d’or aux
championnats du monde d’athlétisme de Paris d’août 2003. En
réalité, cette médaille avait été acquise par un ex-Kenyan,
Stephen Cherono, qui venait d’être naturalisé et rebaptisé Saif
Said Shaheen en échange d’un salaire à vie d’un montant de
1000 euros par mois. Somme à mettre en relation avec les 2,8
millions d’euros que percevait chaque année, et à la même
époque, le défenseur français Franck Leboeuf… Cf. Nabil
Ennasri, « Le champ politico-religieux du Qatar : une
vision estudiantine », op.cit.


6
En plus du football, d’autres sports sont à l’honneur au pays
des pétrodollars. L’émirat a mis en place un tournoi de tennis,
le Doha Open Tour qui est le premier tournoi de l’année. Il
bénéficie donc d’une bonne visibilité internationale et les
grands noms du tennis masculin s’y pressent généralement. Un
tour cycliste du Qatar est organisé, chaque année, au mois de
février. Il apparaît comme la préparation idéale, y compris en
termes climatiques, avant les épreuves européennes. En outre,
l’investissement dans le sport se fait également à l’étranger.
Le Qatar mise aussi sur le parrainage ou l’organisation de grandes
compétions sportives, en Europe notamment. En 2008, l’une des
plus prestigieuses courses de chevaux au monde s’était déroulée
à Paris. Son nom : la course Qatar-Arc de Triomphe. 800
journalistes et 230 millions de téléspectateurs avaient pu suivre
l’évènement. Le Cheikh Mohammed Bin Faleh Al Thani, Vice
Président du QREC (Qatar Racing and Equestrian Club) avait éprouvé
« une grande satisfaction à associer le nom du Qatar à
cette course mythique »…
Cf. « Géopolitique du
Qatar … »
op.cit.


7
La simple mention du mot “Qatar“ sur le site internet du
quotidien sportif L’équipe renvoie ainsi à des centaines
de pages…


8
Cf. le supplément du Journal Le Monde consacré à la Coupe du
monde de football 2010 en Afrique du Sud, Le Monde, 10 juin
2010.


9
Du nom de Aspire (pour Academy for sports and excellence), ce
complexe sportif hors norme comprend onze courts de tennis, huit
pistes d’escrime, deux courts de squash, un terrain de football,
une piste d’athlétisme, une piscine olympique etc. Cf. « Le
Qatar inaugure en grande pompe sa gigantesque académie des
sports », Le Monde, 22 novembre 2005.




Publicité Oumma Media

Commentaires

X
0 points

Bonjour, Je ne suis pas sûr que le Qatar a besoin d’une renommé par le Sport. La Science et la Recherche (le Savoir) ; les Technologies de pointe (industrie) ou le Développement durable sont plutôt des terrains à privillégier, dont les retombées seront régionales voir mondiale. Libérer et aider les savoirs par nos Universitaires pour le bien être de tous est le meilleur chemin ou mettre ses pétrodollars !

X
0 points

@Bakir

Les deux ! Il faut invéstir dans tous les domaines qui participent au progrès et au rayonnement d’une nation. Le sport en fait partie, ce serait sympa si la Qatar organisait une coupe du monde ou les JO.

Toutefois n’oublions pas que nous ne sommes pas qataries mais français, on parle d’un pays dont on ne fait pas partie : ce sont les qataries qui décideront des orientations de leur pays.