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Articles
Le Prophète et la féminité
mercredi 1er juillet 2009 - par Michel Abdallah Grimbert
Intuition féminine et Lumière divine Parler du Prophète de l’islam et de sa relation à la féminité, c’est en vérité parler de la nature prophétique et de sa propre féminité. Cela doit d’ailleurs nous permettre de comprendre comment l’ensemble des femmes peut effectivement se reconnaître, en toute simplicité, à travers le Prophète et y trouver un accomplissement. « O toi, le Prophète ! Nous avons déclaré licite pour toi : les épouses auxquelles tu as donné leur dot, les captives que Dieu t’a destinées, les filles de ton oncle paternel, les filles de ton oncle maternel, les filles de tes tantes maternelles – celles qui avaient émigré avec toi – ainsi que toute femme croyante qui se serait donnée au Prophète pourvu que le Prophète ait voulu l’épouser. Ceci est un privilège qui t’est accordé, à l’exclusion des autres croyants. » (Coran XXXIII, 50). Si Dieu a rendu licite au Prophète « toute femme croyante qui se serait donnée à lui pourvu que celui-ci ait voulu l’épouser », c’est que ces femmes croyantes comprennent intuitivement la réalité lumineuse prophétique, et dès lors, envisagent spontanément de se donner à lui, s’il accepte, avant tout autre homme croyant. Dieu, ici, ne fait donc qu’autoriser le Prophète à accéder au désir légitime de ces croyantes qui recherchent dans l’union d’un mariage « divin » la réalisation suprême. Ibn al ‘Arabi nous dit à ce propos : « Or, comme la réalité divine est inabordable directement sous le rapport de l’Essence, et qu’il n’y a de contemplation attestée que dans une substance, la contemplation de Dieu dans les femmes est la plus intense et la plus parfaite ; et l’union la plus intense (dans l’ordre sensible qui sert de support à cette contemplation) est l’acte conjugal ». De fait, il y a « conaturalité » entre le Prophète de l’islam et les femmes quant à la Lumière divine. En effet, le Prophète a été créé à partir de cette Lumière et les femmes sont le support privilégié de celle-ci en ce monde, notamment lorsqu’elles deviennent mères et qu’une âme prend appui sur l’une d’entre elles, ainsi qu’en atteste le hadith : « Le Paradis est sous les pieds des mamans ». La première manifestation explicite du lien privilégié entre la féminité et la réalité plénière intérieure et extérieure de l’Envoyé de Dieu est relatée de la façon suivante :La scène se passe le jour du mariage du futur père du Prophète, ‘Abd Allah, avec sa future mère, Amina. En ce jour béni, ‘Abd Allah passe près de chez Qutaylah, sœur du croyant Waraqah – reconnu par tous comme un hanif (1) –, en vue de se rendre chez le père d’Amina. Qutayla voit alors, émanant du visage d’‘Abd Allah, une lumière venue d’un autre monde. Troublée au plus profond d’elle-même et convaincue d’avoir perçu l’annonce même du Prophète tant attendu, elle propose, en toute spontanéité intuitive, de se donner à lui par mariage, afin que le père du futur Prophète dépose en elle cette Lumière, qu’elle est seule à avoir vu directement. Mais Dieu n’en avait pas décidé ainsi et Amina devint la mère du futur Prophète alors que ‘Abd Allah mourut avant même sa naissance. Le plus remarquable est de constater que cette « lumière » prophétique est toujours perçue et recueillie par une femme, avant les hommes ; que ce soit pour Qutaylah, Amina qui se savait porteuse de cette lumière, ou Khadija, la première femme du Prophète, qui voyait la « lumière » émaner de lui. Cette vérité se perpétue également à travers les croyantes dont parle le Coran. Mariages et concubinages Afin de mettre le statut du Prophète de l’islam en conformité extérieure avec la Loi divine (shari’a), énoncée pour l’ensemble des croyants, à savoir : « Epousez, comme il vous plaira deux, trois ou quatre femmes. Mais si vous craignez de ne pas être équitables, prenez une seule femme » (Coran IV, 3), il est ordonné au Prophète ceci : « Il ne t’est plus permis de changer d’épouses ni de prendre d’autres femmes, en dehors de tes esclaves, même si tu es charmé par la beauté de certaines d’entre elles. Dieu voit parfaitement toute chose » (Coran XXXIII, 52). Ces versets sont à rapprocher de celui où il est dit sans ambiguïté, contre les mœurs du temps et contre le comportement récurrent des hommes qui s’établit selon la loi du plus fort : « Vous ne pouvez être parfaitement équitables à l’égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir » (Coran IV, 129). Il y a là une indication forte en faveur du monogamisme. Et c’est donc dire que les hommes se doivent de maîtriser leur désir plutôt que de s’acharner à vouloir maîtriser un autre être – ici la femme – objet de leur désir, ce que socialement ils ont voulu établir et instituer contre toute vérité. « Si vous voulez substituez une épouse à une autre, et si vous avez donné un quintar d’or à l’une des deux, n’en reprenez rien (…) et d’ailleurs, comment le reprendriez-vous, en vérité, alors que vous étiez liés l’un à l’autre et que vos femmes ont bénéficié d’une alliance solennelle contractée avec vous » (Coran IV, 20-21). Ces versets insistent sur le caractère essentiel, définitif et irréversible de toute union, serait-elle brève, d’un homme et d’une femme ; et par là même, au-delà des vicissitudes de la vie, insiste sur l’idéal monogamique d’une seule union véritable, dont les tentatives terrestres sont comme les facettes ou approches successives. Concernant l’exemple prophétique lui-même, il n’eut d’enfants survivants que quatre filles (Zainab, Ruqayya, Umm Kaltoum et Fatima) qu’il eut avec sa première épouse, Khadija, dans le cadre d’un mariage monogame, fondé sur des affinités personnelles, et qui dura jusqu’à la mort de celle-ci. Par la suite, dix autres mariages et deux concubinages furent conclus avec le Prophète. Ces unions n’obéissaient pas à des désirs passionnels de Muhammad, mais répondaient à des nécessités imposées par les circonstances : aide pour élever les enfants et tenir le foyer, prolongement du compagnonnage spirituel, générosité accordée aux veuves de ses compagnons morts en martyrs, préalable afin de faire évoluer les mœurs ou alliances politiques favorables à l’expansion de la religion (voir encadré). « Le Prophète est plus proche des croyants qu’ils ne le sont les uns des autres, ses épouses sont leurs mères » (Coran XXXIII, 6). Chacune de ces épouses, « mères des croyants », furent aimées pour elles-mêmes. ‘Ali précisait que le Prophète, dont il était le gendre, ne frappa jamais de sa main bénie l’une de ses femmes, ni même un de ses esclaves qui furent tous affranchis. Illettré et maternel D’après la Tradition, le Prophète de l’islam offrait un ensemble de traits de caractère très divers et variés, toujours disposés harmonieusement et sans excès ; à l’image d’un diamant avec ces différentes facettes, transmettant toujours la même lumière unique et unifiante, à la fois douce, apaisante et exaltante pour ceux qui la recevaient à son contact. Il est un brillant luminaire (Coran XXXIII, 46), il transforme et conduit les croyants de l’ombre à la lumière (Coran II, 257). Il est la « charnière » entre les hommes et le Ciel. Ainsi, s’il savait se montrer pleinement « viril » au combat ou dans son « harem », il était toujours accessible, prévenant, attentif et accueillant comme peut l’être une mère à l’égard de ses enfants (Coran XXIV, 62). A cet égard, le Prophète est dit « ummi », que l’on peut traduire par : qui ne sait ni lire, ni écrire, ignorant, ou encore dans un autre sens, maternel. Il est ainsi en mesure de recevoir et d’accueillir parfaitement, sans interférences mentales ou affectives, la Révélation de Dieu descendue sur son Cœur (Coran II, 97). Il est « Mère » dans l’ordre de la Manifestation divine et homme dans l’ordre de la Création, alors que les femmes sont mères dans le seul ordre de la Création. Tout en vérité a été formé et se forme dans l’ordre de la Création à partir de lui, de sa lumière. Il est donc la « matrice » de notre retour à Dieu (Coran XXXVI, 22 & 83), comme, dans l’ordre terrestre, est la mère pour ses enfants qui reviennent toujours à elle. Ainsi, selon ‘Aïcha, le caractère du Prophète était comme le Coran, et par nature, il était comme la Table Gardée (Coran LXXXV, 22) où repose la Mère du Livre (Coran III, 7 ; XLIII, 2-4), ou Archétype des Livres sacrés, pourrait-on dire. « Qui m’a vu, a vu la Vérité » : le Prophète de l’islam est bien en vérité la Porte sublime qui conduit aux Grands Mystères. (1) hanif : rattaché à la voie spirituelle remontant directement à Abraham. Sources : Les femmes du Prophète de Magali Moroy, éd. Mercure de France Femmes en islam de W. Walter, éd. Sindbad Les femmes soufies et la passion de Dieu de N. et L. Amri, éd. Danglès Mots clésMichel Abdallah GrimbertDu même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article3 août 2009
merci beaucoup pour ces lignes lumineuses et émouvantes, qui nous rappellent combien notre prophète (sws) était juste.
6 juillet 2009
Rachid Zani a dit :
Un"état Edénique"qu’un illustre inconnu nous rappelle son existence en "re"devenir.
5 juillet 2009
nawel a dit :
En effet, cet article est très intéressant, il nous montre la valeur authentique de la femme ; beau pied de nez pour ceux qui considèrent que la femme est méprisée dans l’Islam...
4 juillet 2009
De même que, d’après la tradition, la pierre noire, enchâssée dans l’angle de la Sainte kaâba avait, à l’origine la limpidité du diamant, le coeur des hommes, noirci par leurs péchés (injutices, erreurs, fautes, ...) projette cette noirceur dans le coeur des femmes. Elle lui rend cette noirceur mais elle est une cause seconde. Ce processus est cyclique et la Miséricorde divine vient toujours en adoucir la rigueur, bien heureusement. Mais qui est responsable, comment et pourquoi ?. En attendant, je crois que les femmes ont une plus grande nostalgie de l’état Edénique que les hommes. 3 juillet 2009
amazone a dit :
A Nadjek : "J’aime ce passage mais mesurez donc le chemin à parcourir ! L’Islam, dominé par les hommes, peut-il et veut-il vraiment évoluer en faveur de la femme ? Les stuctures patriarcales sont si fortes." Le christianisme est dominé par les hommes, le judaisme est dominé par les hommes et le monde est dominé par les hommes. C’est pour cela que nous les femmes, musulmanes, chrétiennes, juives ou athées nous sommes encore sous la domination des hommes ! C’est pour cela que nous mourrons sous les coups de nos maris. C’est pour cela que nous percevons un salaire inférieur à celui des hommes. C’est pour cela que dans certains pays on nous tue avant notre naissance. C’est pour cela que dans certains pays on nous interdit l’accés à la culture. C’est pour cela que partout dans le monde on nous met sur des trottoirs pour le plaisir des hommes ! 3 juillet 2009
Najelk a dit :
" Et c’est donc dire que les hommes se doivent de maîtriser leur désir plutôt que de s’acharner à vouloir maîtriser un autre être – ici la femme – objet de leur désir, ce que socialement ils ont voulu établir et instituer contre toute vérité. " J’aime ce passage mais mesurez donc le chemin à parcourir ! L’Islam, dominé par les hommes, peut-il et veut-il vraiment évoluer en faveur de la femme ? Les stuctures patriarcales sont si fortes. 2 juillet 2009
Waglioni a dit :
@Lola, votre intervention pertinente m’a rappelé qu’en effet il y a un jeu de symétrie chirale avec la représentation des noms eux-mêmes d’ADM et de HWA. Ceci a été mis en évidence, dans un esprit éminemment akbarien, par M. Valsan (dans un article en 1964-6), avec un schéma qu’il disait tenir de René Guénon. Et ceci mène à l’Androgyne, une notion à l’imitation de laquelle le cher Michael Jackson ne fut pas la dernière victime.
2 juillet 2009
Quelle profondeur dans cet article
merci
2 juillet 2009
samir a dit :
un très bel article qui donne une réponse aux détracteurs de l’Islam qui utilise la femme comme cheval de Troie.
1er juillet 2009
Lola a dit :
le premier regard que porta Adam (A.S.)sur Eve est un regard d’amour. Elle le lui rendit. Cet effet miroir originel est très intéressant : Adam projette son amour sur Hawa (Eve) et elle projette le sien sur lui. La question fondamentale est : Comment et pourquoi ce premier regard s’altère-t-il ?. N’est-il pas la preuve de la responsabilité ontologique de Adam, alaïhi Essalam ?. Quel musulman aura le courage de traiter la question sous cet angle-là ?. Essalamu alaïkum. n.b. : la citation de Ibn Arabi se trouve dans l’ouvrage "la sagesse des Prophètes" (Fusus El Hikam). 1er juillet 2009
Nous avons tous plus ou moins en nous une part de "bestialité" , légitime , normal .
Le rapport entre 2 personnes dans le cadre du mariage , rien de choquant ce par-contre ce qu’il est c’est de faire de ce besoin physique , un acte de piété ,il faut arréter les délires .
C’est un besoin physiologique au même titre que la défécation, la faim, etc.
1er juillet 2009
Samira a dit :
Merci infiniment Monsieur pour cet article : cela m’a mit du baume au coeur...Le rappel est une excellente chose...
1er juillet 2009
merci Mr Grimbert pour cet article très intéressant, je retiens tout particulièrement ce passage très important à mes yeux : " Et c’est donc dire que les hommes se doivent de maîtriser leur désir plutôt que de s’acharner à vouloir maîtriser un autre être – ici la femme – objet de leur désir, ce que socialement ils ont voulu établir et instituer contre toute vérité.". Et cet autre passage où vous citez Ibn al ’Arabi (qu’Allah l’agrée) : « Or, comme la réalité divine est inabordable directement sous le rapport de l’Essence, et qu’il n’y a de contemplation attestée que dans une substance, la contemplation de Dieu dans les femmes est la plus intense et la plus parfaite ; et l’union la plus intense (dans l’ordre sensible qui sert de support à cette contemplation) est l’acte conjugal ". Au moment de l’union charnelle entre une femme et un homme qui s’aiment d’amour, c’est Allah Lui-même qui est présent. "L’homme et la femme sont unis par un secret seigneurial" dit le Cheikh Khaled Bentounès dans son dernier livre "La fraternité en héritage". La femme n’est pas un objet que l’homme pourrait posséder, mais c’est un sujet aussi libre et digne que l’est un sujet masculin. Femme et homme sont deux pièces égales s’emboitant parfaitement pour former le symbole de l’Unicité divine, une pièce ne l’emporte pas sur l’autre. Merci encore Mr Grimbert pour ce beau texte ! La lutte pour le respect de la dignité de la femme sera le grand combat du 21ème siècle dans les pays musulmans, mais aussi dans les pays occidentaux qui érotisent le corps de la femme pour en faire un vulgaire produit de marketting... salam aleykoum Soufiane |
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