Le Maroc, le royaume des "petites bonnes"

Tel un secret honteux que la bourgeoisie marocaine emmure dans l’enceinte de ses demeures, le tabou de l’e

vendredi 14 mai 2010

Tel un secret honteux que la bourgeoisie marocaine emmure dans l’enceinte de ses demeures, le tabou de l’exploitation domestique de milliers de petites filles est en train de se briser au Royaume de l’Atlas, ainsi que le rapporte Le Monde dans un excellent article, révélant au grand jour de sombres pratiques passées dans les us et coutumes des meilleures familles,

Main-d’œuvre très prisée, celles que l’on appelle communément "les petites bonnes" sont arrachées à leur foyer dès l’âge de 6 ans, pour servir d’esclaves corvéables à merci dans la bonne société de Casablanca, de Marrakech, ou encore de Rabat.

En 2005, l’organisation Human Rights Watch avait estimé leur nombre entre 60 000 et 80 000, alertant les pouvoirs publiques et l’opinion sur une servitude barbare qui, dans un raffinement de cruautés, soumettait des fillettes de 6, 8, et 10 ans, malléables à souhait, à d’interminables heures de travail, à des sévices, voire à des abus sexuels, pas moins de 14 000 cas ayant été recensés dans la région de Casablanca en 2001.

Même si les verrous d’un interdit moyenâgeux sautent progressivement, sous le double effet de la modernisation de la société, plus intransigeante avec le travail des enfants, et du travail des associations dont le dynamisme fait école, le chemin vers l’évolution des mœurs est encore long.

Ainsi, alors que la prohibition du travail des moins de 15 ans est stipulée noir sur blanc dans le code du travail, le renforcement de la législation en vigueur pourrait être le meilleur rempart contre un asservissement illégal qui perdure : la loi fondamentale sur l’obligation de scolarisation jusqu’à 15 ans commence à être opérante, et un projet de loi visant à durcir les conditions d’emploi des domestiques de 15 ans à 18 ans est à l’étude.

Cruelle réalité de la misère sociale qui, dans une sorte de damnation inéluctable conduit les plus humbles à se séparer de leur progéniture pour leur propre survie, le royaume des « petites bonnes » saura-t-il enfin se mettre sur les bons rails de la modernité ?

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