Le Groupe d’Etudes et de Recherches Islamologiques (GERI), Université Marc Bloch, Strasbourg

Pour comprendre ce qui va suivre, il faut se souvenir qu’il y a à l’Université Marc Bloch (Strasbourg),

mercredi 20 mars 2002

Le Groupe d’Etudes et de Recherches Islamologiques (GERI), Université Marc Bloch, Strasbourg

Pour comprendre ce qui va suivre, il faut se souvenir qu’il y a à l’Université Marc Bloch (Strasbourg), cas unique en France, deux facultés de théologie d’Etat, totalement intégrées à cette Université. Cette particularité n’a rien à voir avec le concordat qui régit en Alsace et en Moselle les relations entre l’Etat et les quatre cultes reconnus : le culte catholique, les deux cultes protestants (luthérien et réformé) et le culte juif et qui organise l’enseignement religieux dans le cadre de l’école publique en Alsace et en Moselle. Cette particularité est le résultat de l’histoire de l’Alsace.

La faculté de théologie protestante, fondée en 1538 est à l’origine de l’Université de Strasbourg et a su fort habilement se maintenir à travers l’histoire tourmentée de l’Alsace. Quant à la faculté de théologie catholique, elle a été créée à l’époque allemande en 1911. Les facultés de théologie, comme toutes leurs consœurs du nord et du sud de l’Europe donnent un enseignement scientifique, critique et académique de la théologie, elles forment des théologiens, non des pasteurs ou des prêtres. Cette dernière tâche est du ressort des Eglises. Il faut se rappeler que l’absence de la théologie au niveau des universités, hormis le cas de Strasbourg, est une exception française en Europe.

1-La création du GERI et son développement

Le GERI a été fondé le 3 juillet 1981, dans le cadre de la faculté de théologie protestante, à l’initiative de trois personnes : le regretté Hammoud Talha, Ali Bouamama et Ralph Stehly. Le procès-verbal de la séance constitutive énonçait ainsi les objectifs du GERI : « Le Groupe d’études et de recherches islamologique (GERI) a pour objet spécifique d’études et de recherches dans le domaine islamique, spécialement la théologie islamique, dans le double perspective d’une recherche universitaire érudite et gratuite, et de la promotion du dialogue islamo-chrétien et orient-occident, à partir des bases scientifiques les plus solides ».

Début 1983, le GERI comportait déjà une dizaines de membres, sur une base à peu près paritaire musulman/non-musulman. En 1988, les effectifs se montaient à une quinzaines de personnes. Bien que la proportion des musulmans ait baissé, a cause d’un afflux de non-musulman intéressés par l’Islam, la diversité des origines reste grande. Six nationalités y étaient représentées (française, allemande, norvégienne, marocaine, jordanienne, togolaise). A côté de l’islam, les trois principales confessions chrétiennes sont présentés.

Le GERI est actuellement dirigé par Ralph Stehly, Professeur à la faculté de théologie protestante Université Marc Bloch et docteur d’Etat en études islamiques, assisté par Mohammed Amin Al-Midani, docteur d’Etat en droit et Président du Centre Arabe pour l’Education au Droit International Humanitaire et aux Droits Humains ; et Eric Geoffroy, maître de conférence au Département d’études arabes et islamiques, Université Marc Bloch, Strasbourg.

Actuellement, le GERI comporte une quinzaine de chercheurs docteurs, qui encadrent une demi-douzaine de doctorants. De nombreux correspondants étrangères nous apportent leur concours. Un nombre variable d’étudiants hors troisième cycle participe aussi aux travaux. En tout, onze nationalités sont représentées.

2-Le programme du GERI

L’importance croissante de l’islam dans le monde, l’intuition de la fécondité d’une réflexion sur l’islam menée dans un cadre théologique entre musulmans et chrétiens, le caractère incontournable de la nécessité du dialogue islamo-chrétien, le besoin d’un lieu de parole libre ou peuvent être abordées, dans la sérénité, la tolérance et le respect mutuels, aussi des questions d’une actualité souvent brûlante, à la seule condition de s’abstenir, de part et d’autre, de toute attitude apologique, tous ces facteurs ont contribué à la croissance du GERI à partir de ce premier noyau.

Le problème nés de l’immigration d’une importante population musulmane en Europe n’ont pas été négligés. C’est ainsi que l’ensemble de l’équipe a effectué, dès fin 1983, une enquête sur l’islam en Alsace, la première du genre, publiée en 1985 dans l’Encyclopédie de l’Alsace, art. « musulmans ».

L’axe principal des recherches du GERI est cependant l’étude de l’islam en tant que religion et théologie, à partir de ses sources, le Coran et la Sunna, notamment publication par Ralph Stehly de l’édition synoptique des hadiths de Bukhari avec les variantes des Six Livres Canoniques (voir les différends numéros du « Courrier du GERI »). Nous sommes le seul groupe de recherches en France à nous consacrer principalement à la recherche universitaire sur la théologie islamique et la Charia.

Un autre axe est donc l’étude de la théologie musulmane en tant que droit, c’est-à-dire les règles juridiques de la Charia, surtout celles qui sont en rapport avec le droit public et le statut personnel, ainsi que les droits de l’homme dans le monde arabo-musulman.

3-Le Courrier du GERI

Le Courrier du GERI, Recherches d’islamologie et de théologie musulmane, fondé en octobre 1997 à l’initiative de Mohammed Amin Al-Midani et de Ralph Stehly, a publié, entre 1997-1999, et trois fois par an les travaux du GERI, et rend compte également des débats et publications dans le monde arabo-musulman. Il continue de publier ( à partir de 2000, un numéro double par an,) les travaux de membres du GERI et les conférences données par les différents spécialistes.

Le Courrier du GERI est ouvert à tous les courants de recherche en islamologie et en théologie musulmane, sans sectarisme, dans le respect de la déontologie de la recherche scientifique. Il publie des articles en langues européennes et en arabe.

4-Le GERI et le projet de faculté de théologie musulmane à l’Université Marc Bloch (Strasbourg)

Le GERI est associé au projet de création d’une faculté de théologie musulmane dans le cadre de l’université de Marc Bloch de Strasbourg. Une importante journée d’études : « Enseigner la théologie musulmane à l’Université Marc Bloch de Strasbourg : Enjeux et Propositions » a été consacrée à ce projet en juin 1998, avec le concours de l’Association pour la création de la faculté de théologie musulmane de Strasbourg (A.C.F.T.M.S.) et le Club Témoin (Fondation Jacques Delors). Les actes du colloque sont parus en 2000. Ce projet a rencontré un accueil très favorable tant du côté des autorités que des groupes musulmans de Strasbourg qui sont prononcés unanimement en sa faveur. Le Conseil régional d’Alsace et le rectorat de Strasbourg y sont également favorables.

Ces instances sont en effet confrontées aux revendications légitimes de la communauté musulmane qui désire pour leurs enfants scolarisés dans l’école publique reçoivent un enseignement équivalent à celui dont bénéficient en Alsace et en Moselle les enfants des confessions chrétienne et juive. Cet enseignement n’existant pas pour l’instant, on est dans la situation absurde où les enfants musulmans sont envoyés en permanence ou en cours de Code de la Route ( !) pendant l’heure d’enseignement religieux (une heure par semaine), tandis que leurs camarades catholiques, protestants et juifs bénéficient s’ils le désirent, d’un enseignement religieux adéquat à tous les niveaux de la scolarité. Il faudrait donc créer environ cent postes d’enseignants de religion musulmane dans l’Académie de Strasbourg et de Nancy. Quelle institution, sinon une faculté universitaire de théologie musulmane, peut garantir le niveau scientifique critique et la formation républicaine de ces enseignants ? Des expériences similaires sont déjà menées avec succès en Allemagne, notamment à l’Institut pédagogique de l’Université d’Erlangen qui a ajouté à ses deux filières traditionnelles protestante et catholique, une troisième filière musulmane qui forme les professeurs d’enseignement religieux musulman pour le plus grand bénéfice de la cohésion sociale du pays.

5-Le programme du GERI en 2002

Le programme de recherche fondamental (recherches sur les sources de l’islam et de la Charria) tel qu’il est défini par le plan quadriennal, continue au niveau des chercheurs.

D’autre activités, notamment des conférences débats visant à toucher un plus large public d’étudiants, ont été mises en route les années précédentes et cette année. Ainsi sont programmées pour 2002 les conférences suivantes :

1-Bakary SAMBE : L’islam au Sénégal

2-Khaled ROUMO : L’Islam est-il une religion d’amour ?

3-Guido BELLATI CECCOLI  : Dante et l’Islam.

4. Samuel MAHLER : La reine de Saba

5-Nazih KUSSAIBI : L’enseignement de l’arabe en Alsace : perspectives et enjeux.

6. N.N  : Le christianisme est-il un monothéisme ?

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