Le Coran

Il serait prétentieux de parler du Coran en quelques lignes. D’ailleurs, tout ce dictionnaire traite de l

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mardi 29 octobre 2002

Il serait prétentieux de parler du Coran en quelques lignes. D’ailleurs, tout ce dictionnaire traite de la question sans jamais épuiser le sujet. Des indications supplémentaires sont néanmoins susceptibles de compléter quelque peu les différents chapitres étudiés.

Le Coran n’est pas une oeuvre créée de toute pièce par un poète (châ’ir) si génial, soit-il, ni celle d’un devin (kâhin) aux puissances occultes. C’est une Révélation communiquée par Dieu à Son Prophète : " c’est là, en vérité, la parole d’un noble Prophète ; ce n’est pas la parole d’un poète ; -votre foi est hésitante - ce n’est pas la parole d’un devin ; comme vous réfléchissez peu ! - c’est une Révélation du Seigneur des mondes ! " (S. LXIX, 40 à 43), "Oui, le Coran est une Révélation du Seigneur des mondes " (S. XXVI, 192).

Le Coran n’étant pas le produit de sa propre réflexion, le Prophète, au moment de la " descente " (tanzîl) des versets, les répétait afin d’en retenir le sens et les expressions. Dieu lui ordonna de s’abstenir d’user de ce procédé car Il lui appartenait de réunir la récitation et de la faire comprendre à Ses créatures : " Ne remue pas ta langue en lisant le Coran comme si tu voulais hâter la révélation. Il nous appartient de le rassembler et de le lire. Suis sa récitation lorsque nous le récitons ; c’est à nous qu’il appartient, ensuite, de le faire comprendre " (S. LXXV, 16 à 19).

Le Messager de Dieu recevait la Parole divine par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, nommé " l’"Esprit fidèle " par le Coran. Le Prophète, en sa qualité d’avertisseur, la transmettait à son tour aux hommes : " L’Esprit fidèle est descendu avec lui sur ton coeur pour que tu sois au nombre des avertisseurs " (S. XXVI, 194, 195).

La Révélation se produisait ainsi : illettré, donc incapable de lire les livres sacrés encore moins en araméen ou en hébreux, l’Envoyé de Dieu recevait le message d’une façon auditive. Il percevait un fort tintement de cloche. Il était saisi d’une fièvre si intense qu’une sueur abondante coulait de son front y compris pendant les périodes de grand froid. Il pâlissait et rougissait et tous ses membres tremblaient. Son corps s’alourdissait d’une manière telle qu’un jour son chameau ploya sous son poids.

Le Coran fut révélé graduellement durant plus de vingt ans, selon les circonstances politiques et religieuses. Ceci explique sa composition fragmentaire de sorte que les thèmes ne sont pas regroupés par chapitres.

Le Livre sacré n’a pas été recensé selon l’ordre chronologique de la Révélation mais selon la longueur des sourates. Il en renferme cent quatorze de longueurs inégales. La plus courte comprend trois versets et la plus longue en englobe deux cent quatre-vingt-six. Certaines, révélées à La Mekke, d’autres à Médine, ont reçu un titre ; la vache, la fourmi, la caverne, les fractions, etc. Postérieurement au Prophète, le Coran fut divisé en soixante parties (hizb) et aussi en deux cents parties appelées " rubû’ ". Chaque sourate se compose de plusieurs versets (âyât). Le Coran en comprend six mille deux cent dix-neuf qui sont autant de signes et de miracles. Le mot âyâ est souvent accompagné d’un adjectif comme clair, évident... car son objet consiste à convaincre les hommes.

Du temps du Prophète, les versets coraniques étaient mis par écrit sur des os plats, des pierres, des peaux, des feuilles de palmiers... et aussi appris par coeur intégralement ou en partie par les croyants. Abu Bakr rassembla tous ces fragments sur le conseil d’Omar et les réunit en un seul opuscule. Un comité se chargea de ce travail. Cette décision fut prise à la suite de la mort de plusieurs lecteurs du Coran lors de la guerre engagée contre le faux prophète Musaïlima. Il était à craindre la disparition à la longue du texte sacré. La recension officielle de ce dernier se réalisa définitivement sous le khalife Othmane qui mit ainsi fin à la diffusion d’autres écrits légèrement incorrects.

Différentes expressions désignent le Coran dont le style varie suivant les époques de la Révélation. Outre le mot qur’ân qui dérive de la racine qara’a (réciter, lire), les quelques autres termes qui s’y appliquent sont çuhuf (feuilles), Kitâb (livre) ; deux appellations qui se réfèrent également aux Livres antérieurs à la prédication du Prophète, Furqân qui définit aussi l’Écriture confiée à Moïse, et aussi la " Mère du Livre " : " Dieu efface ou confirme ce qu’il veut. La Mère du Livre se trouve auprès de lui " (S. XIII, 39). Si les mêmes vocables sont parfois attribués aux Écritures, c’est parce que celles-ci proviennent toutes de la même source céleste.

Le mot qur’ân revient fréquemment dans le Livre, accompagné de différents qualificatifs : karîm (noble), hakîm (plein de sagesse), madjîd (glorieux), ’azîm (très grand), etc. En outre, Dieu compare le Coran à une lumière destinée à montrer aux hommes la seule voie à suivre : "O vous les hommes ! une preuve décisive vous est parvenue de la part de votre Seigneur : nous avons fait descendre sur vous une lumière éclatante " (S. IV, 174). Cette lumière avait été répandue sur l’humanité, et continue à se répandre, par une lampe, en l’occurrence, le Prophète : " O toi, le Prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin, comme annonciateur de bonnes nouvelles, comme avertisseur, comme celui qui invoque Dieu -avec sa permission- et comme un brillant luminaire " (S. XXXIII, 45, 46).

Le Coran a été révélé en arabe pour être compris, à l’origine, par un peuple arabe : "c’est une Révélation en langue arabe claire " (S. XXVI, 195), "Oui, nous avons fait un Coran en arabe ! -Peut-être comprendrez-vous " (S. XLIII, 3). Il est considéré comme éternel et incréé. Le texte que nous possédons est une copie dont le prototype " Umm al-Kitâb " (la Mère du Livre) est conservé au ciel sur une Table (lawh) bien gardée : " Ceci est, au contraire, un Coran glorieux écrit sur une Table gardée ! " (S. LXXXV, 1, 22). Il est du point de vue phonétique, graphique et linguistique identique à l’original céleste. Sa reproduction est inimitable (i’djâz) : " Dis : si les hommes et les Djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiront rien qui lui ressemble, même s’ils s’aidaient mutuellement " (S. XVII, 88).

Il est recommandé de lire et de relire le Coran, de le réciter à haute voix, tel est le conseil donné par Dieu au Prophète et à tous les musulmans : " Tiens-toi debout, en prière, une partie de la nuit, la moitié ou un peu moins ou davantage et récite avec soin le Coran" (S. LXXIII, 2, 3, 4), " Récitez donc à haute voix ce qui est possible du Coran " (S. LXXIV, 20). Beaucoup de Musulmans l’apprennent par coeur dès le jeune âge.

Le Tout-Puissant incite les hommes à se pencher d’une manière clairvoyante sur les données du Coran et à prendre comme base de réflexion les prescriptions temporelles et spirituelles ainsi que les exemples historiques qui y sont contenus et qui définissent la conduite à adopter dans la vie : "Nous avons exposé tout ceci dans ce Coran pour que les hommes réfléchissent" (S. XVII, 41), " Ceci est, pour les hommes, un appel à la clairvoyance, une Direction et une Miséricorde en faveur d’un peuple qui croit fermement " (S. XLV, 20).

Cette Direction est universelle car le Coran ne révèle pas une religion destinée à une seule race, à une catégorie déterminée d’hommes. L’essence de son enseignement était déjà contenu dans les Livres anciens : "Ceci se trouvait déjà dans les Livres des Anciens " (S. XXVI, 196). Le Livre saint est en effet un rappel des " feuillets " d’Abraham, de la Loi de Moïse, des Psaumes de David, de l’Évangile de Jésus... Dieu revient sur cette affirmation quatre fois en employant la même formulation et dans la même sourate : " Oui, nous avons facilité la compréhension du Coran en vue du rappel. Y a-t-il quelqu’un pour s’en souvenir ? " (S. LIV, 17, 22, 32, 40).

Le Coran a inspiré des oeuvres littéraires, juridiques, historiques, artistiques, scientifiques, etc. La création étant continue, grâce à l’aide de Dieu, de nouvelles théories politiques, économiques, sociales, de nouvelles inventions scientifiques peuvent être conçues en tenant compte de la marche de l’histoire qui est impitoyable à l’égard des traînards. Tous les problèmes de la vie sont contenus dans le Coran. Ils n’existent certes pas sous forme de recettes de cuisine mais bien potentiellement. Il s’agit de confronter, chacun dans son domaine et sa spécialité, la Réalité au Livre sacré et d’y découvrir les moyens de résoudre ces problèmes.

 

Extrait du "Dictionnaire élémentaire de l’Islam"

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Auteur : Tahar Gaïd

Tahar Gaïd est né le 22 octobre 1929 à Timengache, Beni Yala (Wilaya de Sétif). Après des études aux médersas de Constantine et d'Alger, il exerce la fonction d'enseignant à Tighanif, près de Mascara, puis à Alger. Militant du PPA/MTLD, il participe à la lutte pour la libération nationale. Il prend l'initiative d'organiser des cellules FLN à Tihganif, anciennement Palikao. Arrêté en mai 1956, il est détenu pendant six années consécutives dans les prisons et les camps d'internements en Algérie. Dès 1963, il opte pour la carrière diplomatique en qualité d'ambassadeur dans plusieurs pays africains. En 1978, il cesse toute activité administrative. A partir de 1980, il se consacre dès lors aux aspects théoriques et pratiques de l'Islam. Il se signale par la publication du Dictionnaire élémentaires de l'Islam (OPU). Il est aussi l'auteur d'autres livres dont Réalités universselles de l'Islam( OPU ) et Religion et Politique en Islam (aux éditions Bouchene) Parallèlement à ces écrits, il publie à L'OPU un lexique philosophique arabe-français et français-arabe.

Quelques ouvrages de cet auteur :

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