Laiklik/laïcité : entrée interdite aux chiens et aux femmes voilées dans une plage privée de Casablanca

Cela devait arriver : à force de singer l’une des deux anciennes puissances coloniales (1), le Maroc se de

par

dimanche 3 juillet 2005

Cela devait arriver : à force de singer l’une des deux anciennes puissances coloniales (1), le Maroc se devait de contribuer dignement à l’hystérie franco-turque contre les femmes voilées. C’est bien évidemment le modèle français qui aura été une source d’inspiration - il est en effet une constante du mimétisme que le modèle que l’on se cherche est un modèle lointain, et en l’occurence, les Turcs sont sans doute trop basanés et portent des noms trop similaires pour pouvoir apporter la distance culturelle nécessaire...

Ainsi, les co-propriétaires de la plage privée Tahiti sise au boulevard de la Corniche à Aïn Diab, sur la côte casablancaise, Nacer Alami et Saad Benkirane (j’ai lu et relu, ce n’est pas Nicolas et Serge, ou Ned et Sam, mais bien Nabil et Saad - nul doute qu’un rectificatif à l’état-civil de ces héros du jour est imminente) ont décidé d’interdire l’entrée de leur piscine privée aux femmes voilées (exception faite des femmes de ménage sans doute - mais elles ne comptent pas, elles). Pour l’heure, on ne sait pas si la dégustation de jambons-beurres sera rendue obligatoire pour les visisteurs, ni si l’entrée sera interdite à ceux ne justifiant pas d’un taux d’alcoolémie suffisant - quant à installer des pages arrachées du Coran en lieu et place des rouleaux de papier toilette, sur le modèle guantanamien, ou recruter Philippe Servaty (2) en tant que garçon de cabine, Nicolas Alami et Serge Benkirane gardent là-dessus un silence pudique.

Bravo ! La joie de vivre, la liberté, l’individualisme et le respect de l’individu s’en trouvent sensiblement renforcés au Maroc. On attend désormais que l’entrée de femmes non-voilées soit interdite à Aswak Salam (3), histoire que l’on ne reste qu’entre soi, et que nul ne soit confronté à la fréquentation de concitoyens différents de soi-même.

Par contre, ceux qui s’attendraient à un esclandre médiatique (du moins dans la presse francophone marocaine) contre Serge et Nicolas devront sans aucun doute déchanter : chacun sait que l’intolérance n’existe que dans le chef de barbus et de femmes voilées, décrocher un bac à Lyautey ou Descartes (4) ou boire quotidiennement de la Heineken suffisant à eux seuls à garantir humanisme et ouverture d’esprit...Bien évidemment, la patrie aurait été déclarée en danger (elle l’est d’ailleurs assez souvent ces jours-ci...) si une femme non-voilée eut été refoulée de quelque plage, piscine ou autre lieu de villégiature que ce soit...

On espère pour Serge et Nicolas que leur dévouement à "la cause" leur vaudra force champagne et petits-fours au prochain quatorze juillet du consulat de France à Casablanca...et qui sait, si un demeuré s’avisait de leur livrer de vive voix le fond de sa pensée, leur statut passerait immédiatement à celui de martyrs de la modernité dignes d’un bon petit reportage de derrière les fagots à "Envoyé spécial" ou dans "Le Point", un peu sur le modèle d’Anas Jazouli, martyr virtuel de "Miss Maroc" (5)...

Source : minorites.org

Notes :

(1) Encore faut-il simplifier la réalité, puisque si la France et l’Espagne colonisèrent, sous l’apparence fictive d’un protectorat, la quasi-totalité du Maroc, la ville de Tanger eût de 1923 à 1956 une ville "internationale", en fait colonisée sous l’égide d’une commission internationale où siégeaient des représentants de la France, de l’Espagne, du Royaume-Uni, de l’Italie, de la Suède, du Portugal, de la Belgique, des Pays-Bas et des Etats-Unis.

(2) Ex-journaliste du quotidien bruxellois Le Soir (qui est à la Belgique francophone ce que Le Monde est à la France), ce héros de la société des loisirs est désormais recherché par la police marocaine pour avoir filmé des dizaines de jeunes marocaines dans des scènes et postures pornographiques. L’affaire a fait scandale tant au Maroc qu’en Belgique.

(3) Chaîne d’hypermarché appartenant au très pieux milliardaire Miloud Chaabi, la seule à ne pas vendre d’alcool ou de viande haram.

(4) Les deux lycées français, dépendant de l’ambassade de France, de Rabat et Casablanca. L’élite marocaine et ceux qui souhaitent en faire partie sacrifieraient mère et père pour y inscrire leurs rejetons.

(5) Anas Jazouli fut l’organisateur de Miss Maroc en 2002, et il se fit l’écho de menaces mystérieuses émanant d’islamistes. Quelques reportages français, et des plumitifs marocains assez naïfs, en firent le fils spirituel de Salman Rushdie...

Publicité

Auteur : Karim Kettani

commentaires