Samedi 11 février 2012

Laiklik/laïcité : entrée interdite aux chiens et aux femmes voilées dans une plage privée de Casablanca

Cela devait arriver : à force de singer l’une des deux anciennes puissances coloniales (1), le Maroc se devait de contribuer dignement à l’hystérie franco-turque contre les femmes voilées. C’est bien évidemment le modèle français qui aura été une source d’inspiration.

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Cela
devait arriver : à force de singer l’une des deux anciennes puissances
coloniales (1), le Maroc se devait de contribuer dignement à l’hystérie
franco-turque contre les femmes voilées. C’est bien évidemment le modèle
français qui aura été une source d’inspiration - il est en effet une constante
du mimétisme que le modèle que l’on se cherche est un modèle lointain, et en
l’occurence, les Turcs sont sans doute trop basanés et portent des noms trop
similaires pour pouvoir apporter la distance culturelle nécessaire...



Ainsi, les co-propriétaires de la plage privée Tahiti sise au boulevard de la Corniche à Aïn Diab, sur la côte casablancaise, Nacer Alami et Saad Benkirane (j’ai lu et
relu, ce n’est pas Nicolas et Serge, ou Ned et Sam, mais bien Nabil et Saad -
nul doute qu’un rectificatif à l’état-civil de ces héros du jour est imminente)
ont décidé d’interdire l’entrée de leur piscine privée aux femmes voilées
(exception faite des femmes de ménage sans doute - mais elles ne comptent pas, elles).
Pour l’heure, on ne sait pas si la dégustation de jambons-beurres sera rendue
obligatoire pour les visisteurs, ni si l’entrée sera interdite à ceux ne
justifiant pas d’un taux d’alcoolémie suffisant - quant à installer des pages
arrachées du Coran en lieu et place des rouleaux de papier toilette, sur le
modèle guantanamien, ou recruter Philippe Servaty (2) en tant que garçon de
cabine, Nicolas Alami et Serge Benkirane gardent là-dessus un silence pudique.



Bravo ! La joie de vivre, la liberté, l’individualisme et le respect de
l’individu s’en trouvent sensiblement renforcés au Maroc. On attend désormais
que l’entrée de femmes non-voilées soit interdite à Aswak Salam (3), histoire
que l’on ne reste qu’entre soi, et que nul ne soit confronté à la fréquentation
de concitoyens différents de soi-même.



Par contre, ceux qui s’attendraient à un esclandre médiatique (du moins dans la
presse francophone marocaine) contre Serge et Nicolas devront sans aucun doute
déchanter : chacun sait que l’intolérance n’existe que dans le chef de barbus et
de femmes voilées, décrocher un bac à Lyautey ou Descartes (4) ou boire
quotidiennement de la Heineken suffisant à eux seuls à garantir humanisme et
ouverture d’esprit...Bien évidemment, la patrie aurait été déclarée en danger
(elle l’est d’ailleurs assez souvent ces jours-ci...) si une femme non-voilée eut
été refoulée de quelque plage, piscine ou autre lieu de villégiature que ce
soit...



On espère pour Serge et Nicolas que leur dévouement à "la cause" leur
vaudra force champagne et petits-fours au prochain quatorze juillet du consulat
de France à Casablanca...et qui sait, si un demeuré s’avisait de leur livrer de
vive voix le fond de sa pensée, leur statut passerait immédiatement à celui de
martyrs de la modernité dignes d’un bon petit reportage de derrière les fagots
à "Envoyé spécial" ou dans "Le Point", un peu sur le modèle
d’Anas Jazouli, martyr virtuel de "Miss Maroc" (5)...


Source :
minorites.org

Notes :

(1)
Encore faut-il simplifier la réalité, puisque si la France et l’Espagne colonisèrent, sous l’apparence fictive d’un protectorat, la
quasi-totalité du Maroc, la ville de Tanger eût de 1923 à 1956 une ville
"internationale", en fait colonisée sous l’égide d’une commission
internationale où siégeaient des représentants de la France, de l’Espagne, du Royaume-Uni, de l’Italie, de la Suède, du Portugal, de la Belgique, des Pays-Bas et des Etats-Unis.



(2) Ex-journaliste du quotidien bruxellois Le Soir (qui est à la Belgique francophone ce que Le Monde est à la France), ce héros de la société des loisirs est
désormais recherché par la police marocaine pour avoir filmé des dizaines de
jeunes marocaines dans des scènes et postures pornographiques. L’affaire a fait
scandale tant au Maroc qu’en Belgique.



(3) Chaîne d’hypermarché appartenant au très pieux milliardaire Miloud Chaabi,
la seule à ne pas vendre d’alcool ou de viande haram.



(4) Les deux lycées français, dépendant de l’ambassade de France, de Rabat et
Casablanca. L’élite marocaine et ceux qui souhaitent en faire partie
sacrifieraient mère et père pour y inscrire leurs rejetons.



(5) Anas Jazouli fut l’organisateur de Miss Maroc en 2002, et il se fit l’écho
de menaces mystérieuses émanant d’islamistes. Quelques reportages français, et
des plumitifs marocains assez naïfs, en firent le fils spirituel de Salman
Rushdie...

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