« Laïcité bradée et liberté au rabais pour les citoyens musulmans, au pays des droits de l’homme »

« Des commissions qui se répètent et qui se ressemblent » Après avoir suivi avec suspense et at

dimanche 18 janvier 2004

« Des commissions qui se répètent et qui se ressemblent »

Après avoir suivi avec suspense et attention, les travaux de la commission Debré dans un premier temps, puis ceux de la commission Stasi, les musulmans ainsi que de nombreuses associations de défense des droits de l’homme ont exprimé leur inquiétude sur l’opportunité, dans le contexte actuel, de tels débats sur la laïcité. Plusieurs hommes politiques ont pour leur part alimenté la polémique dans une actualité quasi quotidienne axée sur le sujet.

Une polémique qui s’est révélée à sens unique et à dimension et intensité croissantes. Les jours et les mois se succédant, les réactions se suivaient et se dispersaient au sein même de chaque formation. Une cacophonie bien française ! Tant mieux pour notre démocratie !

Ce débat à priori sur les signes politiquo-religieux et pour une stricte neutralité de l’école, s’est avéré finalement, ne viser que la tenue de certaines femmes musulmanes.

Quelque soit l’avis de chacun sur le port du foulard, il faut garder sa sérénité et sa lucidité en regardant les événements d’abord. Mais, il faut surtout être prudent et vigilant dans ses analyses et propositions afin de sauvegarder la liberté et la dignité de tous les citoyens réunis sous l’égide du pacte républicain

Qu’est ce que ce que ce foulard « Signe politique ou prescription religieuse ? »

C’est une prescription religieuse universelle reconnue à travers tous les temps et les espaces où l’islam a vécu. Une tenue toutefois laissée au libre choix de chaque musulmane.

Ce choix, résultant généralement et largement, d’une démarche spirituelle personnelle librement consentie, reste loin de tout prosélytisme politique ou religieux. Il résulte encore moins de la pression de tel ou tel autre membre de la famille, contrairement aux amalgames et transpositions imaginaires que l’on voudrait bien faire croire.

Après le discours du président de la république et les différentes réactions ou déclarations qui lui ont fait suite, force est de constater les éléments suivants :

« Le foulard reste un foulard »

La manière de le porter ainsi que les couleurs restent absolument des touches personnelles, variant selon l’humeur et les jours. Les bonnes soeurs des autres religions monothéistes le portent aussi d’une certaine façon.

C’est en fait, un vêtement dont l’usage varie selon les régions et les cultures, en dehors de toute religion. Il sert à protéger la tête des aléas du climat ou à constituer une parure par exemple. Mieux encore, sous forme d’un bandana serré ou d’un bonnet raffiné, un morceau de tissu est strictement obligatoire pour garantir une meilleure hygiène dans les blocs opératoires des hôpitaux, dans les ateliers de l’industrie alimentaire, dans les cuisines des restaurants collectifs ou encore dans d’autres métiers.

Ainsi, il n’est nullement une singularité musulmane. Il ne représente en aucun cas un objet ayant une valeur de signe ou un symbole ostentatoire, ostensible, visible ou je ne sais quel autre terme nos ministres vont-ils inventer pour l’occasion !

Celui qui voudrait adopter la même démarche et classer ou juger les gens selon leur tenue, sera vite fatigué. La mode actuelle lui offrira l’embarras du choix ! Quels vêtements interdire ou ne pas interdire ? Une folie !

« Neutralité, lucidité et objectivité, trois conditions pour réfléchir avant de légiférer »

Lors des travaux de ces deux commissions, les personnes chargées de réfléchir sur la question, avaient au préalable - la presse l’a longuement rapporté durant ces mois derniers- un avis bien tranché et connu de tous ! C’est-à-dire : « pour une loi contre ce mode vestimentaire. »

Ainsi, nombreuses de ces honorables personnalités ont gracieusement manqué à trois principales conditions prérogatives à leur tâche. Tout d’abord la neutralité. Vient ensuite la lucidité, pour prendre du recul face aux fantasmes d’une certaine élite. Enfin reste l’objectivité dans l’analyse. Tout cela en vue de fournir un avis juste, équitable, dépassionné et dans l’intérêt de la nation.

« Triste contexte et long cheminement du projet de loi »

Lassé certes par les événements de l’Algérie des années 90, puis excédé depuis le 11 septembre, tout le monde se trouve impuissant et exaspéré devant la mort de milliers de victimes innocentes. L’audimat petit à petit sensibilisé est dorénavant vacciné contre le label « islamique » pour tous les événements.

Que ce soit en France où à l’étranger, on est allergique à la religion, à la culture et l’histoire de Islam. L’industrie du livre et de la presse a trouvé un nouveau créneau de sensationnel. Au moment où tout le monde s’invite à expliquer « l’islam » ou plutôt « sa vision de l’islam », les musulmans gardent ou sont prier de garder silence. Entre victime et coupable, les médias ne leur laissent pas le choix !

Il ne manque plus alors au scénario qu’un ou deux journalistes et éditorialistes surinformés, alarmés et alarmistes. Il se chargeront de crier au danger de l’islamisme…« non, pardon » je voulais dire de « islam » ! Y a-t-il une différence dans les esprits maintenant ?

Les musulmans rongés par la misère du tiers monde et sous le joug de nos « amis les dictateurs » constituent un terreau fertile à tout !

Les musulmans « potentiellement des islamistes »…d’où « très probablement des extrémistes »… « Et sans aucun doute un jour des terroristes ! »

Voici la nouvelle trilogie du feuilleton de 20 heures sur toutes les chaînes depuis plusieurs mois !

Ainsi, l’avis des musulmans français et de l’islam français a été pratiquement et tout simplement écarté de la scène de tournage des émissions ou totalement disproportionné au niveau des audiences devant les commissions.

Pire encore, les personnes les premières concernées, les femmes et les filles musulmanes, ont été tout simplement oubliées dans le pseudo-débat qui a matraqué, et certainement bien marqué les esprits, durant ces mois-ci à la télé, radio, sénat, parlement, journaux toutes tendances confondues ou presque…

Par contre, rien sur le milliard et les millions de musulmans, qui vivent paisiblement. Ceux qui travaillent, hommes ou femmes, cadres ou ouvriers, intellectuels ou analphabètes, artistes ou sportifs, étudiants ou élèves, pratiquants ou laïques. Des gens comme vous et moi qui cherchent la paix et le bonheur, qui aiment et respectent la vie d’autrui. Rien, même pas la moindre critique des régimes aux mains de fer qui les répriment.

Si un certain Saddam a été arrêté, nombreux sont les autres Saddams qui continuent d’emprisonner les corps et les âmes de leurs peuples. Des Saddams, encore et toujours comme l’était le premier, dignes de la confiance des dirigeants de nos grandes démocraties !

« Fausse lecture et analyse déformée d’où des conclusions biaisées »

On s’est focalisé, les caméras de télé à l’appuis, sur des témoignages et quelques attitudes très singulières dans un hôpital du « 93 ». Des anecdotes qui restent d’ailleurs regrettables et discutables du point de vue même de l’islam. Ces faits ont été exagérément transposés et généralisés. Quand à l’enseignement de la biologie, je pense qu’il faut arrêter de délirer sur le sujet. Il n’y a aucune limite, ni contre indication à faire pour suivre les cours de cette discipline, avec ou sans foulard.

Au lieu d’inviter à un débat serein et sans complexe, le discours de certains politiques n’a eu pour effet que de stigmatiser les musulmans et les pousser de grès ou de force, au repli identitaire et au communautarisme tant banni. Une drôle de thérapie sociale : le remède proposé rétablit et aggrave encore plus le mal soigné. Ce sont des conséquences, prévues et dénoncées depuis longtemps par plusieurs intellectuels et associations.

« Par souci de rapidité, légiférons d’abord et discutons après ! »

Encore une fois, la solution de légiférer risque de prendre le dessus chez messieurs « les citoyens d’en haut ».

Le dialogue, la discussion, et la pédagogie ne sont plus nécessaires avec « les citoyens d’en bas » pour la recherche de solutions démocratiques et surtout acceptables et donc durables. Au sujet des grands problèmes, certains élus font presque tout - des fois tout seul-, là haut, puis viennent expliquer après, en bas !

Certes, le discours présidentiel, pour la première fois depuis quelques années -après la volonté historique du général De Gaule- a exprimé une volonté ferme de combattre l’inégalité et l’exclusion dont souffrent les musulmans.

Toutefois déclarer « au nom de la liberté on interdit », ou encore « pour l’émancipation de ces jeunes filles on doit leur imposer un choix vestimentaire qui n’est pas le leur », est une aberration. Une aberration qui a déclenché la zizanie dans tous les partis.

Tout homme a droit à l’erreur, même le politique. Mais là, ce ont deux erreurs historiques qui constitueront une première et grave anomalie au pays de Voltaire et Rousseau.

Est-il acceptable de commettre une « grande injustice générale » pour effacer un petit « désordre très limité » et supposé dans le paysage de la vie publique ? Gothes est mort mais la question est à nouveau posée !

Tout projet de loi reste un projet discutable. Ce ne serait pas le premier projet de loi, qui tomberait à l’eau si les femmes et les hommes à l’origine du projet se ressaisissent et reconnaissent leur erreur. Jusqu’à quand devrions-nous souffrir de « notre mal bien français », répondre aux problèmes par des lois- express, au lieu de se mettre autour de la table de réflexion et de discussion en impliquant tous les citoyens concernés.

« Des hommes politiques en quête de projet de société »

Faut il y voir, une défaite des politiques modernes et une défaillance de la raison de l’homme politique hésitant à choisir entre l’intérêt personnel ou partisan et l’intérêt de la nation ? Assistons-nous tout simplement à la défaite de la grande politique ?

L’homme politique d’aujourd’hui doit-il jouer à des niveaux aussi bas que ceux des combats virtuels, devant des ennemis imaginaires pour s’assurer en guise de victoire un petit plaisir d’autosatisfaction. Partout, les responsabilités pour lesquelles le peuple les a délégué, sont hélas de plus en plus difficiles à tenir devant les nouveaux rouages de la mondialisation ! Quel dommage ?

« Et si on abordait les vrais problèmes avec autant d’énergie et de célérité ? »

On peut se demander si le gouvernement et les hommes politiques, dépensaient franchement autant d’énergie et de temps - ne l’oublions pas grâce à l’argent public et aux deniers du contribuable- pour se pencher sur les crises actuelles de la société.

Y aurait-il autant de chômage, de misère, de suicides, de violences conjugales, de divorces, de solitude, de crises de logement… Sans oublier, le problème des retraites, les grands fléaux sanitaires que sont les cancers avec plus de 100 000 morts par an ! La recherche scientifique où plusieurs milliers de chercheurs menacent de démissionner !

Quand aux inondations avec une telle recrudescence…dans un pays renommé pour ses grandes écoles d’ingénieurs et pour la rigueur de sa réglementation ! Un véritable défi qui attend ses hommes !

Entre temps, le grand débat national sur l’école a été pour le moment complètement vidé de son sens et a perdu toute son importance !

On peut se demander à juste titre si on ne pourrait pas faire mieux et vite, comme on a fait pour ce projet de loi, pour améliorer un peu plus le quotidien, bien triste, de nombreux français notamment dans les petits villages de notre belle campagne et tristes et moches cités de nos grandes villes !

« Les raisons qui discréditent le bien fondé du projet le loi »

Aussi, est il surprenant de voir nos hommes politiques, si ouverts, si intelligents et posés, perdre tout leur sang froid et leur raison au risque de bafouer de façon schizophrénique les principes fondamentaux de notre chère constitution.

Quelle plaisanterie, la république menacée par une poignée de filles en quête d’identité ! Et la laïcité froissée par quelques centimètres de tissu !

Pire encore voir certains de nos dirigeants aller chercher conseil et renfort sur la manière de gérer les musulmans, auprès de dictateurs !

Est-ce la course aux élections ? Qu’on explique clairement les véritables enjeux et intérêts pour les français du thème de l’islam et des français issus de l’immigration pour les élections ?

Est ce une guerre interposée et non déclarée entre partis ? Qu’elle soit ouvertement annoncée, mais plus au dépend des 10 pour cent des citoyens de la société.

Nos deux « grandes formations politiques », ont-elles déjà oublié le séisme des dernières élections qui leur a montré qu’elles n’étaient plus aussi grandes qu’elles ne le pensaient ?

Le président de la république, président de tous les français, ayant bénéficié sans aucun doute, du vote de nombreux musulmans, aurait-il été mal conseillé ? Serait-t-il tombé dans un piège ? A-t-il bien analysé la légitimité et le bien fondé du débat ?

Lui a ton fourni tous les rapports des spécialistes, en plus de ceux des renseignements généraux, sur les tenants et les aboutissants de cette question ?

On peut légitimement se poser ces questions vu les protagonistes de tout bord et les nombreux belligérants avides de pouvoir, au sein même du camp du président ?

« L’histoire et l’avenir de la France sont l’histoire et l’avenir de tous les Français ! »

D’autre part, les départements sous concordat ne seraient pas concernés. Les écoles privées sous contrat seraient elles aussi épargnées !

Quand à la mise en application d’une telle loi, on ne pourra jamais imaginer le désordre conséquent. Comment les régions, les départements, les villes, les établissements, les ZEP, les proviseurs, les professeurs… vont-ils l’appliquer ? Les parents adultes et majeurs, pourront-ils entrer dans l’enceinte des établissements, des hôpitaux accompagnant leurs enfants… Et les autres lieux publiques : les mairies, les tribunaux, les gares, les trains, la poste…

Un jour, une promenade dans la rue serait peut-être illégale avec un chapeau sur la tête ou une barbe ? Tant pis pour les marchands de couvre-chef et tant mieux pour les vendeurs de rasoir ! Marcher avec un tee-shirt serat -il un délit ?

« Il est temps de s’engager, patriotes musulmans et non musulmans ! »

Les musulmans, doivent s’engager aujourd’hui plus que jamais pour défendre les valeurs de la république dans les associations et partis politiques. Mais surtout pas dans un parti religieux ou communautaire. Cela n’a pas de sens dans une société démocratique, où nombreux sont les hommes justes et dignes de porter la confiance des citoyens français, musulmans ou non. Même si certains acteurs de la politique vont les critiquer et les soupçonner d’entrisme ou de communautarisme, … on a tout vu et entendus. Ces amalgames et fausses accusations, se dissiperont immédiatement dès lors que les musulmans prendront leur responsabilité de citoyens à part entière et assumeront leur devoir de participation dans la société avec sincérité et simplicité, sans complexe.

Que restera-il de l’engagement des musulmans après ces événements ? Des souvenirs amers, des sacrifices ? C’est le prix à payer encore et toujours. Les hommes meurent, mais leurs actes et paroles restent à jamais gravés dans l’histoire !

Si un tel projet de loi aboutît, qui sait à qui sera le tour demain, de faire les frais d’une course effrénée et aussi folle au pouvoir ?

Seul l’avenir nous le dira.

Aussi laïque que le voudraient certains, notre pays reste profondément et restera de tradition chrétienne depuis ses fêtes et son calendrier, jusqu’à son architecture en passant par tous les domaines de la vie publique ou privée.

Aussi laïque qu’il soit, un état n’a pas le droit d’effacer l’histoire de ses populations et de sa terre. Bien triste serait une France « coiffée d’un chapeau Stalinien ! » 

L’histoire riche et courageuse de notre cher et grand pays, aimé par tant de citoyens du monde et tant aimé par les français musulmans ou non - je le dis car je le pense sincèrement- n’a pas besoin de « Dreyfus musulmans ».

Elus obnubilés par Ben Laden, réveillez-vous ! Allez-vous soignez !

La France d’aujourd’hui a besoin de tous ses enfants, jeunes et moins jeunes, pour construire son avenir, quelque soit leur religion ou origine. Tous sans aucune exception ! Tous, libres, égaux et fraternels. Voici le premier et le dernier rôle, de l’école publique !

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