La tolérance, d’un extrême à l’autre ….

A l’heure ou, encore une fois, l’islam fait la une des journaux, au moment où les conférenciers de Durba

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jeudi 27 septembre 2001

A l’heure ou, encore une fois, l’islam fait la une des journaux, au moment où les conférenciers de Durban s’opposent sur la définition du racisme et sur les moyens de le combattre, il nous a paru opportun de faire le point sur un mot que l’on emploie, souvent de façon confuse : Tolérance.

Cela nous renvoie à certaines phrases devenues célèbres : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde, ou encore « ..le bruit et les odeurs .. »

Et pourtant, charmé par la féerie de la Vallée du Cachemire, un philosophe du XVIe siècle s’est exclamé : « Si le paradis existe quelque part, ce doit être ici. » Il était loin d’imaginer les événements dont cet endroit serait plus tard le théâtre. Durant les cinq dernières années, au moins 20 000 personnes y ont perdu la vie dans les combats qui opposent les séparatistes à l’armée indienne. Le journal allemand Süddeutsche Zeitung a qualifié cette région de " vallée des larmes ". La Vallée du Cachemire illustre un principe simple, mais qu’il est utile de rappeler : l’intolérance peut réduire à néant un paradis.

Que signifie être tolérant ? Un dictionnaire précise  : " Celui qui est tolérant permet aux autres d’avoir leurs opinions ou leurs croyances ou de se conduire d’une certaine manière, même s’il ne partage ou n’approuve pas leurs idées. " Quelle belle attitude ! Nous apprécions certainement la compagnie d’une personne qui respecte nos croyances et nos opinions, quand bien même elle ne les partage pas. Mais à l’extrême, le même mot peut nous égarer : par exemple, tolérer un médicament, c’est ne pouvoir supporter qu’une dose précise, sinon c’est inefficace, voire dangereux.

De la tolérance au sectarisme :

À l’opposé de la tolérance se trouve l’intolérance, qui se manifeste à des degrés divers. À la base, il peut s’agir d’une étroitesse de vues par laquelle on va réprouver le comportement de quelqu’un ou ses manières de faire. L’étroitesse d’esprit étouffe la joie de vivre et nous rend imperméables aux idées nouvelles.

Par exemple, une personne austère ne supportera pas l’enthousiasme exubérant d’un bambin.

Demandez à un caractère méticuleux de travailler avec un caractère brouillon, et les deux vont s’échauffer. Pourquoi cet agacement, ce bâillement d’ennui ou cette irritation ? Dans ces deux cas, parce que l’un a du mal à tolérer l’attitude ou le comportement de l’autre.

Quand l’intolérance gagne du terrain, l’étroitesse d’esprit devient préjugé et se traduit par une aversion à l’égard d’un groupe, d’une ethnie ou d’une religion, comme pour l’islam aujourd’hui. Plus virulent que le préjugé, le sectarisme peut parfois se manifester par une haine violente. Le sectarisme sème le malheur et le meurtre. Pensez aux méfaits de l’intolérance durant les croisades ! Et aujourd’hui encore, l’intolérance est un des ingrédients des conflits en Tchétchénie, en Afrique et au Proche-Orient.

La tolérance est entre autres une question d’équilibre ; or l’équilibre est un état difficile à trouver. Nous réagissons à la manière du balancier de l’horloge : nous oscillons entre deux extrêmes, entre trop de tolérance et trop peu.

 

De la tolérance à l’immoralité :

Peut-on dépasser les bornes de la tolérance ? Dan Coats, sénateur américain, a parlé en 1993 d’une " controverse sur la signification et l’exercice de la tolérance ". Que voulait-il dire par là ? Il constatait avec regret qu’au nom de la tolérance certains " renoncent à croire en une vérité morale, au bien et au mal, au bon et au mauvais ". De telles personnes considèrent que la société n’a pas le droit de juger qu’un comportement est bon ou mauvais.

En 1990, lord Hailsham, homme politique britannique, a écrit que " le pire ennemi de la moralité n’est pas l’athéisme, ni l’agnosticisme, ni le matérialisme, pas plus que l’avidité ou toute autre cause couramment invoquée. Le véritable ennemi de la moralité, c’est le nihilisme, la négation de toute croyance ". Il est sûr que si l’on ne croit en rien, il n’existe aucune norme de comportement et tout est tolérable. Mais peut-on se permettre de tolérer n’importe quelle conduite ?

Au Danemark, le directeur d’un établissement scolaire n’était pas de cet avis. Au début des années 70, il s’est élevé dans les colonnes d’un journal contre les annonces faites dans la presse de spectacles pornographiques présentant des scènes de bestialité. Ces publicités étaient autorisées au nom de la sacro-sainte " tolérance " de la nation danoise.

En clair, tant l’intolérance que l’excès de tolérance sont nuisibles.

Alors, pourquoi est-il si difficile de se garder des extrêmes ? Comment éviter le fanatisme ?

C’est au cours de notre vie de tous les jours et aussi lors de rencontres entre femmes et hommes de différentes croyances ou non, que nous parviendrons à mieux nous connaître, donc à nous apprécier et à rester dans la voie du juste milieu, comme nous le dit Dieu, dans le Coran,

sourate 2, verset 143, :

Pour conclure, voici la tolérance de l’islam, prêchée et vécue, il y a quatorze siècles par le beau modèle qu’est notre bien aimé Prophète Mouhammad, sous forme d’édit en date du 1er août 623 apr. JC ( 2 mouharram 11 H )

« J’ai écrit cet édit en forme d’ordre pour mon peuple, et tous ceux qui se trouvent dans la Chrétienté, à l’est, à l’ouest, près ou loin, jeunes ou vieux, connus ou inconnus. Celui qui ne se conforme pas à l’édit et ne suit pas mes ordres agit contre la volonté de Dieu et mérite d’être maudit, quel qu’il soit, Sultan ou simplement musulman..

Quand un prêtre ou un ermite se retire sur la montagne ou dans une grotte, ou se tient dans la plaine, le désert, la ville, le village ou l’église, je me tiens derrière lui en personne avec mon armée et mes sujets, et je le défends contre tout ennemi. Ces prêtres sont mes sujets. Je m’abstiendrai de leur faire aucun tort.

Il est défendu de chasser un évêque de son évêché, un prêtre de son église, un ermite de son ermitage. Aucun objet ne doit être détourné en faveur de la construction d’une mosquée ou des demeures des musulmans.

Quand une chrétienne a des relations avec un musulman, celui-ci doit la bien traiter et lui permettre de prier dans son église, sans mettre d’obstacle entre elle et sa religion.

Si quelqu’un agit contrairement, il sera considéré comme ennemi de Dieu et de son Prophète.

Les musulmans doivent se conformer à ces ordres jusqu’à la fin du monde ».

Incha’ Allah !

 

Loi extraite du livre « visages de l’Islam » de Haidar BAMMATE, Alger 1991, troisième édition,

page 39

 

 

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Auteur : Moussa Allem

Responsable associatif, animateur d'un groupe de dialogue islamo - chrétien, concepteur et coordinateur de divers projets sociaux, sportifs, économiques, culturels et cultuels.

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