La promotion de la femme sous l’égide de l’Islam

Pour juger de l’attitude du Prophète Mohammed, vis-à-vis de la femme musulmane, force nous est de situer

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mercredi 4 février 2004

Pour juger de l’attitude du Prophète Mohammed, vis-à-vis de la femme musulmane, force nous est de situer le problème dans le cadre bien limité où évoluait le « féminisme » au VIIème siècle (ap. J.C). La position de l’Islam à l’égard de la femme s’avère, d’autant plus méritoire qu’il n’a pas hésité à faire éclater les régimes rigides et iniques qui assimilaient, volontiers, le sexe faible à du vil bétail. Dans l’Empire romain, la femme n’était qu’une « res ». L’Ancien et le Nouveau Testament ne furent pas tendres pour elle. « Il serait vain - affirme Georges Rivoire -, de chercher un encouragement quelconque au culte de la femme, dans les écrits monastiques du Haut et Moyen-Age. La femme y est, en général, flétrie comme un esprit du mal, un être de perdition. Elle est souvent comparée au diable. On se demande même, si elle a une âme. Le Concile de Mâcon met cette question en délibération. »

« C’est aux Arabes- dit Gustave le Bon (dans la Civilisation des Arabes, p. 428-436) que les habitants de l’Europe empruntèrent, avec les lois de la chevalerie, le respect galant des femmes qu’imposaient ces lois, l’Islamisme a relevé la condition de la femme, et nous pouvons ajouter que, c’est ici, la première religion qui l’ait relevée... ; toutes les législations antiques ont montré la même dureté pour les femmes.... ; la situation légale de la femme mariée, telle qu’elle est réglée par le Coran et ses commentateurs, est bien plus avantageuse que celle de la femme européenne ».

Si la capacité de la femme se trouve, quelque peu limitée, dans certaines activités, telle la magistrature, c’est que la femme est, en général, plus dominée par le sentiment que l’homme ; elle est moins disposée à s’adapter aux rigueurs que nécessitent, parfois, les circonstances. Le Coran range, certes, la femme à un degré moindre que celui de l’homme ; mais, cela ne se justifie que par les lourdes charges familiales, qui incombent à l’époux ; il ne s’agit nullement d’infériorité inhérente à la nature même de la femme. La double part reconnue à l’homme, dans l’héritage, s’explique, aussi, par les obligations exceptionnelles auxquelles l’homme est astreint, alors que l’exemption de la femme est totale, quel que soit son degré d’opulence. Le mariage impose au mari l’entretien de son épouse ; cet entretien comporte - d’après le rite malékite - son habillement, son habitation, son alimentation, la fourniture du nécessaire de toilette et d’une domestique, pour l’aider dans le ménage.

Le Concile Œcuménique de Mâcon dont la réunion coïncidait avec l’avènement de l’Islam, conteste à la femme jusqu’à l’ « animus humain », la dévalant, ainsi, au rang d’être inférieur qui ne peut, même pas, prétendre à une vie ultérieure dans l’au-delà.

Sous l’égide de la foi nouvelle, l’élément féminin put reconquérir, dés le début, ses droits, systématiquement méconnus, à la fois, par le monde romain et par le monde bédouin. La femme fut élevée au rang de maîtresse de foyer, jouissant, pleinement, des droits personnels et successoraux, dont elle demeura, longtemps, privée. De simple « res » qu’elle était, bassement assimilée aux objets mobiliers, elle devint juridiquement « l’égale de l’homme », selon la propre expression du Prophète, sous la seule réserve des restrictions dues à la nature intrinsèque de son sexe.

Il est vrai que, par respect pour les situations acquises, l’Islam avait ménagé certaines coutumes païennes, telle la polygamie (1) qu’il dut légaliser. Mais, il établit pour le polygame des conditions, tellement rigoureuses, que le champ de cette pratique se trouva relativement rétréci, compte tenu des abus de l’Antiquité arabe. D’ailleurs, l’église, elle-même, ainsi que les autorités temporelles des pays chrétiens, devraient consacrer la polygamie, jusqu’au XVIIè siècle, si on ajoutait foi au témoignage du fameux publiciste allemand, Westermarck, grand spécialiste dans l’histoire des régimes matrimoniaux dans le monde.

La femme arabe sut profiter de l’esprit libéral du législateur musulman (2). Dès les premières décennies de l’ère hégirienne, elle put s’imposer, par sa large et efficace participation, à côté de l’homme, dans la vie culturelle et sociale de la communauté musulmane. Aïcha, fille du 1er Khalife et épouse du Prophète, dut être élevée, selon les nouveaux principes et réaliser l’idéal de la femme ; à moins de 20 ans, sa profonde érudition fit d’elle une des plus brillantes figures de l’époque : les grands compagnons du Prophète venaient la consulter sur les questions juridiques, historiques, littéraires et même médicales. Désormais, le champ d’action culturel de la femme s’élargit, de plus en plus. Déjà, Oum Derda, donnait dans la Mosquée de Jérusalem des cours publics, auxquels assistait l’Emir Omeyade Soleïman. Chafii, chef d’un des quatre rites de l’Islam, était le disciple de la célèbre Noufissa, maîtresse de conférences au Caire. Ibn Hajar, un des célèbres imams de l’Islam, sera formé , avec cinquante de ses condisciples, à l’école d’Aïcha El Hanbalia, ainsi qu’à celle de Zaïneb, auteur de traités, en droit et en Hadith.

Dans ses œuvres biographiques, Ibn Hajar cite plus de quinze cent femmes, parmi lesquelles figurent des juristes et des « savantes ». Assakhaoui consacre tout un volume (3) aux intellectuelles du IXème siècle de l’hégire, dont plusieurs, originaires de Fez. Assouyouty réserve son Nozhah à la biographique de trente sept poétesses. Ibn Assakir fut le disciple de 81 femmes « âlem » (4), ainsi qu’ Eddhahabi, lequel préfère la femme traditionniste qui serait -d’après lui- plus scrupuleuse dans son objectivité et son sérieux scientifique que son collègue du sexe masculin (5).

Mais, la doctrine de Mohammed ne tarda pas à sombrer dans une grave stagnation, sous l’effet des interprétations fallacieuses de quelques esprits dogmatiques, ridiculement formalistes. L’Islam s’enlisait, peu à peu, dans une ankylose dangereuse. Des esprits éclairés n’avaient pas hésité, alors, à réagir rigoureusement, dès le XVème siècle ; un mouvement féministe s’esquissait dans le monde musulman, réagissant contre le parti puritaniste, rétrograde dont l’action tendait à une claustration, de plus en plus rigoureuse, de la femme arabe. Des appels à la réforme, émanant de tous les coins de l’Empire, prêchaient le retour au libéralisme social, instauré par l’Islam, dont les vrais principes commençaient, alors, à s’estomper. Cet énergique élan féministe porta ses fruits.

A toute époque, la femme musulmane a donné la preuve de son efficience intellectuelle. Certaines des plus grandes figures de l’Islam, comme Ibn Khallikan, El Baghdadi, Ezzamakhchari, Ibn Hajar et autres, doivent une bonne partie de leur notoriété scientifique à leurs contemporaines. La mort d’Oum El Khaïr, grande spécialiste des traditions prophétiques, marqua - d’après Ibn El Imad - le déclin de cette science pour longtemps. Les conférences d’Ouneïda réunissaient cinq cents auditeurs des deux sexes (6) - Rouqeyya, petite Fille d’Ibn Mazraà, passait pour être - d’après Essafadi - la plus célèbre traditioniste de son temps, en Égypte, Syrie et Médine.

D’autres se sont spécialisées dans les diverses branches des sciences religieuses et littéraires ; telles : Aïcha de Damas (grammairienne et rhétoricienne), Aïcha de Jérusalem (traditioniste et pédagogue), Aroudiah Bali, qui connaissait par cœur le Kâmil du Mouberrid et les Nawadir d’El Qâli ; Fatima, fille de Jamal Edi-Dine Eddimachqi, qui obtint des licences d’enseignement de la plupart des docteurs du VIIème siècle hégirien, en Syrie, au Hijaz et en Perse ; Fatima de Samarqand, auteur de nombreux traités, en jurisprudence et sciences coraniques, lesquels obtinrent un vif succès ; Fatima Qamirizàn, qui assura, au Xème siècle, la direction de deux grands Instituts ; Bent Essaïgh, professeur de médecine à l’Institut Mansouriah d’Egypte ; Chehda Deïnouria, une des sommités du XXème siècle, qui publia de nombreux ouvrages en théologie et en Droit.

Dans les autres domaines de l’esprit et de l’art, les exemples abondent. Nous ne citerons qu’Asmâ qui composa un poème, en l’honneur de l’Almohade Abdel Moumen ; Taqia, auteur d’épopées et d’œuvres inspirées de Bacchus ; la célèbre poétesse de Silves, qui soutint de délicates controverses avec ses contemporains, et qui, dans une qacida, se plaignit à l’Almohade Al Mansour, des autorités administratives de Silves ; Aïcha El Bahounia, à laquelle on doit de précieux ouvrages littéraires et juridiques, ainsi qu’un recueil de jurisconsultes éminents ; elle supervisait, aussi, des consultations, en matière philologique et administrative, et faisait d’utiles et énergiques interventions, auprès des princes de son époque. En musique et en lyrisme, les femmes artistes ne se comptent pas. Des centaines de chanteuses, d’entre-elles, avaient suscité, dans toutes les capitales d’Orient et d’Andalousie, l’admiration de tout le monde.

Des femmes - juges dans les marchés -, sont déjà connues au temps d’Omar, 2ème Khalife. Une majordome abbasside rendait des jugements, un jour par semaine (7).

La femme était admise, aussi, dans l’armée, non seulement, en tant qu’infirmière, mais comme véritable combattante. L’historien Ibn Athir a cité Safia, comme un exemple d’héroïsme ; Edouard Gibb rapporte l’anecdote saisissante de ces femmes de Damas qui, surprises par l’ennemi, alors que leurs maris combattaient, loin de la ville, se défendirent vaillamment : elles manipulaient, à merveille, le dispositif logistique et abattirent une trentaine de soldats ennemis, en usant de sabres, lances et flèches. Dans un épisode de la célèbre bataille de Yermouk, une armée, improvisée à la dernière heure, fit subir à un bataillon ennemi une défaite humiliante. Asmâ, Fille de Yazid, tua, à elle seule, 9 soldats. On cite, d’autre part, le cas de plusieurs femmes qui ont combattu, côte à côte, avec leurs maris (dont la nièce et la sœur du prince Ossama, lors des Croisades, en Palestine). L’exemple de Ghazala, qui mit en déroute l’armée Oméyade d’El Hajjaj, est passé en proverbe.

Le rôle de la femme musulmane dans la vie politique n’était pas moindre. Déjà, en l’an 349 de l’Hégire, Sati monta sur le trône : ce fut, la première fois, qu’une impératrice régnait à Bagdad. Plus tard, Chajarat Eddor se fera couronner au Caire. Dans l’Inde musulmane du XIIIè siècle, Radia devint reine de Delhi. Elle montait à cheval, complètement dévoilée (Ibn Bàttouta T.II - p. 22 ) (8). Tourkan Khiatoun monta sur le trône de Khourasan, au XIVè siècle (Abou Fida T. 111 - p. 148). La célèbre Tanzou avait régné, en même temps, sur la Perse et l’Irak. La Reine Delchad aurait joui, au même siècle, d’une grande autorité dans les provinces iraqiennes. De même la reine Joubane dirigeait, personnellement, l’administration de son pays. On a signalé, à l’époque mérinide, une femme qui aurait régné à Tlemcen.

Des salons littéraires furent organisés, dès le début, en Arabie et ailleurs, sous les auspices de dames élégantes, telle Soukeina, petite fille d’Ali, le gendre du Prophète. Ces salons qui groupaient, autour de certaines femmes lettrées, les plus grands poètes de l’époque, constituaient de véritables centres de rayonnement culturel, qui propageaient, en même temps que le sens du raffinement social, le goût littéraire et le talent artistique. Chaque capitale avait son salon : à Bagdad, celui d’El Fadl au IXème siècle, à Grenade, celui de Nezhoun et de Wallada au IXe siècle. Ibn Jobeïr, historien andalou du XIIe siècle, signale la participation de la femme aux controverses des hommes de lettres.

Al Maqqari a réservé, dans son Nafh At-Tib, à la poésie féminine, un long passage, cité par Dugat, dans la « Revue d’Orient ». Les vingt cinq poétesses, qu’il mentionne, tenaient, selon lui, « une place éminente dans l’art de bien dire » ; Grenade semble avoir été la cité littéraire féminine, par excellence. L’épanouissement du génie féminin, dans les Arts et les Lettres, était dû aux larges libertés sociales, dont jouissaient les grenadines, d’après Prescott (Ferdinand et Isabelle P. 192). Ces femmes lettrées, relativement nombreuses, excellaient dans la langue arabe. Certaines, d’entre elles, furent renommées, grâce à leur talent calligraphique, comme Lubna et Fatima (secrétaires d’Al Hakam II). Al Marrakchi cite, pour un seul quartier de Cordoue, 170 femmes calligraphes. Faute d’imprimerie, l’art calligraphique jouait, alors, un grand rôle dans le monde des lettres.

Quant à la femme maghrébine, elle a, de son côté, joué un rôle des plus importants, dans la vie sociale (9), littéraire, économique, militaire et politique du Maroc, à l’instar de sa sœur orientale et andalouse. Dans chaque domaine, on peut citer des exemples, qui sont certes, peu nombreux, mais non de moindre efficience. L’Université Qaraouyine a été édifiée par Fatima Fihria, dite Oum El Banine, en l’an 245 de l’hégire (IXe siècle), alors que sa sœur Mariem construisit la mosquée « Andalous » qui fit concurrence à la Qaraouyine , jusqu’au IVe siècle, et devint, par la suite, une de ses annexes.

La princesse Hosna, fut la conseillère politique de son époux Moulay Idriss, sultan du Maroc (10). On cite les noms d’autres conseillères des princes idrissides. De même, Zaïneb, épouse du premier Almoravide Youssef Ben Tachfine, célèbre par sa beauté et la profondeur de ses vues politiques et administratives, ainsi que Tamima fille de Tachfine et Qamar, épouse du prince Ali Ben Youssef, pionnières du libéralisme féminin qui sera une des justifications de la campagne puritaniste, menée par le premier Almohade qui se leva contre le régime Almoravide. Un des aspects de cette émancipation précoce de la femme citadine était la condamnation du voile, « réminiscence des mœurs sahariennes » - dit-on - de la dynastie régnante. A la même époque, Hawwa El Massoufia donnait des conférences littéraires et sa sœur Zaïneb récitait par cœur des recueils de poésie. D’autres femmes s’ingéniaient à mettre timidement en branle, un féminisme inspiré par l’apport générateur de la femme andalouse. Vanouh, fille de Bountian, est une des figures les plus brillantes de l’époque almoravide. Encore vierge, elle défendit, seule, par le sabre, le palais royal de Marrakech, pendant une demi-journée, et tomba finalement sous les coups des Almohades, qui prirent d’assaut la capitale, en l’an 545 de l’hégire (XIe siècle).

Sous les Almohades, Oum Hani, fille du Cadi Ibn Atia, donnait des cours, rédigea des ouvrages dans les diverses branches des sciences religieuses. C’est la mère d’Abou Jafar, médecin d’Al Mansour ; Zaïneb, fille de Youssef l’Almohade, donna l’exemple, en assistant aux conférences organisées par Mohammed Ibn Brahim sur les sources de la loi. Hafsa Errakkounia, une des célèbres poétesses à l’époque, fut la préceptrice du harem d’Al Mansour ; Oum Amr, fille d’Avenzoar, en était le médecin, ainsi que sa fille Bint Abi Al ’ Ala. Il y eut d’autres figures, moins brillantes telles Warqâ, la poétesse de Fez, Amat Al Aziz, poétesse de Ceuta , Oum Al Alâ, originaire de Fez, qui dirigea une école coranique à Grenade ; la fameuse traditioniste Mariam, fille d’Al Ghâfiqi, présidait des conférences à Ceuta, et Khaïrouna la « savante » de Fez.

Sous les Mérinides, trois femmes juristes brillaient : Fatima et sa sœur, filles de Mohammed El Abdousi, ainsi qu’Oum El Banine, grand-mère de Zarrouk. Sarra El Halabi de Fez est une poétesse, d’une grande culture littéraire ; elle dédia plusieurs poèmes aux plus grands poètes et savants du Maroc, à l’époque, comme Ibn Rocheïd et Malek Ben el Morahhal de Ceuta. On cite d’autres femmes savantes, telles Safia Al Azafi, la poétesse Sobh, concubine du philosophe et médecin Al Jeznaiy, Sett Al Arab, fille d’Al Hadrami de Ceuta, Amat Ibrahim et Oum El Qacem, dite Cheikha (professeur).

Sous les Wattassides, Lalla Aïcha, dite Al Horra, reçut dès (11) l’enfance, une éducation très soignée et dut parler couramment le Castillan ; elle épousa l’allié de son père contre les Portugais, Ali Al Mandri, le restaurateur de Tétouan où elle trouva le milieu andalou lettré et raffiné auquel, elle était habituée. Elle s’initia aux intrigues de la politique, gouverna la ville, en y exerçant une autorité souveraine ; la lutte contre l’envahisseur fut son principal souci ; à cet effet, elle avait de nombreux vaisseaux, toujours occupés à pirater, sur les côtes espagnoles. Ses démêlés avec Don Alfonso, gouverneur de Ceuta, sont restés célèbres, (Hesperis XLII, P. 222). Même activité débordante de la femme saâdienne, tant dans le domaine intellectuel, que dans les domaines social et politique.

Sous les Alaouites, le mouvement féministe fut inauguré par Khnatha, épouse de Moulay Smaïl, devenue « savante », d’après l’auteur du Jaïch (p. 105) ; conseillère très écoutée de son époux, et plus tard, de son fils, le prince Moulay Abdellah, elle promulguait, elle-même, des dahirs et des règlements administratifs. Parmi les femmes lettrées, figurent, alors, Aïcha, mère de Zabadi Abdel Majid, la jurisconsulte Zahra, épouse d’El Youssi, la pédagogue Khadija, fille d’Al Hawwat, la princesse Sokeïna, fille de Moulay Abderrahmane, Fatima Zouiten, Oum Qacem El Hasnaouia, Rokeïa Bent El Hadj

Ibn Aïcha qui fut juriste, linguiste, historienne, théologue et rhétoricienne. A ses cours assistaient des auditeurs des deux sexes. Elle mourut, au début du siècle dernier. De même Al Alia, fille de Taïb Ben Kirane, citée par Moulieras (12) ; les Mauritaniennes ont donné la preuve de leur compétence, en sciences religieuses, en poésie et en linguistique. Les exemples foisonnent.

Malheureusement, le mouvement réactionnaire social reprenait le dessus, au fur et à mesure que l’Empire musulman se désintégrait politiquement. Il est curieux de constater que cette nouvelle ankylose coïncidait avec la naissance du colonialisme occidental. Sans aller jusqu’à imputer, à l’impérialisme, la responsabilité de cet état de chose, nous sommes, du moins, en mesure d’affirmer que les intrigues sournoises, sinon les actes d’hostilité déclarée de l’Europe, ont fini par provoquer un chaos politique, qui allait, bientôt, exaspérer la régression sociale, dont la femme fut l’une des victimes, avec l’émancipation politique du monde arabe.

 

Citations marginales

  1. « La polygamie- dit Gustave le Bon, est, tout à fait indépendante de l’Islamisme, puisqu’elle existait avant Mohammed, chez tous les peuples de l’Orient ; je ne vois pas en quoi la polygamie légale des Orientaux soit inférieure à la polygamie hypocrite des Européens, alors que je vois très bien, au contraire, en quoi elle lui est supérieure ». (La Civilisation des Arabes. P. 422)

  2. La situation légale de la femme mariée - dit G. le Bon - telle qu’elle est régléepar le Coran et ses commentateurs, est bien plus avantageuse que celle de la femme européenne ». ( G. Le Bon p. 436 ).
    « C’est aux Arabes que les habitants de l’Europe empruntèrent, avec les lois de la chevalerie, le respect galant des femmes qui imposaient ces lois » (Le Bon. P . 428)
    « L’Islamisme a relevé la condition de la femme, et nous pouvons ajouter que, c’est la première religion, qui l’ait relevée… Tous les législateurs antiques ont montré la même dureté, pour les femmes » (ibid., p. 430)
    « L’esprit chevaleresque des Arabes, leur respect pour la femme, sont très connus. Le Wali de Cordoue, ayant, en 1139- dit Gustave Le Bon - assiégé Tolède, appartenant, alors, aux chrétiens, la reine Bérengére, qui y était enfermée, lui envoya un héraut, pour lui rappeler qu’il n’était pas digne d’un chevalier brave, galant et généreux, d’attaquer une femme. Le général arabe se retira aussitôt, demandant, pour toute faveur, l’honneur de saluer la reine » ( La Civilisation des Arabes. 286)

  3. T.XII. d’Ed- Daw Ellamih

  4. Moojam Yacout, t. 5 p. 140

  5. Al- Mizan III. P 395

  6. Le Journal 1930 . p. 50.

  7. Arib dans son Annexe à l’histoire de Tabari (p 71)

  8. Le port du voile fut, un certain temps, à la mode, en Sicile. Les femmes chrétiennes étaient voilées aux couleurs variées… Elles se pavanent, en se rendant à leurs églises ou plutôt à leurs gîtes ; elles portent, en somme, toute la parure des femmes musulmanes, y compris les bijoux, les teintures, et les parfums ». ( Ibn Jobeir, Demombynes, p. 391).

  9. Parlant de la femme marocaine, Moulièras dit en 1895 ; « La musulmane est encore la reine de son foyer, comme au temps des Abbassides et des Arabes anté- islamiques ». (Le Maroc Inconnu. P. 736).

  10. Eddorar Essaniah p. 8.

  11. Les dames maures de Fès trouvaient de bon ton au XVIème siècle, d’être vêtues à l’espagnole ; celles de la haute société parlaient le portugais. (Desmazière, p. 27).

  12. Citant une femme de Fès, El Aliya, fille de Taïb Ben Kirane, qui donnait des cours de logique, à la mosquée andalouse, Moulieras dit : « une femme arabe, professeur de logique ! Qu’en pensent nos géographes et nos sociologues, qui ont répété, sur les tons les plus lugubres, que le Maroc est plongé dans les ténèbres d’une barbarie sans nom, dans l’océan d’une ignorance incurable ? Une intelligence marocaine, plane dans les régions élevées de la science. . (Le Maroc Inconnu. T.2.p. 742)

 

Merci au Professeur Abdelaziz Benabdellah pour nous avoir donné l’autorisation de diffuser cet article.

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Membre de l'Académie du Royaume (Maroc) Et des Académies Arabes

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