La notion de califat dans les manuels scolaires français

Le califat est un système politique qui est apparu le jour même du décès de Mohammed (sas) qui était un c

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dimanche 2 juin 2002

Le califat est un système politique qui est apparu le jour même du décès de Mohammed (sas) qui était un chef politique, mais aussi un prophète dont le rôle était la transmission du message divin . Peu de temps avant sa mort, il récita le dernier verset révélé pour annoncer l’accomplissement de sa mission religieuse « Aujourd’hui j’ai rendu complète pour vous votre religion. J’ai fait en sorte que rien ne manque à la somme de bienfaits que J’ ai destinés. J’ai agréé pour vous l’abandon à Dieu, l’Islam comme religion » (sourate 5 verset 3)

Pour toutes les questions politiques, économiques, médicales, administratives, militaires etc.. Mohammed (sas) consultait ses compagnons. D’ailleurs l’une des sourates coraniques a pour titre « la délibération » dont le verset 38 précise « Ceux qui ont répondu à l’appel de leur Maître, se sont montrés zélés pour l’office de prières. Ils décident après une délibération entre eux et dépensent en aumônes une part de ce que Nous leur avons attribué pour leur subsistance quotidienne ». Ce verset montre quatre éléments dont deux : croyance et prière, « Ceux qui ont répondu à l’appel de leur Maître » et « prières » appartiennent à la religion. Ce sont des actes qui relèvent du domaine privé, car il n’y a pas d’intermédiaire entre un musulman et Dieu. Les deux autres éléments sont de l’ordre temporel. Il s’agit de la délibération et de la solidarité « Ils décident après une délibération entre eux et dépensent en aumônes  » Ces éléments appartiennent au pouvoir politique dont le chef de l’Etat , selon l’islam, doit être élu librement.

Cette règle a été appliquée le jour du décès de Mohammed (sas). Il y avait plusieurs candidats médinois et mecquois, mais Abu Baker a été reconnu calife. Avant l’arrivée de l’islam, le pouvoir tribal était réservé à une famille. Les premiers mots d’Abu Baker adressés à la communauté étaient « Vous m’avez confié la direction des affaires, je ne suis pas le meilleure d’entre vous ,si je fais bien mon travail, aidez- moi et si je le fais mal corrigez-moi » . Le mot arabe khalifa , calife , signifie : successeur . Et avant sa mort , il recommanda aux musulmans de choisir Omar comme successeur .

Reconnu calife par la majorité des musulmans, Omar assuma sa tâche malgré l’opposition de certains personnages aussi célèbres qu’influents dans la communauté tels que Sad Bin Abada , considéré comme chef des musulmans médinois et, qui a été candidat contre Abu Baker . Omar forme alors un conseil de sept sages qui aura pour tâche la désignation du futur calife L’un des sages est le fils d’Omar qui recommande au conseil de ne pas élire son fils dont la voix peut donner la majorité au cas où il se trouverait confronter à deux candidats. Enfin, Ali est connu pour avoir été le quatrième calife après Othman.

Les Omeyyades et les Abbassides forment des dynasties dont le système de fonctionnement ne correspond pas à la règle coranique qui met l’accent sur la délibération, la démocratie. Le calife ou le chef de la communauté ne représente en aucun cas une autorité religieuse .

Les questions religieuses sont résolues au début par la consultation des compagnons de Mohammed (sas) après sa mort, puis par les fondateurs des écoles juridiques musulmanes, compagnons, Oulama (savants religieux), fondateurs ou non d’une école religieuse. Leur mission est de donner leur avis. Ils doivent tous respecter les opinions des autres musulmans ou non musulmans. Ils n’ont pas le droit de se présenter comme intermédiaires entre Dieu et un musulman . Un croyant se doit d’effectuer la prière et le jeûne du mois de Ramadan (sous certaines conditions), le pèlerinage à la Mecque et payer les aumônes légales . Le calife ou le chef de l’Etat musulman n’a pas le droit comme responsable d’obliger un musulman à faire ses prières, ni le jeûne du mois de Ramadan, ni à effectuer le pèlerinage qui sont trois des cinq piliers de l’islam . Il n’a pas non plus le droit d’obliger un non musulman à se convertir à l’islam en prononçant la shahada qui est le premier des cinq piliers de l’islam. Le fait que des millions de chrétiens et juifs vivent dans des pays musulmans depuis des siècles démontre qu’ils n’ont pas subi de contrainte dans l’exercice de leur religion .

Mais le chef de l’ Etat musulman a le devoir d’obliger un musulman à payer les aumônes légales et le tribut pour les non musulmans. Ces deux éléments sont devenus les impôts qui concernent évidemment la société et surtout les pauvres . Donc le chef d’Etat veille à l’application de la loi et aux intérêts du pays .

Mais le califat dans les manuels scolaires français d’Histoire de cinquième a une autre image. Une image qui confond religion et politique. On trouve le terme de calife suivi de son interprétation dans les éditions suivantes de1997 :

Hatier (page 28) écrit « L’empire est dirigé par un khalife qui est en même temps un chef politique et religieux » . ou encore « le khalife : le successeur de Mahomet : c’est-à-dire le chef politique et religieux des musulmans ».

Belin (page32) dit « Calife : chef religieux et politique des musulmans ».

Hachette (page.26) définit « Le calife : le successeur de l’envoyé d’Allah , le chef suprême de l’islam » .

Bordas (page. 26) présente le Calife comme « Successeur de Mahomet , et donc chef

religieux , politique et militaire des musulmans » .

Magnard (page22 ) Pose la question « Quelle oeuvre les califes, chef religieux et politiques successeurs de Mahomet , réalisent - ils ? » . Puis Magnard ajoute (page 26) un autre sens au calife, celui de prince « Al Fustat est la capitale d’ Egypte ,au sens plein du mot : c’est là que sont groupés les bureaux de l’administration et que réside le prince des croyants » et précise (page 24) le Coran « N’établit aucune distinction entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique ».

Nathan (page. 34) indique que le calife est le « successeur de Mahomet ; chef religieux et politique » . Mais Nathan écrit (page. 30) « Il n’y a pas de clergé musulmans : l’imam peut être n’importe quel membre de la communauté , mais il a souvent reçu un enseignement religieux dans une médersa ». Nathan ajoute « L’imam : guide en arabe . Il dirige la prière du vendredi » .

On remarque donc que le calife est considéré par certaines éditions françaises comme « successeur de Mahomet » , « Chef politique et religieux », « le chef suprême de l’islam » , « prince des croyants ». Mais encore une fois de plus Mohammed (sas) n’était pas un chef religieux et le verset coranique le signale clairement « Prêche les hommes , car tu n’es qu’un apôtre . Tu n’as pas le pouvoir sur eux . C’est à moi de régler leur compte » (sourate 88 verset 21-26) . De plus l’islam en tant que religion n’a ni chef ni intermédiaire entre l’homme et Dieu. Le rôle de Mohammed (sas) était de transmettre le message, la révélation coranique « Ô prophète fais connaître tout ce que Dieu t’a révélé » (sourate 5,verset 67 ). Nous avons déjà signalé que le Coran exclut la contrainte en matière de religion .

Il n’y a donc pas de chef d’Etat musulman, ni d’homme religieux qui peut prétendre à être le chef suprême de l’islam . Quant au titre de « prince des croyants », il y a un glissement de sens qui relève d’une traduction erronée de l’arabe Amir al muminin . Ce titre a été inventé par le deuxième calife Omar . Le deuxième terme Al muminin signifie « les croyants ». Mais le premier terme Amir peut être traduit en effet par « prince ». Il ne peut être traduit dans l’expression précédente que par « Commandeur, chef ». Le Calife signifie en arabe « successeur ». Pour ne pas répéter « successeur du successeur » de Mohammed (sas) Omar a établi le titre Amir Al muminin dont Amir est le participe présent du verbe amara « a ordonné , a commandé » . En effet, c’est le calife qui commande et donne des ordres au nom de la communauté qui est formée des croyants et des non croyants . Il convient de revoir d’urgence ces notions en signalant leurs sens exacts dans les manuels scolaires français d’Histoire.

 

Moustapha Elhalougi
Professeur à l’université Al Azhar(Egypte)

 

Cet article est extrait d’une longue étude consacrée à l’image de l’Islam dans les manuels scolaires français d’Histoire de classe de cinquième et de seconde. Oumma.com a décidé de publier en exclusivité l’intégralité de cette étude sous forme de plusieurs parties.

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Professeur à l’université Al Azhar(Egypte)

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