Mercredi 10 December 2014
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La minorité religieuse et son traitement au Moyen Age

La minorité religieuse et son traitement au Moyen Age
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En prolongement des multiples commémorations, ce dernier mois, du centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, oumma.com propose une réflexion de Rochdy Alili sur les relations des minorités religieuses et de la puissance publique en France. Cette analyse, à partir de brefs rappels historiques, tentera de retracer l’évolution des manières d’administrer la différence religieuse dans notre pays, marquées par une très longue domination idéologique de l’Eglise catholique et par une exigence constante d’autonomie de l’Etat royal, et des régimes qui lui ont succédé, à l’égard des autorités centrales de cette Eglise.

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En prolongement des multiples commémorations, ce dernier mois, du centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, oumma.com propose une réflexion de Rochdy Alili sur les relations des minorités religieuses et de la puissance publique en France. Cette analyse, à partir de brefs rappels historiques, tentera de retracer l’évolution des manières d’administrer la différence religieuse dans notre pays, marquées par une très longue domination idéologique de l’Eglise catholique et par une exigence constante d’autonomie de l’Etat royal, et des régimes qui lui ont succédé, à l’égard des autorités centrales de cette Eglise.



LES RELIGIONS MINORITAIRES ET L’ETAT EN FRANCE.

En sept parties :


  1. La minorité religieuse et son traitement au Moyen Age ;


  2. La Renaissance et les guerres de religion ;

  3. La dernière guerre de religion et Henri IV ;

  4. L’Etat royal et les minorités religieuses de l’Edit de Nantes jusqu’à la Révolution ;

  5. La Révolution et l’Empire face aux religions ;

  6. De Napoléon à nos jours ;

  7. Les structures de la relation entre spirituel et temporel en France.

 



La minorité religieuse et son traitement au Moyen Age (1)

 

Les Juifs, plus ancienne minorité religieuse.

Si l’on remonte dans le temps jusqu’aux périodes de naissance de ce que l’on peut appeler rétrospectivement la France, il est clair que la minorité religieuse la plus anciennement installée dans notre pays est celle des juifs, arrivés en Gaule dès le premier siècle de l’ère chrétienne, avec les légions romaines, et dont les communautés ont laissé des traces dans de nombreuses cités antiques.

Plus tard, après les invasions barbares, leur sort est fluctuant. A l’époque mérovingienne, leurs descendants semblent avoir été assez mal traités en certaines occasions mais leur situation paraît parfois s’améliorer avec les Carolingiens et des centres d’études hébraïques florissants ont existé à Paris, Troyes, Rouen et Narbonne pendant le Haut Moyen Age.

Par la suite, la situation des groupes de confession juive reste sans cesse précaire et justiciable de divers canons de conciles qui réglemente leur vie, les condamne, les expulse. Cependant, ils ne font pas l’objet d’une éradication déterminée, violente et continue, malgré le soupçon qu’exprime à leur égard l’Eglise, créatrice dès les premiers siècles du Moyen Age d’une judéo phobie latente. Les préoccupations de la royauté capétienne, très tôt dans son histoire, se trouvent ailleurs en matière de minorité religieuse.

Naissance et essor de la minorité " albigeoise ".

Elles se trouvent en particulier, à partir du XIe siècle, dans la question de l’hérésie cathare, dite albigeoise. C’est en effet par cette hérésie que la question de la différence religieuse est posée en France pour la première fois à ce que l’on peut appeler un Etat.

Cette hérésie couronne le développement des doctrines dualistes non chrétiennes, venues d’Iran, passées par l’Anatolie et les Balkans et arrivées en Europe occidentale au début du XIe siècle. La première trace écrite officielle et notable qui en fasse mention en France date du Concile d’Orléans en 1022, sous le règne du deuxième roi capétien, Robert Ier le Pieux.

A cette époque les doctrines dualistes commencent à paraître en Europe et semblent suivre la voie des échanges commerciaux le long du Danube, du Rhin et de l’Italie du nord. L’origine de ces doctrines est assez mal connue, mais l’hypothèse la plus classique relève une parenté des croyances dualistes en Europe occidentale avec l’hérésie paulicienne qui naquit en Arménie et passa dans l’empire byzantin au VIIe siècle.

Pendant le reste du XIe siècle, les pays touchés par ces doctrines en Europe occidentale, sont la France, l’Allemagne et l’Italie. Mais c’est seulement au XIIe siècle, en sa seconde moitié surtout, que le succès de cette croyance apparaît florissant, dans des lieux de circulation et d’échanges marchands, foyers principaux de ce que les autorités religieuses et politiques considéreront comme une différence religieuse inacceptable ; une hérésie.

Ces lieux sont, en Italie, le Milanais, et, en France, la Champagne et le Midi, où Toulouse apparaît comme la capitale de cette tendance religieuse. Malgré l’importance de Toulouse, c’est la ville voisine d’Albi qui donne son nom aux fidèles de la doctrine dualiste ; les Albigeois. En Allemagne, sur les bords du Rhin, un foyer existe également, mais il apparaît moins vigoureux. C’est donc en France, avec deux pôles de développement de l’hérésie, que la question se pose.

Des clercs, souvent des évêques, en rupture doctrinale avec l’Eglise adhèrent à cette foi qui n’est plus celle de membres de communautés précaires en marge de la société dominante, comme c’était le cas avec les Juifs. Ce sont donc des Chrétiens, voire des clercs hautement placés dans la hiérarchie d’Eglise qui défendent des positions doctrinales différentes à l’intérieur du christianisme et menacent l’édifice idéologique au sommet duquel règnent les pouvoirs cléricaux et royaux. De plus, cette différence religieuse installe, dans des territoires, des îlots géographiques hérétiques homogènes et puissants qui peuvent être dangereux.

La répression militaire de l’hérésie.

Contre les dualistes de la partie nord de la France, la répression est immédiate. Elle débute au Concile d’Orléans de 1022, elle persiste jusqu’au XIIIe siècle, en 1239, date d’une dernière exécution de cathares. C’est dire que l’affaire a duré deux siècles, de ses premiers développements à sa solution sanglante et définitive. Dans le midi de la France, où l’autorité royale est lointaine, la religiosité nouvelle se développe. Elle est pour la première fois clairement condamnée au Concile de Reims de 1148, puis en 1162, 1163, 1179, 1184, et l’Eglise fait appel au bras séculier pour combattre l’hérésie.

Mais le bras séculier tarde à sévir. Le Roi de France à cette époque, Philippe Auguste, est occupé ailleurs et le comte de Toulouse, Raymond VI, ne collabore pas avec l’église officielle et le pape. Dès lors, pour le chef de l’Eglise catholique et romaine, la solution consiste à utiliser l’arme de l’époque, la Croisade, et à traiter les terres où vivaient les coupables à l’instar des territoires infidèles musulmans, les exposant à l’occupation par les catholiques. De la sorte tout membre de l’église de Rome qui les conquerrait en deviendrait propriétaire légitime.

Le bras séculier, intéressé par de telles perspectives, se ranima dès lors sous la forme d’une armée féodale composée de multiples chevaliers de l’Europe chrétienne, en particuliers de seigneurs du nord de la France. L’un deux, Simon de Montfort, fut nommé chef de cette croisade par le légat du pape. Il conquit les terres féodales du sud ouest entre 1209 et 1218 mais fut tué au terme de cette aventure. Les terres revinrent au fils de Raymond VI et l’hérésie perdura.

En 1224, Louis VIII, fils de Philippe Auguste, se tourna vers le Midi après l’excommunication du nouveau comte de Toulouse, Raymond VII, au Concile de Bourges de 1226. Il y fit des conquêtes mais il mourut en 1228 et c’est un traité qui fixa le statut des possessions du Toulousain qui devaient revenir au roi de France si le fils de Raymond VII n’avait pas d’héritiers. Or ce fils mourut sans enfant en 1271 et le comté de Toulouse fut annexé au royaume de France.

Une nouvelle arme, l’Inquisition.

Sans armée féodale, avec un roi de France mineur, le futur Saint Louis, l’Eglise organisa la lutte contre l’hérésie par un moyen nouveau ; l’Inquisition. Au début du XIIIe siècle, le pape Innocent III avait en effet mis au point la procédure inquisitoriale mais c’est le pape Grégoire IX qui, entre 1231 et 1235, décharge progressivement les évêques de cette chasse aux hérétiques et la confie à un nouvel ordre, les frères prêcheurs, créé en 1215, par un Espagnol, Saint Dominique, qui portait la bonne parole de l’Eglise officielle depuis le début du XIIIe siècle dans les terres albigeoises.

La lutte de Saint Dominique, aidé par le bras séculier des seigneurs locaux, au premier rang duquel se trouva Raymond VII, aboutit à une éradication progressive de cette différence religieuse qu’avait été le dualisme. L’épisode ultime de cette éradication fut, entre 1243 et 1244, le siège du château de Montségur, dans le comté de Foix. Mille cathares s’y étaient réfugiés et l’on brûla, au terme du siège, les deux cent survivants qui refusèrent d’abjurer leur croyance.

Ainsi fut traitée la première différence religieuse installée et notoire dans le territoire de la France.

Victimes permanentes du rejet ; les juifs.

Pendant les quatre siècles suivants, le christianisme français n’allait pas connaître de déviation comparable à ce qu’avait été la religion des cathares et la minorité religieuse justiciable d’une administration par ce qui tenait lieu de puissance publique fut à nouveau le judaïsme.

A partir du XIe siècle, la situation des Juifs se dégrade. Dans la France féodale leur sort est divers suivant les grands domaines seigneuriaux et les villes où ils habitent.

A la fin du XIIe siècle se répand l’accusation de meurtre rituel d’enfants chrétiens et des exécutions ont lieu. Dans certaines villes, on les assigne à résidence dans des quartiers spéciaux et, à partir du règne de Philippe Auguste jusqu’à l’extinction des Capétiens directs, leur situation devient de plus en plus dangereuse et précaire. Expulsés du domaine royal pendant quinze ans par ce roi, ils seront particulièrement humiliés par Saint Louis qui leur impose, à l’extrême fin de son règne, le port du bonnet pointu et de la rouelle, rond d’étoffe de couleur jaune qu’ils doivent arborer sur leurs habits en signe distinctif.

Pendant le règne suivant, interdiction leur est faite de résider dans les propriétés terriennes des seigneurs et on les voit se replier dans les villes.

Sous Philippe le Bel, ils sont exilés pendant dix ans à partir de 1306. Son fils Charles IV le Bel, en 1322, décide une nouvelle expulsion pendant une année.

Pendant la sinistre période de la première moitié du XIVe siècle qui voit débuter la Guerre de Cent ans et s’étendre la Peste Noire, ils sont accusés d’être des empoisonneurs de puits. On les massacre et on les expulse régulièrement jusqu’en 1359, date où ils sont autorisés pendant trente cinq ans à demeurer sur les terres royales. Enfin, l’année 1394 les voit exiler de nouveau.

Cependant, le domaine capétien ne couvrant pas alors l’ensemble du territoire français d’aujourd’hui, les juifs peuvent, lorsqu’ils en sont chassés, se réfugier dans les terres d’empire germanique que sont l’Alsace et la Lorraine, dans les grands fiefs indépendants de la Provence, du Dauphiné ou dans les domaines du Pape autour d’Avignon. Les juifs de France sont donc le plus souvent les juifs des provinces non annexées par la monarchie.

Au fur et à mesure du rattachement de ces provinces au domaine royal, ils entreront dans le giron français. Ceux du Dauphiné dès les XIVe et XVe siècles. Ceux de Provence entre 1481 et 1486, dates qui concrétisent la jonction des deux royaumes. Encore se réfugient-ils dans les villes non françaises du Comtat Venaissin, en particulier Avignon qui restera sous tutelle papale jusqu’à son rattachement à la France en 1791.

Au début du XVIe siècle arrivent dans le sud ouest de la France les juifs expulsés d’Espagne en 1492. Le roi Henri II leur accorde en 1550 des lettres patentes en tant qu’étrangers et non en tant que juifs et leur statut restera indéfini. Le même Henri II annexe à la même époque les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun et inclut dans le royaume de France la population juive ashkénaze du Judengasse de Metz, à qui un décret reconnaît le droit à résider dans le nouveau territoire français qu’est devenue la ville. Ce sont ces juifs de Metz avec des juifs portugais du sud ouest qui reconstitueront pendant les XVIe et XVIIe siècles le noyau de la communauté juive de Paris.

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