La lamentable Histoire de l’association Vivre l’Islam et de l’émission musulmane sur France 2 (partie 2 sur 5)

A ce moment, le réalisateur non musulman auquel il avait été fait appel comme conseil début 1999, devint d

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mardi 18 juin 2002

TROISIEME EPISODE  : OU L’ON VOIT QUE LA TELE ET LE POUVOIR RENDENT VRAIMENT FOU (de juillet 1999 à juin 2000)

A ce moment, le réalisateur non musulman auquel il avait été fait appel comme conseil début 1999, devint directeur de production. Il exerça une autorité sans partage sur les émissions et leur contenu. Il écarta le réalisateur musulman du temps de connaître l’islam, avec l’aval du président de l’association, Moukhbir. Enfin, des défections délibérées obligèrent Mounsif à recourir à des solutions de dernière minute. A partir de là, considérant l’impossibilité de travailler selon les méthodes et les principes déontologiques qui lui paraissaient indispensables, tenant compte de l’incompatibilité de ses approches avec celles des membres du bureau, qui s’étaient attribué l’émission, il s’est retiré au mois de juillet 1999. Dès lors les émissions et la gestion de l’association sont demeurées sans partage entre les mains de quatre personnes, Moukhbir, Makir, Zougagui et Hasidate. Ces quatre personnes cumulaient la responsabilité de membres du bureau de « Vivre l’islam » avec celle de la préparation des émissions musulmanes. Le principe du travail d’auteur, initialement à la base de la préparation des émissions, assumé tant bien que mal pendant les premiers mois, a continué d’être la justification de leur auto-rétribution. Seulement plus aucune fourniture de texte réelle ne le justifiait. Le travail de préparation était un travail assimilable (de loin) à celui d’un journaliste audio visuel et ce paiement en droits d’auteur était devenu illégal, mais à l’époque personne ne le savait clairement. De plus, nous l’avons déjà dit, aucune assemblée générale n’a été réunie en 1999, pour la deuxième année d’existence de l’association et il est possible que l’équipe en place à l’époque ait ainsi continué si une certaine pression ne s’était exercée.

Cette pression a été le fait de Mounsif, demeuré au Conseil d’Administration et soutenu par d’autres administrateurs. La contestation de l’équipe en place a été permanente et s’est appuyée sur la condamnation du principe de cumul de responsabilités associatives (membres du bureau) et de paiement en tant que membres de l’équipe de préparation de l’émission. Ce cumul de plus était le fait de personnes qui s’étaient elles-mêmes nommées, se payaient elles mêmes et décidaient souverainement et sans contrôle du montant et des modalités de leurs rétributions. De plus, deux de ces personnes disposaient de ressources par ailleurs et trouvaient dans la fabrique de l’émission un complément financier non négligeable. L’une, Hasidate, était même un fonctionnaire travaillant dans l’émission sans l’autorisation réglementaire de sa hiérarchie, du moins à la connaissance des administrateurs de l’association, tenus délibérément à l’écart de toute information. Enfin, pour Moukhbir, le président-producteur religieux, le fait de se montrer fréquemment à l’écran a contribué à une réelle promotion personnelle. Il en profitera pour se placer politiquement et tirera avantage de sa petite notoriété télévisuelle en se présentant aux municipales de juin 2001.

Avant cela, pendant une année, la mobilisation s’est précisée et la contestation des pratiques des responsables exécutifs de l’association, en même temps fabricants de l’émission, n’a jamais cessé. Elle a abouti, au printemps 2000 à des réunions où les exigences portées depuis le début par Mounsif ont pu être entendues. Il se préparait en conséquence une forte remise en cause des membres du bureau et en particulier du président.

C’est à ce moment que sont intervenus directement les membres du cabinet du ministère de l’intérieur chargé du dossier de l’islam. Ils ont fait savoir à quelques membres du Conseil d’administration, pourtant très critiques à l’égard de la clique en place, qu’il serait extrêmement inopportun de faire subir au président Moukhbir le sort qu’il méritait. Peu de gens ont l’audace de résister à de telles pressions et il n’a pas été possible de rassembler une majorité pour passer outre au désir exprimé par les politiques. L’Assemblée générale qui a suivi en juin a donc fait ce qu’elle a pu. De l’équipe en place ni le Trésorier Zougagui ni le Secrétaire général Hasidate n’ont été reconduits. Mais le président Moukhbir n’a pas pu être exclu, du fait de la pression du Ministère. Il est demeuré au Conseil d’administration puis au bureau. Le vice président, l’inexpugnable Makir survivant de « Connaître l’islam », ayant eu le bon goût et la bonne idée de se brouiller avec ses collègues au bon moment, avait tourné opportunément casaque et était entré du bout des lèvres dans le mouvement de contestation et de moralisation. Un bureau a été désigné, composé de cinq membres avec toujours Moukhbir comme président par intérim, fonction où il excelle, avec la faculté de rendre ses intérim définitifs et de prendre tous les pouvoirs selon une habitude que le Maghreb connaît bien. A ses côtés toujours l’inoxydable vice-président Makir. Deux nouvelles personnes, une femme tout à fait honorable, Baya et une des nouvelles recrues des premiers mois, Moutazamit. Enfin, l’ancien producteur délégué, Mounsif, avait accepté de s’impliquer de nouveau à condition que les choses progressent. Disons pour finir, il en était grand temps, l’assemblée générale édicta très clairement l’interdiction radicale de cumuler des fonctions d’administrateur de l’association et de responsable rétribué dans le cadre des émissions. De là à passer à l’application, les choses n’étaient pas simples, du fait de la mauvaise volonté des concernés et de réelles difficultés de leur trouver des remplaçants tenant compte de leur opposition, soutenue par le ministère, de faire de nouveaux recrutements de membres. On n’était donc pas encore sorti des difficultés et on se demandait si on n’en sortirai jamais.

QUATRIEME EPISODE  : LE PROVISOIRE PERPETUEL S’INSTALLE (de juin à novembre 2000)

A partir de cette époque, (nous étions au mois de juillet 2000), un certain nombre de choses pouvaient apparaître possibles. Mais les difficultés demeuraient. Elles étaient liées pour l’essentiel à la permanence du même personnel, inamovible pour des quantités de raisons. Ainsi, outre le président Moukhbir, dont le maintien était imposé par le ministère, les membres de l’association, peu désireux de s’impliquer dans les affaires financières, ont du laisser à l’ancien Trésorier, Zougagui, qui n’avait pas été réélu au conseil d’administration, la gestion des fonds de l’émission. Ces derniers avaient d’ailleurs toujours été confondus avec ceux de l’association puisque cette dernière ne recevait pas de subventions mais des subsides de France 2 pour la rétribution de ses employés. Ces employés, rappelons les épisodes précédents, étaient les quatre membres du bureau qui avaient accaparé ces postes et accessoirement et épisodiquement quelques intervenants occasionnels ou subalternes.

A l’assemblée générale qui venait de se dérouler en juin 2000, il avait été clairement interdit de cumuler, on l’a vu, des fonctions associatives exécutives et le statut d’employé rétribué de l’association. C’était la moindre des choses, pour laquelle on s’était battu depuis longtemps. Cependant, la marge de manœuvre n’était pas grande. La pression du ministère pour soutenir ses créatures était constante. La bonne volonté musulmane, plus soucieuse de consensus entre frères que de rigueur absolue, maintenait un climat peu propice aux décisions radicales souhaitables. Mounsif lui-même, malgré sa rigueur intransigeante, n’était pas imperméable à une certaine humanité et se laissa circonvenir par ce qui pouvait passer par la manifestation de bonnes volontés et le désir de s’amender et de faire mieux exprimé par certains. Ainsi, malgré la confusion de ses comptes et de ses comptes rendus, le Trésorier sortant Zougagui obtint un quitus financier unanime. Malgré cela, on l’a vu, il ne fut pas réélu au Conseil d’Administration. Néanmoins, il ne manqua pas de prendre profit de ce laxisme, dû à la lassitude, pour considérer qu’il était un excellent gestionnaire, honnête et reconnu comme tel. Chaque occasion semblable, où on n’osa pas occasionner un conflit ouvert sur le point des finances, lui fut propice pour mettre en avant la qualité de sa gestion et se réclamer d’une confiance sans faille du Conseil d’administration.

Comme il était trésorier de fait, même sans avoir été réélu au Conseil d’administration, il continua de fonctionner en responsable financier. Il tenta même, avec le soutien du président par intérim, maintenu par la force des choses, d’invalider certains votes et l’assemblée générale elle-même, sous prétexte que lui même n’avait pas correctement contrôlé la paiement des cotisations. C’était un peu gros et les protestations et justifications de tous les protagonistes l’amenèrent à vite se calmer. Demeurer au combat malgré tant de mauvaise foi, d’incompétence et d’arrogance devenait difficile pour ceux qui, comme Mounsif, voulaient faire progresser les choses dans le bon sens.

Après cette tentative d’invalidation, Mounsif, revenu au bureau mais sans fonction dans l’équipe de préparation des émissions, selon les principes déontologiques qu’il voulait imposer depuis toujours, proposa pourtant de laisser travailler jusqu’à la fin de l’année les cumulards en place, Makir et Moukhbir, avant de soumettre un nouveau dispositif et de nouvelles méthodes. Là dessus les vacances arrivèrent et l’on attendit septembre.

A cette époque, le bureau était constitué de deux personnes impliquées dans ce qu’il faut appeler les malversations passées à savoir Moukhbir et Makir et de deux nouveaux membres ne maîtrisant pas très bien le dossier, Baya et Moutazamit. Seul Mounsif connaissait le contexte et le passif de l’association et entendait toujours y intervenir dans le sens d’une refondation et d’un assainissement des pratiques. Il passa une partie de l’été à travailler sur de nouveaux statuts, beaucoup plus explicites, circonstanciés et contraignants en terme de déontologie, de structures et de contrôle. Pourtant, on ne peut pas dire que les choses s’annonçaient au mieux à cette époque et la première réunion de la rentrée de septembre 2000 démontra que les possibilités de sortir de l’impuissance et de la confusion étaient toujours minces. Cette première rencontre fut marquée par la présence d’un fonctionnaire du ministère de l’intérieur, membre de l’équipe chargée du dossier sur l’islam qui vint prévenir le bureau que l’on ne souhaitait pas en haut lieu voir le président changer pendant deux mois car l’on comptait que les travaux de la consultation sur l’islam seraient alors terminés et que l’association lui laisserait la place. Une fois de plus, la volonté de ne pas créer de conflit l’emporta sur le sentiment de révolte des personnes pourvues d’un peu de dignité. Les autres n’eurent bien sûr aucun problème de conscience.

Pendant les mois qui suivirent, l’on n’arriva guère à une conception claire et saine des choses et l’anarchie s’installa sans ambiguïté, savamment entretenue par les anciens membres de l’exécutif reconduits sous pression du ministère et vainement combattue par Mounsif qui n’arriva jamais à se faire entendre et aboutir à une organisation à peu près cohérente.

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Auteur : Halim Laïdi

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