« La justice et les fringues dans l’Histoire de France. »

A la lecture des articles récents concernant le bilan de la loi « anti-voile », de 2004, je ne sais pourq

mardi 11 octobre 2005

A la lecture des articles récents concernant le bilan de la loi « anti-voile », de 2004, je ne sais pourquoi, je me suis rappelé le procès de Jeanne d’Arc et la raison qui a fait qu’elle avait finalement été condamnée à mort, comme relapse, sous le prétexte qu’elle avait remis ses vêtements d’hommes après avoir pris l’engagement de porter, conformément à son sexe, une robe de femme.[1] Et je me suis dit, encore une histoire de fringues, décidément capitales dans le pays de France où la mode vestimentaire joue un rôle si important.

Assurément, il y a loin des vêtures de Jeanne aux foulards et bérets de nos petites musulmanes dont se préoccupent les Cauchon ou les Mac Carthy d’aujourd’hui, qu’ils soient législateurs précipités, recteurs autoritaristes dans une école qui n’exerce plus que l’autorité abusive des faibles, ou conseils de discipline fonctionnant ainsi que des tribunaux révolutionnaires ; sans respect aucun des droits élémentaires des prévenus

Assurément, il y a loin, mais une parenté qui traverse les siècles lie entre eux les scribes et pharisiens hypocrites dénoncés par Jésus, l’évêque Cauchon, et tous les magistrats qui condamnèrent pour complaire au pouvoir politique en France, depuis le procès des templiers jusqu’aux juges du procès de Riom, en passant par celui du surintendant Fouquet et de Jean Calas, dénoncé par Voltaire.

Il y a toujours dans ce pays, malgré tout ce qu’on peut dire, pour des affaires graves ou dérisoires, des législateurs pour produire des lois inadaptées, des tribunaux pour juger selon l’air du temps, la mode ou les intérêts de carrière, bien plus que selon l’équité ni même la loi intelligemment comprise. Il y a toujours des âmes serviles pour organiser, en laquais zélés de tous les pouvoirs, chasse aux sorcières, procès d’inquisition et justifications ultérieure des pires iniquités. On trouve toujours de ces personnages, si utiles aux princes injustes, tout au long de toutes les histoires, comme on trouve toujours des bourreaux sous toutes les latitudes et de tous les temps.

Si évoquer Jeanne d’Arc à propos des jeunes musulmanes voilées ou chapeautées, suscite horreur et abomination dans les châteaux et les chaumières lepénistes, où l’on annexe la sainte avec le culot que l’on sait, je dirai tout bon que je m’en moque. Jeanne d’Arc n’appartient à personne et les musulmans français on gagné le droit de l’évoquer par le sang de leur pères versé dans les guerres de la France et la sueur secrétée dans les mines, les chantiers et les usines, pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui.

J’irai même jusqu’à dire qu’un certain premier ministre de maintenant, en ce mois de ramadan d’octobre 2005, leur doit ses effets de style au Conseil de Sécurité de l’ONU, il y a quelques années, puisque la France tire de son effort militaire dans la libération de l’Europe d’être membre permanent de ce Conseil. Lequel effort militaire, faut-il le rappeler à la mémoire de notre flamboyant sabreur de tribune internationale, fut consenti pour l’essentiel par la première armée du général de Lattre de Tassigny, formée aux trois quarts de musulmans.

Il y a donc pour moi, au-delà de ce qui paraîtrait blasphématoire aux pourfendeurs d’islam, un clin d’œil de l’histoire dans ce rapprochement qui pourrait amuser s’il ne s’agissait d’un crime et d’une injustice du XVe siècle et de souffrance de jeunes filles d’aujourd’hui. Se couvrir, se vêtir, porter vêtements d’hommes ou de femmes, coiffer foulard ou casquette, n’est pas mince affaire au pays de Jeanne d’Arc, de George Sand et des grands couturiers. La fringue, la frime, la politique et le débat entre masculin et féminin est loin d’être fini, et les mêmes qui condamnent le foulard, renvoient à leurs marmailles et chiffons les audacieuses qui pensent postuler à la présidence de la République.

Une fois de plus, il serait bon de se rappeler saint Matthieu (VII, 1-5) et saint Luc (VI, 41-42), la fameuse histoire de la paille et de la poutre. C’est une sagesse qui en vaut bien une autre, et dont s’inspireraient opportunément bien de nos sages et de nos puissants d’aujourd’hui.



[1] Rappelons que Jeanne d’Arc fut faite prisonnière le 23 mai 1430, sous les murs de Compiègne, par Jean de Luxembourg, comte de Ligny, vassal du duc de Bourgogne. Elle est remise aux Anglais au mois de novembre à la suite de tractations menées par l’évêque de Beauvais, Pierre de Cauchon. Elle est ensuite transférée à Rouen, où ces derniers sont fortement installés et elle fait l’objet d’un procès d’inquisition qui n’est pas même mené dans les règles de la procédure en vigueur. En effet, l’évêque de Beauvais n’avait aucune autorité dans la juridiction ecclésiastique de Rouen, la prévenue ne bénéficia de l’assistance d’aucun avocat et elle fut gardée par des soldats dans une prison civile alors qu’elle avait droit à une cellule gardée par des femmes dans l’archevêché. Son procès dura du début janvier à la fin mai 1431, où elle est convaincue d’abandonner ses habits d’hommes, le 24 mai et condamnée à la prison. Mise dans l’impossibilité de reprendre des habits de femmes dans les conditions qui lui sont faites dans sa prison, elle ne peut satisfaire à cet engagement et se voit condamner à mort comme « relapse », « abandonnée au bras séculier » suivant l’expression du temps et brûlée vive le 31 mai.

Pour suivre sur Internet les péripéties du procès de Jeanne d’Arc, en particulier cette dernière semaine où elle va mourir pour une histoire d’habits d’hommes ou de femme, le mieux est de se rendre sur le site du monastère de saint Benoit de Port Valais, www.abbaye-saint-benoit.ch, cliquer sur « bibliothèque », (où l’on trouve d’ailleurs entre autres de bons auteurs du Maghreb comme saint Augustin, Tertullien, saint Cyprien) et dérouler la liste jusqu’à « procès de Jeanne d’Arc », traduit en 1906 par le Révérend Père Dom H. LECLERC. A partir de là, dérouler la liste et aller au titre « la renonciation du cimetière de saint Ouen.

On peut aussi trouver une relation du procès de Jeanne d’Arc d’une grande valeur littéraire sur le site clerus.org de la congrégation du clergé, au Vatican, c’est un ouvrage de Robert Brasillach, dont chacun connaît le destin et le sort réservé par l’histoire. L’adresse exacte en est http://www.clerus.org/dati/2001-10/23-13/JeanneArc.html .

On peut enfin voir le livre de Georges et Andrée Duby en 1973, réédité par Gallimard en 2000 ; Les procès de Jeanne d’Arc, dans la collection Folio Histoire n° 69.

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