La finance islamique à la française : un moteur pour l’économie, une alternative éthique

Ce texte est la préface du livre collectif : "La finance islamique à la française : un moteur pour l’é

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mardi 18 novembre 2008

La finance islamique à la française : un moteur pour l’économie, une alternative éthique

Ce texte est la préface du livre collectif : "La finance islamique à la française : un moteur pour l’économie, une alternative éthique" édité par Secure Finance. Vous pouvez vous le procurer en retournant le bon de souscription (voir document PDF à la fin de l’article). Nous vous informons par ailleurs que le site financeislamiquefrance.fr en partenariat avec Oumma.com organise un chat : "Finance islamique à la française : opportunité ou menace ?" le jeudi 20 novembre à 17 heures avec Jean-Paul Laramée et tous les auteurs du livre. Vous pouvez participer à ce chat en vous inscrivant dès maintenant sur financeislamiquefrance.fr .

Préface du livre

Depuis un certain temps, le débat s’est installé en France sur l’importation dans notre pays de la finance islamique. Pour l’instant, il reste confiné dans un cercle assez étroit de spécialistes : banquiers, juristes, patrons mais aussi quelques hommes politiques. Tôt ou tard, le grand public s’emparera de ce sujet avec toutes les opportunités que cela représente… mais également toutes les polémiques qui ne manqueront pas, hélas, de naître.

Le principal mérite de cet ouvrage est de nous préparer sereinement à ce débat et de faire le point, à froid, sur les fondements de la finance islamique, sa place dans le système financier international et sur les modalités de son adaptation au droit et au système français.

De quoi s’agit-il ? La finance islamique est apparue principalement avec l’interdiction qui est faite dans le Coran et la Charia du prêt à intérêt, le « riba ». De cette prohibition religieuse est né un système ingénieux et innovant qui vise à répondre aux besoins d’une économie moderne, notamment la rencontre entre les prêteurs et les emprunteurs de capitaux.

Ceci montre que la finance islamique, loin de représenter un recul, ou une abdication face à la religion, est, au contraire, le signe que l’on peut, avec un peu d’imagination et de savoir-faire, marier tradition et modernité, religion et économie. De ce point de vue, la finance islamique représente une véritable opportunité géopolitique. Alors que nous devons faire face au risque de choc des civilisations que beaucoup alimentent en cultivant les clichés et les fantasmes, il n’est pas anodin de pouvoir créer des liens financiers, en plus des liens commerciaux, à travers la planète et notamment entre l’Occident et le monde musulman. Le développement de la finance islamique apparaît ainsi, potentiellement, comme le prolongement du « doux commerce », facteur de paix cher à Montesquieu.

Le deuxième intérêt de la finance islamique est qu’elle répond à un véritable besoin économique. Avec la mondialisation des échanges, l’ouverture des frontières et la hausse du prix des matières premières, dont les hydrocarbures, il y a aujourd’hui un gisement immense de liquidités dans les pays émergents et un besoin non moins important de financements dans les pays développés. En particulier, le Moyen-Orient mais aussi l’Asie du Sud-Est, disposent d’une épargne abondante qui cherche des placements à la fois rémunérateurs et compatibles avec la Charia. Le marché de la finance islamique représente aujourd’hui, selon les estimations, de 500 à 700 milliards de dollars. Le marché potentiel est estimé à environ 4.000 milliards de dollars. Les opportunités sont donc nombreuses. Notamment en France.

Pourtant notre pays accuse un certain retard dans ce domaine par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne qui ont pris une bonne longueur d’avance. Nos établissements bancaires semblent encore frileux et si certains craignent pour leur réputation s’ils devaient s’engager, d’autres considèrent que les conditions ne sont pas encore réunies.

Pourtant, il est de l’intérêt stratégique de notre pays de réunir au plus vite les conditions propices au développement de la finance islamique. Les raisons qui militent en ce sens sont de trois ordres.

D’abord, la France a besoin de financer son effort d’investissement et doit être en capacité d’accueillir favorablement les investisseurs originaires du monde musulman qui souhaitent contribuer au développement de notre appareil productif et de recherche. C’est la clef de la croissance d’aujourd’hui et de demain. Cela est vrai pour la finance islamique mais également pour les fameux fonds souverains qu’il serait suicidaire de rejeter en raison d’un hypothétique « patriotisme économique » qui n’a plus de raison d’être dans une économie ouverte sur le monde comme la nôtre.

Ensuite, car nous devons renforcer ce qu’il est convenu d’appeler la « place de Paris », c’est-à-dire notre système financier. Le Président de la République a eu l’occasion de le rappeler récemment. La raison en est simple : une place financière dynamique et « profonde » permet d’offrir à nos entreprises, les grandes mais surtout les moyennes entreprises qui cherchent à grandir, les moyens de leur développement. Ceci est d’autant plus vrai qu’avec la crise financière internationale, les acteurs du système financier réduisent la voilure et vont se concentrer dans quelques grandes places. Paris doit en être et pour cela elle doit pouvoir compter sur l’apport non négligeable de la finance islamique. En outre, cela permettrait à nos grands groupes bancaires de développer des pratiques et une identité qui leur sera fort utile pour investir les marchés moyen-orientaux où ils peuvent trouver des opportunités importantes de croissance.

Enfin, dernier élément, qui ne doit pas être négligé : la meilleure prise en compte des besoins d’une partie de notre population qui, bien que respectant les lois de la République et s’intégrant parfaitement dans la vie de la Cité, souhaitent disposer d’instruments financiers conformes à leurs croyances religieuses. C’est peut-être le point le plus susceptible de polémique. Il faut toutefois se dire qu’il est préférable que la finance islamique ait droit de cité et que donc elle soit transparente et contrôlée, plutôt que l’inverse, ce qui ne manquerait pas d’alimenter des circuits douteux dont on peut craindre qu’ils soient détournés au profit d’organisations criminelles. Surtout, il faut replacer la finance islamique dans le contexte plus général de la demande croissante de l’ensemble de la population pour des instruments financiers éthiques, respectant les convictions sociales, environnementales voire religieuses des consommateurs. De telles initiatives voient le jour un peu partout, y compris au sein de l’Eglise catholique. La finance islamique n’est donc que le simple avatar de cette démarche qui n’a, en soi, rien qui puisse choquer.

La France doit donc prendre en marche le train de la finance islamique. Cela ne nécessitera pas de révolution juridique. En réalité, il s’agit surtout d’éliminer quelques « frottements » réglementaires et fiscaux qui, aujourd’hui, rendent les instruments de la finance islamique plus onéreux que les instruments standards. Il nous appartient donc de lever ces obstacles tout en expliquant patiemment le sens de la démarche entreprise pour éviter tout faux-débat et toute polémique. Cet ouvrage représente la première pierre de cet édifice. Que ses auteurs en soient remerciés.

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Ancien ministre des affaires étrangères Président de la Chambre de Commerce Franco-arabe

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