Mercredi 8 février 2012

La faute à Voltaire ?

Quelques conclusions sur le racisme et la liberté d’expression, à l’issue de « l’affaire des caricatures » et de « l’affaire Redeker »

Bien plus, le zèle que les BHL, Glucksmann, Val et autres Taguieff mettent à défendre la liberté d’exprimer son racisme antimusulman, et qu’ils ne mettent pas à défendre la liberté d’exprimer le racisme anti-juif ou le négationnisme anti-arménien, ils ne le mettent pas non plus à défendre les autres usages, non-racistes, de la liberté d’expression - y compris les plus inoffensifs ou les plus légitimes.

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Après
l’affaire des « caricatures » de Mahomet [ style='color:windowtext'>1
], l’affaire Redeker est venue reposer la
question des rapports entre critique de la religion, racisme et liberté
d’expression. J’ai expliqué dans un premier texte (« Dix remarques sur un
« collègue » ) ce qui permettait de distinguer le registre de la
critique antireligieuse, auquel Robert Redeker est rattaché par ses
défenseurs, du registre raciste, auquel se rattachent en réalité ses
prises de position. Ceci étant posé, j’aimerais aller plus loin et souligner que
Robert Redeker n’est pas le seul raciste de l’histoire. Sont également
racistes, par exemple, toutes celles et ceux qui ont signé l’une des deux
pétitions de soutien « sans réserve » à Robert Redeker : la
pétition des « nouveaux philosophes » [ href="#nb2" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>2] et celle de Michel Onfray [ name=nh3> style='color:windowtext'>3]. Bien entendu, les signataires de ces
pétitions ne sont pas des racistes conscients et fiers de l’être ;
beaucoup d’entre eux se vivent même, en toute sincérité, comme des antiracistes
convaincus ; certains ont même eu dans le passé des engagements
antiracistes tout à fait méritoires. Il est par ailleurs tout à fait possible
de défendre une liberté d’expression illimitée, y compris pour les propos
racistes
, sans être raciste pour autant. Mais cela n’est possible qu’à
certaines conditions
, qui ne sont pas remplies par les deux pétitions en
question. Ces pétitions sont donc objectivement racistes - le texte qui
suit explique pourquoi.

Commençons par
un détour. Si l’on parvenait encore à rire plutôt que pleurer des réactions
pour le moins singulières que provoque en France tout ce qui a trait de près ou
de loin à « l’Islam », on pourrait se réjouir de la manière dont
« l’Islam » joue le rôle d’une ruse de la raison progressiste,
comme une espèce de démon espiègle qui, l’air de rien, assure la promotion des
idées et des postures les plus avant-gardistes : hier (2003-2004) un
« hyper-féminisme » aussi radical dans ses analyses qu’expéditif dans
ses méthodes, aujourd’hui (2006) une posture « hyper-libertaire ». En
effet,

  • il
    aura en effet suffi que quelques foulards dits « islamiques »
    apparaissent dans les écoles pour que toute la classe politique, pourtant si hégémoniquement masculine et profondément machiste, se métamorphose en groupe
    féministe activiste, mobilisé de toutes ses forces contre « le voile,
    symbole d’oppression » (jusqu’à assumer la déscolarisation des
    adolescentes qui refusaient de l’enlever) ;

  • et
    voici qu’aujourd’hui, il suffit que des « caricatures de Mahomet » ou
    une tribune islamophobe provoquent des attaques d’ambassades ou des menaces de
    mort de la part d’une infime minorité de musulmans pour qu’un grand nombre de
    responsables politiques et d’intellectuels médiatiques se dresse « comme
    un seul homme » [ href="#nb4" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>4
    ] pour défendre une position jusque là
    très minoritaire : la défense inconditionnelle de la liberté
    d’expression, déclarée pour l’occasion « indivisible » ou
    « illimitée ».

« Nouveaux
Philosophes », « Nouveaux Féministes » et « Nouveaux
Libertaires »

On pourrait
admirer ces vertus « conscientisantes » de « l’Islam », ce
pouvoir qu’il a de rendre tout le monde hyper-féministe et hyper-libertaire [ name=nh5> style='color:windowtext'>5
] ; mais le doute s’installe au vu de
certaines contradictions. Tout d’abord, comment se fait-il que les libertaires
d’aujourd’hui sont les autoritaires d’hier ? Soyons plus précis :
comment se fait-il que les partisans d’une liberté d’expression
« indivisible » et « illimitée » pour Robert Redeker soient
les mêmes qui, en 2003, se prononçaient pour l’interdiction de
« manifester ostensiblement » - c’est-à-dire d’exprimer - ses
convictions religieuses à l’école ? [ href="#nb6" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>6]. Pourquoi un morceau de tissu est-il
plus intolérable que des invectives contre toute une communauté ?

« Le
voile n’est pas un simple morceau de tissu », répliquera-t-on. L’argument
est connu : le foulard n’est pas anodin, il n’est ni un simple accessoire
vestimentaire, ni une marque de pudeur, ni l’expression d’une conviction
religieuse ; il « signifie » ou « symbolise » de
manière univoque un ordre symbolique et social inacceptable, que certains ont
naguère qualifié en toute simplicité de « patriarcat le plus brutal de la
planète » [ href="#nb7" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>7
]. Le port du voile, dit-on même parfois,
est un moyen de dire à toutes les autres femmes qu’elles sont « des
salopes » [ href="#nb8" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>8]. Nous ne réfuterons pas ici cette
analyse simpliste, raciste et antiféministe [ href="#nb9" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>9], car nous l’avons déjà fait mille
fois [ href="#nb10" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>10].

Nous nous
contenterons d’observer que, même si on accepte ces prémisses absurdes,
une objection demeure : si on admet que le port du voile est une manière
de « dire à toutes les femmes non-voilées qu’elles sont des
salopes », il se trouve que, de son côté, Robert Redeker a dit de manière
beaucoup plus explicite et indiscutable - puisqu’il l’a écrit ! - que « tous
les musulmans »
sont des arriérés et des « paralysés de
l’intelligence »,
structurés par « la haine et la
violence ».
Moyennant quoi une question se pose : comment peut-on
réprouver et sanctionner un amalgame injurieux ésotérique (véhiculé par
un morceau de tissu) à l’encontre des femmes, et autoriser l’amalgame injurieux
explicite à l’encontre des musulmans ? Pourquoi l’insulte
ésotérique à toutes les femmes justifie-t-elle la déscolarisation des élèves
voilées, alors qu’on s’indigne de la déscolarisation de fait d’un
professeur qui insulte tous les musulmans ?

Ce qui sème le
doute sur les postures hyper-féministes et hyper-libertaires suscitées par
« l’Islam », c’est aussi et surtout leur fragilité et leur
inconstance. Soyons plus précis : elles ne sont de rigueur que face à
l’Islam
. La posture éradicatrice ne vaut en effet que pour le voile. Aucune
analyse aussi radicale et aucune conclusion politique aussi expéditive n’a
jamais été opérée pour aucun autre vêtement féminin :


  • malgré
    les nombreuses et intéressantes réflexions critiques initiées par des auteures
    féministes sur le « sexage » et l’enfermement des corps par les
    normes plastiques et vestimentaires [ href="#nb11" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>11
    ], personne n’a jamais soutenu que le string,
    la minijupe, le rouge à lèvres ou le décolleté étaient par nature - et
    donc en toute occasion - des « signes d’oppression de la
    femme » [ href="#nb12" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>12] ;


  • personne
    a fortiori n’a soutenu qu’il fallait exclure et déscolariser les
    adolescentes qui, en se « décolletant », en se « sapant »
    ou en se maquillant « trop », succombaient à cette
    « aliénation » ;


  • sans
    parler des questions d’inégalité salariale, de discrimination dans l’emploi ou
    de violence conjugale, sur lesquelles la plupart de nos « nouveaux
    féministes » n’ont jamais daigné se pencher, ni avant ni après la
    « bataille du voile » [ href="#nb13" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>13
    ] .

Il en va de
même pour la liberté d’expression : personne, ou en tout cas aucun des
supporters médiatiques de Robert Redeker
n’a jamais défendu une liberté
d’expression aussi absolue et inconditionnelle quand il n’était pas question
d’Islam. Nous reviendrons plus loin sur cette « géométrie variable ».

Voltaire à
la rescousse

Entrons dans
le vif du sujet. Une phrase a été répétée jusqu’à la nausée ces dernières
semaines à propos de « l’affaire Redeker », et on l’avait déjà
entendu lors de l’affaire dite « des caricatures du Prophète ». Il
s’agit d’une formule de Voltaire - ou du moins qu’on prête à Voltaire :

« Je
désapprouve ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de
le dire ».
 [ name=nh14> style='color:windowtext'>14]

Si l’on fait
abstraction de la lassitude que suscite toute formule, aussi pertinente
soit-elle, quand elle est répétée pour la 999ème fois, cette maxime mérite
d’être examinée et débattue. En tout cas, même si de nombreux racistes s’en
servent de paravent, elle n’a en elle même rien de raciste, y compris si
on l’applique à des propos racistes. Elle n’est du moins pas raciste si elle
est effectivement appliquée ; ce qui est raciste est l’application
partielle et partiale de cette maxime
, qui se trouve être celle de la plupart
des soutiens médiatiques de Redeker.

En
effet :

  1. Les pétitionnaires qui défendent le droit de libre expression des propos
    islamophobes de Robert Redeker n’appliquent qu’à moitié la maxime
    voltairienne, puisqu’ils s’abstiennent délibérément de dire qu’ils
    « désapprouvent » ces propos ;

  2. Leur application de la maxime n’est pas seulement
    partielle, elle est
    aussi partiale dans la mesure où le zèle qui est mis à défendre la libre
    expression islamophobe n’est pas mis à défendre la libre expression des autres
    racismes, ni même la libre expression des autres opinions - y compris les plus
    respectables.

Qui ne dit
mot consent

On peut penser
ce qu’on veut de la position de Voltaire, on peut la trouver angélique, on peut
lui opposer l’utilité d’une certaine limitation par la loi de la liberté
d’expression, par exemple lorsque celle ci prend la forme de l’injure, de la
menace, du racisme ou du négationnisme ; mais il y a une chose qu’on ne
peut lui enlever : elle ne se contente pas de défendre le droit à la libre
expression, elle affirme en même temps une prise de position :

« Je
désapprouve ce que vous dites ».

Autrement
dit : la défense acharnée de la liberté d’expression des autres - y
compris les pires ennemis politiques - ne va pas sans un certain usage de sa
propre liberté d’expression
, articulé à une responsabilité : ce
qui est refusé est l’intervention violente de l’État (par exemple la
prohibition et la répression) ou de groupes de pression (par exemple les
menaces de mort), mais cette violence n’est refusée que dans la mesure où les
citoyens assument la responsabilité de combattre par eux-mêmes, sur le
terrain des idées, tout ce qui mérite d’être combattu.

Or, une telle
articulation est précisément ce que refusent les défenseurs les plus bruyants
de Robert Redeker, y compris quand ils se réclament de Voltaire. La pétition de
Michel Onfray théorise même ce parti pris de « soutien sans
réserve »
 :

« Exprimer
sur cette affaire la moindre réserve, c’est déjà faire une concession à la
barbarie. »

On cherchera
en vain la moindre justification de cette hallucinante assertion : le
texte n’en donne pas. Cela ne va pourtant pas de soi : en quoi
l’expression d’une réserve, d’une critique, ou même d’un dégoût profond pour le
texte de Redeker constitue-t-elle une « concession » à la
« barbarie » des menaces de mort ? Que concède-t-on ?
On ne le saura pas. Faire preuve de rigueur et de discernement, reconnaître
l’ambivalence d’une situation (en l’occurrence : la double nécessité de
dénoncer un texte raciste et d’assurer la protection d’une personne
menacée de mort), cela n’est-il pas au contraire la meilleure manière de se
démarquer du manichéisme effrayant qui caractérise toutes les
« barbaries » ?

Si l’on
applique le « théorème d’Onfray » à n’importe quel autre exemple, son
caractère absurde apparaît aussitôt : par exemple, pour ne pas faire de
« concession » à la « barbarie » de la guillotine ou de la
chaise électrique, faut-il s’abstenir de la moindre « réserve » sur
les crimes commis par les condamnés à mort ?

« L’Appel
Onfray » poursuit en dénonçant « cette rhétorique insidieuse qui
consiste à assortir la condamnation de la fatwa dont est victime Robert Redeker
d’un “même si” ou d’un “bien que” »
 :

« Analyse
indécente, en effet : n’est-il pas pour le moins déplacé de disserter,
entre gens de bonne compagnie, sur l’article de Redeker, quand celui-ci est, de
fait, exclu de l’espace du dialogue et réduit au silence ? »
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>.

Là encore, le
propos est totalement fallacieux, pour une double raison :


  • même
    si les menaces de mort ont poussé Robert Redeker à se cacher momentanément, il
    est faux de dire qu’il est « réduit au silence » ; rien ne
    l’empêche ni d’écrire ni de publier, et il y a même fort à parier que les plus
    grands quotidiens et hebdomadaires se battront pour publier en exclusivité son
    « témoignage », ses « explications » ou son « je
    persiste et signe » ;


  • avant
    même d’être star-isé par le traitement médiatique de sa situation,
    Robert Redeker publiait des articles dans chaque livraison de la revue Les
    Temps Modernes
    , et il bénéficiait régulièrement d’un accès aux pages
    « Tribune libre » du Monde et du Figaro - un accès
    que n’ont pas, s’ils souhaitent lui répondre dans les formes, les millions de musulman-e-s
    qu’il éclabousse de son mépris et de sa haine
    .

  • La pétition de
    Michel Onfray ne se contente d’ailleurs pas d’un « silence pudique »
    ou d’une « courageuse abstention » sur le texte de Redeker :
    elle prend le parti de le qualifier - et de le faire de manière
    mensongère en le réduisant à une simple « critique de la
    religion »
    . Le texte d’appel prétend même que Redeker a été « désigné
    comme islamophobe » et « livré à la vindicte des fous de Dieu »

    pour les motifs suivants :


  • « s’être
    demandé, dans une tribune du Figaro ce “que doit faire le monde libre face aux
    intimidations islamistes” » ;


  • « avoir usé d’un droit constitutionnel, d’un droit pour lequel
    Spinoza, Locke, Voltaire, et bien d’autres encore, ont combattu, d’un droit que
    les révolutionnaires de 1789 ont conquis, d’un droit, enfin, que l’on croyait
    définitivement acquis : le droit de manifester sa pensée et ses
    opinions »
    .

Cette
présentation est totalement fantaisiste puisqu’à ce jour, nul n’est en mesure
de connaître les motivations profondes du ou de(s) auteur(s) des menaces de
mort. Elle est même mensongère, dans la mesure où elle fait du texte de Redeker
une attaque contre les « islamistes », en se focalisant sur une
occurrence unique du mot « islamistes » [ href="#nb15" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>15
], alors que tout le reste de l’article
ne parle que de « l’Islam », en prenant bien soin d’inclure « tout
musulman »
dans la sous-humanité menaçante qui est construite :


  • « L’islam
    essaie d’imposer à l’Europe ses règles »


  • « nbsp ;L’islam tente d’obliger l’Europe à se plier à sa
    vision de l’homme. »


  • « nbsp ;L’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la
    tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs
    démocratiques, pour des marques de décadence. »


  • « nbsp ;L’islam est une religion qui, dans son texte sacré
    même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et
    haine. »


  • « violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie
    à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le
    monde. »


  • « Haine et violence habitent le livre dans lequel tout
    musulman
    est éduqué : le Coran »
    style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>

Pourquoi ne
pas dire cela ? Pourquoi faire passer le texte pour ce qu’il n’est pas, en
ne citant qu’un titre trompeur ? Pourquoi inscrire le nom de Redeker dans
la lignée glorieuse de « Spinoza, Locke et Voltaire » plutôt
que dans celle de Drumont, Maurras ou Céline, à laquelle il se rattache
davantage [ href="#nb16" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>16
] ? De fait, sous couvert de suspension
du jugement
(« Ne disons rien sur le texte de Redeker tant que ce
dernier ne peut pas aller et venir librement »), l’Appel de Michel Onfray prend
parti
clairement :


  • il
    ne se contente pas de ne pas dire que le texte de Redeker est raciste
    (ce qui, répétons-le, serait déjà très problématique) ;


  • il
    dit que le texte de Robert Redeker n’est pas raciste.

Il le dit
d’autant plus clairement qu’il concède expressément que la liberté d’opinion doit
être limitée par « le cadre des lois interdisant les propos racistes et
négationnistes »
. Dans ces conditions, soutenir « sans
réserves » le droit d’expression de Redeker, sans dire que son texte tombe
sous le coup de la loi, revient à dire que ce texte n’est pas raciste.

On retrouve
cette compréhension très partielle de la maxime voltairienne dans la pétition
des « Nouveaux Philosophes » parue dans Le Monde : le
soutien est total, aussi total que le silence sur le caractère raciste des
thèses de Redeker. Pire : le texte exprime une véritable empathie avec ces
thèses racistes, en reprenant à son compte la grotesque analyse rédékerienne
sur l’interdiction du string à « Paris-Plage » :


  • Redeker
    explique dans sa tribune du Figaro que ladite interdiction s’explique
    par « une islamisation des esprits », par « une
    soumission plus ou moins consciente aux diktats de l’islam »
    , ou « à
    tout le moins »
     [ href="#nb17" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>17
    ] par « l’insidieuse pression
    musulmane sur les esprits »
    .


  • l’Appel
    du Monde déplore qu’il soit désormais « déconseillé »
    de « porter des strings à Paris-Plage, tout comme écouter Mozart à
    Berlin ou le pape à Ratisbonne. »

Le délire
raciste est patent, puisque la mesure d’interdiction du string a été
décidée souverainement par la Mairie de Paris, sans qu’aucune revendication
d’origine « musulmane » ne se soit manifestée. Mais même sans
atteindre ce niveau de paranoïa, le simple fait de soutenir le droit de tenir
des propos islamophobes, sans jamais préciser que ces propos sont bêtes,
méchants, et tout simplement racistes
, pose un grave problème dans la
mesure où cela revient à admettre comme dicible, audible et acceptable
l’opprobre collective lancée sur toute une communauté. Plus précisément :
dire qu’on peut légitimement présenter « chaque musulman »
comme un être structuré par « la haine et la violence »,
soutenir implicitement ou explicitement qu’un tel discours n’est pas un
amalgame raciste, c’est de fait apporter une caution et un soutien à ce
qui est bel et bien un amalgame raciste. En cette matière comme en d’autres, qui
ne dit mot consent
.

Pour conclure
sur ce premier point :


  • on
    peut « défendre » ou « soutenir » un raciste, par exemple
    quand il est menacé de mort, sans être raciste, mais à condition de ne
    défendre que « sa peau » et de ne soutenir que son
    « droit à l’expression », tout en combattant résolument le
    racisme qu’il exprime ;


  • en
    revanche, soutenir un raciste « sans réserve », c’est-à-dire sans
    dénoncer son racisme
    , c’est, qu’on l’assume ou non, soutenir son racisme.

Si donc on
définit un acte raciste comme un acte qui contribue à provoquer ou
entretenir le racisme
, alors les deux pétitions qui « soutiennent
sans réserve »
le droit de dés-humaniser ou sous-humaniser « chaque
musulman »
sont des pétitions racistes.

Deux poids,
deux mesures

La posture
libertaire ou voltairienne des supporters de Robert Redeker n’est pas
seulement partielle, elle est aussi partiale, inconstante,
opportuniste. Le zèle qui est mis à défendre la libre expression de tous, y
compris ses adversaires, n’est en effet pas le même, loin s’en faut, lorsqu’il
s’agit de défendre un auteur islamophobe et lorsqu’il s’agit d’autres propos
détestables
, comme les propos antijuifs ou/et négationnistes :


  • ni
    Alain Soral, ni Robert Faurisson, ni Roger Garaudy, ni Renaud Camus [ name=nh18> style='color:windowtext'>18
    ] n’ont bénéficié d’autant de soutiens
    inconditionnels que Robert Redeker ou le Jyllands Posten ;


  • ni
    la loi de 1972 prohibant les propos racistes, ni la loi Gayssot prohibant le
    négationnisme sur la Shoah, ni la récente loi prohibant de la même manière la
    négation du génocide arménien, ne suscitent d’opposition de la part de nos
    intellectuels tout récemment convertis à la défense inconditionnelle de la
    liberté d’expression [ href="#nb19" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>19
    ]

Bien plus, le
zèle que les BHL, Glucksmann, Val et autres Taguieff mettent à défendre la
liberté d’exprimer son racisme antimusulman, et qu’ils ne mettent pas à
défendre la liberté d’exprimer le racisme anti-juif ou le négationnisme
anti-arménien, ils ne le mettent pas non plus à défendre les autres usages,
non-racistes, de la liberté d’expression - y compris les plus inoffensifs ou
les plus légitimes. Nous avons déjà signalé un premier exemple : le
soutien actif que la plupart de ces gens ont apporté à la loi du 15 mars 2004
sur la « laïcité » de l’école, qui rend le port d’un foulard
« ostensible » passible d’une exclusion définitive. Mais bien
d’autres exemples sont possibles :


  • nos
    défenseurs zélés de la liberté d’expression n’ont pas protesté la semaine
    dernière lorsqu’une journaliste de l’AFP, « coupable » d’un reportage
    trop dérangeant sur les exactions de la police aux Mureaux, a été littéralement
    boycottée et ostracisée par la Police et la Justice, et de
    fait
    empêchée de travailler [ href="#nb20" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>20
    ]


  • ils
    n’ont pas non plus pétitionné ni envahi les plateaux télévisés - ils n’ont tout
    simplement rien dit et rien fait - pour s’opposer à la Loi Sarkozy de 2002 qui
    rend « l’outrage à l’hymne national ou au drapeau » passible de
    prison et de milliers d’euros d’amende ;


  • ils
    n’ont signé aucune pétition de soutien en faveur du SDF envoyé en prison pour
    avoir simplement traité Nicolas Sarkozy de « sale
    hongrois ! » ;


  • ils
    n’ont pas non plus soutenu Hamé, du groupe de rap La Rumeur, victime
    depuis plus de quatre ans d’un véritable harcèlement judiciaire de la part du
    même Sarkozy pour avoir simplement énoncé un fait : ces dernières
    décennies, « des centaines de nos frères sont tombés sous les balles de
    la police sans que leurs assassins ne soient inquiétés »
     [ name=nh21> style='color:windowtext'>21
    ].

Arrêtons nous
sur ce dernier exemple. Charlie Hebdo n’a pas publié l’article de Hamé
poursuivi par le ministre de l’Intérieur, pourtant d’une toute autre tenue que
les « caricatures » islamophobes reprises en janvier 2006 dans
l’hebdomadaire de Philippe Val. Après tout, même si Messieurs BHL,
Finkielkraut, Glucksmann, Goupil et Val ont refoulé leur jeunesse gauchiste au
point de refuser d’admettre cette réalité de la violence et de l’impunité
policières, même s’ils « désapprouvent » toute mise en cause de
l’infaillibilité policière et judiciaire, ils avaient, justement parce qu’ils
« désapprouvent » le propos, une belle occasion de manifester leur
attachement indivisible, inconditionnel et voltairien à la liberté
d’expression, en « se battant » pour que Hamé ait le droit de tenir
sur la police et la justice ces propos qu’ils « désapprouvent ».

Ils ne l’ont
pas fait. Comment interpréter, du coup, leur empressement à défendre la liberté
d’exprimer le racisme antimusulman ?

Il ne faut pas
tout confondre, dira-t-on : ce qu’a subi Robert Redeker n’est pas
n’importe quelle atteinte à la liberté d’expression. Il ne s’agit ni de
censure, ni de harcèlement judiciaire, ni d’amende, ni de prison, mais de
menaces de mort, ce qui est plus grave. C’est l’État de droit qui est en cause,
et la guerre de tous contre chacun qui menace de renaître. Admettons que ce
refus de la violence brute est bien la raison de la ferveur redékerienne de nos
pétitionnaires. Mais alors, comparons ce qui est vraiment comparable, comparons
par exemple les menaces de mort adressées à Robert Redeker avec d’autres
menaces de mort, par exemple :


  • les
    menaces de mort reçues en 2003 par Alain Lipietz, José Bové, Eyal Sivan et neuf
    autres personnes
    , dont quelques-unes (comme Ginette Skandrani ou Mondher
    Sfar) tenaient réellement des positions condamnables en termes de racisme ou de
    négationnisme (sur cette « non-affaire », cf. Collectif Les Mots Sont
    Importants,

    style='color:windowtext'>« Deux poids deux mesures »
    )


  • l’appel
    au meurtre publié en 2004 sur internet par des extrémistes islamophobes à
    l’encontre de Xavier Ternisien
    (journaliste du Monde) [ name=nh22> style='color:windowtext'>22
    ]


  • les
    appels au meurtre diffusés sur internet par d’autres extrêmistes racistes à
    l’encontre des responsables du MRAP des Landes
    , Gérard Kerforn, Stéphane
    Thomazeau et Daniel Salhorgne (en 2005-2006) [ href="#nb23" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>23
    ]

À ces
occasions, Ni BHL, ni Romain Goupil, ni Philippe Val ni leurs co-signataires
n’avaient éprouvé le besoin de pétitionner dans le journal Le Monde pour
défendre la liberté d’expression. Pourquoi ? Certaines de ces victimes
étaient difficilement défendables parce qu’elles avaient tenu des propos
racistes et/ou négationnistes ? Certes, mais pas toutes (pas Xavier
Ternisien, par exemple, ni Alain Lipietz, ni José Bové, ni Eyal Sivan, ni
Monique Chemillier-Gendreau...) - et puis : Robert Redeker n’a-t-il pas
lui-même tenu des propos racistes ? Et de toute façon : tout le monde
ne s’est-il pas mis d’accord, précisément à l’occasion de l’affaire Redeker,
pour dire qu’aucune parole et aucun écrit ne justifiaient des
menaces de mort ? Il n’y a rien à y faire : nul ne peut le nier, il y
a bel et bien deux poids deux mesures. Et si ce n’est pas du racisme,
comment faut-il nommer une telle inégalité de traitement au détriment
d’un groupe particulier ?

La marque
du pluriel

L’inégalité de
traitement n’est pas seulement quantitative : si nous rapportons l’affaire
Redeker aux autres cas de menaces de mort, nous ne trouvons pas seulement une
quantité supérieure de solidarité
à l’égard de la personne menacée et une
quantité supérieure d’hostilité
à l’encontre de l’auteur des menaces. Nous
ne trouvons pas seulement un bruit médiatique incomparablement supérieur
(cf. les chiffres édifiants qu’a recueilli le collectif Les Mots Sont
Importants, concernant le nombre de dépêches et d’articles de presse consacrés
aux diverses affaires de menace de mort : (« Deux poids deux
mesures ») ; nous constatons surtout, sur le plan qualitatif, une différence
de nature
dans la forme particulière que prennent cette solidarité et
cette hostilité
. Cette forme particulière peut se résumer en deux
mots : généralisation et amalgame :


  • quand
    Raphaël Schoeman, retraité de 65 ans armé jusqu’aux dents, prétend agir au nom
    de tous les Juifs en menaçant de mort douze personnalités hostiles à la
    politique israélienne, personne n’a la bêtise et l’irresponsabilité de le
    suivre dans son délire en considérant qu’il représente réellement tous
    les Juifs ; seul l’individu Raphael Schoeman est inquiété [ name=nh24> style='color:windowtext'>24
    ] ; au-delà de sa personne,
    nul n’est désigné comme responsable - pas même des idéologues comme Alain
    Finkielkraut ou Alexandre Adler, ou les franges ultra-droitières du monde
    associatif juif, pourtant coutumiers d’un discours extrêmement violent à
    l’égard de plusieurs des personnes menacées de mort [ href="#nb25" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>25].


  • quand
    en revanche un jeune Orléanais de 25 ans prétend agir au nom de tous les
    musulmans en menaçant de mort un intellectuel islamophobe, on se désintéresse
    totalement de son individualité et on donne raison à sa prétention à
    représenter « les musulmans » dans leur ensemble : c’est en
    effet l’ensemble de « la communauté musulmane » qui se retrouve
    interpellée, c’est « l’Islam » qui est sommé de « s’adapter à la
    modernité », et tous les musulmans qui doivent prouver leur
    modération en apportant un soutien inconditionnel à la victime des menaces, et
    en s’abstenant de tout grief contre son islamophobie.

La pétition
des « Nouveaux Philosophes » va jusqu’à interpeller « les
musulmans »
en leur adressant une obligation particulière :

« Nous
en appelons aussi aux représentants de toutes les religions, et notamment aux
musulmans, pour qu’ils placent sous leur protection Robert Redeker comme ils
doivent le faire de toute personne menacée dans sa vie. »
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>

L’
« Appel Onfray » va plus loin encore dans l’amalgame, en établissant
un lien qu’aucun élément factuel ne permet d’établir entre les menaces de mort
anonymes et les déclarations télévisuelles du « cheikh islamiste
Youssef al-Qaradawi »
 :

« Le
20 septembre dernier, le cheikh islamiste Youssef al-Qardaoui livrait Robert
Redeker à la vindicte des fous de dieu. Désigné comme islamophobe pour s’être
demandé, dans une tribune du Figaro (édition du 19 septembre), ce que doit
faire le monde libre face aux intimidations islamistes, Robert Redeker est aujourd’hui
menacé de mort. »

Présentées
ainsi, les choses sont simples : Redeker a été victime d’une « fatwa ».
Cette singulière manière de rebaptiser un mail anonyme s’est ainsi
imposée comme une évidence dans tout le débat public, aussi bien dans la
« pétition Onfray » (dans laquelle le mot « fatwa » revient
à trois reprises) que chez les responsables politiques et chez les journalistes
ou les intellectuels, de Caroline Fourest [ href="#nb26" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>26
] à Nicolas Sarkozy, en passant par
Calvi, Fogiel et tant d’autres [ href="#nb27" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>27]... Le problème, c’est qu’en réalité
aucune « autorité » musulmane, ni aucun responsable associatif
musulman n’a jamais appelé au meurtre de Robert Redeker. Il n’y a jamais eu de fatwa,
et en ce qui concerne Youssef Al-Qardaoui :


  • il
    n’a parlé que quelques secondes (moins d’une minute) du texte de Robert
    Redeker, au milieu d’un discours plus général sur l’islamophobie ;


  • il
    n’a même pas cité le nom du philosophe français ;


  • il
    s’est contenté d’appeler les téléspectateurs à « protester d’une
    manière sage contre les propos du Pape Benoît XVI et l’auteur de l’article du
    Figaro »
     ;


  • il
    a également appelé à « ne pas donner l’image de musulmans violents dont
    les médias occidentaux sont friands »
     [ href="#nb28" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>28
    ].]]

Bref :
Youssef Al Qardaoui n’a fait qu’user de sa propre liberté d’expression pour
critiquer un texte éminemment critiquable, tout en restant dans les limites
prévues par la loi, et en prenant même garde de ne pas inciter à la violence.
Que signifie, dès lors, l’empressement d’Onfray et ses co-signataires à
prétendre le contraire ? Pourquoi une telle volonté de fatwaïser le
mail de menaces, de rushdiser Redeker [ href="#nb29" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>29
], de quardaouïser l’affaire, d’oummaïser
ou d’islamiser les agissements d’un individu ou d’une poignée
d’individus ? Que signifie ce besoin de généraliser à tout prix - y
compris au prix du mensonge ?

Nous ne
relèverons pas ici les multiples manifestations de cette montée en
généralité
et de cette logique d’amalgame : signalons toutefois
cette une de Libération, « Peut-on encore critiquer
l’Islam ? »
, ou encore ces propos odieux de Claude Lanzmann,
signataire de l’Appel des « Nouveaux Philosophes » :

« Ce
qui arrive à Robert Redeker prouve que ce qu’il dit n’est pas faux »
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> [ href="#nb30" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>30]

Ou encore la
diatribe télévisuelle de l’écrivain Marc Weitzmann, signataire du même
appel :

« Où
sont-ils, ces musulmans modérés dont on nous parle ? Qu’ont-ils fait pour
protester contre les menaces de mort ? Ont-ils manifesté ? »
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>

Cette logique
de montée en généralité et d’amalgame existe d’ailleurs à un double
niveau :


  • on
    passe du combat contre un individu de 25 ans qui a eu le tort de
    proférer des menaces de mort à un combat contre « l’islamisme »,
    contre « l’obscurantisme musulman » et contre la complicité
    passive de tous les musulmans ;


  • mais
    on passe aussi, dans le même temps, de la protection de l’individu Redeker
    à la défense de « nos » valeurs, « notre »
    liberté, « nos » acquis démocratiques.

On m’objectera
qu’un tel « nous » n’est pas ethnique mais politique,
et qu’il regroupe tous les démocrates, de toutes origines et de toutes
sensibilités philosophiques ou religieuses. Mais comment y croire ? Si
cette « communauté de valeurs » existait réellement dans
l’aristocratie intellectuelle qui pétitionne aujourd’hui pour Redeker, le même
« nous » se serait manifesté aussi lors des précédentes affaires de
menaces de mort : la défense d’Eyal Sivan, Alain Lipietz, José Bové,
Xavier Ternisien ou Gérard Kerforn serai devenue elle aussi « la défense
de notre liberté à tous ». Tel n’a pas été le cas. Ce n’est donc
pas tant la défense d’un principe universel (le refus de la violence brute, ou
le droit à la libre expression) qu’une empathie à base ethniciste et
culturaliste qui explique le passage au « nous » :
« nous », Français blancs, nous, « occidentaux », devons
« faire bloc » face à « eux », les « musulmans ».
C’est ce qu’une doctrine récente appelle la « guerre des
civilisations », et qu’on peut aussi nommer racisme.

Conclusion style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>

Soyons donc
clairs : être voltairien ou libertaire, en 2006, c’est effectivement se
battre pour que Redeker ait le droit de dire tout ce qu’il veut sur les
Musulmans, y compris les pires invectives racistes - mais sans oublier la
première moitié de la maxime : dire publiquement : « Je
désapprouve ce que Redeker a écrit ».

Être
voltairien, c’est aussi être constant et adopter le même posture
libertaire face à tous les propos détestables, et notamment face à tous
les racismes. Cette posture authentiquement voltairienne, qui n’est pas
nécessairement la meilleure, mais qui a le mérite de la cohérence, est celle de
la pétition initiée par le « Manifeste des libertés » et signée
notamment par Fehti Benslama et Étienne Balibar [ href="#nb31" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>31
]. Cette pétition a ceci
d’authentiquement voltairien - ou libertaire - qu’elle ne renonce pas à
condamner fermement la teneur du discours de Redeker en même temps qu’elle
soutient son droit à l’expression.

Telle est
aussi la position de l’écrivain Abdelwahab Meddeb, dans d’un chat du
Journal Le Monde : l’écrivain a pris parti pour une liberté
d’expression totale laissée à Robert Redeker, mais il a ajouté qu’il
considérait ses propos comme des propos racistes dignes des pamphlets antisémites
de Céline, et qu’il entendait mener le combat contre ce racisme, comme le
combat contre l’antisémitisme, sur le terrain du débat d’idées et non sur le
terrain de la violence et de l’intimidation, ni sur le terrain
judiciaire [ href="#nb32" style="color: blue; text-decoration: underline"> style='color:windowtext'>32
].

L’autre
posture possible consiste à ne pas être aussi libertaire que Voltaire, Balibar
ou Meddeb, et à considérer qu’il est nécessaire que l’Etat intervienne et
prohibe, par la force s’il le faut, certains discours - notamment les injures
et menaces racistes. Cette position est à la fois respectable et discutable,
tout aussi respectable et discutable que la précédente. En d’autres termes, le
débat entre ces deux positions est tout à fait légitime - dans la mesure, et
seulement dans cette mesure, où les options en présence valent de manière
universelle face à tous les racismes :


  • soit
    on est voltairien ou libertaire, c’est-à-dire partisan d’une liberté
    d’expression indivisible et illimitée, mais alors on doit l’être autant face à Faurisson, Garaudy, Le Pen, Soral et tous les tristes sires qui se rendent
    coupables de propos antijuifs qu’avec les propos antimusulmans de Redeker,
    Imbert, Fallacci ou les trois caricatures franchement racistes publiées par le
    Jyllands
    Posten
    - et l’on use aussi de son propre droit d’expression pour qualifier
    ces propos de racistes et dire publiquement qu’ils sont détestables.


  • soit
    on pense que le combat d’idées ne suffit pas, qu’il n’est pas assez efficace
    face au danger raciste ou négationniste, et qu’il faut une intervention de la
    force publique pour prohiber son expression : auquel cas il faut que la
    prohibition qu’on accepte ou qu’on réclame contre Faurisson, Garaudy, Le Pen ou
    Soral soit de mise aussi contre Redeker, Imbert ou Fallacci.

Quelle est, de
ces deux options, la meilleure ? Quel est le meilleur moyen de combiner
une liberté d’expression maximale et une efficacité maximale du combat
antiraciste ? Le débat est ouvert, et nous ne prétendons pas le clore ici.
Ce qui est certain, en tout cas, c’est que la posture libertaire n’est légitime
que si elle s’accompagne d’une responsabilité individuelle et collective
clairement assumée (nommer, dénoncer et combattre soi-même le racisme si l’Etat
en est dispensé) et d’une égale vigilance face à tous les racismes. Et
il en va de même pour la position adverse : la répression des discours
racistes ne vaut que si elle s’applique à tous les racismes. Toute autre
posture, et notamment ce va-et-vient sordide de nos maîtres-penseurs
médiatiques entre une posture libertaire face au racisme antimusulman et
une posture autoritaire et répressive face à d’autres racismes (ou même
d’autres opinions) est une attitude irresponsable, et, de fait, raciste.

Notes

[1]
Sur cette affaire, cf. L. Lévy,

« Censure, droit au blasphème et islamophobie »

[2]
BHL, André Glucksmann, Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, Roger-Paul Droit,
rejoints pour l’occasion par Claude Lanzmann, Elisabeth Roudinesco, Elisabeth
Badinter, Pierre-André Taguieff, Alexandre Adler, Corinne Lepage, Romain Goupil,
Philippe Val et Marc Weitzmann). Cf.

« Appel en faveur de Robert Redeker », publié dans Le Monde

[3]
Signée en partie par les mêmes personnalités, auxquelles se sont joints les
philosophes Jean-Claude Milner et Catherine Kintzler, ainsi que toute la
mouvance « national-républicaine » extrêmiste que fédère la très islamophobe
UFAL (Union des familles laïques). Cf.


« Contre la barbarie, le soutien à Robert Redeker doit être sans
réserve »

[4]
J’ai bien dit « Homme » : la dimension viriliste de cette
posture vertueuse est frappante quand on lit la prose de ses tenants : il faut
se « dresser », ne pas « se coucher » devant l’obscurantisme et le fanatisme, ou
encore, pour reprendre une formule de Philippe Val lors de l’affaire des
« caricatures » : ne pas être « mou de la bite ». Cf. M. Chollet,

« L’obscurantisme beauf. À propos du tête-à-queue idéologique de
Charlie Hebdo
 »

[5]
On pourrait aussi s’inquiéter, cela dit, de cet hyperféminisme
qui en vient à violer des principes fondateurs du féminisme : le libre arbitre
de chaque femme, son droit à disposer de son corps comme elle l’entend, ou
encore son droit à l’éducation. On peut aussi critiquer la conception
absolutiste de la liberté d’expression, cf. la fin de ce texte.

[6]
Parmi les pétitionnaires les plus en vue lors de l’affaire Redeker, plusieurs
ont été de véritables militants de la cause
prohibitionniste, souvent depuis la première heure (c’est-à-dire depuis la
première « affaire du voile », à Creil en octobre 1989) : Philippe Val, André
Glucksmann, Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff, Elisabeth Badinter,
Corinne Lepage, Catherine Kintzler et Elisabeth Roudinesco, notamment, ainsi que
tous les activistes nationaux-républicains qui forment le gros des signatures de
« l’Appel Onfray » (Bernard Teper, Michèle Tribalat, Michèle Vianès, Annie
Sugier, Anne Zelensky, Jocelyn Bèzecourt). BHL s’est rallié au consensus
prohibitionniste en 2003, sans avoir activement milité en amont. D’autres
signataires, comme Marc Weitzmann ou Romain Goupil, n’ont pas pris part à cette
controverse. Guy Sorman, enfin, a pris parti plutôt contre la chasse aux
« voilées ». Cf. P. Tevanian, Le voile médiatique. Un faux
problème : « l’affaire du foulard islamique »
, Raison d’agir, 2005.

[7]
Il s’agit d’Alain Finkielkraut, Régis Debray, Catherine Kintzler et Elisabeth
Badinter, dans le premier appel pour l’interdiction du voile : « Profs, ne
capitulons pas ! », paru en octobre 1989 dans Le Nouvel
Observateur

[8]
Il ne s’agit pas là d’une caricature : c’est très exactement ce que soutiennent
des militant-e-s prohibitionnistes comme Jacques Julliard, Liliane Kandel,
Caroline Fourest et Fiammetta Venner : cf. P. Tevanian, Le voile
médiatique. Un faux débat : « l’affaire du foulard islamique »
, Raison
d’agir, 2005.

[9]
Sexiste en ce qu’elle assigne une signification unique au voile, au mépris total
du sens que lui confèrent les femmes qui le portent. Raciste pour la même
raison : le déni de la subjectivité et de la parole de l’autre.

[10]
« Nous », au sens large : l’ensemble des démocrates qui, par antiracisme,
féminisme et attachement à la laïcité, se sont opposés à la loi anti-foulard.
Pour une réfutation des arguments « pseudo-féministes » en faveur de la
prohibition du voile, cf. notamment les textes de Christine Delphy, Nacira
Guénif-Souilamas, Monique Crinon, Houria Bouteldja, Caroline Damiens, Djamila
Bechoua et du groupe Femmes Publiques, publiés sur www.lmsi.net. Cf. aussi le
blog du Collectif des
féministes pour l’Égalité

[11]
Cf. notamment Naomi Wolf, The Beauty Myth. How Images of Beauty
Are Used Against Women
, Harper Perennial, Reprint 2002. Sur la notion de
« sexage », cf. Michèle Causse, Contre le sexage, Balland,
2000.

[12]
Et à juste titre : ces vêtements, comme tout vêtement, peuvent, suivant les
contextes dans lesquels ils sont portés et les motivations pour lesquelles ils
sont portés,

  • soit être des marqueurs
    sexués assignant les femmes à une place dominée (en l’occurrence : celle de
    simples objets, n’existant que par le regard et le désir masculins) ;

  • soit être
    re-signifiés
    autrement par les femmes qui les portent (plaisir de
    séduire, valorisation de soi, émancipation par rapport à une éducation
    puritaine, instrument de contre-pouvoir face aux hommes...) ;

  • soit les deux en même
    temps (cf. N. Dupont,
    « Catwoman
    de Pitof »
    )

Il en va de même du voile :

  • il peut signifier, pour
    certaines femmes qui refusent de le porter ou même pour
    certaines qui le portent, et plus encore pour
    les hommes qui exigent que leur femme ou leurs filles le
    portent
    , l’assignation de la femme à une place dominée ;

  • il peut être investi
    d’autres significations, plus valorisantes et émancipatrices, par
    les femmes qui choisissent de le porter ;

  • il peut être les deux en
    même temps.

[13]
Sur le féminisme à deux poids deux mesures, cf. C. Delphy, « Antiracisme et
anti-sexisme : un faux dilemme », Nouvelles questions féministes », Janvier 2006

[14]
Selon l’article « Voltaire » de l’Encyclopédie Wikipedia,
cette phrase qui lui est souvent attribuée est apocryphe. Elle n’apparaît nulle
part dans son œuvre publiée. Elle fut en fait formulée en 1906 dans
The Friends of Voltaire, livre anglais de Evelyn Beatrice
Hall écrivant sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre, pour résumer sa position :

« I
disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it »
.

Afin de ne pas mythifier le
personnage de Voltaire, on se référera également, dans cet article, aux
citations attestant l’antisémitisme et la négrophobie du philosophe, ainsi que
ses positions ambigües sur l’esclavage.

[15]
Dans le titre de l’article. Sans du reste que le terme « islamiste » soit
défini.

[16]
Drumont, Maurras et Céline sont trois grands noms de la tradition antisémite
française. Abdelwahab Meddeb a comparé le discours de Redeker aux pamphlets
antisémites de Céline ; Jean Baubérot l’a comparé, de manière plus pertinente,
aux écrits de Drumont.

[17]
Sic !

[18]
Ces autre auteurs ont été inquiétés, à des degrés divers (et à juste titre dans
tous les cas) pour antisémitisme ou/et négationnisme. Sur chacun des auteurs,
cf. wikipedia. Sur l’affaire Renaud Camus, cf. A. Spire,
L’obsession des origines
, Verticales, 2000

[19]
Plusieurs critiques se sont exprimées dernièrement sur la loi pénalisant la
négation du génocide arménien, mais pas de la part des
supporters
de Redeker.

[20]
Cf. « Une
journaliste de l’AFP frappée d’ « interdiction professionnelle » (Un communiqué
du SAJ-UNSA) »

[21]
Plainte en 2002, procès en 2004, procès en Appel en 2006, et désormais pourvoi
en Cassation. Cf. Hamé,

« Insécurité sous la plume d’un barbare »

[22]
Le message suivant avait été diffusé sur le site géocities,
proche de la très droitière et islamophobe UPJF (Union des Patrons Juifs de
France) : « Les propagandistes, c’est comme les déchets
nazislamistes, on en détruira jamais assez ! crevez charognes ! édition spéciale
jour de fête édition spéciale chasse aux cafards édition spéciale au pays.
Ci-contre, l’immonde ternichien venimeux, s’est échappé de la fourrière.
L’animal étant nuisible, une forte récompense est offerte à qui en rapportera la
carcasse. »
(http://www.geocities.com/edspec2004/edspec2.html). Ce texte
était accompagné d’un photo-montage : la tête de Xavier Ternisien sur un corps
de chien.

[23]
Cf.

le site du MRAP des Landes

[24]
Poursuivi par la Justice, et condamné à dix mois de prison avec sursis et un
euro de dommages et intérêts pour chaque victime.

[25]
Sur ces dérives ultra-droitières, cf. D. Vidal, Le mal-être juif,
Agone, 2002. Alain Finkielkraut a par exemple qualifié Eyal Sivan d’antisémite
rêvant de l’extermination de tous les Juifs !

[26]
Cette dernière a lancé la formule « Fatwa mondiale », avant d’appeler, quelques
jours plus tard, à ne pas employer ce terme abusif.

[27]
Toutes les personnes citées ont utilisé le mot « fatwa » pour qualifier les
menaces de mort reçues par Robert Redeker.

[28]
Cf. J. Richaud,

« Robert Redeker : il n’y a jamais eu de fatwa »

[29]
Caroline Fourest a déclaré dans Libération :
« Nous sommes passés d’une affaire Rushdie tous les dix ans à une affaire
Rushdie tous les ans, voire tous les mois »

[30]
Propos rapportés par le journal Le Monde. En d’autres
termes : pour Claude Lanzmann, il suffit qu’une personne, musulmane ou non,
profère des menaces de mort pour que la preuve soit apportée que tous les
musulmans sont éduqués dans la haine et la violence. Ce passage d’un ou
plusieurs cas particulier de menaces de mort à une conclusion sur tous les
musulmans est très exactement l’opération intellectuelle que Sartre démonte
magistralement dans le premier chapitre de ses Réflexions sur la question juive,
avec l’exemple d’une femme qui, « roulée » par un commerçant juif peu
scrupuleux, tire de cette expérience particulière une conclusion générale sur
« les Juifs ».

[31]
Pétition du Manifeste des Libertés » :

« Nous
dénonçons avec la plus grande force les menaces de mort dont fait l’objet Robert
Redeker, bien que nous soyons en désaccord avec ce qu’il a écrit, avec la
médiocrité triviale de ses propos, avec ses outrances verbales en miroir avec
les islamistes violents. Nous appelons à défendre tout homme persécuté pour ses
opinions, quand bien même la volonté de célébrité à tout prix n’a rien à envier
aux motivations des martyrs.Beaucoup trop d’hommes et de femmes dans le monde
musulman et ailleurs subissent anonymement censure, persécutions, attentats,
pour l’exercice réel de leur liberté de parole, pour que nous ne défendions pas
inconditionnellement celui qui en use, même si c’est pour infliger des blessures
imaginaires et participer à répandre la peste émotionnelle des narcissismes de
masse. »

[32]
Abdelwahab Meddeb a le mérite d’avoir été plus clair que le « Manifeste des
libertés », en osant prononcer le mot « racisme », qu’ont soigneusement évité,
on-ne-sait pourquoi, les pétitionnaires du « Manifeste des libertés ». Reste,
dans les deux cas, cette question : pourquoi une telle mobilisation de leur part
sur le cas Redeker, et pas sur les précédentes affaires de menace de mort :
celles reçues par exemple par Eyal Sivan, José Bové, Alain Lipietz...

 

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Commentaires

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Grandiose !!!!!!!!!!!!!

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Toute l’hypocrisie et le double discours des "défenseurs " de Redeker apparaît au grand jour dans cet article

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Entre le milliardaire BHL, et un ancien gauchiste comme VAL reconvertit au neo-conservatisme américain, avec son pote Goupil, il y a de quoi rigoler, ces individus sautent sur tout ce qui bougent des lors qu’il faut stigmatiser l’islam, tout cela est risible.....

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Bravo PIERRE TEVANIAN, vous apportez là une contribution rigoureuse sans verser dans des discours qui tentent de faire croire qu’en France la liberté d’expression est menacée par "l’intégrisme musulman".

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Salam/bonjour.

Pierre Tévanian, juste et époustouflant !

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une vrai bougie dans les tenebres qui nous eclaire .bravo et merci

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Bonjour à Pierre et merci.
Il faut lire aussi le dernier article de Redeker, dans le "Monde des livres" du 23 novembre, à propos de la démocratie.
Florilège :
La démocratie (..) détruit par là les solidarités, effaçant les influences individuelles. (..) Le rôle de l’art politique : atténuer, à travers les institutions, les dégâts de la démocratie, (..) En démocratie, (..) La pression de l’opinion étouffe la liberté intellectuelle, si vive sous l’aristocratie (..l’)étiolement de la liberté effective de penser, si symptomatique de la démocratie,

Mais qu’est-ce que l’homme démocratique ? Essentiellement ceci : il est celui qui voit dans tout homme un semblable. (Là, je suis d’accord, cette définition me plait, mais pas les conséquences qu’en tire l’auteur)(…) la démocratie favorise la paresse intellectuelle, autant que, par le biais de l’opinion, elle paralyse les forces les meilleures de l’humanité. C’est au sein des régimes inégalitaires, en particulier dans l’aristocratie, que certains hommes atteignent au sublime. L’aristocratie favorise les vertus les plus élevées.

(…) L’extension immodérée de son principe (la démocratie) met en danger l’humain, la créativité.

(..)

Aimer bien la démocratie c’est, conclut l’auteur, “l’aimer modérément”.

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Je savais déja - avant de lire - que j’allais me régaler en lisant ce texte. Pourquoi ? Parce qu’il a pour auteur un certain Tévanian ...
Mille fois merci Monsieur !

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Un grand moment de lecture, exceptionnel à tout point de vue !!

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Phénoménal Tévanian. Il remet les choses à leur place pour ceux qui se sont enlisés dans des droles voire sinistres réalités.

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Pierre Tevanian me donne l’impression de gonfler des baudruches pour se donner ensuite la gloire de les pourfendre... Il est le seul Juste, ça va de soi, et les trois quarts de l’establishment médiatique est constitué de racistes qui se méconnaissent... Mais dans ce cas, pourquoi héberge-t-il ce texte sur son site, extrait d’un livre de Sadri Khiari qu’il "recommande vivement" ? :

Quand un commerçant blanc refuse d’employer un indigène, c’est du racisme même si ce refus procède d’une simple logique commerciale : préserver sa clientèle habituelle qui, elle, pourrait être raciste ; quand un commerçant marocain refuse d’employer un Blanc et lui préfère un Marocain, ce n’est pas du racisme ; c’est un acte de soutien à un opprimé même si la motivation réelle est tout simplement d’être entre-soi (le fameux « communautarisme ») et même si le commerçant marocain n’aime pas les Blancs.

Les indigènes sont opprimés en tant qu’Arabes ou que Noirs dans une société qui privilégie les Blancs, comment pourraient-ils lire la réalité de cette société à travers une autre grille que la grille ethnique ou raciale ? « C’est habituellement le raciste blanc qui a créé le raciste noir. »

Texte où le racisme anti-blanc se trouve llégitimé comme relevant d’un mouvement d’émancipation, tandis que le racisme des Blancs est l’expression inadmissible d’un système de domination néo-colonial...

Ou est l’"égale vigilance" de Pierre Tévanian, en l’occurrence ?

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Le texte de Pierre Tévanian apporte la preuve incontestable que les défenseurs de Redeker (toujours les mêmes) ont une conception à géométrie variable de la liberté d’expression et des droits de L’homme. Ces défenseurs n’ont plus aucun crédit.

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La soirée de soutien à Redeker a été une mise en scène médiatique soigneusement orchestrée par BHL et ses comparses. Cette mise en scène médiatique s’inscrit dans le climat d’islamophobie qu’il faut impérativement entretenir. La pression islamophobe ne doit pas se relâcher, la nature ayant horreur du vide, nos stratèges ont besoin de nouvelles affaires et encore de nouvelles, les déclarations du Pape, l’affaire des caricatures, d’autres sont à venir....

Marteler, marteler toujours marteler jusqu’à la nausée

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Merci Pierre Tévanain, je reconnais que j’ai moi-même été manipulée par cette histoire. Votre argumentation est vraiment imparable !

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Ouf ! Enfin un peu de bon sens dans cette affaire Redeker, qui est une excroquerie intellectuelle de bout en bout. Les "persécutions" dont serait l’objet ce cornichon sont une mise en scène par les spécialistes du battage médiatique. A cet égard on peut dire qu’il a parfaitement réussi son coup.
Dommage que Michel Onfray se soit laissé entrainer dans cette flibuste.
Sur l’affaire Redeker, je conseille aussi la lecture des articles que Jean Robin lui consacre sur son blog :
Le blog du livre La judéomanie

judeomanie.blogspot.com/

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Allons, Pierre, quelle gloire a flatter un public d’Oumma acquis a votre cause ?

La realite est que le public global musulman reagit avec violence a la plume, (ou du moins c’est ce que les media montrent) :

  •  Salman Rushdi —> autodafe
  •  Caricatures—> ambassade qui brule
  •  Redeker—> menace de morts

    Des intervenants musulmans en conviennent d’ailleurs(Ramadan par exemple), et appellent au calme.

    Oui, nous pouvons parler de provocation.
    Oui, nous pouvons parler d’anti-islam.
    Mais parler de racisme ? Parler de liberte d’expression selective ?

    Je ne suis absolument pas d’accord avec le ton employe par Redeker.
    Je ne suis pas entierement d’accord sur ses conclusions, ni son interpretation de la religion musulmane.
    Mais il n’a sorti qu’une plume, et c’est le sabre qui le menace.

    Nous devrions tous dire notre soutien a Redeker et a sa libre expression, le combattre avec la plume !

    Les musulmans apparaissent souvent comme des masses incultes, assoiffees de feu et de sang, et monsieur Tevanian cherche a excuser cela ? A le comprendre ? A l’expliquer ?

    Non monsieur : on repond a la plume par la plume !
    Surtout si on affirme detenir la Verite, comme les musulmans l’affirment.

    Cordialement.

    Reza.

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    Un grand merci à Monsieur Tévénian qui a démontrer une fois de plus que les deux poids deux mesures font partis du paysage médiatico-politique francais. Le racisme ne serait-il pas en voie de se constitutionnaliser à la vue de tous et toutes ? L’affaire des bagagistes de Roissy en est une preuve (72 employés licenciés pour sécurité de l’état).
    Voyez-vous cette maladie remonter à la surface, là à l’horizon, ce nuage en forme de botte noir arriver à grands pas pour plonger les êtres humains dans la division, la haine et le flou de l’ignorance, portant les emblèmes de la liberté d’expression, la libre pensée qui est cette nouvelle philosophie binaire des penseurs surmédiatisés.

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    à force de trop dénigrer les musulmans sous tous les aspects de leur vie (sociales, culturelles, cultuelles..) les personnes à l’origines de ce dénigrement perdent de leur crédibilité, et même leurs arguments deviennent "guignolesques".on sent bien en cette période d’islamophobie généralisée, que quelque chose ne va pas, on a l’impression que les musulmans sont les"tarés" de la terre.
    je vous remercie d’avoir formalisé et avec quel brio ! cette sensation confuse que l’on vit actuellement comme musulman,
    et je remercie aussi les détracteurs et islamophobes de tous poils qui m’ont poussés à ouvrir des livres auxquels je ne pensais pas auparavent et notamment celui de Mr Mohammed Arkoun

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    Bonjour,

    Je me permets de relever ce passage : "et voici qu’aujourd’hui, il suffit que des « caricatures de Mahomet » ou une tribune islamophobe provoquent des attaques d’ambassades ou des menaces de mort de la part d’une infime minorité de musulmans pour qu’un grand nombre de responsables politiques et d’intellectuels médiatiques se dresse « comme un seul homme » [4] pour défendre une position jusque là très minoritaire : la défense inconditionnelle de la liberté d’expression, déclarée pour l’occasion « indivisible » ou « illimitée »."

    L’auteur critique mais ne répond pas à la question de cette "infime minorité de musulmans" qui ne peut être muselé par la grande majorité des musulmans !!! Voila pourquoi un "grand nombre de responsables politiques et d’intellectuels médiatiques se dresse « comme un seul homme »". Ce grand nombre ne fait que pallier à la majorité des musulmans qui ne disent mot et donc implicitement acquièscent. Les musulmans seraient ils porteurs d’hypocrisie ?

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    Vous vous en réjouissez, qu’un tel article existe ? moi ça me donne la nausée, la nausée de vivre, d’exister dans un monde aussi haineux et aussi hypocrite que celui là. J’ai encore la chair de poule qui traverse mon corps. Comment a -t-on pu en arriver là ? comment le dialogue a-t-il pu tarir à ce point là ? Regardez-vous ! Ne ressentez vous pas votre impuissance ? Ne ressentez vous pas les pas crasseux qui piétinent votre dignité d’Homme libre ?
    Il est vraiment désolent qu’un tel article ne puisse paraître que sur ce site d’oumma, tant j’aurai aimé voir les réactions des gens s’il avait été édité au Monde. Car il n’y a que la vérité qui blesse, et tout être humain ne pourrait que verser des larmes devant celles là.

    Mais bon, pour moi j’ai baisser les bras, je leur laisse le champs libre. Faites en ce que vous voulez de la France, car je la quitte.

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    Ca serait intéressant de mettre en perspective les signataires de la pétition et ceux qui ont soutenu l’invasion de L’Irak. Ca serait encore plus intéressant de remettre cela en perspectives avec la campagne actuellement menée contre l’Iran en France (cf. le sondage sur "le danger" que représente l’Iran pour l’Occident (sondage commandé par le CRIF).
    Bref, on va me dire que je suis parano ...

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    Tres bonne analyse !
    En effet quel domage que la presse écrite ne veuille pas publier ces écrit...toutefois cette meme presse va disparaitre et vite !! et j’ajouterai TANT MIEUX bon débarras ! L’idée meme de donner un centime a tous ces organes de propagande, qui en plus pour la plupart n’ont meme pas suffisamment d’intelligence pour se rendre compte de leur manque d’objectivité et de sérieux
    Vive internet !

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    Françoise N. remercie Jean Pierre Tévanian

    et tout d’abord de se donner la peine de faire une analyse si
    ample si précise si claire, lisible et convaincante,
    tout en laissant place à chacun pour ce qui est de sa responsabilité.

    Je retiens en effet le principe selon lequel il nous faut songer plus souvent à exprimer notre conviction sincère, après l’avoir fondée en vérité et en réactivant - ou même réintégrant- l’idée que
    chacun de nous a non seulement le droit mais le devoir de s’exprimer honnêtement et sans haine.

    Devoir de démocratie que nous avons tendance à oublier depuis que s’éloigne le temps où nos aïeux nous ont faits, croyons-nous, purs rentiers des libertés et champions de gâchis.

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    A vaincre sans péril, on triomple sans gloire.
    Ne caressez pas dans le sens du poil votre public d’Oumma qui rafole de ce genre de flatteries.
    Allez affronter la diffculté et repondez à Robert Redeker, votre collegue, dans les colonnes du Figaro.

    Montrez que vous connaissez vos classiques ; appelant Voltaire à la rescousse, ayez au moins son courage, dites et faites comme lui :

    " Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais pour que vous puissiez le dire"

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    J’aimerais savoir ce que Corinne de Paris entend par "votre public". Je suis pour ma part un non -musulman, et lecteur assidu du site oumma.com dont j’apprécie l’ouverture, et la qualité des articles. Quant au texte de Pierre Tevanian, il est tout simplement excellent, et vous invite à répondre sur le fond ( si vous pouvez). Il y a sur oumma plus de diversité qu’il ne peut y en avoir sur des médias dits "ouverts" et "grand".

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    juste pour Momu et consor
    donnez les muslumans la parole ,ils vt vous montrez le vrai visage de l’islam,n’ecoutez pas les ignorants qui disent que des connerie sur l’islam ;en france on accepte la parole et la plume q’aux islamophobes ,jamais aux doués d’intelligeances ;

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    Commentaire de Philippe

    Un très grand merci à Pierre Tévanian pour son article exceptionnel de clarté et de précision. Au sujet de l’inégalité de traitement des propos médiatiques, je souhaiterais mentionner un fait de portée internationale, qui a été si peu médiatisé qu’on l’a oublié.
    Il y a moins d’un an, Pat Robinson, l’un des « évangélistes officiels » de la Maison Blanche, a appelé a tuer le Président Vénézuelien, Hugo Chavez, qualifié d’ islamiste ( !!!) et communiste radical, dont le véritable sort était de s’opposer à l’hégémonie américaine en Amérique du sud.
    Tous les intellectuels et philosophes (avec un i et un p minuscules), prompts à rechercher des « fatwas » imaginaires ont été d’un silence imposant comparable à celui des médias…
    Pourtant il s’agissait d’un avis d’un religieux de premier plan, dans la plus grande puissance mondiale, appelant à tuer un chef d’état en exercice élu démocratiquement, n’en déplaise à cet évangéliste…
    No comment…

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    Cela prouvent malheureusemment que malgré les efforts fournis, malgré la mise en danger contre toute généralisation, notre société et notre pays dit porteur d’idées universalistes jadis devenus cosmopolite, reste malheureuseument profondement raciste.

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    Un grand merci pour cette démonstaration magistrale d’un racisme anti musulman qui s’installe à l’ombre de la République française.

    C’est un véritable beaume au coeur que de le lire j’en avais besoin tellement je suis triste .

    Mahrez Kachbouri

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    Votre long article serait sans doute plus pertinent s’il ne partait du postulat suivant :"Le texte de Redeker ainsi que les pétitions de soutien inconditionnel sont racistes".
    Or comme vous le savez,le racisme n’est pas une opinion mais un délit. Avant donc de diffamer des pétitionnaires dont le seul tort est d’être attachés à la liberté d’expression, portez donc plainte contre eux et contre ce philosophe, et acceptez que la Justice de notre pays décide ou non du caractère raciste de leurs textes.

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    La phrase déformée de Voltaire (cf note 14) a pour origine ce passage :

    "J’aimais l’auteur du livre de l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes." (Questions sur l’Encyclopédie, article "Homme").

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    J’ai voulu, puisqu’on m’en donne l’occasion de mettre en évidence un autre type de manipulation historique justement incarné de façon peu reluisante par l’écrivain français Voltaire (1694-1778).

    Considéré en Europe comme le "Prince de l’esprit et des idées philosophiques", ou encore "l’homme universel et le champion de la tolérance ", il fut loin de porter ses titres avec une égale constance.

    Il est vrai que si de l’un ou de l’autre côté de la barrière, les sentiments peuvent différer, ils n’expliquent pas, en tout état de cause, la hargne et la mauvaise foi qui ont présidé à la rédaction de sa tragédie intitulée : « Mahomet ou le fanatisme » (1741).

    Le titre en dit long d’ailleurs sur l’orientation du sujet. Usant de provocations répétées, l’auteur tentera de miner les fondements de la religion musulmane. Il s’ingénia à déformer le portrait du Prophète en le présentant sous les traits d’un homme sanguinaire, fanatique, ne reculant devant aucune intrigue pour satisfaire ses désirs.

    On peut tenir pour assuré, qu’étant conscient de l’immense portée du Message coranique, Voltaire essaya d’en réduire l’importance en dénigrant celui qui en a été le propagateur. Il s’y employa d’une manière indigne. Dans sa reconstitution historique, il déforma, sans état d’âme, les faits évidents afin de consolider la trame de son récit.

    A sa méconnaissance (supposée ou réelle) de la vie du Prophète, il ajouta une volonté délibérée de dénaturer les traits d’un homme dont le prestige devait le complexer profondément.

    Il est alors apparu que le champion de la tolérance (et de l’opportunisme) maniait mieux que quiconque le fanatisme qu’il reprochait au Prophète.

    Pour être dans les bonnes grâces de l’Eglise, il dédia son ouvrage au pape Benoît XIV, lequel lui envoya, en retour, sa bénédiction.

    Le public, toujours prêt à s’enflammer pour une nouvelle croisade, applaudit des deux mains la pièce qui fut jouée dans de nombreuses salles européennes.

    Mais Voltaire mit tant de hargne dans ses attaques qu’il s’attira, en réaction, les critiques d’autres personnalités qui ne partageaient pas son extrémisme, comme Napoléon Bonaparte.

    L’empereur, loin d’être un défenseur de l’Islam, qui couvrit les pires excès lors de la "campagne d’Egypte", réagira violemment contre ces écrits :

    « Mahomet a été l’objet de sa plus vive critique dans le caractère et dans les moyens. Voltaire avait ici manqué à l’histoire et au cœur humain. Il prostituait le grand caractère de Mahomet par les intrigues les plus basses. Il faisait agir un homme qui avait changé la face du monde, comme le plus vil scélérat, digne au plus du gibet. » Et il poursuit :

    « Les hommes qui ont changé l’univers, n’y sont jamais parvenus en gagnant les chefs mais toujours en remuant les masses. Le premier moyen est du ressort de l’intrigue et n’amène que des résultats secondaires, le second est la marque du génie et change la face du monde. »

    Telle a été la réaction de Napoléon Bonaparte. La reconnaissance par Napoléon Bonaparte du grand caractère du Prophète et de son génie universel ‘’qui ont changé la face du monde » est un hommage volontaire d’un grand homme à un de ses semblables. Ce point de vue est celui d’un homme qui avait une vision autrement plus rapprochée des réalités historiques que celle de Voltaire. Il suffit à déconsidérer les accusations insensées et injustifiées du "Prince de l’esprit".