La désillusion politique des « beurs » de l’UMP

Les régionales s’approchent et les partis dévoilent leurs listes. L’UMP qui compte aujourd’hui plus de

vendredi 12 mars 2004

Les régionales s’approchent et les partis dévoilent leurs listes. L’UMP qui compte aujourd’hui plus de 10 000 noms à consonance arabe sur ses 150 000 adhérents. Soit environ 8%, nous a littéralement évincée de ses listes. Environ 7 candidats seront présentés en position éligible sur les listes des régionales. Difficile de trouver une explication rationnelle à cette vision d’une France qui se repli sur son identité a travers la seul « communauté » visible, celle des Français de souches.

Nous rejoignons donc Nicolas Sarkozy qui comme nous considère qu’il faut réactiver « l’égalité des droits ». Si la décision de mettre en oeuvre la « discrimination positive » à partir de critères ethniques ou religieux est plus que discutable, il semble aujourd’hui évident qu’une meilleure « acceptation » sociale des minorités visibles suppose qu’on leurs applique un traitement différentiel.

Des processus de « discrimination positive » sont déjà à l’œuvre en France dans différents domaines, mais on évite soigneusement d’utiliser le terme qui paraît, à première vue, s’opposer à l’égalité républicaine.

Le terme de « mobilisation positive » forgé par Jean-Pierre Raffarin confirme très précisément cette tendance. N’est-ce pas pourtant une loi sur la parité qui a été choisie pour améliorer la représentation politique des femmes ? Et qu’appliquons-nous dans certains quartiers ? Afin d’organiser une meilleure répartition des emplois, la politique de la ville permet d’octroyer des exonérations fiscales aux entreprises qui s’implantent dans les « zones franches ». On considère donc acceptable qu’un territoire ayant plus de handicaps soit davantage aidé que les autres. L’éducation nationale n’a pas, elle non plus, hésité à appliquer un principe qui s’inscrit dans cette perspective : l’école censée faciliter la promotion sociale a dû constater son échec en créant des ZEP (zones d’éducation prioritaire) et par-là revenir sur l’un de ses principes fondateurs d’égalité - en acceptant que des avantages matériels et pédagogiques soient accordés à des écoles se situant dans des quartiers défavorisés. L’inégalité des chances a conduit à donner plus à ceux qui ont beaucoup moins de chance de réussir que les autres. Comme cela ne suffit pas aux lycéens de ZEP pour accéder en nombre à l’élite scolaire, il faut se satisfaire de l’innovation qui est intervenue dans le recrutement de l’IEP de Paris : depuis trois ans, certains des meilleurs élèves de ZEP peuvent entrer à Sciences po à l’issue d’une sélection et d’un grand oral, mais sans passer par le concours, réputé très sélectif, auquel sont soumis tous les autres candidats. Il ne faut y voir qu’une mesure concrète pour donner un contenu réel au concept d’égalité des chances. Ces exemples très différents ne démontrent-ils pas qu’il existe un vrai problème d’acceptation des minorités visibles par la société française ?

Est-ce aller à l’encontre du principe d’égalité qui est le socle de notre République ? Est-ce dénaturer notre démocratie ? C’est exactement l’inverse : il s’agit de renforcer la République et la démocratie en nous permettant de combler l’écart entre égalité formelle et égalité réelle. A quoi sert de proclamer l’égalité si celle-ci n’est pas effective dans les faits ? Or l’équité - ou « discrimination positive », car la distinction entre les deux termes n’a plus aucun sens - n’a pas d’autre objectif que de restaurer l’égalité : les droits dérogatoires au droit commun ne sont accordés que pour compenser des inégalités de départ trop importantes pour être comblées par une réponse égalitaire traditionnelle ! Ne devient-il pas urgent de se rallier à cette idée ?

La « discrimination positive » consiste donc à tenir compte des avantages et des handicaps de départ des individus pour mieux concrétiser l’égalité des textes dans la réalité. Thématique extrêmement salutaire pour notre démocratie, elle est rejetée par ceux qui souhaitent rester enfermés dans le dogme républicain de l’égalité, les politiques hésitent à encourager de telles initiatives. Cette frilosité s’explique également par les dangers potentiels de la discrimination positive. Le plus évident : sacrifier la réussite par le mérite et l’effort au profit de celle liée à ses origines. Cette menace ne doit toutefois pas nous détourner de ces instruments correctifs qui peuvent d’ailleurs être temporaires, car ils sont à l’origine d’un bienfait irremplaçable : l’égalité est effectivement réalisée ! Une inégalité qui permet de compenser une inégalité de départ est juste. En outre, elle est nécessaire et efficace si l’on se refuse à accepter que les écarts se creusent davantage.

 

Note :

Une version plus courte de ce texte est parue dans le Monde du mardi 2 mars 2004

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