La démocratie à voix haute

Le président de la République ne peut pas ne pas avoir entendu. Le message des électeurs est clair. Il s’

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lundi 29 mars 2004

Le président de la République ne peut pas ne pas avoir entendu. Le message des électeurs est clair. Il s’analyse à plusieurs niveaux mais n’offre qu’une seule issue possible au Chef de l’Etat.

L’élection présidentielle d’avril 2002, qui avait porté Jacques Chirac à la présidence, s’est réellement terminé le 28 mars 2004. Par ce dernier scrutin qui donne une majorité massive et franche à la gauche dans 21 régions, les français indiquent au Président de la République qu’il ne dispose pas, comme il affectait de le croire, de la confiance de 82% des français.

Les français disent franchement leur hostilité aux reformes qui les laissent plus démunis encore que par le passé. Mais ils disent aussi qu’ils ne veulent plus laisser tous les pouvoir dans la même main. C’est une constante des élections nationales ou locales depuis bientôt 20 ans.

" La machine à gagner " des élections que devait être l’UMP ne fonctionne pas. Exit donc l’UMP, au moins dans sa forme actuelle.

Il ne reste à la " droite " que trois ans avant la prochaine présidentielle pour reconstruire un parti, faire un programme, favoriser l’émergence de nouveaux leaders et enfin écouter peut-être la " France d’en bas ".

Bien que courageuse, la position de Bayrou qui voulait lutter contre l’hégémonie de l’UMP, est un échec. Nombreux électeurs de l’UDF sont allés voter pour la gauche au second tour, lassés d’entendre leur parti vilipender la majorité pour ensuite approuver ses lois et ses budgets. Face à l’UMP, l’UDF devra désormais choisir franchement. Avec ou contre.

Le Premier Ministre dit vouloir tirer de ce vote toutes les conséquences. Il n’y en a qu’une seule qui le concerne désormais : partir ! Démissionner dimanche soir aurait été un geste plein de panache et lourd symboliquement, indiquant que les battus se retirent désormais du jeu politique, à gauche hier comme à droite aujourd’hui... Le résultat de ce scrutin régional a des conséquences nationales flagrantes. Ne pas en tirer tout de suite les conséquences, c’est tricher avec la démocratie.

Le (formidable ?) Ministre de l’Intérieur n’est pas aussi populaire que l’UMP et lui même pouvaient le penser. Pas plus en Ile de France où l’on ne savait plus qui de Coppé ou lui était tête de liste qu’ailleurs où " Sarko " pensait pouvoir faire gagner les candidats de droite par sa seule apparition.

Les élus (de gauche), disposent tous de la majorité ou presque. Ils dirigeront donc demain les régions sans rien devoir aux frontistes dont le score reste, à quelque chose près, assez stable.

La gauche a été victorieuse avec probablement un programme pour chaque région, mais sans programme national. Il est urgent d’en formuler un.

Nos institutions se retrouvent devant une situation inédite de cohabitation entre un parlement largement à droite et des régions et des départements tout à fait à gauche. Est-ce gouvernable ?

La réponse s’impose : non, ce n’est pas gouvernable. Alors quels choix reste - il au Président de la République ? Prendre un Premier Ministre de issu de cette nouvelle majorité de " gauche " régionale qui ne pourra pas gouverner avec une assemblée nationale à droite ? Garder son Premier Ministre actuel (ou un autre de la même tendance) et lui demander de gérer pendant trois ans l’immobilisme... ?

Une seule solution s’offre au Président s’il veut tirer, en démocrate qu’il est certainement, toutes les conséquences de cette déferlante de gauche. Une seule solution dont il connaît la recette puisqu’il l’a déjà appliquée. Une seule solution que le pays lui murmure depuis dimanche soir et lui hurlera sans doute bientôt : DI-SSO-LU-TION !

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Auteur : Arthur Nourel

Journaliste et politologue. Il est spécialiste du monde arabe. Il est également photographe.

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