Jeudi 10 July 2014
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La crise du monde musulman

La crise du monde musulman
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http://oumma.com/sites/default/files/23776.jpg

Une analyse remarquable du grand penseur Malek Bennabi (1905-1973) qui est plus que jamais d'actualité.

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La crise que traverse les musulmans depuis la décadence de la civilisation islamique, qu’on peut situer historiquement depuis la chute de l’empire Almohadien, est double :

Le premier aspect de cette crise est lié à un problème de lecture directe des textes référentiels de l’islam en l’occurrence le Coran et le Hadith. On assiste dans la plupart du temps à une lecture littéraliste, statique, relative non seulement à un contexte historique particulier, mais aussi à un certain stade de la production humaine en matière de savoir et de connaissance.

L’une des composantes de cette crise est identique à celle qui a inspiré El Chafi’ le besoin d’inventer une science nouvelle : les oussoules el fiqh sont de ce point de vue sociologiquement explicables. Une science qui consiste dans son objectif à donner au texte une valeur paradigmatique quant à son interprétation et à son application. Une sorte de va-et-vient, je dirais presque artistique, entre l’espace et le temps d’un côté et le texte d’un autre. Et cela exigeait une intelligence de type critique qui travaille le texte afin de découvrir son sens structurel, sa raison et sa logique interne, en un mot son esprit. D’où la nécessité de rechercher l’ensemble des éléments objectifs, endogènes et exogènes qui donnent à l’action un sens intelligible, c’est-à-dire compréhensif et explicable.

Dés lors, il y a un besoin constant d’un effort considérable de rationalisation qui a constitué une rupture méthodologique dans la synthèse et l’analyse ; une révolution scientifique selon la terminologie de Thomas Khun. Cet effort de rationalisation, dans tous les domaines de la connaissance, est à la fois un devoir et une exigence perpétuels dont la négligence a eu pour conséquence l’anarchie et la pauvreté intellectuelle du discours islamique actuel par exemple.

On constate malheureusement que l’effort de rationalisation entrepris par El chafi`’ n’a pas été suivi et étendu à d’autres domaines du travail intellectuel des musulmans. Il a fallu attendre près de cinq siècles pour qu’un certain Ibn khaldoun ait le coup de génie de penser à une nouvelle méthode dans l’explication de ce qu’on peut appeler aujourd’hui la dynamique sociopolitique. Avec lui le pouvoir politique n’est plus désormais une question qui relève uniquement de la morale ou généralement de l’éthique, mais surtout un mécanisme lié aux lois générales de l’Histoire.

Un mécanisme qu’il faut prendre le soin de découvrir (ses lois et ses règles ). Il a le mérite non seulement de fonder sa nouvelle science, mais surtout de montrer la limite et l’inefficacité des méthodes traditionnelles des sciences dites religieuses. Comprendre et expliquer une réalité quelconque (sociale, politique, économique, etc..) d’un groupe nécessite un autre type de réflexion et d’analyse que celui du faqih.

Quand on voit dans une émission de télévision arabe un faqih invité pour répondre à des questions d’ordre sociale, politique ou d’éducation, on a comme la certitude que le grand défi à relever pour une éventuelle renaissance du monde musulman, est celui de mettre de l’ordre dans le chantier de la pensée. Je ne veux pas dire par là qu’un faqih n’a pas d’avis à donner sur ce genre de questions, mais je soulève seulement le problème de la spécialisation comme exigence inéluctable dans un monde complexe et compliqué.

Quand on voit également dans les universités dites islamiques le raccourci fait dans l’enseignement à savoir le champ limité des disciplines et l’archaïsme des méthodes ; on a l’impression qu’on est confronté en permanence à un vide béant.

D’autres efforts ont été entrepris dans d’autres domaines, dans celui de la philosophie, le nom d’un Ibn Rochd dit Averroès est emblématique. D’autres disciplines fleurissent, c’est la productivité qui témoigne de l’épanouissement d’une civilisation. On peut dire d’une manière générale que l’Andalousie est la référence par excellence de la maturité de la pensée musulmane en matière de construction méthodologique.

Et après ? Après, le monde musulman avec la chute de l’Andalousie commence à entrer progressivement mais sûrement en décadence. La régression dans le domaine scientifique marque le glas d’une culture en perte de son rayonnement civilisationnel et la marche de la nation qui représente cette culture vers l’inconnu. Notons au passage que le coup psychologique porté à l’élan de cette civilisation date bien avant, de ce que les historiens appellent la grande fitna (la grande discorde).

Devant une telle tragédie, le destin de la culture ne saurait être meilleur. Les idées qui ont fait le génie universel de la civilisation musulmane deviennent des mots morts empilés quelque part dans un charnier. Même si la foi n’a pas perdu toute sa force dans les cœurs des musulmans, le rapport homme-idée s’est trouvé confiné dans l’espace étroit d’une tradition qui se transmet d’une génération à une autre. D’autant plus que l’enseignement de l’Islam, médiocrité oblige, est dominé par les méthodes traditionnelles dont le seul souci est de préserver l’identité musulmane contre les assauts d’une culture dominante. Il faut reconnaître qu’à ce niveau là, le rendement était quand même non négligeable, car après, dans le cas de l’Algérie par exemple, un siècle et demi de domination coloniale, l’identité musulmane n’a pas été trop «endommagée».

Pourtant, il y a eu dans le monde musulman colonisé des appels au réveil, comme s’ils surgissaient d’un passé lointain pour secouer la mémoire et une conscience en perte de repères. Mais, pour être bref, le schéma général et identique de ces mouvements dits réformistes reste la réaction urgente, qui aspire à l’indépendance et à la défense de la culture musulmane, face à une réalité imposée par le colonisateur. C’est pourquoi le résultat était souvent un repli identitaire et jamais la réflexion autour d’un projet qui prépare l’avenir.

Après la période de la décolonisation, le monde musulman se trouve dans une situation inédite qui illustre bien le deuxième aspect de la crise, liée à un certain rapport au modernisme. En renvoyant l’ensemble de ses problèmes au colonialisme, le monde musulman a cru que tout sera résolu avec le départ du colonisateur. Il ne s’est pas rendu compte un seul instant que ses vraies difficultés ne faisaient en fait que commencer.

Le rôle des élites devrait pourtant être la prise en charge des défis à relever afin de garantir une indépendance menacée par d’autres formes d’aliénation. Pendant que les cadres de l’administration colonialiste examinaient de près leurs futurs plans stratégiques dans les pays qu’ils quittaient, les cadres de notre élite politique aiguisaient les leurs pour réaliser leurs ambitions personnelles.

Parmi les voix qui s’élèvent dans le monde musulman pour lui proposer des solutions, je limiterai mon propos à l’une d’elle qui prône le changement au nom de l’Islam, en mettant l’accent sur les mouvements dits islamistes qui ont choisi la sphère politique comme champ d’action. Même si au fond, ils symbolisent une certaine prise de conscience, ces mouvements ne vont pas à l’essentiel, en entretenant l’illusion.  Ce que je nomme essentiel, se traduit par cette capacité historique capable d’opérer la synthèse entre le passé, le présent et le futur. Quand on se projette vers un futur qui reste à déterminer, tout en ayant le regard tourné vers un passé lointain, en faisant abstraction du présent, on ne peut qu’ aboutir à une confusion totale.

Sur le plan pratique, à part des prêches contestataires souvent virulents, accompagnés d’une littérature mythologique, l’islamisme politique ou le discours islamique en général est loin de constituer un projet de société. Car le travail scientifique qui permet la production de ce que Karl Popper appelle une technologie sociale n’est pas réalisé.

L’héritage intellectuel de l’Andalousie qui aurait pu constituer une base de départ pour la construction d’une véritable Raison islamique n’est pas encore pris en charge. Les leaders des mouvements islamistes (que j’appelle les nouveaux marabouts de l’Islam) proposent l’Islam comme solution à tous les problèmes de l’humanité. Ils se comportent comme s’ils étaient à Médine avec, ou parfois à la place du Prophète. Animés par cette idée simpliste d’un Islam éternel et valable en tous temps, il suffit simplement pour eux de reproduire le modèle type, celui de l’expérience islamique des premiers temps. On est là dans une vision de l’Histoire qui transcende l’espace et le temps, dans un système vierge et isolé où tout est possible.

Le fiqh s’est donné historiquement comme objectif la recherche du statut juridique de telle ou de telle action et les solutions adéquates aux problèmes que rencontre la société musulmane naissante. Si on revient au sens étymologique du terme, on s’aperçoit que l’on est au-delà de l’objet et des outils des écoles juridiques traditionnelles.

Force est de constater que l’une des origines de l’apathie intellectuelle du monde musulman actuel réside dans l’illusion de croire que pour saisir les différents niveaux de réalité relative à son existence, il suffit d’interroger les grands classiques de la jurisprudence. La continuité est envisagée ici comme un prolongement, et non comme la capacité de créer tout en restant fidèles à l’esprit. La créativité ne consiste pas uniquement à moderniser la forme ou le langage des modèles de pensée qui ne répondent plus à la satisfaction d’une réalité. Elle passe plutôt par une sorte de révolution qui transformerait profondément les catégories mentales des musulmans eux-mêmes et leurs modes de pensées.

Le point de départ de toute démarche scientifique est le questionnement d’une réalité ou d’un objet quelconque actuellement saisi, dans une expérience effective. La perception effective de la réalité du monde musulman signifie la formulation de l’ensemble des données actuelles qui caractérisent sa singularité comme objet d’étude, à travers son interaction avec l’ensemble des autres singularités. On en déduit alors, que ni la voie salafiste qui affirme que la solution réside dans le retour pur et simple aux sources, ni la voie moderniste qui nous propose une « occidentalisation » salutaire, ne sont fructueuses. Les uns comme les autres cultivent le mythe de la chose facile et l’illusion des solutions stockées.

L’action doit être impérativement guidée par la lumière de la science, postulait El Boukhari il y a plusieurs siècles. La science n’est pas un système achevé qu’une génération transmet à une autre. Le monde musulman est loin de trouver cette lumière qui n’est autre que la réalisation du contenu du premier verset coranique (lit au nom de ton seigneur). On est loin d’être la nation de la lecture, comment peut-on être alors celle de la renaissance ?!

L’échec est une donnée présente à toute entreprise humaine, dont il convient d’en tirer les enseignements. Tous les éléments sociologiques plaident pour la nécessité d’une nouvelle pensée voire une nouvelle voie. Il ne s’agit pas uniquement d’une réforme, il faut d’abord inventer les outils conceptuels qui nous permettent de déterminer la causalité de ce qui s’est passé dans notre histoire, et faire l’état des lieux scientifiquement de ce qui est à réformer.

Autrement dit le grand chantier réside dans un travail de compréhension et d’explication de l’histoire de la civilisation musulmane. Si nous ne parvenons pas à distinguer dans notre histoire entre ce qui relève du culturel, du naturel, du dogmatique de l’idéologique, du spirituel du temporel, de l’historique du religieux, du doctrinal du stratégique, et de ce qui relève du particularisme, de l’universalisme, prouve alors que nous sommes encore à l’âge de pierre par rapport à la réforme.

La production conceptuelle et scientifique en matière de sciences sociales et sciences humaines nous offre des moyens indispensables pour la construction d’une réelle créativité critique et méthodologique.

Le développement en Occident de disciplines telles que la sociologie, l’anthropologie, la psychologie, la géopolitique... constitue une réserve de savoir incontournable. Il y a dans ces disciplines un côté purement technique et scientifique à distinguer de leur aspect qui obéit à une certaine vision du monde et à une certaine culture propre à l’histoire de l’Occident. L’objectivité et le degré séculier dans ces disciplines ne sont pas de la même évidence que dans les mathématiques ou les sciences de la nature. D’où un souci méthodologique et critique permanent qui doit accompagner le chercheur musulman dans sa démarche scientifique.

Je crois enfin que l’Islam est une vision du monde à partir de laquelle se construit une certaine théorie de l’Homme, de la vie et de l’univers. Toute la matière première nécessaire pour l’élaboration d’une théorie de la connaissance et d’une épistémologie propre à l’Islam. C’est la condition fondamentale pour une créativité critique ouverte et originale.

Une telle épistémologie est non seulement possible mais elle constitue le socle sur lequel se construit et se développe toute pensée critique et toute réforme. C’est ce qui nous permet peut-être en fin de structurer les à priori d’une Raison islamique.

De ce point de vue, il est clair que les individus et les groupes qui concentrent leurs efforts et leurs intérêts sur l’activisme, surtout politique, sont loin d’être conscients des vrais défis à relever : à savoir l’archaïsme actuel de la raison musulmane. Et c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens intellectuels de relever ce genre de défis qu’ils se sectarisent par leur discours et par leur agenda.

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Commentaires

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Justine
-388 points

Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,

"Je crois en fin que l’Islam est une vision du monde à partir de laquelle se construit une certaine théorie de l’Homme, de la vie et de l’univers. Toute la matière première nécessaire pour l’élaboration d’une théorie de la connaissance et d’une épistémologie propre à l’Islam. C’est la condition fondamentale pour une créativité critique ouverte et originale."

Exactement, et le Coran est la Parole de La Vie, de l'Educateur par excellence : de sa naissance à sa mort, l'humain peut y puiser les bases de tout ce qui pourra l'aider à s'élever moralement (spirituellement), intellectuellement, scientifiquement. L'histoire d'Adam et Hawwa (paix sur eux) m'apparaît comme la phase de la petite enfance humaine, le temps de l'innocence, l'apprentissage du bien et du mal (de l'interdit et de l'autorisé), la transgression (la sexualité et la perpétuation de l'espèce humaine ? ), la sanction, le repentir et le pardon.

Allâhou 'alam wa salâm.

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alice
-2167 points

"Le monde musulman est loin de trouver cette lumière qui n’est autre que la réalisation du contenu du premier verset coranique (lit au nom de ton seigneur). On est loin d’être la nation de la lecture, comment peut-on être alors celle de la renaissance ?!"

Remarquable , en effet!:

"Force est de constater que l’une des origines de l’apathie intellectuelle du monde musulman actuel réside dans l’illusion de croire que pour saisir les différents niveaux de réalité relative à son existence, il suffit d’interroger les grands classiques de la jurisprudence. La continuité est envisagée ici comme un prolongement, et non comme la capacité de créer tout en restant fidèles à l’esprit. La créativité ne consiste pas uniquement à moderniser la forme ou le langage des modèles de pensée qui ne répondent plus à la satisfaction d’une réalité. Elle passe plutôt par une sorte de révolution qui transformerait profondément les catégories mentales des musulmans eux-mêmes et leurs modes de pensées."

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alice
-2167 points

Est-on prêt à cette révolution qu´appelle de ses voeux l´auteur?
Il me semble que le chemin est si long quand nous nous empêtrons dans des guéguerres intestines sur la virgule qui manquerait à un hadîth ...
Dans les lignes qui suivent, tout est dit!

"Autrement dit le grand chantier réside dans un travail de compréhension et d’explication de l’histoire de la civilisation musulmane. Si nous ne parvenons pas à distinguer dans notre histoire entre ce qui relève du culturel, du naturel, du dogmatique de l’idéologique, du spirituel du temporel, de l’historique du religieux, du doctrinal du stratégique, et de ce qui relève du particularisme, de l’universalisme, prouve alors que nous sommes encore à l’âge de pierre par rapport à la réforme."

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Pancole
-4221 points

Justine, vous avez mal lu le texte et en tirez les conclusions qui sont à l'exact opposé de ce que préconise l'auteur pour sortir de l'impasse au fond de laquelle les littéralistes conduisent le monde musulman.

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alice
-2167 points

Mais pourquoi utiliser le terme de RAISON , toute scientifique (basée sur des données de la science humaine , je concois bien pourtant! )
j´évoquerais cependant la " CONSCIENCE " car c´est de l´éveil des consciences dont il s´agit profondément, non?

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Liliane Bénard
-309 points

Farida,
La conscience est la taqwa, la conscience de Dieu. La raison est un don de Dieu, et elle n'est pas réservée aux croyants. Parler d'une raison islamique a un sens car le Coran fait appel à la raison humaine, celle de tout homme qui lit le Coran mais aussi étudie le vaste monde au moyen des sciences. À ce niveau, parler de sciences islamiques est ambigu. Tout savant a une raison mais tous ne sont pas croyants, ils ne font guère usage de la taqwa, conscience de Dieu.

On dit bien que science sans conscience n'est que ruine de l'âme. Cela ne veut pas dire que la méthode scientifique soit réservée aux religieux non plus que les découvertes dans ce domaine.

Bennabi a raison de dire que tout croyant a en lui les moyens de développer les sciences, en particulier, tout musulman a une raison. Mais, le croyant ne peut réserver la science à une religion.

Il n'en reste pas moins que la raison des croyants, éclairée par sa conscience de Dieu peut critiquer les finalités scientifiques.

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Justine
-388 points

Assalâmou alaykoum wa rahmatpoullâhi wa barakâtouhou,

Je ne le crois pas, cher Palazzo.
Charge à vous de me démontrer ce qui dans mes précédents propos vous le font penser.

Wa salâm

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Loulou164C
27 points

Un texte remarquable! Il en faut des centaines et des centaines de Malek Bennabi dans le monde arabo-musulman pour éveiller les masses. Nous ne voulons ni d'un monde musulman figé ni d'un monde musulman occidentalisé. Nous voulons d'un monde musulman instruit, cultivé et civilisé avec une identité propre à lui, qui donne sa juste valeur à l'Esprit de L'Islam. L'Islam est une Lumière dont des obscurantistes qui, en son nom ou au nom de l'Occident, veulent nous en priver, mais la Lumière est au-dessus de l'obscurité. Elle fini toujours par éclater dans toute sa splendeur.

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Loulou164C
27 points

Un texte remarquable! Il en faut des centaines et des centaines de Malek Bennabi dans le monde arabo-musulman pour éveiller les masses. Nous ne voulons ni d'un monde musulman figé ni d'un monde musulman occidentalisé. Nous voulons d'un monde musulman instruit, cultivé et civilisé avec une identité propre à lui, qui donne sa juste valeur à l'Esprit de L'Islam. L'Islam est une Lumière dont des obscurantistes qui, en son nom ou au nom de l'Occident, veulent nous en priver, mais la Lumière est au-dessus de l'obscurité. Elle fini toujours par éclater dans toute sa splendeur.

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alice
-2167 points

Liliane , bonjour!
Ne trouvez-vous pas ce texte à la fois désespérant mais exaltant?
Quel triste constat mais ,en même temps , quel formidable défi pour les générations à venir!

"La créativité ne consiste pas uniquement à moderniser la forme ou le langage des modèles de pensée qui ne répondent plus à la satisfaction d’une réalité. Elle passe plutôt par une sorte de révolution qui transformerait profondément les catégories mentales des musulmans eux-mêmes et leurs modes de pensées. "

Pourquoi vouloir opposer la raison à une forme de conscience?
Serait-il possible d´imaginer une autre "forme" qui induirait un éveil des masses( croyantes et raisonnables sourire! )en profondeur vers une évolution ( révolution pourquoi pas ? ), un réveil, une aspiration...
Pour moi , cela passe obligatoirement par une adhésion avec le coeur, une "conscience-coeur" comme je la nomme!( que cette croyance soit scientifique ou encore du domaine de la foi )

Qu´en pensez-vous , chère Liliane?

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rayon de soleil
-4 points

Shawkani ,bien avant un bennabi ou un Afghani a conforté l'idée que le retard civilisationnel du monde musulman revenait au choc de la confrontation coloniale qui perdure de nos jours avec le néo-colonialisme.Avant la colonisation,tjrs selon Al-Shawkani ,un relèvement intellectuel s'est vraissemblablement enrayé "des lors que les apports ont été assimilé à de possibles concessions faites à la culture de l'envahisseur"
En tant que musulmane rétrograde ,je veux bien me battre la coulpe sur ma supposée tare civilisationnelle atavique,mais on semble oublié que les musulmans sont occupés depuis la colonisation ,meme si aujourd'hui cette occupation prend la forme de supplétif à notre tete encore + sanguinaires que leurs maitres.
On a jamais vu de nation prospérer et dvper les sciences en tant de guerre.Le mal du monde musulman c'est comme l'a dit le prophète SAWS de trop aimer ce bas monde ,pour oser bouter hors de chez nous ceux qui nous ont assujetis,..out les pseudos revolutions

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Liliane Bénard
-309 points

Salam Farida,
Je viens de relire ce texte. Il n'a rien de désespérant. Il observe des réalités concrètes à savoir le manque de " lecture" critique à notre époque, outre que les hommes préfèrent la politique à la science. C'est un signe des temps, alors qu'il conviendrait de bien faire la science.

Un aspect plus exaltant serait de revoir qu'il y a eu de vrais savants musulmans en Andalousie et qu'ils parlaient l'arabe. Ils avaient conçu des machines qui n'existaient pas au temps du Prophète. Ils vivaient dans le présent au service du bonheur des hommes de leur temps bien plus qu'à la recherche du pouvoir. Ils ont certes été victimes des politiciens et des armées.

Bennabi fait appel à de vrais chercheurs, amoureux de la science et du progrès. Cet amour passe bien sûr par le cœur qui met en marche la raison.

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Orlando
-2673 points

Liliane, depuis des siecles, quelles sont les contributions scientifiques des arabes au monde reel ? Ils ne fabriquent meme plus eux-memes leurs armes alors qu'ils representent au depart une civilisation guerriere. Ils ne peuvent vivre que dans la frustration, ou tourner la page.

L'auteur invite les arabo-musulmans a reflechir. La facon dont ils concoivent leur religion immuable et non-adapable Est leur handicap !

Meme s'ils ne sont pas d'accord, la realite est la, tout simplement...

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alice
-2167 points

Yes! (sourire)
Amplement de votre avis, Liliane !

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Orlando
-2673 points

Il faudrait que les musulmans se demandent pourquoi des pays non-musulmans reussissent si bien. Ces pays ont comme les pays arabes subi des occupations. Ils ne s'en plaignent pas. La Coree, longuement occupee par le Japon, pourrait expliquer a ceux qui se plaignent tout le temps comment s'en sortir en ne misant pas tout sur la religion. De toute facon, il n'y a pas le choix. Meme si, si on peut faire une synthese entre tradition et modernite impossible. Le reste du monde bouge...!

Je ne voudrais pas que la civilisation arabo-musulmane reste au bord du chemin. Elle a un passe glorieux. Mais surtout guerrier. Il lui faut developper une industrie, former des ingenieurs, pourquoi pas aussi des techniciens ? Former des travailleurs, cette fois non-immigres. Prevoir la fin de la manne du petrole qui bloque l'evolution.

Les arabes prisonniers de leurs reflexes religieux seculaires doivent enfin se liberer du passe. Leur civilisation ne brille plus que par les feux du petrole.

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rayon de soleil
-4 points

Lilianne
Ayez le courage de vos opinion et nommez moi expressement la prochaine fois.vOS allegations à peine voilée sur ma pretendue preference de la politique à la science demontre que vous ne connaissez rien à Bennabi .Que croyez vous que Bennabi ait voulu dire à propos de la colonnisabilité de la oumma .Vos paroles creuses et vides de sens ne trompe personne ,mise à part nous ennuyer profondement et nous faire perdre notre temps .Allez dire aux musulmans maintenus dans le sous devpmt par elf puis total,areva et boloré qui finance les coups d'etats comme on financerait une manufacture qu'ils devraient dvper la science en pleine guerre civile en cote d'ivoire ou dans les geoles de ben Ali ou sous la torture d'un Moubarak .Comme l' a dit Tariq alBichri(proche des ikhwans)"qd on resiste ,croyez-vous qu'on puisse aller de l'avant
A Orlando
,au 15 17 ° ,l'invention du canon par les turcs a bien faillit faire plier Vienne .
L'occident avec la colonisation a mis un frein à tout ça

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Liliane Bénard
-309 points

Orlando,
La réalité dont vous parlez est sordide. Elle indique que le pouvoir est lié aux armes bien plus qu'à la connaissance.

Bennabi souligne que les musulmans doivent développer leurs connaissances et faire usage de la méthode scientifique. Elle vise certes la connaissance et non le pouvoir.

Les contributions scientifiques ne sauraient dépendre d'une race ni d'une religion. Les savants d'Al-andalous faisaient usage de leur raison universelle par delà les querelles pour le pouvoir. Ils ont tous été exilés. Telle est la réalité.

Des arabes étudient de nos jours l'astrophysique. Cela ne les empêche pas de conserver leur questionnement métaphysique. Ils savent aussi que le développement de la science demande des capitaux...qu'il reste à gérer avec conscience.

La question demeure celle de la réalité par delà sans aucun doute les apparences.

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Pancole
-4221 points

Vous mélangez tout ma chère Liliane, le questionnement métaphysique, s'il est légitime et pourquoi pas inscrit dans la nature humaine, n'implique pas nécessairement qu'il évolue dans le cadre d'une religion.
La religion est un habit culturel et Mr.Bennabi montre le danger qu'il y a à se limiter à l'aspect culturel et relatif de pratiques cultuelles qui par définition brident la raison et en tous les cas restreignent son champ d'action.

Les sociétés occidentales ont su sortir du cadre religieux et, force est de constater, qu'en terme de progrès les résultats sont indubitables.

Rendre la colonisation responsable de tous les maux des sociétés musulmanes n'est pas recevable mais simplement un argument pour se défausser, car ces sociétés ont été colonisées justement en raison de leurs inaptitudes au progrès et à la concurrence avec un Occident qui tirait de sa technicité toute sa force.

La colonisation est la conséquence de l'échec des sociétés musulmanes pas la raison de cet échec

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Orlando
-2673 points

Justine, le formatage de votre cerveau vous empeche de comprendre le texte. Regardez moins derriere et plus devant. Ca vous permettra de vivre le present.

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roberto
-17 points

Le texte n'a rien perdu de son pertinence 40 ans après la mort de Bennabi

Bennabi écrit :"il y a un besoin constant d’un effort considérable de rationalisation qui a constitué une rupture méthodologique dans la synthèse et l’analyse ; une révolution scientifique selon la terminologie de Thomas Khun. Cet effort de rationalisation, dans tous les domaines de la connaissance, est à la fois un devoir et une exigence perpétuels dont la négligence a eu pour conséquence l’anarchie et la pauvreté intellectuelle du discours islamique actuel par exemple."

Je me demande si cette ère de raison est possible si les pays islamiques prohibent toute recherche historique sur les sources du Koran, s'il y est interdit d'interroger publiquement la croyance dans l'origine divine du Koran. Comment peut-on progresser s'il reste un domaine crucial qui reste "hors jeu"? En Occident il n'y a pas de tabous intellectuels, d'où son avance sur le monde musulman.

Qu'en pensez-vous?

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Justine
-388 points

Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,

Orlando,

Pour avancer, je n'oublie pas d'où je viens...

Un peu de méditattion sur la modernité, cher Orlando ?

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/08/22/japan-affeto-le-robot-qui-r...

http://www.youtube.com/watch?v=-hDwz72ataQ

Wa salâm

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chb
-15 points

A propos de conscience, un autre article très important, bien que donnant dans l'auto-flagellation :
FACE AU CHAOS SYRIEN : L'EFFONDREMENT DE LA CONSCIENCE POLITIQUE ARABE
http://contredit.blogspot.fr/2012/08/face-au-chaos-syrien.html
mis en ligne vendredi 17 août 2012.

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Rachid Zani
-302 points

"l'islam porte encore en lui une part d'universel "

Encore ou à jamais cher Pancole!

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Orlando
-2673 points

L'argument-choc et sempiternel de certains musulmans pour expliquer le retard de leur monde, c'est la colonisation. Peut-on faire remarquer que celle-ci est recente et a dure peu longtemps ? Elle est la consequence et non la cause de la decadence. La decadence a debute il y a au moins 9 ou 10 siecles, au point que maintenant les arabos-musulmans, pacifiques quoique un peu guerriers, en sont reduits a acheter leurs armes aux mecreants parce qu'ils sont incapables de les fabriquer en raison du progres technique, ou d'emigrer pour raison economique chez ceux que jadis ils menacaient.

Il existe deux mondes, l'un base sur des certitudes religieuses qui empechent la creativite, l'autre base sur le doute, qui amene a experimenter, a chercher et a trouver. Prenez donc modele sur des pays comme la Coree du Sud. Le monde arabo-musulman ne sera jamais un concurrent serieux tant qu'il ne se reforme pas et ne s'emancipe pas de la religion. Laquelle continuera d'etre presente, en arriere-plan...

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alice
-2167 points

" L’échec est une donnée présente à toute entreprise humaine, dont il convient d’en tirer les enseignements. Tous les éléments sociologiques plaident pour la nécessité d’une nouvelle pensée voire une nouvelle voie. Il ne s’agit pas uniquement d’une réforme, il faut d’abord inventer les outils conceptuels qui nous permettent de déterminer la causalité de ce qui s’est passé dans notre histoire, et faire l’état des lieux scientifiquement de ce qui est à réformer. "

C´est prodigieusement prophétique , d´une fraîcheur et d´une justesse qui force mon admiration !

Une " nouvelle voie " est à créer?
Qu´attendons-nous , tous, pour relever nos manches?
Yalla!!!
rire!

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Justine
-388 points

Assalâmou alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouhou,

(A) 20 propositions pour conduire l'éveil à sa maturité (Orlando, je vous laisse deviner qui en est l'auteur) :

"Il est impératif que le centre d'intérêt passe
1. des conséquences et des détails aux principes et aux universaux;
2. du surérogatoire à l'obligatoire;
3. de ce qui suscite le désaccord à ce qui génère l'accord;
4. des actes physiques à ceux du coeur;
5. des extrêmes de l'exagération et de la négligence au juste milieu et à la modération;
6. de la démarche qui rend difficile la religion et éloigne les gens à celle qui la rend facile et agréable;
7. de l'immobilisme et de l'imitation à l'effort intellectuel (ijtihâd) et à la rénovation;
8. du discours et de la polémique à l'effort et au travail;
9. du sentimentalisme et de l'improvisation à l'esprit scientifique et à la planification;
10. du fanatisme à la tolérance;

X
Justine
-388 points

(B) 11. de l'excitation des gens à leur initiation (ou du style de prêcheurs à celui de jurisconsultes, ou encore de l'enthousiasme du minbar à la sérénité des cercles de cours);
de la quantité à la qualité (ou de l'intérêt pour l'augmentation du nombre [d'adeptes] aux dépens de l'éducation, à l'intérêt pour l'éducation même si cela doit se faire aux dépens de la multiplication des adhérents);
12. du rêve à la réalité (ou de l'idéal souhaité au possible existant);
13. de l'orgueil au contact avec la société (proposer aide aux autres au lieu de pointer vers eux un doigt accusateur);
15. du repli sur le passé, à l'engagement vis-à-vis du présent et à la préparation de l'avenir;
16. de l'engagement politique à l'implication et l'application dans le travail social;
17. de la différence fondée sur l'opposition et la querelle à celle bâtie sur la diversité et la solidarité;
18. de la négligence des affaires de ce monde à la quête de l'agrément divin en y excellant;

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Justine
-388 points

(C) 19. du régionalisme étriqué à l'universalisme;
20. de la vanité à l'examen de conscience (ou de l'exagération dans l'affirmation de soi à l'autocritique).

"Heureux celui qui commence par se réformer avant d'appeler les autres à le faire, qui s'allie aux gens de bien, qui est satisfait de son présent, optimiste à l'avenir, confiant en lui-même, fier de sa religion, croyant en Dieu et espérant en Son secours promis."

Wa salâm

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Orlando
-2673 points

Justine, est-ce vous n'avez pas l'impression de rater la qualification du monde musulman en ligue des champions ? Avec vous, les concurrents peuvent dormir tranquilles.

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Orlando
-2673 points

Justine, est-ce que vous n'avez pas l'impression de rater la qualification du monde musulman en ligue des champions ? Avec vous, les concurrents peuvent dormir tranquilles. Notre concurrent s'assoupit depuis des siecles dans sa gloire passee. Tres ancienne. Le dernier siege de Vienne date de 1683. Qu'allez-vous faire maintenant, en 2012 ??? Agir a nouveau militairement ? Vous n'en n'avez plus les moyens depuis tres longtemps. Vous plaindre de la colonisation recente ? Il ne vous reste que ca... Pleurnichez.