La crise des banlieues et la presse anglo-américaine

Mon mandat de Maire d’une commune de 10000 habitants de l’Agglomération de Rouen m’a amené, sur ces qu

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dimanche 20 novembre 2005

Avant toute chose il est essentiel de d’abord dire en préambule à toute prise de position concernant les questions qui actuellement mobilisent les habitants des banlieues en France, qu’il est légitime, de se révolter lorsque, de façon totalement anormale, l’on est régulièrement confronté aux discriminations d’ordre xénophobe, au niveau de chômage les plus élevés, et aux conditions d’urbanisation des lieux de vie les plus mauvaises.

L’ensemble de ces questions que met en exergue le mouvement de révolte actuelle dans les banlieues sont une insulte pour la République et ceux qui croient encore dans les valeurs universelles que celle-ci est censée garantir à ses citoyens.

Ce préambule n’est ni une hypocrisie pour mieux enfermer cette révolte dans un cadre colonial, ni une clause de style pour mieux assener ensuite des condamnations sans appel. Il est tout simplement l’expression ramassée d’une conviction profonde et sincère d’un citoyen qui a eu des responsabilités politiques et qui essaye de toujours résoudre les problèmes qui lui sont posés en s’évertuant à les placer dans un champ où ils auront le plus de chances d’être compris et résolus. Un citoyen qui, débarrassé de tout à priori, croit encore à la force, l’intelligence et la capacité des hommes et des femmes de la communauté nationale, de tous les membres de cette communauté, quelque soit leurs origines et leurs opinions philosophiques, politiques ou religieuses, à trouver, entre eux, chez eux, avec leurs représentants légitimes, les voies de la juste et équitable répartition des fruits de la richesse nationale.

Dit autrement, cette crise, dont les facteurs constitutifs sont, pour les principaux, bien connus depuis longtemps, trouvera une issue pour autant que ses protagonistes, et ceux qui en rendent compte, l’a libèreront des aspects passionnels qui ne peuvent que l’envenimer sans pour autant la régler.

En faisant référence aux critiques de la presse anglaise et américaine le contenu de l’article de monsieur Rabah KADDOURI publié sur oumma.com (http://oumma.com/article.php3 ?id_article=1780) , Politologue de son état à Manchester, est-il d’un apport positif de nature à conduire à la résolution des problèmes qui nous occupent à l’heure actuelle en France ? Peut-être aurait-il été, en terme d’information, plus pertinent et plus constructif, pour monsieur Rabah KADDOURI , même si comparaison n’est pas et n’est surtout pas raison, de produire, à l’appui de son argumentaire, un vrai travail d’analyse entre les niveaux de justice sociale de ces deux pays comparés à celui de la France ?.

En effet, pour mesurer l’objectivité des critiques implicites dont on voit bien ce qu’elles visent en réalité quand dans The Economist on parle d’émeutes à propos des incidents qui se sont produits dans les banlieues françaises où règnerait "une terreur soft", on aimerait savoir comment ce média britannique a qualifié les "incidents" récents dans le métro de Londres et ce qu’il a à dire d’un système policier où à Londres les habitants sont sous l’œil d’une caméra de surveillance au moins 300 fois par jour.

De même quand dans le New York Times on stigmatise "les matières allant du comportement de la police à la discrimination raciale, du chômage aux inégalités éducatives" dans les banlieues françaises, on aimerait savoir comment est rapportée dans ce média américain, la situation dans les banlieues de New-York où en matière de délinquance la tolérance zéro est appliquée avec une implacable rigueur ; plus généralement on aimerait connaître ce qu’il rapporte de la situation sociale, éducative et sanitaire de l’Amérique.

Non décidément ce n’est pas faire oeuvre utile et responsable, lorsque l’on détient le pouvoir de s’exprimer en général mais surtout et en particulier sur des questions graves, que de ne pas être rigoureux et objectif. Il est indéniable que la situation socio-économique faite, dans les banlieues de notre pays mais aussi dans les villes et à la campagne, à de trop nombreux français, de toutes origines, est intolérable.

Les dirigeants de notre pays qui depuis au moins 30 ans n’ont pas fait ce qu’ils auraient dû portent sur ce sujet une lourde responsabilité. Personne ne peut dire le contraire, il est temps, plus que temps de se saisir de cette question qui nous est posée par la crise dans les banlieues en la regardant dans ces effets particuliers et sans omettre d’en examiner les causes générales. Tout cela est vrai et rend légitime la réaction des citoyens qui se sentent laissés pour compte.

Mais, prendre modèle ou se voir donner des leçons par les deux pays qui pilotent un système économique prédateur, impérialiste, va-t-en-guerre, dont les effets secondaires impactent directement les niveaux de précarité et de pauvreté partout dans le monde, est proprement inacceptable .Si ces deux pays, l’Angleterre et les Etats Unis, étaient des modèles de vertu en matière de justice sociale et de respect des droits de l’Homme cela se saurait, par exemple, en Irak, où leurs responsables militaires, qui mènent, là-bas, les opérations de maintien de l’ordre, considèrent, comme "dommage collatéraux" les victimes civiles décimées par les bombes au phosphore tombées dans les banlieues.

"La réalité des banlieues est celle des laisser pour compte, d’une économie qui ne s’embarrasse pas de créer une société à deux vitesses" ;on peut tout à fait partager ce point de vue du journaliste du New-York Time que nous rapporte monsieur Rabah KADDOURI. Pour autant, peut-on laisser croire ceux qui le lisent que le monde où il fait meilleur vivre est celui que nous construit en ce moment le tandem infernal anglo-saxon auquel, par représentants-média interposés, il est fait référence dans son article.

Il faut, au contraire donner, à nos concitoyens, à voir, à lire et à comprendre ce système économique qui est en train d’être imposé aux hommes et aux femmes sur toute la planète. Il faut le montrer dans toutes ses dimensions et surtout ne pas lui donner crédit en se contentant de rapporter ce que des médias qui lui sont acquis tracent de nos difficultés. Nous avons dans notre pays des difficultés, celles-ci ne regardent que nos concitoyens qui en sont victimes, ne laissons pas les médias de ces deux pays s’en servir contre nous pour mieux faire oublier leurs propres turpitudes. Nous sommes, citoyens français, suffisamment grands responsables et lucides pour en traiter nous mêmes sans l’aide de conseilleurs qui ne sont pas toujours, loin s’en faut, de bons payeurs.

A toute chose malheur est bon dit en France la sagesse populaire, profitons tous ensembles, de l’impact que suscitent, dans notre pays, ces graves incidents dans les banlieues, pour traiter à la racine les questions de fond qui empoisonnent la vie nationale et font voler en éclat notre pacte républicain. C’est au-delà des passions dans lesquelles des volontés, pas toujours bonnes, ou bien intentionnées, souhaitent les enfermer que nous devons, en raison, dans la Liberté, l’Egalité et la Fraternité construire le consensus social et culturel de notre Pays. Cela est possible, il n’y faut généralement pas d’autre effort, pour chacun, que de se mettre à l’écoute, de traduire les aspirations en projets concrets, financés, planifiés et suivis.

Il ne fait pas de doute que les citoyens concernés par les difficultés en ont à revendre ; il ne fait pas de doute non plus que des arbitrages devront être faits, qu’ils devront être expliqués, compris et assumés.

Mon mandat de Maire d’une commune de 10000 habitants de l’Agglomération de Rouen m’a amené, sur ces questions, à devoir affronter quelques situations tendues et l’expérience m’a conduit à les aborder avec beaucoup de prudence et d’humilité. C’est avec confiance, transparence et respect de l’autre qu’il m’a fallu tenter de trouver les points de rendez-vous acceptables pour tous entre les espoirs des uns et la réalité des moyens de la commune dont j’avais la responsabilité.

Je me souviens encore avec beaucoup d’émotion de ces moments où il a fallu s’engager personnellement pour tenter d’avancer. Je me rappelle que, presque toujours, les interlocuteurs, dans l’ensemble, ont, après un petit temps d’observation, fait preuve de grande maturité de grande volonté et d’une forte sincérité, sans que pour autant de mon côté je n’ai eu à me faire violence sur ma volonté de ne pas m’écarter du respect des valeurs et de l’ordre républicains auxquels je suis et je reste indéfectiblement attaché.

Cette voie, faite de respect de l’autre et de dialogue dépassionné et sincère, sans angélisme, respectueuse des valeurs et de l’ordre républicains, reste encore celle qui demain peut donner les meilleurs résultats. C’est aussi sur ces bases que nos concitoyens aujourd’hui en colère trouveront la place qui est la leur au sein de la communauté nationale, à savoir celle que garanti notre Constitution qui fait, en principe, de chacun un citoyen à part entière, à égalité de droits et de devoirs.

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Auteur : Bernard FRAU

Ancien Maire de Grand-Couronne 76530 Président de République et Démocratie

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