La burqua ou le voile des échecs de la République

Des députés voudraient qu’on légifère sur le port de la Burqua. Bien étrange idée, qui, si elle se voy

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mercredi 24 juin 2009

Que les choses soient claires, nous réprouvons le port de toutes les formes de tenues vestimentaires qui réduisent la femme à un objet de tentation que l’on doit à tout prix masquer. Ces tenues aliènent celles qui les portent elles sont le reflet d’une forme de pratique religieuse inquiétante, extrême voire sectaire. Cette pratique ne concerne qu’une portion infime de la communauté musulmane de France (on estime qu’il n’y a pas plus de 50000 salafistes contre plusieurs millions de musulmans français).

Ces dérives aux confins de la pratique religieuse habituelle ne sont pas le propre de l’Islam, elles existent dans les autres religions monothéistes et sont toute aussi inquiétantes quand elles deviennent promotrices de directives réductrice de la liberté de l’individu qui s’y soumet volontairement ou non. Cependant nous restons stupéfaits par cette proposition surgie inopinément.

Des députés voudraient qu’on légifère sur le port de la Burqua. Bien étrange idée, qui, si elle se voyait appliquer, nous ferait entrer dans une nouvelle ère. Ainsi le législateur s’enticherait de définir quelle tenue serait "républicano-compatible". En parallèle, pourquoi ne lancerait-on pas un recensement de ces femmes ? Puis on pourrait imaginer, les forces de police, chargées de faire appliquer la loi, les conduire en garde à vue. Seront-elles aussi chargées de dévêtir les récalcitrantes ? Une nouvelle ère disons-nous, une farce plutôt. Car pourquoi s’arrêter en si bon chemin. Que fera-t-on pour les barbes ? Devra-t-on envisager des séances de tonte ? Obligera-t-on les femmes de juifs rigoristes qui se rasent le crâne sous leur perruque, à laisser repousser leurs cheveux ? Que dire aussi du voile des religieuses et de leur sévère tenue ?

On voit bien que tout cela n’est pas sérieux et qu’encore une fois on apporte une mauvaise réponse aux vraies questions. En effet la seule chose qui devrait préoccuper la soixantaine de députés de tout bord qui se sont rassemblés pour formuler cette proposition, c’est de savoir pourquoi des femmes vivant en France, où nombre d’entre elles ont grandi, choisissent un tel repli identitaire, un tel éloignement du modèle dominant. C’est selon nous, un très bon marqueur de l’échec de la République qui nous est chère et dont ses représentants prétendent, dans cette commission, protéger les valeurs.

La faillite de l’école et de son rôle de transmission des valeurs, le naufrage de la politique de la ville et d’insertion. La silhouette recouverte d’une burqua, est le triste miroir dans lesquels nos politiques contemplent leurs insuffisances. Voilà en partie pourquoi, des Françaises que rien n’auraient du préparer à cela, décident que puisqu’on refuse de les regarder comme tel, on ne les verra plus. Cette poussée d’un islam radical se nourrit d’un terreau fertile et ne vient pas du néant.

Il nait du désabusement après 30 ans de lutte pour l’égalité, contre le racisme et les discriminations. L’émergence de ce phénomène, vient du fait que pendant plus de 20 ans le débat politique ait tourné autour de la musique imposée par l’existence du Front National, débat rythmé par la question de l’immigration et de l’intégration de toute une génération qui ne voyait pas ce qu’il fallait qu’elle fasse encore pour apparaitre plus française. Alors que Barack Obama fait une adresse remarquable au monde musulman, on voudrait en France, faire d’un texte un boutefeu inutile, dont l’utilité réelle apparait plus que contestable, une initiative qui servira peut être ses initiateurs à une échelle électorale locale, mais desservira certainement l’image de notre pays.

Aujourd’hui encore, on fait l’inverse de ce qu’il faudrait faire, on montre du doigt, on envisage une loi qui sous prétexte de protéger ces femmes, risque de les cloitrer encore un peu plus chez elles. Une loi accroitrait d’avantage encore la conviction qu’il n’y a pas de place pour tous sous le soleil de la République, on provoquera sans doute un réflexe primaire de solidarité, y compris chez ceux qui ne voient pas d’un œil favorable ces pratiques extrêmes. Encore une fois il est plus facile de s’en prendre aux conséquences que de s’attaquer aux causes. Mais ceci est devenu tellement habituel que les héritiers de l’immigration ne sont plus surpris et que seuls sont déçus ceux qui continuent d’espérer encore que les choses finiront par changer.

Madjid Si Hocine & Mouloud Aounit

Collectif l’Egalité d’Abord

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Auteur : Mouloud Aounit

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