La Tunisie classée « pays ennemi d’Internet »

Les palmes de la censure sont des médailles de gloire bien lourdes à porter pour un pays qui se targue d’

jeudi 6 mai 2010

Les palmes de la censure sont des médailles de gloire bien lourdes à porter pour un pays qui se targue d’être une démocratie, mais qui emprunte des chemins de traverse très tortueux, surtout ceux qui mènent vers les urnes, pour le moins pavés de mauvaises intentions et liberticides…

Le belle vitrine démocratique de la Tunisie n’y a rien fait, et c’est dans les pays « ennemi d’Internet » que l’organisation Reporters sans Frontières l’a définitivement rangée, au regard d’une censure politique redoublant de vigueur sur le Net.

Loin de constituer un épiphénomène, le blocage de sites et de pages, permanent ou temporaire, est une parade classique du pouvoir en place, voire même presque rituelle, dès lors qu’une élection approche à grand pas, en l’occurrence le scrutin des municipales le 9 mai prochain.

La main de fer du pouvoir se durcit alors dans une répression méthodique et sans pitié des libertés individuelles fondamentales, piétinant allègrement toutes les conventions internationales sur les droits de l’homme pourtant brandies avec ostentation, comme autant de gages de son enracinement démocratique.

Depuis fin avril, pléthore de sites ont été ainsi muselés, les blogs politiques se retrouvant du jour au lendemain partiellement ou totalement inaccessibles dans le pays, ainsi que des blogs critiques et des sites de journaux, comme celui du Nouvel observateur. Il en a aussi coûté aux esprits frondeurs qui ont tenté de dénoncer une mainmise sur la toile foncièrement anti-démocratique, à l’instar du blog Readwriteweb, aussitôt condamné au même châtiment.

Journalistes interpellés, puis jetés en prison, tel l’opposant Taoufik Ben Brik récemment libéré après six mois passés derrière les barreaux, le Net verrouillé quand il n’est pas bâillonné, il ne reste guère que l’autodérision, que d’aucuns considérent comme l’opium du peuple, pour se préserver des sombres agissements d’une démocratie usurpée : "En Tunisie, les ciseaux de la censure ont pris un nouveau sens. Ce n’est plus une forme d’oppression et une limitation de la liberté d’expression, mais une récompense pour le blogueur, un diplôme attestant de la valeur d’un blog et de l’importance des sujets dont il traite", persifle finement un blogueur cité par Globalvoices.

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