La Mecque : le Grand Mufti condamne le fanatisme et la violence

Cette année, le prêche du hadj, moment crucial du pèlerinage à La Mecque de trois jours que font des milli

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dimanche 28 novembre 2010

Cette année, le prêche du hadj, moment crucial du pèlerinage à La Mecque de trois jours que font des millions de musulmans chaque année, a eu l’honneur des médias partout dans le monde musulman. Des extraits de ce sermon, qui condamne le terrorisme et l’extrémisme et prône la modération, ont été reproduits dans des centaines de journaux. Des vidéos du sermon sous-titrées en anglais circulent sur l’internet et ont été postées sur des sites comme YouTube. Tout porte à croire que le monde musulman reprend ce message à son compte avec enthousiasme.

Le hadj est un rite de passage pour la plupart des musulmans. Malcolm X, le militant des droits de l’homme afro-américain qui avait renoncé à sa haine des blancs après avoir fait le pèlerinage, a eu une influence énorme sur la jeunesse musulmane partout aux Etats-Unis.

Cette année le prêche a été prononcé par le Grand Mufti d’Arabie saoudite, le cheikh Abdul Aziz al-Sheikh.

Pendant une heure entière, il a invité, comme il se doit, les musulmans à l’unité et à la piété, leur rappelant combien il importe de vivre dans la conscience de Dieu, d’être fidèle au monothéisme et de vivre dans l’attente du Jugement dernier. Le Grand Mufti a aussi plaidé pour la protection de l’environnement. Il a évoqué les valeurs islamiques qui favorisent la sécurité de l’écosystème et qui prescrivent un emploi frugal et avisé des ressources naturelles.

Une autre partie du prêche était consacrée aux problèmes de sécurité. Le mufti a rappelé que la sécurité est indispensable au bien-être des communautés musulmanes. Il a demandé que les criminels soient châtiés et que les fidèles obéissent à leurs dirigeants, sans préciser lesquels, car, sur les questions de politique, il est resté dans le vague.

Il a évoqué ce qui se passe lorsque la sécurité humaine est absente : les souffrances des femmes et des enfants, le désordre et l’absence de paix et de prospérité. L’islam est une religion de pardon et de modération. Selon le cheikh Abdul Aziz, la violence est contraire à l’éthique de l’islam. Le sens de l’islam étant de répandre la paix et la sécurité sous toutes leurs formes, les communautés musulmanes ont le devoir de défendre les principes et les enseignements de l’islam.

Il a ensuite développé le concept de sécurité dans la loi islamique, précisant que la sécurité imprègne tous les aspects de la vie, s’étendant à la sphère économique, sociale, politique, intellectuelle, médiatique, environnementale et spirituelle.

C’est en s’exprimant sur le chapitre de la sécurité intellectuelle que le mufti a invité les communautés musulmanes à se garder de toute déviance, notamment l’extrémisme et le fanatisme. Il a averti que les progrès des médias et de la technique ont permis la diffusion d’idéologies dangereuses et du cyberterrorisme. Il instamment appelé les enseignants, les imams, les chercheurs, les cellules de réflexion et les professeurs musulmans à diffuser le vrai message de l’islam et à combattre la progression de l’extrémisme.

Ce n’est pas que le Grand Mufti d’Arabie saoudite soit universellement considéré comme un intellectuel éclairé. L’an dernier, un juge saoudien avait refusé d’annuler le mariage d’une fillette de huit ans à un homme de 47 ans. Or à l’époque, le même cheikh Abdul Aziz avait affirmé que les filles de dix ans sont prêtes au mariage et que ce n’est pas leur rendre service que de prétendre le contraire. Pourtant, en prenant position dans le sens de la compassion et de la prudence, il aurait pu beaucoup faire pour la protection et l’émancipation des jeunes files et des femmes musulmanes dans le monde.

Or c’est précisément parce qu’il vient de la tradition wahhabite la plus stricte, la plus traditionaliste et la plus fermée au progrès et au changement, que son discours de modération et de condamnation de la violence et du terrorisme est particulièrement remarquable. De fait, il peut arriver jusqu’aux oreilles des couches de la société musulmane que les érudits progressistes et leurs discours hostiles à la violence n’ont jamais pu atteindre.

Emanant des lieux les plus sacrés de l’islam, en cette époque sacrée entre toutes, cette condamnation de la violence et de l’extrémisme a tout pour parvenir jusqu’aux lieux de l’islam le plus obscurantiste et jusqu’aux éléments islamistes les plus intransigeants. Je souhaite que, tout comme Malcolm X, dont l’extrémisme a été guéri par le hadj, les jeunes musulmans pris au piège du radicalisme politique entendent ce prêche, s’en inspirent et laissent entrer les valeurs d’équilibre et de modération dans leurs jeunes vies.

En partenariat avec le CGNews

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Auteur : Muqtedar Khan

Professeur associé d'islamologie et de politique internationale à l'Université du Delaware et membre de l'Institute for Social Policy and Understanding.

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