La Libye des Mirages aux Rafales

Les enjeux de la libération des infirmières bulgares et de leur collègue palestinien étaient de deux ordre

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lundi 30 juillet 2007

Les enjeux de la libération des infirmières bulgares et de leur collègue palestinien étaient de deux ordres. Le plus visible relevait bien sur du « coup politique » ; le second, à plus long terme, était d’ordre économique. Au soir de son élection Nicolas Sarkozy avait dit sa préoccupation humaniste pour toutes ces femmes « martyrisées » de par le monde… musulman.

Dans cette catégorie, il avait englobé ces infirmières que par erreur il avait qualifiées de libyennes et proposé de recueillir à Paris. Elles étaient Bulgares et sont donc rentrées plus logiquement chez elles, à Sofia. Mais elles l’ont fait dans un avion français et en compagnie de Cécilia Sarkozy.

Ceux que cela agacent rangeront l’épisode au rayon du « coup d’éclat permanent ». En France, il ne fait pas de doute pourtant qu’un tel mirage en a séduit plus d’un. En Europe, la récolte sera sans doute plus contrastée : certains de nos partenaires saluent le coup de pouce, d’autres dénoncent plus ou moins ouvertement le coup de force ou l’OPA sur les bénéfices d’un effort prolongé et collectif.

Qu’en est-il de la perception de ce haut fait humanitaire français dans le monde arabe ? La portée de l’exploit diplomatique attribué à la famille Sarkozy y est sans doute bien moindre. Pourquoi ? Parce que dans cette région, (pour ne rien dire de la Libye elle-même) y compris dans la Tunisie ou l’Algérie voisines visitées récemment par le président français, des milliers d’autres personnes sont en prison sans raison valable. Il en va de même dans bien d’autres prisons, israéliennes (ou croupissent plusieurs centaines d’enfants) ou même, à Guantanamo et ailleurs, américaines.

Le vernis humaniste du coup d’éclat cette diplomatie française atypique ne brillera donc vraiment que si de telles « libérations » se reproduisent, ailleurs, au bénéfice cette fois de victimes qui n’auront pas le privilège de la nationalité européenne et seront détenues non point seulement par nos « adversaires » du moment mais également par nos alliés, y compris israéliens et américains. A défaut, la geste sarkozienne peinera à prendre plus de poids que celui d’un mirage.

Du côté de l’économie, la libération des infirmières va surtout achever de rendre sa respectabilité à un partenaire économique que ses réserves en hydrocarbures, que l’on découvre chaque jour plus importantes, placent au rang d’un petit Kuweit maghrébin. Pour l’heure, la Libye n’est certes que le 76ème client (loin derrière l’ancienne puissance coloniale italienne) et le 45éme fournisseur (d’hydrocarbures) de la France.

Mais la libéralisation en cours depuis plusieurs années est en train, après tant d’années gaspillées par une diplomatie brouillonne, de mettre l’économie sur l’orbite d’une croissance qui pourrait atteindre 8% en 2007.

La Libye achète des Airbus, développe ses réseaux de distribution d’eau et attise logiquement bien des convoitises. Il était dès lors urgent de rendre à Kadhafi un niveau de respectabilité qui pourrait permettre de lui vendre tout ce que l’on ne peut décemment vendre qu’à des gens …respectables. Le pays auquel Jacques Chirac avait contribué en son temps à vendre des Mirages pourrait devenir ainsi celui à qui l’humanisme de Cecilia Sarkozy permettrait de vendre un jour des Rafales. A défaut d’être humaniste, tout cela est humain, non ?

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Auteur : François Burgat

Politologue.

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