La Grande Mosquée de Moscou a 100 ans

La Grande Mosquée de Moscou s’apprête à célébrer son centenaire, du 26 au 28 mai. Le président Poutine

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jeudi 22 avril 2004

La Grande Mosquée de Moscou s’apprête à célébrer son centenaire, du 26 au 28 mai. Le président Poutine, le Premier ministre Mikhaïl Fradkov, des ministres, des parlementaires, des dirigeants régionaux et des représentants d’autres confessions participeront aux cérémonies. Des invités étrangers sont également attendus. Les cérémonies se dérouleront à la Maison des Syndicats, qui accueillera une conférence sur le thème de "l’Islam, religion de paix".

Le 28 mai, la première pierre de la nouvelle Mosquée, qui sera agrandie, sera posée sur le territoire de la mosquée après le namaz.

La fête témoignera de l’unité des peuples de Russie quelle que soit leur nationalité ou confession. Les musulmans et les chrétiens vivent côte à côte sur cette terre depuis plus d’un millénaire. L’apparition de l’islam coïncide presque avec la christianisation de la Russie en 988.

Les Arabes apportent l’islam dans le Caucase du Nord au VII siècle. Le bassin de la Volga (le Tatarstan) adopte l’islam en 921 ou 922, grâce aux prédicateurs envoyés par le calife de Bagdad. Au XIIIe siècle, l’islam fait son apparition en Sibérie.

A l’heure actuelle, la Russie compte quelque 20 millions de musulmans appartenant à 40 ethnies différentes, dont 5 millions de Tatars (près de 4% de la population russe), plus de 1 million de Bachkirs et près de 1 million de Tchétchènes.

Des Tatars s’établissent à Moscou au début du XVe siècle. Dès leur arrivée, des maisons de prière sont construites, mais il n’en subsiste aujourd’hui aucune trace. Selon les archives, la première mosquée en bois est érigée à Moscou en 1782.

La Mosquée historique est construite dans le quartier moscovite de Zamoskvoretchié au début du XIXe siècle, en l’honneur de la vaillance des régiments tatars et bachkirs qui ont combattu contre Napoléon au sein de l’armée russe. Quelques années plus tard, une medersa est ouverte et la mosquée est agrandie, mais elle s’avère bientôt trop petite pour tous les croyants. De plus, certains musulmans doivent traverser toute la ville pour s’y rendre.

Vers 1894, la puissante communauté tatare habitant le quartier Mechtchanski demande aux autorités moscovites l’autorisation d’y construire une autre mosquée. Ce qui lui est refusé sous différents prétextes pendant plusieurs années.

En 1902, le bourgeois moscovite Bakirov et le marchand Akboulatov de la ville de Kassimov - déposent une nouvelle demande certifiée par l’Assemblée spirituelle musulmane d’Orenbourg siégeant à Oufa. (La ville d’Oufa, alors centre officiel des musulmans russes, héberge aujourd’hui une des Directions spirituelles des musulmans.) Cette fois, les autorités prennent en compte les arguments exposés et autorisent la construction d’une mosquée en décembre 1903. Le marchand tatar Salekh Erzine finance les travaux.

Les plans sont dessinés en quatre mois. La construction d’une mosquée en pierre "avec des salles semi enterrées et des galeries au rez-de-chaussée" débute le 25 juin 1904. Cinq mois plus tard, le 27 novembre 1904, le premier imam de la mosquée Badriddine Alimov demande à la municipalité de Moscou l’autorisation de célébrer le culte, ce qui lui est immédiatement accordé.

La construction de la mosquée a coïncidé avec la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et certains historiens sont enclins à penser qu’elle a été érigée, tout comme la première mosquée de Moscou, pour rappeler la vaillance des musulmans russes engagés dans les combats.

La mosquée devient le symbole de la loyauté des autorités russes à l’égard de ses sujets musulmans, ce qui est très important en cette période naissante de révoltes populaires.

La révolution de 1905-1907 permet l’épanouissement du mouvement national tatar, donc du mouvement musulman. Vingt deux représentants des communautés musulmanes de Russie, membres du parti "Ittifak al-Muslimin", sont élus à la Douma de la première législature (1906). Des journaux en langue tatare et dans d’autres langues nationales paraissent non seulement à Kazan et à Orenbourg, les deux grands centres musulmans du pays, mais aussi à Saint-Pétersbourg et à Moscou.

La révolution de 1917 interdit tous les mouvements nationaux et religieux. De nombreux dignitaires religieux, dont des musulmans, sont victimes de la répression. La plupart des églises, synagogues et mosquées sont fermées et détruites en URSS, celles qui subsistent sont placées sous le contrôle strict des autorités.

L’Empire russe comptait quelque 12 000 mosquées au début du XXe siècle. Au milieu des années 1980, il n’en reste plus que 343 dont la plupart sont situés en Asie Centrale.

La Mosquée historique de Zamoskvoretichie est fermée dans les années 1930. L’imam khatib Abdoulla Chamsoutdinov est arrêté puis fusillé, accusé de fomenter des attentats contre trois usines, des gares ferroviaires et des ponts. Les autres imams de Moscou sont eux aussi victimes de la répression et le bâtiment de la Mosquée historique est confisqué aux croyants. Il ne reste plus que la Grande Mosquée aux fidèles moscovites.

C’est peut-être la Grande guerre patriotique de 1941-1945 qui sauve la dernière mosquée.

L’agression de l’Allemagne nazie cimente le peuple soviétique, athées et croyants. Beaucoup de religieux appellent les fidèles à tout faire pour triompher de l’ennemi commun.

Les millions de musulmans de l’URSS combattent avec les autres le fascisme et beaucoup seront médaillés et décorés, obtiennent notamment l’Étoile de Héros de l’Union Soviétique.

Joseph Staline, qui hait la religion et a fait raser de nombreux lieux de culte, est obligé d’envoyer un télégramme de remerciements à Gabdrakhman Rassoulev, qui préside la Direction spirituelle des musulmans de la partie européenne de l’URSS et de la Sibérie. C’est sur l’initiative de Gabdrakhman Rassoulev, en effet, que les musulmans soviétiques ont formé une colonne de chars. Composée de gens de différentes confessions, la colonne "musulmane" cultivait un esprit internationaliste, mais "l’ambiance tatare y prédominait", se souviennent les anciens compagnons d’armes de la colonne.

Avec le début de la "guerre froide" opposant l’URSS à l’Occident, la Grande Mosquée devient un élément de la propagande soviétique.

Durant les années 1950, Moscou commence à promouvoir ses liens avec les pays de l’Orient. La visite de la Grande Mosquée est obligatoirement inscrite au programme des dirigeants orientaux qui effectuent une visite en URSS. Il s’agit de donner un exemple éclatant de l’amitié des peuples.

Le président égyptien Gamal Abdel Nasser, le président indonésien Sukarno, le chef de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi et d’autres chefs d’Etat africains et asiatiques ont prié à la Grande Mosquée.

La tradition de conduire les leaders étrangers à la mosquée de Moscou est maintenue après l’effondrement de l’URSS. Le cheikh Ravil Gaïnoutdine, président du Conseil des muftis et de la Direction spirituelle des musulmans de la Russie européenne, y a rencontré le président iranien Mohammad Khatami, les Premiers ministres libanais et malaisien, Rafik Hariri et Mahathir Mohammad.

Aujourd’hui, les leaders des pays musulmans en visite en Russie sont témoins d’une renaissance spirituelle sans précédent. En l’an 2000, le nombre des mosquées atteint presque le niveau d’avant la révolution de 1917. Rien qu’à Moscou, il y a six mosquées.

Mais la Grande Mosquée attire toujours des dizaines de milliers de musulmans pour qui prier dans ce lieu saint est une des traditions les plus chères.

A l’heure actuelle, la mosquée est un centre non seulement spirituel, mais aussi politique et social. Elle abrite le siège du Conseil des muftis de Russie que dirige le cheikh Ravil Gaïnoutdine.

L’Université islamique de Moscou est rattachée à la grande Mosquée. Dirigée par le recteur Marat-hazrat Mourtazine, elle dispense des cours d’arabe, de langues nationales et enseigne les fondements de l’islam aux adultes et aux enfants.

La Direction spirituelle des musulmans de la Russie européenne relève du Conseil des muftis de Russie. Elle édite un journal, Islam minbare (Tribune de l’islam), des périodiques, publie des brochures et des manuels. Le Conseil des muftis a son site Web (www.muslim.ru). Un magasin halal propose ses produits sur le territoire de la Grande Mosquée.

Aujourd’hui Moscou compte près de 2 millions d’adeptes de l’Islam, sur une population totale de 8,533 millions (1er janvier 2003). La municipalité de Moscou et les autorités fédérales envisagent de reconstruire et d’élargir la mosquée, d’octroyer une aide financière aux autres mosquées.

La réalisation de ces projets pour le 100e anniversaire de la Grande Mosquée sera un cadeau précieux pour tous les musulmans russes, montrera qu’ils sont citoyens à part entière de la Fédération de Russie, à l’égal des autres confessions. Le président Poutine a fait maintes déclarations en ce sens, soulignant qu’il faut toujours tenir compte du facteur islamique en Russie.

 

Merci à l’agence RIA - Novosti

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Chef du service de presse du Conseil des muftis de Russie, secrétaire exécutif de l'Union des journalistes musulmans de Russie.

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