La France, tu l’aimes ou elle te quitte

Pyromanie. Vendredi, Nicolas Sarkozy a proposé, pour la première fois, d’ôter ou de refuser la nationalit

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vendredi 30 juillet 2010

Pyromanie. Vendredi, Nicolas Sarkozy a proposé, pour la première fois, d’ôter ou de refuser la nationalité française à une catégorie spécifique de délinquants d’origine étrangère. Une double entorse à la tradition républicaine comme aux conventions internationales, confirmant la fuite en avant du gouvernement vers l’extrême droite.

A l’occasion de la prise de fonctions du nouveau préfet de l’Isère, ce vendredi 30 juillet à Grenoble, le président de la République a tenu à réitérer, en le radicalisant, son traditionnel discours ultra-sécuritaire. Nouveauté : le chef de l’Etat a annoncé de nouvelles conditions pouvant autoriser la déchéance de la nationalité française, application rarissime prévue par l‘article 25 du Code civil. « Il ne faut pas que nous hésitions à réévaluer les motifs pouvant donner lieu à la déchéance de la nationalité française », a martelé Nicolas Sarkozy. Ainsi, « la nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme ou de toute personne dépositaire de l’autorité publique ».

Cette mise en application d’une disposition pénale spécifique en raison du critère de « l’origine étrangère » s’accompagnerait aussi d’une autre mesure, également controversée : le refus d’accorder automatiquement, pour ses 18 ans, la nationalité française à un mineur délinquant né en France de deux parents étrangers. D’après Nicolas Sarkozy, « la nationalité française se mérite : quand on tire sur un agent chargé des forces de l’ordre, on n’est plus digne d’être français ». Une telle disposition serait pourtant contraire à l’article 7 de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France.

Le Pen dévalisé

Deux semaines après les violences urbaines survenues à Grenoble, et au lendemain des mesures répressives annoncées à l‘encontre des gens du voyage et des Roms, le chef de l’Etat reprend le discours ferme, inspiré du Front National, qui l’avait porté à la fonction suprême. Lors de sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait alors habilement résumé sa politique de rupture avec la formule « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! » Cette fois-ci, ce sont les propositions de l’extrême droite qui sont directement reprises : ainsi, la mesure numéro 10 du programme FN de 2007 est explicite : « Le Code de la nationalité prévoit que toute personne naturalisée pourra être déchue de la nationalité française si elle commet des crimes tels que, notamment, un assassinat, un acte terroriste, une prise d’otages, un rapt d’enfant, un viol, le trafic de drogue. Aujourd’hui tombée en désuétude, cette loi sera remise en vigueur, étendue, et appliquée avec toute la rigueur nécessaire ».

Casseur de la République

Un mimétisme idéologique qui inquiète le politologue Jean-Yves Camus  : « Après avoir été rendu exsangue en 2007, le FN profiterait d’un appel d’air. Celui-là même qui avait "tué" le Front national prend le risque de lui redonner un bol d’oxygène ».  Michel Tubiana, président de la Ligue des Droits de l’Homme, dénonce, quant à lui, « la stratégie de la tension » et « la xénophobie avérée » du chef de l’Etat  : « Sur ce terrain-là, le président de la République et son gouvernement ont manifestement décidé d’agiter les vieux refrains des années 30 destinés à attiser la haine contre les étrangers. Ce ne sont pas les délinquants que Nicolas Sarkozy poursuit, ce sont les Français d’origine étrangère et les étrangers, qu’il désigne comme les boucs émissaires de tous nos maux ». Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, évoque un « discours usé » accompagné de nouvelles annonces « particulièrement graves » : « La République est une et indivisible. Le président de la République, qui est garant de la Constitution, est en train d’introduire une différence entre citoyens récemment français et citoyens français depuis plusieurs générations ». Michel Destot, député-maire socialiste de Grenoble, a également tenu à indiquer qu’il était « dangereux » de faire « l’amalgame entre délinquance et immigration ». Quant à Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de Gauche, la déclaration présidentielle rappelle une parenthèse honnie de l’histoire française : « Seul le régime du maréchal Pétain a eu recours à la remise en cause de la nationalité comme politique d’ensemble. La déchéance de la nationalité française est une mesure inefficace, stupide et anti-républicaine ». Sans surprise, la blogosphère d’extrême droite s’enflamme, ravie de voir ses préconisations portées au grand jour par la plus haute figure de l’Etat.

Empêtré dans le scandale Woerth-Bettencourt, et menacé à terme par les implications de l’affaire de Karachi, Nicolas Sarkozy continue de pratiquer son fonds de commerce habituel : désigner à la vindicte populaire une catégorie spécifique de la population pour mieux masquer les échecs patents du gouvernement. Après les adeptes de la burqa et les polygames, eux-mêmes menacés de perdre la nationalité française, la redoutable figure de l’immigré, et tout particulièrement celle, en filigrane, de l’arabo-musulman, est à nouveau appelée à la rescousse. Un écran de fumée, garantissant le maintien des privilèges d’une autre minorité, plus discrète. Car à l’égard du monarque suprême, la nouvelle aristocratie des délinquants en col blanc et autres adeptes de l’évasion fiscale demeurera reconnaissante. Une réservation à dîner, d’ores et déjà, s’impose : se retrouver entre amis, au Fouquet’s et en mai 2012, ça n’a pas de prix.

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