La France n’est pas une République laïque

La laïcité résulte philosophiquement d’une nécessité placée sous le signe de la tolérance qui contien

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mardi 4 mars 2003

La laïcité résulte philosophiquement d’une nécessité placée sous le signe de la tolérance qui contient un principe intellectuel et un principe moral.

Le principe intellectuel fonde la libre diversité des opinions et des croyances qui est selon l’expression de Voltaire de « droit naturel » et de « droit humain ».

Si l’on examine l’histoire de France depuis 1789, il faut bien reconnaître que les révolutionnaires les plus hostiles envers « la religion » cherchèrent plus une émancipation à l’égard du clergé catholique qu’une privatisation de la sphère religieuse.

Il suffit pour s’en convaincre de reconnaître, à l’instar, de MICHELET dans son histoire de la révolution française, le caractère religieux des grandes manifestations de la révolution concrétisées par trois grands cultes révolutionnaires :

  • le culte de la Raison célébré solennellement le 10 novembre 1793 à Notre-Dame de Paris avant d’être institué dans tous les chef-lieux de départements.

  • Le culte de l’Etre suprême, présenté à la Convention dans un discours célèbre par Robespierre, célébré ensuite à Paris et dans les grandes villes de France le même jour : le 8 juin 1794.

  • Le culte décadaire, encore appelée la théophilantropie, apparus vers 1798, qui avaient pour particularité de combiner le rituel catholique et maçonnique.

En fait, la période post-révolutionnaire se caractérise plus par une volonté de déchristianisation que par un affranchissement à l’égard du culte.

Le culte rendu à la religion catholique devient un culte à la déesse Raison, personnifiée à travers l’effigie de Marianne : symbole de la République, mais aussi Vierge Marie de cette même République. Cela est si vrai que tout républicain peut, encore aujourd’hui, demander au maire de sa commune de résidence le baptême républicain. Ce dernier ne pourra qu’obtempérer.

Ainsi, le maire et le curé deviennent, chacun dans son domaine, les deux piliers de l’édifice républicain.

« L’histoire de la Convention chercha non seulement à donner un fondement religieux au pouvoir politique, mais aussi à légitimer l’ordre social en recourant à une transcendance nouvelle, en effet, ce qui apparût bientôt, ce fut la conscience d’un vide profond et la volonté de remplacer la religion chrétienne, prétendûment détruite par autre chose. Nombreuses sont les preuves de ce besoin d’un culte civique ». (SIRONNEAU Jean-Pierre : sécularisation et religions politiques, Mouton Editeur, La Haye, 1982).

C’est par leur forme et non par leur contenu qu’on reconnaît les phénomènes religieux. De ce fait, justifier la célébration de Noël uniquement par des raisons sociales, culturelles ou économiques, c’est se donner une bonne conscience laïque, tout en commémorant le socle juridico-théologico- politique sur lequel repose la société française, c’est ce que j’appelle « FAIRE DU MAUVAIS SPINOZA » . Certes, nous savons tous que la présence du sapin, du père Noël coïncidant avec l’entrée dans le solstice d’hiver s’accommode mal avec une crèche représentant une famille née il y a un peu plus de 2000 ans dans une terre lointaine appelée PALESTINE. Qu’importe, il faut faire plaisir aux enfants , puisque c’est leur fête ! On tiendra le même discours à Pâques : il faut bien que les enfants s’amusent avec des œufs en chocolat... Pourquoi faut-il faire coïncider les fêtes d’enfants avec une date éminemment religieuse ? Pour ce faire, nous devons examiner le calendrier auquel nous nous référons actuellement : le calendrier grégorien du nom de son inspirateur le pape Grégoire XIII qui en 1582 décida de réformer le calendrier julien mis en place par Jules César. Autrement dit, le calendrier utilisé en France est un calendrier chrétien qui rythme le temps et la vie de tous les citoyens de ce pays. Dès cet instant, nul besoin de s’étonner que la majorité des fêtes légales correspondent aux grands événements de la tradition catholique romaine, ce qui constitue la première érosion du concept de laïcité. Certains répondront qu’il est impossible de faire autrement ; pourtant, après 1789, fut mis en place un calendrier révolutionnaire dans un premier temps et républicain ensuite sur une période allant de 1792 à 1806. Le calendrier grégorien fut officiellement réintroduit après la signature du Concordat par Napoléon Bonaparte qui publie un décret le 8 avril 1802 rendant obligatoire le repos dominical pour que les fonctionnaires puissent aller à la messe le dimanche. De là tire son origine l’expression : le Jour du Seigneur, de même que la publication de mariage ne pourrait désormais avoir lieu que le dimanche. Cette décision ramenait la France dans le giron du catholicisme romain. Il peut paraître curieux que la seule période où le calendrier républicain a remplacé le calendrier grégorien aura été celle de la COMMUNE en 1871.

La loi de 1905 qui consacre officiellement la séparation des Églises et de l’État n’est pas une loi LAÏQUE mais SECULIERE.

Il ne s’agit pas d’une simple nuance sémantique car laïcité équivaut à une neutralité qui reconnaît la libre expression de toutes les religions sans en privilégier aucune, alors que sécularisation s’apparente à une autonomie de la société civile et de la culture libérées de toute influence religieuse.

La séparation de l’État et des Églises se traduit sur le plan philosophique par la séparation de l’humain et du divin. Le néologisme laïcisme apparaît pour définir la doctrine philosophique selon laquelle la vie de l’homme est dégagée de tout lien avec une divinité ; en raison de cette libération, les hommes établissent leurs rapports sur la base du pur humanisme. Par voie de conséquence, cette notion de laïcisme deviendra l’application de cette doctrine à tous les actes de la vie, particulièrement à ceux qui mettent en conflit l’humain et le divin dans la vie sociale. Cet antagonisme connaîtra une nouvelle approche intellectuelle fondée sur la distinction du sacré et du profane.

Néanmoins, les fondateurs des cahiers de la laïcité que certains qualifient d’intégristes laïcs, reconnaissent dans un numéro daté de l’année 1964 que : « le sentiment dit religieux est un sentiment naturel, humain, inné, origine des cultes d’où sortent les religions, mélange de crainte et d’élan, il est le sacré humain que nous portons tous au plus profond de notre être, ce qui s’impose à nous laïcs, c’est de rendre à l’humain son caractère sacré. » En sacralisant l’humain, les intégristes laïcs ne peuvent plus proclamer la suffisance de la société laïque. Ils admettent ainsi, implicitement une part de mystère qui engendre la quête de l’homme créature au regard de l’autorité transcendante ; autrement dit, ils adhèrent, malgré eux, au concept de DIEU.

En fait, de 1905 à aujourd’hui, l’idée de laïcité deviendra synonyme de NEUTRALITE SCOLAIRE , Ce qui arrange bien les tenants d’un anticléricalisme pur et dur aux antipodes du concept de laïcité tel que je l’ai défini antérieurement.

IL s’agit plutôt d’un ESPRIT QUI DIT NON AU DIVIN, NON AU CATHOLICISME, NON A LA REVELATION CHRETIENNE, NON A TOUTES LES RELIGIONS.

Cette NEUTRALITE SCOLAIRE a cessé d’être en 1989 lorsque éclata l’affaire du foulard islamique au collège de Creil, événement qui secoua la France entière et dont les secousses se font encore entendre aujourd’hui. En effet, ce jour-là, l’école de la République prenait explicitement le parti de désigner comme BOUC EMISSAIRE, toute fille ou étudiante portant ce signe non pas distinctif comme on le rappelle trop souvent mais seulement identitaire. Par conséquent depuis 1989, des centaines de lycéennes ont été EXCLUES de l’école publique dite laïque pour port du foulard.

Même si le Conseil d’État a indiqué que l’exclusion se justifiait exclusivement pour des raisons de prosélytisme ou trouble de l’ordre public, la circulaire Bayrou permet à un chef d’établissement sinon d’exclure, tout du moins de renvoyer du cours et laisser cette lycéenne toute la journée au CDI du collège ou lycée. Aujourd’hui, quand bien même, le Conseil d’État demande la réintégration d’une élève, des équipes pédagogiques contestent cette décision et se mettent en grève.

Cette attitude crée un précédent et désormais toute fille et toute mère de famille portant le foulard se trouve en France condamnée de fait à une exclusion sociale et professionnelle. En effet, que ce soit dans le secteur public ou privé, l’immense majorité des employeurs ne recrutera une femme porteuse du foulard.

Ce « fichu » symbolise l’ennemi intérieur de la République qu’il convient d’éradiquer par tous les moyens. On a vu un exemple dans le Sud de la France où la directrice d’une école maternelle, en accord avec certains parents a convoqué un REFERENDUM pour connaître la position de tous les parents mais aussi des enseignants sur le foulard porté par la présidente des parents d’élèves...prétextant que cela pouvait nuire à l’image de l’école.

Par ailleurs, depuis quelques années, les plus hautes autorités de l’État prenant conscience d’une inculture religieuse croissante des lycéens et étudiants de ce pays ont décidé de réintroduire le fait religieux dans l’enseignement public afin de mieux comprendre tous les attributs du patrimoine spirituel incarnés à travers l’art, la musique, la peinture, la littérature, etc... Comment comprendre "NOTRE -DAME DE PARIS" de Victor HUGO sans aucune culture religieuse ?

L’idée de laïcité a connu une évolution depuis 1905, nonobstant, actuellement, on recourt fréquemment à ce concept lorsqu’il s’agit de « pointer du doigt » ou d’interdire une attitude vestimentaire liée à la pratique de l’Islam, voire des traditions culinaires (par exemple : des cantines scolaires qui refusent de servir autre chose que du porc à des enfants musulmans) ou encore de ne pas accepter la création d’écoles, de collèges ou lycées musulmans bénéficiant d’un contrat d’associant avec le ministère de l’éducation nationale comme c’est le cas pour les établissements confessionnels chrétiens ou juifs.

Comme chacun sait, l’Alsace-Lorraine jouissent de statuts cléricaux d’exception puisque les prêtres, les évêques, les rabbins y possèdent un statut de fonctionnaire et sont rémunérés par l’État, à ce titre un évêque co-adjuteur perçoit un salaire identique à celui d’un professeur agrégé, ce qui au demeurant, n’émeut personne, même pas les intégristes laïcs. Que dirait-on d’un imâm : fonctionnaire, rétribué par l’État ! Curieusement, la République « laïque » méconnaît Metz et Strasbourg.

Depuis l’accord de 1992 entre Jack Lang (ministre de l’éducation nationale) et le recteur Couplet, les IUFM forment les maîtres de l’enseignement privé qui passent un concours appelé CAFEP leur permettant de percevoir le même indice de rémunération que leurs collègues titulaires du CAPES. Les syndicats laïcs de l’enseignement public se taisent et acquiescent selon le vieil adage : qui ne dit mot consent.

Le comble est de voir certains directeurs de l’enseignement privé interdire le port du « foulard islamique » au nom de la laïcité de leur établissement.

La société civile n’échappe point non plus à cette érosion du concept de laïcité. L’église catholique bénéficie d’un statut très particulier ; l’épiscopat français intervient toujours sur les problèmes de société et sa voix reste très écouté.

La remise en 1987 du prix du Secrétariat d’État aux droits de l’homme au cardinal Decourtray pour son action en faveur des immigrés par Messieurs Claude Malhuret (secrétaire d’État aux droits de l’homme) et François Léotard (ministre de la culture), l’envoi en 1988 par Mr Michel Rocard (premier ministre) d’une délégation de représentants des églises chrétiennes en Nouvelle-Calédonie pour proposer un plan de paix devenu les Accords de Matignon. Les honneurs et la couverture médiatique impressionnante rendus au pape lors de sa venue en France, la création en 1997 par Lionel Jospin (premier ministre) d’une ligne budgétaire pour financer les journées mondiales de la jeunesse chrétienne à Paris sous la coordination du général Morillon, tous ces faits remettent en question le sacro-saint principe de la séparation voulue par la loi de 1905.

Que dire de la messe de Ste PATRONILLE  : fille de St Pierre et grande dévotion de la monarchie franque, célébrée chaque 31 mai avec présence obligatoire de l’Ambassadeur de France dans une chapelle de Ste Patronille, faisant partie de la basilique St Pierre au Vatican.

En résumé la République est séculière, la laïcité privilégiant la libre expression des consciences reste à conquérir.

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Docteur en philosophie.

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