La Côte d’Ivoire - Un génocide rampant

Depuis la période coloniale, les musulmans n’ont cessé de faire l’objet d’exactions et de brimades sur

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lundi 24 février 2003

Depuis la période coloniale, les musulmans n’ont cessé de faire l’objet d’exactions et de brimades sur cette terre de Côte d’Ivoire. La preuve : cette volonté de l’administration coloniale d’évangéliser les populations musulmanes. On pouvait lire dans "la terre illustrée" (éditions Marne et Poussielgue, 1907) : "Les populations négresses particulièrement incapables, semble-t-il, de se gouverner elles-mêmes, livrées à toutes les atrocités d’un fétichisme stupide ou exploitées par l’islamisme corrupteur et cruel, ont tout intérêt à se voir soumises aux peuples chrétiens, qui du moins amélioreront leur sort, s’ils ne les mènent pas toujours à la connaissance et à la pratique de la vraie religion".

Pourtant, malgré la volonté affichée de la France et des pouvoirs successifs de présenter la Côte d’Ivoire comme un pays chrétien, les faits sont têtus.

Les musulmans restent majoritaires et ils ont par ailleurs fondé toutes les villes du pays, même si leur fief principal reste le nord.

La laïcité mise en place au lendemain de l’indépendance visait en réalité à marginaliser l’Islam et les musulmans. La religion chrétienne fut érigée en religion d’État. Pendant les premières années de l’indépendance tout au long du régime de l’ancien Président Félix Houphouet Boigny, les musulmans feront face à de multiples restrictions (interdiction du port de boubous dans l’administration, lieux de culte limités, fêtes musulmanes inexistantes) pour vivre et manifester réellement leur identité islamique. Cette politique a prospéré jusqu’à la fin des années 80, présentant la Côte d’Ivoire comme un pays où les musulmans sont minoritaires.

Cependant, la profondeur de l’identité islamique et leur rôle socio-économique de plus en plus croissant entraîneront une large mobilisation des musulmans pour la revendication de leurs droits les plus élémentaires : la liberté d’association et le respect par l’État de la laïcité par un traitement équitable des différentes religions.

C’est dans ce sillage que, le 28 novembre 1992, les musulmans se donnent rendez-vous à la Grande mosquée d’Adjamé pour la mise en place d’une structure nationale, le Conseil National Islamique (CNI) ; la répression s’abat sur eux, il faut mobiliser tous les Imams pour voir enfin la naissance du CNI au début de l’année 1993.

Toutefois, les dérives et les vexations se sont multipliées par les descentes policières dans les mosquées. L’avènement du Président Dédié consacre la politique de l’ivoirité au sommet de l’État pour étouffer l’Islam et écarter les musulmans de toutes sphères de décision. La politique de l’ivoirité catégorisant les Ivoiriens, les opposant les uns aux autres, est la réalité d’une politique d’exclusion des dioulas et des musulmans.

L’ivoirité reste au cœur de la problématique ivoirienne, ce que confirment ces déclarations d’un des théoriciens de l’ivoirité, Niamkey Koffi : "Les musulmans ont le pouvoir économique et ils veulent le pouvoir politique".

Les pouvoirs successifs de Robert Gueï et de Gbagbo n’ont fait que perpétuer cette politique de haine et de xénophobie aux conséquences dramatiques :

  • La transition militaire chaotique avec son cortège de violence

  • Septembre 2000

  • Octobre 2000 avec la parenthèse du charnier de Yopougon

  • Décembre 2000 avec la parenthèse des viols de manifestantes sur les lieux d’arrestation, autant sur les lieux de détention

  • Janvier 2001 avec sa vague de répression

  • Les violences envers les étrangers

Face aux graves atteintes aux droits de l’homme, le Conseil National Islamique tirait sur la sonnette d’alarme lors du forum sur la réconciliation nationale : "Une nation peut probablement prospérer dans l’infidélité, mais ne le pourrait dans l’injustice".

C’est dans ce climat de dictature et de tyrannie où la communauté musulmane a payé le plus lourd tribut que les événements tragiques du 19 septembre 2002 sont intervenus avec l’émergence d’une rébellion armée qui contrôle une bonne partie du territoire national.

Pourtant, Benoît Scheuer, sociologue auteur du film "Côte d’Ivoire poudrière identitaire", avait prévenu : "Il y a un conflit des chefs qui date d’il y a à peu près une dizaine d’années. Il y a une crise financière de l’État ivoirien. L’État ivoirien a vu ses ressources financières fortement diminuées, notamment suite à la réduction des cours des matières premières et notamment du cacao. Il y a une crise identitaire avec le concept d’ivoirité. Ces troubles pourraient déboucher sur un conflit majeur dans ce pays".

Depuis le 19 septembre 2002, le régime Gbagbo s’est acharné contre les musulmans en procédant aux arrestations, aux exécutions sommaires et à la destruction des lieux de culte. Les fameux escadrons de la mort du pouvoir sèment la terreur à Abidjan et dans plusieurs localités. Par exemple, dans la ville de Daloa, plusieurs centaines de musulmans furent massacrés, y compris certains responsables du Conseil National Islamique. Aujourd’hui, plusieurs responsables musulmans sont contraints à la clandestinité ou à l’exil.

Malheureusement, cette réalité est méconnue, mais aujourd’hui plus que jamais, la Oumma doit prendre conscience du génocide rampant contre les musulmans en Côte d’Ivoire.

Certes, la crise ivoirienne est complexe et recouvre plusieurs dimensions, mais l’aspect ethno-religieux reste incontournable.

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