La Burqa en Sarkozie ou l’insupportable inversion du Panoptique

Fantôme, Belphégor, prison ambulante : on n’aura pas manqué d’expressions insultantes pour stigmatiser

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mardi 13 juillet 2010

Fantôme, Belphégor, prison ambulante : on n’aura pas manqué d’expressions insultantes pour stigmatiser la minorité de femmes musulmanes qui portent le voile intégral en France. Près d’un an après la commission d’enquête proposée par le député communiste André Gérin dans un texte co-signé par 43 députés UMP, le “combat républicain” continue.

Quelques étapes déterminantes ponctuent cet héroïque parcours semé d’embûches. Des hamburgers halal qui surgissent subitement d’une firme de restauration rapide belge ; un débat sur l’identité nationale qui, bien que mené en grande pompe, n’accouchera même pas d’une souris ; un policier qui verbalise une femme intégralement voilée, dont le mari - à la fois évidemment barbu et polygame - joue gracieusement le rôle qui lui est assigné par la mise en scène spectaculaire des médias dominants.

Entre-temps, on aura été gratifié en sus d’une blague auvergnate doublée d’un dressage citoyen - l’intégration par le jambon. Coût de cette plaisanterie aimablement raciste : 750 euros. L’Arabe exemplaire, explicitement décrit comme “celui qui mange du porc et boit de la bière” en dépit d’un prénom pas très catholique, est flatté à condition qu’il garde le sourire et ne se reproduise pas.

Le méchant barbu fraudeur, quant à lui, faute de bonne volonté (intégrationniste), est menacé : on veut le déchoir de sa nationalité. Si donc nous sommes tous Français, certains Français sont quand même moins français que d’autres.

Et mon corps m’appartient sous réserve d’avoir effectué un stage de citoyenneté en bikini, sur une nappe à carreau, avec un verre de pinard sanctifié par Justin Bridou, le roi du saucisson sec pur porc ! Aussi, le problème posé par le voile intégral n’est pas tant celui de la dissimulation puisqu’il rend, au contraire, trop clairement visible une résistance au mépris raciste. Et c’est précisément pourquoi l’Etat exige un droit de regard. Le qualificatif de “prison ambulante” est à ce titre très révélateur, car le voile intégral renverse justement la structure du Panoptique.

Il brouille la visibilité, expose la dissymétrie du pouvoir, inverse le rapport entre celui qui contrôle et celui (ou celle, en l’occurrence) qui est contrôlé-e. Voir sans être vu est un privilège exclusif de l’Etat. Certainement pas celui d’un individu, encore moins celui d’une femme, et encore moins celui d’une femme musulmane qui a l’audace, par le seul fait de sa présence dans l’espace public, d’interrompre “le fonctionnement automatique du pouvoir”.

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