L’onde de choc des Bleus entamera-t-elle la popularité de Sarkozy ?

On les magnifiait en dieux du stade, forcément héroïques et valeureux, on les idéalisait en porte-drapeaux

mardi 22 juin 2010

On les magnifiait en dieux du stade, forcément héroïques et valeureux, on les idéalisait en porte-drapeaux de valeurs fédératrices, on les rêvait en marche vers la gloire, et ô désillusion, les Bleus se révèlent si terriblement humains, cousus d’or, faillibles et individualistes, de surcroît supervisés par une direction incompétente, qui n’auront réussi à ce jour qu’une seule action de jeu collective : déplacer le Mondial sur le sol national, offrant une tribune inespérée à une lecture ethniciste et religieuse d’un mélodrame inimaginable, même dans nos plus sombres prédictions.

Rappliquant comme des vautours attirés par une miraculeuse brèche sportive, il n’aura pas fallu longtemps aux Finkielkraut, Marine Le Pen et consorts pour psalmodier leur homélie raciste, et s’empresser d’interpréter en boucle, à tous les micros, l’anarchie des Tricolores comme la faillite de l’intégration à la française, réduisant à néant l’utopie multiculturelle du « black, blanc, beur ».

La pantalonnade politique, et notamment gouvernementale, n’est pas en reste non plus. Dans un de ces volte-face démagogiques qui rebondit prestement sur tout, victoire comme défaite, allégresse comme affliction, aussi longtemps que la magie de la diversion opère sur les français, ceux-là mêmes qui, à l’instar d’Eric Besson, arboraient, à l’orée du Mondial, les maillots tricolores pour redorer leur blason personnel, commencent à réajuster le tir, sur un ton plus solennel et grave, qui prendra des inflexions hautement moralisatrices, si l’issue du match contre l’Afrique du Sud nous donne le coup de grâce final.

Certains experts de l’opinion pronostiquent un impact négatif de cette dramaturgie footballistique sur la popularité du chef de l’Etat, déjà en chute libre, décelant dans la prise de pouvoir des Tricolores, la déroute de l’autorité, et donc de l’ordre moral prôné et martelé pendant toute sa campagne par le candidat Sarkozy.

Oui, mais voilà, le postulant à l’Elysée s’est mué en monarque de droit divin, qui a renié effrontément toutes ses belles promesses, ne se prosternant que devant l’opulence, l’endogamie, le népotisme, le carriérisme, la compromission, l’individualisme, se faisant le chantre de « la fin justifie les moyens », préférant la division à la concorde nationale, et reléguant au second plan les valeurs humaines et morales fondamentales, dans un cynisme débridé et un mépris souverain.

S’il y a bien une analogie à faire entre la débâcle du ballon rond français et la société française, ne serait-ce pas plutôt dans l’échec magistral des vertus exhalées par le Sarkozysme ?

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