Dans l’arbre enchevêtré des mécanismes menant aux déséquilibres du système financier actuel, vous trouverez un facteur « pathogène » commun : l’intérêt. Dans les textes religieux, l’intérêt est un mécanisme économique, indifféremment du taux auquel il est appliqué. Il n’y a donc aucune distinction entre intérêt et usure, et les deux étant un cas d’espèce du concept de « riba ». D’un point de vue islamique, l’intérêt est défini comme un « surplus » prévu au contrat sans contrepartie effective.
Introduction
La
situation économique actuelle est si déséquilibrée qu’elle se prêterait
volontiers à des jugements excessifs, avec un risque pour nous de ne pas
pouvoir séparer le « bon grain de l’ivraie ». Nous devons prendre
conscience de la faillite du système financier actuel, en termes rationnel et
moral. C’est à mon sens un devoir de dénoncer cette faillite et il ne nous est
guère permis de trahir ceux qui en souffrent ou pourraient en souffrir, en
éludant cette responsabilité
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[1]. Le
dogme financier et monétaire officiel défendent en apparence des idées
« libérales » mais en réalité, nous constatons qu’elle justifie et
avalise ce qui ressemble de façon croissante à un énorme système de spoliation
au profit des fortunés.
En
fait, le libéralisme tel que dépeint par ses parangons est agité par des
contradictions sévères, qui le rendent pratiquement instable et nuisible.
« Le laisser faire, laisser passer » libéral semble secréter en son
sein les conditions favorables à sa négation. Cependant, dans la perspective
islamique, certaines caractéristiques du libéralisme sont acceptables, comme la
promotion de l’initiative privée. Notre question aujourd’hui consiste à
vérifier l’hypothèse selon laquelle le libéralisme ne peut pas atteindre
l’objectif d’une économie équitable et prospère sans éliminer les effets
contradictoires du taux d’intérêt. Notre propos est ici de montrer que le
« capitalisme libéral » n’est pas un système durablement viable, car
le taux d’intérêt sur lequel il repose est un facteur déstabilisant. Après avoir
revu les arguments avancés pour abolir le taux d’intérêt de la vie économique,
nous verrons qu’un système économique alternatif existe, s’appuyant sur le
principe du partage des profits et conservant des caractéristiques importantes
d’une « société libérale », à savoir le mécanisme du marché,
l’initiative personnelle et la concurrence maîtrisés.
Les
critiques du système financier actuel sont nombreuses. S’il y a un réel
consensus sur ses effets anti-économiques, car il s’agit là d’une observation
irréfutable, l’analyse des causes de ces défauts n’est pas monotone. On peut y
voir des causes essentiellement monétaires, réglementaires ou de rapport de
force des acteurs économiques. Il paraît évident que la réponse n’est pas
simple mais composée et qu’elle doit tenir compte de nombreux paramètres, tant
les embranchements d’un système financier sont compliqués. Malgré ce constat,
je serais de l’avis pour trouver la racine du problème dans la légalisation de
l’intérêt.
Dans
l’arbre enchevêtré des mécanismes menant aux déséquilibres du système financier
actuel, vous trouverez un facteur « pathogène » commun :
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>l’intérêt
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>. Dans les
textes religieux, l’intérêt est un mécanisme économique, indifféremment du taux
auquel il est appliqué. Il n’y a donc aucune distinction entre intérêt et
usure, et les deux étant un cas d’espèce du concept de « riba ».
D’un point de vue islamique, l’intérêt est défini comme un
« surplus » prévu au contrat sans contrepartie effective. Une
définition plus détaillée est donnée ultérieurement. Notre hypothèse centrale
ici est que l’intérêt est une caractéristique majeure du libéralisme
économique, en tant que pratique adoptée suite à une
« libéralisation » de la scène économique de règles morales définies
par les Ecritures saintes. L’intérêt est par ailleurs un facteur essentiel dans
l’émergence d’une élite capitaliste rentière, déclencheur du développement
capitaliste européen et mondial
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[2].
Il
existe un « libéralisme » économique découlant d’une vision
philosophique plus générale, le « libéralisme classique » découlant
des Lumières à côté d’un libéralisme typiquement économique qualifié de
« néoclassique ». Une des critiques essentielles de l’ école libérale
classique, notamment développée par Friedrich Von Hayek (Prix et Production,
1931), est que l’information sur l’état des marchés est fournie par les prix
(les prix élevés indiquant une insuffisance de production par rapport à la
demande et inversement), et que donc toute intervention de l’État dans
l’économie, parce qu’elle modifie artificiellement la pertinence des prix,
détourne les facteurs de production de leur allocation optimale, voire pousse
les agents à produire des biens inutiles et à ne pas produire les biens les
plus demandés.
Le
libéralisme néoclassique s’appuie sur l’idée d’ « équilibre
général » et s’intéresse aux défaillances du marché. Cette approche du
libéralisme est une tradition plus récente née au
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/XXe_si%C3%A8cle" title="XXe siècle">XXe
siècle, qui cherche à en donner une justification
« scientifique » reposant sur la théorie de l’
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibre_g%C3%A9n%C3%A9ral"
title="Équilibre général">équilibre général proposée à la fin du 19ème
siècle, qui tente de démontrer que la
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rationalit%C3%A9" title=Rationalité>rationalité
des acteurs, grâce à la coordination supposée parfaite de leurs actions par le
seul biais du marché,
conduit à la meilleure des situations possibles.
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Walras" title="Léon Walras">Léon
Walras, dans ses
href="http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=El%C3%A9ments_d%27%C3%A9conomie_politique_pure&action=edit"
title="Eléments d'économie politique pure">Eléments d’économie politique pure
(1874), tentera ainsi de démontrer que la flexibilité des prix, associée à
celle des quantités offertes et demandées, conduit nécessairement à un
équilibre général.
Alors
que Walras pensait ainsi avoir montré la possibilité de l’équilibre,
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vilfredo_Pareto" title="Vilfredo Pareto">Vilfredo
Pareto cherchera à établir que l’équilibre en question est optimal. Une
situation est dite optimale au sens de Pareto s’il « n’est pas possible
d’augmenter l’utilité d’un individu sans dégrader celle d’au moins un autre
individu »
name="_ftnref3" title="">
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[3]. De
cela, il ressort que le « néo-libéralisme » est un concept libéral
avant tout économique, ne reposant pas sur des principes généraux (par exemple
les principes démocratiques, le respect des droits et libertés individuels). Si
bien qu’il peut aboutir, en quelque sorte, à une « obsession »
économique dans laquelle l’efficacité économique, conçue comme la maximisation
du profit individuel, primerait sur toute autre considération sociale ou
politique.
1. Les
contradictions du libéralisme
Le libéralisme
comme outil du capitalisme
« Nous
sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, Time Magazine et
d’autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et
respecté leurs promesses de discrétion depuis presque 40 ans. Il nous aurait
été impossible de développer nos plans pour le monde si nous avions été
assujettis à l’exposition publique durant toutes ces années. Mais le monde est
maintenant plus sophistiqué et préparé à entrer dans un gouvernement mondial.
La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers
mondiaux est assurément préférable à l’autodétermination nationale pratiquée
dans les siècles passés »
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[4].
Partons
voulez-vous d’une hypothèse historique : le libéralisme est un sous
produit du capitalisme. En général, on a tendance à affirmer le contraire, i.e
que le capitalisme est un produit du libéralisme. C’est la liberté politique
qui aurait permis le développement économique en libérant l’énergie des
entrepreneurs grâce au libre marché et à la libre concurrence...Cette théorie est
séduisante mais elle ne correspond pas aux faits, car le capitalisme est
antérieur au libéralisme.
Le
phénomène capitaliste se caractérise par l’émergence d’une classe capitaliste
détenant un pouvoir monétaire capable d’influer le fonctionnement d’une
société. Le féodalisme moyenâgeux ne peut pas être qualifié de société
capitaliste car souvent les seigneurs étaient endettés et n’accumulaient pas de
fortune. Ils tiraient leur richesse de l’exploitation indue de biens et de
personnes attachés à un titre de propriété foncier, qualifié pernicieusement de
« titre de noblesse », qu’ils géraient avec un succès divers.
La
noblesse européenne s’éteint quand le commerce de l’argent, entendez l’usure,
est autorisé et devient accessible à tous. La classe capitaliste se caractérise
par l’accumulation d’un capital, et donc par l’augmentation de ses actifs avec
le temps. C’est pourquoi le capitalisme développe un rapport onéreux par
rapport au temps conçu comme une part d’accumulation. C’est cette avidité
continue que l’on nomme la préférence temporelle. Il est intéressant de
constater la simultanéité entre le mouvement sponsorisé de légalisation de
l’usure et l’émergence du libéralisme. Il ne s’agit pas de discréditer
gratuitement un courant philosophique et politique ayant marqué les trois
derniers siècles européens, mais de remarquer une concordance d’intérêts
étonnante entre le capitalisme et le développement du libéralisme. S’il est
vrai que la société chrétienne à partir du 5ème siècle se
caractérise par l’omniprésence de l’interdit, le libéralisme philosophique peut
s’interpréter comme une réaction à la sévérité excessive de l’Eglise sur
certains sujets (comme la sexualité, le plaisir corporel, etc).
Mais
l’essence du libéralisme économique est d’éliminer tout obstacle au commerce,
de laisser les marchands faire leurs affaires sans entrave et finalement
d’optimiser leur profit. L’histoire européenne depuis disons le 8ème
siècle est l’histoire de la recherche d’un juste milieu.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>« La meilleure position
est celle du milieu
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'> », dit le
procès-verbal
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[5].
C’est pourquoi nous constatons que l’histoire économique européenne oscille
entre des expériences variées, à tendance libérale ou au contraire étatiste.
Toutefois, le capitalisme est le dénominateur commun de cette histoire
économique. C’est pourquoi H.Minsky aimait à plaisanter en disant « qu’il
y a autant de formes de capitalisme que (la compagnie) Heinz n’a de sortes de
marinades ». Par exemple, après la vague libérale du 18ème
et 19ème siècles, l’expérience de l’ « économie de
guerre » puis la crise de 1929 nécessite de penser un « capitalisme
assisté », dans lequel l’Etat garantirait un fonctionnement économique
normal par ses interventions sur le système financier et sur le marché.
L’Etat
providence, en marginalisant pendant 50 ans le dogme libéral strict, est
l’expérience récente la plus manifeste montrant que le libéralisme n’est qu’un
des sous-produits historiques du capitalisme. « Ce qui caractérise
peut-être le mieux l’Etat capitaliste, affirme Jacques Duboin, c’est son
impuissance quand l’intérêt général est en jeu. Il ne peut rien sans crédits,
ce qui signifie qu’il doit disposer de sommes nécessaires à l’exécution de tout
ce qu’il veut entreprendre... Dans sa dernière phase, le rôle de l’Etat
capitaliste a grandi considérablement puisqu’il est obligé de prendre le
libéralisme en tutelle »
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[6].
Le néolibéralisme est la réponse apportée par le capitalisme à l’échec du
compromis mis en place dans les années 1930 pour répondre à la crise du
capitalisme libéral.
En
effet, suite à la désactivation des accords de Bretton Woods en 1971, la
croissance artificielle observable dans l’après guerre n’est plus possible. Le
néolibéralisme consiste à ajuster les déséquilibres créés par le marché
financier en éliminant les sources de rigidité réglementaire sur le marché du
travail et plus généralement sur l’ensemble de l’outil de production. Nous
devons comprendre que le néolibéralisme est avant tout un phénomène financier.
La classe politique a donc délibérément capitulée pour instaurer un pacte
social excessivement favorable aux capitalistes, auxquels ils ont délégué leur
pouvoir budgétaire, monétaire et réglementaire en matière économique.
C’est
pourquoi aujourd’hui, malgré quelques expédients destinés à populariser le
nouvel ordre social (ouverture au grand public du capital de sociétés cotées,
création d’un lien de survie entre capitalisme financier et salariés avec
l’idée des fonds de pension pour la retraite, ...), le système économique actuel
souffre d’une crise de légitimité. Le système économique mondial surdétermine
le système politique, tout en n’étant pas démocratique. Là encore, on constate
que le capitalisme peut abandonner les institutions démocratiques si
nécessaires.
Ceci
explique la multiplication des espaces informels de prise de décisions (Davos,
Bilderberg), concurrençant, négligeant voire méprisant les institutions
démocratiquement élues. Au passage, on constate un décrochage entre des notions
que la pensée unique fait passer pour inséparables, à savoir le capitalisme,
libéralisme et la démocratie. Or le capitalisme peut s’accommoder d’un système
politique fasciste, le libéralisme économique s’opposer aux institutions
démocratiques, et la démocratie s’opposer au capitalisme et au libéralisme.
Sans vouloir totalement réfuter le lien entre ces trois notions, on ne peut pas
non plus parler d’un rapport nécessaire entre elles.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Le libéralisme économique pêche
par défaut !
Dans
son ouvrage Notre Economie (1960)
title="">
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[7], Sadr
nous livre une analyse pénétrante de la doctrine capitaliste, dans ses
caractéristiques et ses fondements moraux. Bien que Sadr ne différencie pas
entre le concept de capitalisme et celui de libéralisme, puisqu’il les assimile
en un concept unique que l’on appellerait aujourd’hui le « capitalisme
libéral », son regard critique nous semble très pertinent.
La
doctrine capitaliste se caractérise par le droit absolu à la propriété privée (tamalluk),
la liberté totale d’user de ses richesses (istighlal) et enfin la
liberté de les consommer (istihlak). Contrairement au marxisme qui prône
que la propriété collective doit remplacer définitivement l’idée de propriété
privée, le capitalisme est favorable autant que possible à la propriété privée
individuelle. De là l’idée que le capitalisme est une doctrine individualiste
alors que le marxisme est une doctrine collective. Ainsi, le capitalisme
s’appuie sur la promotion des intérêts individuels de la classe capitaliste
alors que la doctrine collective encourage le sentiment de responsabilité
collective des individus au profit des plus faibles.
Selon
la doctrine capitaliste, le bonheur humain repose sur les trois
libertés individuelles de propriété, d’utilisation des richesses et de
consommation, à charge ensuite de trouver un équilibre entre le bonheur
individuel et les nécessités sociales. Cette doctrine n’est donc pas basée sur
une analyse scientifique mais sur un fondement moral précis. Après avoir
rappelé qu’il existe des lois économiques incontournables (loi de l’offre et de
la demande), Sadr insiste sur l’existence de règles économiques dépendantes de
la volonté humaine et donc du type de société dans laquelle on vit. Ainsi, dans
la société capitaliste, la règle de maximisation des utilités personnelles
régit les comportements économiques des individus alors que dans une société
islamique (ou religieuse), la notion de richesse est différente et induit plus
volontiers le concept de charité (sadaqa), en tant que facteur de
richesse spirituelle. Les règles comportementales édictées en normes
universelles par les économistes capitalistes s’en trouvent donc relativisées.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>Sadr considère
que la liberté individuelle constitue le socle moral et philosophique du
capitalisme. De notre point de vue, cette description correspond plutôt à la
définition du libéralisme. En tout état de cause, la contradiction manifeste
entre la réalisation d’un bonheur fondé sur l’exercice sans contrainte des
trois libertés individuelles évoquées ci avant et la prise en compte de
l’intérêt général est résolue de trois façons : premièrement par le
concept un peu mystérieux de « main invisible », selon lequel la
réalisation de l’ensemble des intérêts individuels va dans le sens de l’intérêt
collectif.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>Deuxièmement en
disant que la liberté économique stimule l’envie de produire et troisièmement,
que la liberté est un droit inaliénable de l’être humain. Nous renvoyons le
lecteur au texte pour la réfutation des deux premiers points, qui relève d’une
validation a posteriori. La doctrine capitaliste trouve donc sa légitimation
morale dans le troisième point, l’affirmation selon laquelle la liberté est ce
qui donne à l’être humain sa dignité. Sadr commence par distinguer la liberté
naturelle de la liberté sociale. La première traduit le libre-arbitre de
l’individu (ce dont les pierres, les végétaux et les animaux sont dépourvus)
alors que la seconde est celle que lui attribue la société. L’un des aspects de la liberté naturelle est la capacité de l’homme à contrer ses
instincts et son égoïsme primaire. La liberté naturelle est d’origine divine alors
que la liberté sociale est d’origine doctrinale.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>La liberté
sociale se divise en une « liberté véritable » (hurriyyat haq
style='font-size:10.0pt;font-family:TranslitLS;font-weight:normal'>¥
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>qiyya
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>) et une
« liberté formelle » (hurriyya shikliyya). La « liberté
sociale véritable » consiste à donner effectivement à l’individu les moyens de choisir,
comme le fait de lui procurer l’argent nécessaire pour acheter un bien, de
rendre disponible ce bien sur le marché, et d’éliminer la possibilité de
spéculation (ihtikar).
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>Quant à la
« liberté formelle », elle consiste à donner un droit théorique à
l’individu concernant une action économique sans préparer les conditions
rendant ce choix possible. La « liberté formelle », sans garantir les
conditions du succès, est toutefois un pas positif vers « la liberté
véritable » car elle autorise théoriquement une élévation du niveau social
de l’individu et stimule les agents économiques.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>La
« liberté formelle » est une étape préliminaire nécessaire vers la
« liberté véritable » et constitue donc plus qu’une simple liberté
nominale. Le capitalisme repose entièrement sur la notion de « liberté
formelle » et s’oppose à la notion de « liberté véritable » en
refusant toute intervention de l’Etat. Il considère qu’il n’appartient pas à la
doctrine capitaliste de créer les compétences chez un individu et que la
« liberté véritable » réduit le sentiment de responsabilité et le
niveau d’activité humaine.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>Au contraire, Sadr
considère que la « liberté véritable », sous forme d’un minimum
vital, ne réduit pas l’activité humaine et donne de la confiance aux agents
(besoin naturel d’une certaine stabilité chez l’être humain). En réalité, le
capitalisme ne peut accepter le concept de « liberté véritable » car
il contredit la « liberté formelle absolue ». En effet, l’idée d’un
minimum vital s’oppose aux intérêts des capitalistes et donc à leur
« liberté formelle ». Selon le système islamique, les deux formes
(formelle et essentielle) de liberté coexistent dans le sens où un individu
est assuré d’un minimum vital au-delà duquel la « liberté formelle »
prévaut (initiative...).
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>On a vu
précédemment que la doctrine capitaliste prétend qu’elle est moralement mieux
fondée car elle respecte le mieux la dignité humaine. Il s’agit alors de savoir
dans quelle mesure la dignité humaine repose sur la liberté. Sadr affirme d’abord que la dignité humaine repose sur la liberté naturelle
(libre-arbitre) et pas sur la liberté sociale définie variablement selon la
nature de la société. L’erreur du capitalisme est donc de confondre la liberté
naturelle avec la liberté sociale. Mais Sadr ajoute que la dignité humaine ne
dépend pas uniquement de la liberté dont un individu jouit.
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>Le besoin de
sécurité d’un individu est également très important. L’argument de Sadr est
alors de dire qu’une doctrine ne peut pas sacrifier tous les besoins d’un
individu au profit du respect absolu et illimité du seul besoin de liberté.
Toutefois, cette restriction ne peut se justifier que par l’idée de
matérialisme historique, la conscience religieuse ou la conscience morale. Or,
la doctrine capitaliste réfute l’idée du matérialisme historique, considère que
religion et vie sociale doivent être séparées et enfin conçoit la conscience
comme une force exogène issue de la coutume. De ce fait, incapable de justifier une quelconque limitation à la liberté formelle, la doctrine capitaliste a
refusé toute ingérence de l’Etat ou de quelque corps social constitué dans le
champ d’action individuel.
Le
système économique « libéral » sécrète une structure de marché rigide.
La libre concurrence qu’il promeut favorise la compétition, de telle sorte que
les acteurs cherchent à augmenter leur taille critique, à la fois pour être
mieux paré sur le marché concurrentiel et également pour éviter les opérations
de rachat (OPA). Cependant, les mécanismes structurant qu’il induit ne sont pas
conformes au principe du marché. Pour exemple, cet aspect inévitable du
libéralisme économique est trahi par l’existence de directives européennes
contre la concentration excessive (anti-trust) et pour la libre concurrence. Le
libéralisme inclut donc plus que les seules lois du marché, et en réalité,
produit des phénomènes résultant de comportements économiques dictés par la
nature humaine elle-même.
L’erreur
principale du libéralisme est d’analyser les comportements économiques en terme
de « marché des utilités », alors que la réalité est plus compliquée
et dirons nous, impossible à modéliser. De plus, les rapports de force
économiques sur le terrain ne sont pas neutres. Il suffit pour s’en convaincre
de parcourir les analyses des barrières à l’entrée sur un marché
capitalistique, concurrentiel, technologique ou strictement réglementé.
Le
« néolibéralisme » économique est une doctrine monolithique, reposant
sur des hypothèses abstraites, qui sécrète des modes de production et de
consommation ne résultant pas uniquement de la « liberté économique »
mais plutôt d’un rapport de force particulier et pérenne, entre acteurs et
facteurs de production. La rigidité de ce système tient en ce qu’il est à sens
unique, car il avantage inéluctablement le plus riche. En fait, la liberté
économique ne peut s’exercer que dans certaines conditions d’éducation
href="#_ftn12" name="_ftnref12" title="">
class=MsoFootnoteReference>[12],
d’information et de revenu. La problématique de Sadr évoquée précédemment sur
l’articulation de la liberté formelle et de la liberté véritable est donc à
nouveau posée.
Nous
verrons plus tard que la légalisation du taux d’intérêt est considérée comme un
succès important obtenu par le courant libéral. Si bien qu’aujourd’hui il
paraîtrait difficile de classer dans la typologie des doctrines économiques un
économiste favorable au mécanisme du marché tout en étant hostile à la
légalisation du taux d’intérêt. Pourtant, on ne devrait pas catégoriser la
légalisation du taux d’intérêt comme un « acquis libéral ».
S’il
est vrai que le taux d’intérêt faisait l’objet d’une stricte interdiction
canonique jusque 1830, cela ne signifie pas qu’économiquement, le taux
d’intérêt favorise les mécanismes du marché et la libre concurrence. Le
fondement théorique pour légaliser le taux d’intérêt est un libéralisme
philosophique et non pas un libéralisme économique. Nous recensons deux
mécanismes, induits par l’usure, contradictoires avec celui du marché. Ces deux
mécanismes à l’origine d’une rigidité structurelle du système usuraire sont
d’ordre technique et concurrentiel.
D’un
point de vue technique, la fixation d’un taux d’intérêt monétaire entrave le
libre fonctionnement du marché des capitaux et surdétermine les décisions
d’investissement sur tous les marchés de financement. D’un point de vue
concurrentiel, le système usuraire catalyse l’accumulation de capital et la
création de monopoles biaisant la compétition et l’initiative entrepreneuriale.
C’est ce qu’explique Schumpeter (1883-1950) a contrario, en affirmant que les
fluctuations du capitalisme (cycles) sont dues aux innovations techniques.
Selon lui, la crise est provoquée par l’existence de taux d’intérêt trop
élevés, en conséquence de quoi certaines entreprises deviennent insolvables.
C’est
ce qu’il appelle le processus de destruction créatrice. Face à une crise, seul
un être exceptionnel peut s’extirper du marasme usuraire sur la base d’une
innovation technique majeure : c’est l’entrepreneur schumpétérien.
Toutefois, Schumpeter était fort pessimiste sur l’avenir du capitalisme et
quand on lui demanda si le capitalisme pouvait survivre, il répondit :
« non, je ne crois pas qu’il puisse ».
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana;font-weight:normal'>Le rôle du
crédit dans le dysfonctionnement économique est également souligné par Duboin
en 1935, quand il écrit : « Dis-toi qu’il n’y a plus place
aujourd’hui dans tous les grands pays modernes, que pour deux partis
politiques : ceux des partisans de l’abondance ; celui des bénéficiaires
de la rareté. Les partisans de l’abondance proclament que l’homme est mis au
monde pour vivre, et qu’il doit travailler dans la mesure où c’est encore
nécessaire. Ils réclament donc leur part de travail, leur part de loisirs, leur
part dans la richesse produite grâce au patrimoine scientifique qui nous
appartient à tous indistinctement. Les partisans de l’abondance ne parleront
jamais de surproduction tant qu’il y aura des êtres humains qui manqueront du
nécessaire. Les bénéficiaires de la rareté veulent artificiellement recréer de
la rareté qui permet le profit. Ils parlent de surproduction alors que celle-ci
ne peut exister que si l’on regarde les choses sous l’angle du profit. Or
l’abondance tue le profit ! L’abondance a fait son entrée dans le monde et
bouleverse tous les petits calculs égoïstes qui, jusqu’à ces derniers temps,
dirigeaient les actions de la plupart des hommes »
name="_ftnref13" title="">
class=MsoFootnoteReference>[13].
Il
est clair que nous trouvons le principal problème du capitalisme dans le
système monétaire usuraire, car ce dernier tend à privatiser un bien qui ne
peut qu’être collectif. Gesell souligne l’aspect inhibant de l’intérêt en ces
termes : « Proudhon demandait pourquoi avons-nous trop peu de
maisons, de machines, de navires ? et il en indiquait la vraie raison : parce que
l’argent ne tolère pas qu’on en construise d’avantage. Ou, pour parler comme
Proudhon, parce que l’argent est une sentinelle postée à l’entrée du marché, et
dont la consigne est de ne laisser passer personne. On dit que l’argent est la
clé du marché (échange de biens) ; erreur : c’en est le verrou »
href="#_ftn14" name="_ftnref14" title="">
class=MsoFootnoteReference>[14].
Nous sommes donc face à la difficulté suivante, érigée en tabou, qui est que la
légalisation du taux d’intérêt est un obstacle au fonctionnement normal de
l’économie et du marché
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[15].
A
suivre...
class=MsoFootnoteReference>[1]
style='font-family:Verdana'> Se référer par exemple aux analyses contenues dans
le site internet de L.Larouche « Executive Intelligence Revue »,
entre autres.
name="_ftn3" title="">[3] Tiré de www.wikipedia.com
[4] David Rockefeller, Président et fondateur du «
lang=EN-GB style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>
href="http://perso.wanadoo.fr/metasystems/Organisations/Bilderberg.html"
target=Bilderberg>Groupe de Bilderberg
style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'> » et de la Commission Trilatérale. Président du CFR. Propos tenus à la réunion du Groupe de Bilderberg à
Baden Baden en 1991.
class=MsoFootnoteReference>[5]
style='font-family:Verdana'>«
خير
الامور
اوسطها
style='font-family:Verdana'> »
class=MsoFootnoteReference>[6] style='font-family:Verdana'> DUBOIN, Rareté et abondance, 1945
class=MsoFootnoteReference>[7]
style='font-family:Verdana'> SADR.MuÆ
style='font-family:Verdana'>ammad Baqir, Notre Economie, 1961,
pp.239-277
name="_ftn8" title="">[8] 45ème prédication du curé
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Lacordaire" title="Henri Lacordaire">Henri
Lacordaire, un catholique libéral, à la Cathédrale de Notre-dame vers 1835
class=MsoFootnoteReference>[9] style='font-family:Verdana'> SADR, Notre économie, pp.259-264
name="_ftn11" title="">[11]
style='font-family:Verdana'> BOURDIEU.P, Contre-feux. Propos pour servir à
la résistance contre l’invasion néo-libérale, Liber-Raisons d’agir, 1998,
pp.14-15 : « On a là un exemple typique de cet effet de croyance
partagée qui met d’emblée hors discussion des thèses tout à fait discutables.
Il faudrait analyser le travail collectif des “nouveaux intellectuels” qui a
créé un climat favorable au retrait de l’État et, plus largement, à la
soumission aux valeurs de l’économie. Je pense à ce que l’on a appelé “le
retour de l’individualisme”, sorte de prophétie auto-réalisante qui tend à
détruire les fondements philosophiques du « welfare state » et en
particulier la notion de responsabilité collective (dans l’accident de travail,
la maladie ou la misère), cette conquête fondamentale de la pensée sociale (et
sociologique). Le retour à l’individu, c’est aussi ce qui permet de “blâmer la
victime”, seule responsable de son malheur, et de lui prêcher la « self
help », tout cela sous le couvert de la nécessité inlassablement répétée
de diminuer les charges de l’entreprise. »
name="_ftn12" title="">[12]
style='font-family:Verdana'> BOURDIEU.Pierre, La misère du monde,
1993 ; pour les concepts de capital symbolique, culturel, social et
économique, voir La distinction, Editions Minuit, 1979
class=MsoFootnoteReference>[13]
style='font-family:Verdana'> DUBOIN.Jacques, En route pour l’abondance,
1935
class=MsoFootnoteReference>[14]
style='font-family:Verdana'> GESELL, L’ordre économique naturel,
Introduction
class=MsoFootnoteReference>[15]
style='font-family:Verdana'> Sur la contradiction entre taux d’intérêt et
libéralisme, voir le chapitre de M.Ordody de Ordod dans BEAUGE.Gilbert Les
Capitaux de l’islam, éditions du CNRS, 1990, 276 pp. et
également sa thèse à Paris 1- La Sorbonne sur le système financier du partage
des profits, 1995.